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L'autobiographie comme outil d'analyse sociale

Yâkâré, autobiographie d’Oumar

Yâkâré, autobiographie d’Oumar
par Oumar Dia et Renée Colin-Noguès.
Editions Présence Africaine 2012, (18€).

Edition mise à jour par Roland Colin
Préface de Mamadou Dia.


Présentation du livre

JPEGCe livre a été écrit entre 1976 et 1980, dans une configuration rare. Dans les années 70, la migration africaine d’origine soudano-sahélienne (essentiellement Sénégal et Mali) montait en puissance – conséquence des grandes sécheresses s’ajoutant à la crise économique, amplifiée bientôt par le choc pétrolier. L’émigration africaine, dans ces circonstances, s’organise. C’est, en particulier, la création de l’Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France (UGTSF), dont la figure emblématique est Sally Ndongo. A la demande de ce dernier, Renée Colin-Noguès, qui a un long vécu sénégalais et malien et s’est spécialisée dans l’autobiographie comme outil d’analyse sociale, amorce un partenariat avec Oumar Dia, l’un des jeunes compagnons de Sally. Originaire du village de Sinthiane, dans la vallée du Fleuve Sénégal, après un périple ivoirien, il débarque en France comme passager clandestin d’un cargo dont le capitaine se livre à un trafic négrier digne des temps tragiques de la traite esclavagiste. Avec Renée Colin-Noguès, Oumar entreprend le récit de ses pérégrinations puis de son insertion périlleuse dans la terre inconnue, qui va le conduire à conquérir le « droit de cité » à travers une aventure extraordinaire et banale à la fois. C’est une histoire de vie partant du temps des colonies, traversant l’indépendance et menant à la condition de travailleur immigré au sein de l’économie et de la société française aux prises avec la mondialisation. Oumar s’attache à préserver les liens avec sa communauté d’origine dont il demeure solidaire. C’est le tableau passionnant d’un vécu interculturel emblématique.

Sa partenaire d’écoute et d’écriture a une connaissance approfondie du contexte qui lui permet de répondre aux exigences d’authenticité, de vérité, qui font de Yâkâré (dans la langue des Peuls « espoir et volonté de parvenir au but ») un document rare et précieux, qui porte jusqu’au temps présent toute sa charge d’interpellation. En 1982, François Maspéro manifeste son enthousiasme et le publie dans sa collection « Actes et mémoire du peuple ». Vingt ans après, Renée est décédée, alors qu’Oumar a continué de vivre l’aventure migratoire dans toutes ses péripéties. En 2006, il reprend le fil du récit autobiographique avec Roland Colin comme partenaire, qui pratique fidèlement une écoute et une écriture comparables à celles de Renée. Il en résulte une version complétée, enrichie, de Yâkâré, qui débouche sur les questions les plus brûlantes de la migration dans l’Europe actuelle : les problème de la coexistence et de l’intégration au sein de la société française, la dynamique des relations de générations dans le contexte des banlieues chaudes, les rapports vitaux entre les villages d’origine et la diaspora et son rôle dans la lutte pour le développement, les défis des procès sommaires en « communautarisme » auxquels Oumar oppose le choix de communautés ouvertes, communicantes, acceptant le métissage.

Une publication de ce récit ainsi enrichi est apparue d’autant plus nécessaire qu’il apporte une vision intérieure des problèmes de l’interculturalité et de la possible intégration solidaire au sein d’un tissu social dont les composantes devront faire droit à des configurations inédites, ouvrant la voie à des rapports Nord-Sud profondément renouvelés impliquant les « sociétés civiles.

Mamadou Dia, premier Chef du gouvernement sénégalais de l’indépendance, avait pris connaissance du texte d’Oumar, qui lui avait paru passionnant, et avait décidé d’élaborer une préface, dernier écrit de sa main avant sa mort en 2009, qui a pris, de ce fait, des accents quasi testamentaires. Il y écrit notamment : « Lee vieux laboureur que je suis mesure que la sueur et la peine des traceurs de sillons sont annonciatrices de semailles et de moissons. Yâkâré en est une image forte, l’un des moments précieux de cette Mémoire du Fleuve, qui est aussi « mémoire du peuple »… Puissent, nombreuses et passionnées, les générations nouvelles venir s’abreuver à de telles sources-mères.

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