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Bonnes feuilles extraites de Sergio Regazzoni, la solidarité n'a pas de frontières

parues dans le journal "Lignes de crêtes", du mouvement "Dialogue et coopération - enseignement laïques", n°13 à paraître vers le 15 décembre 2011

Chargé de mission au CCFD

Au CCFD, il nous semblait impossible d’être catholique, c’est-à-dire universel, sans avoir de relations avec le peuple de Chine, un pays qui compte près d’un cinquième de la population mondiale. Mais comment un organisme de l’Église de France pouvait-il entrer dans ce pays au régime marxiste très soupçonneux vis-à-vis des Églises chrétiennes venues de l’extérieur ? Quels projets pertinents y soutenir pour favoriser le développement humain et l’éclosion de la société civile ?
La relation que Sergio initia avec la Chine, à partir de 1986, fut l’une des plus significatives et des plus exemplaires. Il fallait faire preuve de beaucoup de discernement pour ne pas se faire récupérer par un régime communiste dont on pouvait, à priori, craindre le pire. Et d’autre part, il n’allait pas de soi qu’un tel engagement soit du goût de tous les catholiques qui, par ailleurs, soutenaient financièrement l’action du CCFD.
Là encore, les relations et le "style" de Sergio ont permis des ouvertures insoupçonnables qui ont facilité le point de départ de cette rencontre. Grâce à lui, le CCFD a pu soutenir ses trois premiers projets dans le cadre de programmes de l’UNESCO. Il s’agissait d’abord d’un projet de formation agricole de jeunes et d’adultes dans la province du Sichuan, au centre de la Chine. Le deuxième projet concernait la réfection d’une école de montagne, dans le chef-lieu de Yanqing, au nord de Pékin, et notamment la rénovation d’un petit internat dans cette zone montagneuse très pauvre où les enfants devaient parcourir plus de vingt kilomètres à pied pour s’y rendre. Le troisième projet était la construction d’un pont en dur permettant de désenclaver trois petits villages souvent isolés par les pluies abondantes dans cette région. Commencer une relation avec la Chine par la construction d’un pont pour des populations rurales isolées et souvent abandonnées par le pouvoir central était hautement symbolique.
Après le massacre de la place Tienanmen, Sergio a su trouver l’attitude et le ton "justes" pour protester contre cet événement. Il a su trouver les moyens de communiquer notre ferme désapprobation aux autorités sans couper les ponts et sans blesser inutilement les personnes avec qui nous étions en lien. Une de ses intuitions a été de demander à des partenaires asiatiques d’exprimer leur opinion. Ce fut d’une certaine manière la voie asiatique de la résolution des conflits. […]

Bâtir des réseaux de partenaires

La méthode du CCFD était de privilégier les réseaux, de mobiliser les compétences, de rencontrer des connaisseurs des pays et des réalités asiatiques, aussi bien dans le monde populaire que dans le monde universitaire, en favorisant les acteurs de terrain. Sergio a su mobiliser pour favoriser des rencontres, tisser des liens entre des personnes qui pouvaient s’ignorer et ne pas se comprendre. C’est ainsi qu’il plaidait devant une opinion publique difficile à convaincre que le développement passait par l’organisation de séminaires, d’immersions, le soutien de bourses d’études pour que les gens se rencontrent, que les expériences et les idées s’échangent, que changent les esprits et les cœurs, puis les comportements et les politiques. Avec ingéniosité, il a ainsi organisé la visite en Chine d’une délégation indonésienne en vue de promouvoir des relations amicales et de connaissances mutuelles alors que les relations diplomatiques étaient coupées entre les deux pays !
Bâtir des réseaux demande de la patience, de la persévérance, et beaucoup de foi en la capacité de l’homme et en l’action de l’Esprit de Dieu. D’autant plus que chaque culture a ses traditions, ses façons d’exprimer le respect, l’amitié, de comprendre le développement, ses façons de faire des remarques Il faut accepter d’apprendre, se mettre à l’école des autres, abandonner toute prétention à savoir ce qui convient le mieux aux autres. Ses convictions étaient celles du CCFD : l’essentiel est de faire se rencontrer des hommes, de dialoguer, d’avancer ensemble, d’apprendre à s’écouter et à s’estimer. D’apprendre à s’aimer… La pédagogie, c’est de travailler ensemble à relever les mêmes défis, non en théorie, avec des idéologies toutes faites, mais dans le concret. Alors tout devient possible. C’est alors seulement qu’on peut s’interpeller d’une façon qui puisse être entendue et reçue.

Une mission universelle

Les années de responsabilité de Sergio furent les années où les évêques du Conseil permanent de l’Église de France prirent certaines dispositions concernant le rôle du CCFD. Ils demandaient notamment que l’épiscopat local soit informé et si possible associé aux projets de développement soutenus par le CCFD. L’application de cet accord n’allait pas sans certaines tensions dans des pays où l’Église catholique était très minoritaire. Il était tentant pour certains de vouloir que l’argent n’aille qu’aux seuls catholiques de leur pays pour faire exister l’Église et renforcer une identité souvent menacée. Sergio a su agir avec tact et fermeté, expliquant aux responsables de l’Église, avec son sourire chaleureux et communicatif, que la mission du CCFD était "catholique", donc universelle. Travailler au développement d’un pays à majorité bouddhiste c’était travailler aussi avec des bouddhistes, ce qui n’empêche pas, au contraire, de soutenir les Églises dans leurs actions sociales et de développement.
Au Vietnam et en Chine, l’action délicate du CCFD était menée en lien discret avec les instances romaines qui, à notre étonnement, l’ont toujours encouragé à être présent dans ces pays, tout en lui demandant d’assumer les risques d’une telle présence, y compris celui d’être désavoué par une frange de l’Église qui ne pouvait envisager que le CCFD travaille avec des instances gouvernementales communistes, ce qui était la condition même de son action sur place. En Chine, le CCFD a toujours cherché à rencontrer les chrétiens et les responsables de l’Église catholique "officielle" et "souterraine", sans discrimination. Même si cela ne convenait pas au gouvernement en place. Sergio développait l’idée que "tout homme est mon frère" et que l’Église devait se montrer solidaire sans arrière-pensée de conquête, y compris religieuse. Il s’agissait de travailler avec des hommes de bonne volonté qui voulaient bâtir un monde habitable et de construire une Église servante et pauvre, selon le vœu même du Concile Vatican II. Cette vision avait accompagné son engagement militant dans l’Église. Sa pratique permit au CCFD d’approfondir le sens de sa mission. Il n’allait pas dans un pays au gouvernement athée d’abord pour créer un espace pour l’Église. Il y allait avant tout pour aider les plus pauvres. Et en cela le CCFD fait un travail d’Église, d’une Église au service de l’homme et non d’une structure, même si la structure est importante et fait partie du mystère même de l’Église. Il faut oser signifier l’extraordinaire générosité de Dieu qui fait se lever le soleil et pleuvoir sur les justes et les injustes, et qui nous demande de donner du pain à tous.

Publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur.
Bonnes feuilles extraites de Sergio Regazzoni, la solidarité n’a pas de frontières. Ce livre écrit à partir de témoignages de femmes et d’hommes de divers horizons et parties du monde, n’est pas seulement un hommage à un militant de la solidarité internationale. Il est aussi, et surtout porteur d’intuitions, d’innovations et d’espoirs susceptibles de participer aujourd’hui à la libération des peuples.

Sergio Regazzoni, la solidarité n’a pas de frontières par François Bellec. 366 pages. Prix : 22 € (port gratuit). À commander directement auprès de l’éditeur : Les Editions de la Toison d’Or- 178 Boulevard Pasteur - 94360 Bry sur Marne (Tél : 06 28 61 3766).


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