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5 ans après le dernier coup d'Etat en Thaïlande

par Jaran Ditapichai

Jaran Ditapichai, leader of the United Front for Democraty against Dictatorship (UDD), shares his view of the situation in Thailand, five years after the last coup d’etat.

Read the article (in French)

Jaran Ditapichai, dirigeant du Front Uni pour la démocratie contre la dictature (UDD), nous fait partager sa vision de la situation en Thaïlande, cinq ans après le dernier coup d’état.


Ce 19 septembre 2011 marque le 5ième anniversaire du coup d’État du 19 septembre 2006, le 11ième coup militaire en Thaïlande. Ce coup a renversé le gouvernement démocratiquement élu du Premier Ministre Thaksin Shinawatra, il a non seulement arrêté la démocratisation qui se déroulait plutôt bien lors des 79 années de démocratie en Thaïlande, mais il a également grandement intensifié la crise politique. Il a donné l’occasion à l’armée de retourner à la politique, il a élargi et approfondi la division de la société thaïlandaise entre jaunes et rouges. Maintenant cette division apparaît partout et scinde tous les niveaux de la société thaïlandaise, du niveau national au niveau familial, ce qui, en Thaïlande, n’était jamais arrivé auparavant.

Depuis les 5 dernières années, la Thaïlande est sous la Constitution de 2007 qui est une constitution aristocratique. Elle a transformé le pays en un pays dominé par l’aristocratie et non plus une vraie démocratie. Même si les élections générales tenues en Décembre 2007 ont donné gagnant la renaissance du Parti Thai Rak Thai, le Parti du pouvoir du peuple (PPP), et promu Premier ministre Samak Sundaravej, un ancien politicien de droite. Dans les 3 mois, la mal nommée Alliance des gens pour la démocratie (PAD), groupe qui a soutenu le coup, a commencé ses manœuvres de protestation. Elle a saisi la télévision nationale (NBT), la Maison du Gouvernement, et l’aéroport international de Suvarnabhumi. Plus tard, la Cour constitutionnelle a disqualifié le Premier Ministre et a interdit le Parti du pouvoir du peuple. Ce coup d’Etat judiciaire et l’armée aidé à installer un nouveau gouvernement et Abhisit Vejjajiva, leader du Parti démocrate, est devenu Premier ministre.

Les Chemises rouges se sont opposées au gouvernement illégitime de M. Abhisit en manifestatant plusieurs reprises. Les Chemises rouges sont devenues le plus grand mouvement populaire en Thaïlande. Dans le même temps, la société thaïlandaise s’est divisée en deux camps les Chemises jaunes et les Chemises rouges. Le dernier grand rallye des Chemises rouges du 12 mars au 19 mai 2010, a été écrasé par l’armée, entraînant 91 morts et 2000 blessés et 400 arrestations. Néanmoins, le parti politique qu’ils soutiennent, le Pheua Thaï, a remporté la majorité absolue lors des dernières élections générales du 3 Juillet 2011 ; Ms.Yingluk Shinawatra est devenue la première femme Premier ministre de Thaïlande. Suite à l’implication politique du Conseil royal privé, dont le président escorta la junte militaire pour une audience avec le roi, à minuit il y a 5 ans, il y a eu beaucoup de critiques contre l’aristocratie y compris la monarchie qui n’avait jamais vu auparavant. En conséquences, des centaines de personnes ont été inculpées et arrêtées pour avoir violé la loi de lèse-majesté, l’article 112 du code pénal thaïlandais.

De plus, les Thaïlandais ont souvent entendu les rumeurs d’un nouveau coup d’Etat. Plus important encore, la crise politique qui a existé pendant plus de cinq ans se poursuit. Les gens dans la haute société, et ceux de la classe moyenne qui ne croient pas en la démocratie, et qui méprisent les partis politiques et les politiciens, ne sont pas près de respecter la volonté du peuple. Ils n’acceptent pas la défaite de la dernière élection générale et unissent leurs forces contre le gouvernement de toutes les manières qu’ils peuvent – pacifique ou violente, ouverte ou clandestine–, appelant même à un coup d’Etat.

Cette confrontation ne peut plus être catégorisés comme un simple conflit entre les partisans ruraux de Thaksin et de l’élite fortunée de Bangkok. Elle est devenue une lutte socio-politique et idéologique entre ceux qui luttent pour la démocratie et ceux qui ont intérêt à maintenir le statu quo autocratique. Il ne peut y avoir aucun doute que la Thaïlande doive aller au-delà de la violence et œuvrer à la réconciliation nationale. Pour une solution politique immédiate, la Thaïlande a besoin d’une Commission pour l’observance de l’état de droit et d’une Commission indépendante Vérité et Réconciliation. Le nouveau gouvernement doit avoir une politique d’amnistie claire pour toutes les victimes de persécution politique et le Parlement doit s’impliquer dans l’élaboration d’une nouvelle Constitution démocratique.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°° M. Jaran Ditapichai, ancien Commissaire national des droits de la Thaïlande, a été impliqué dans les mouvements populaires pour la démocratie et des droits humains depuis 40 ans. Avant le 14 Octobre 1973, il était un leader étudiant et promoteur de la démocratie contre les gouvernements militaires thaïlandais. Après le meurtre de masse des étudiants le 6 Octobre 1976, il rejoint le mouvement révolutionnaire dans les campagnes. Au cours des 20 dernières années, il a été un défenseur des droits humains. Il a été arrêté au Myanmar en août 1988 pour avoir défendu la démocratie. Maintenant, il est un dirigeant du Front uni pour la démocratie contre la dictature (UDD) et est sous le coup de 2 mandats d’arrêt.

Jaran Ditapichai


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