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Pour un développement intégral de la personne

Lily Razafimbelo (Madagascar)

JPEG Dirige le Centre d’information et de documentation scientifique et technique, rattaché au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Depuis le début de la crise politique que vit le pays en janvier 2009, elle s’est impliquée, au titre du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes, dans la recherche de solutions consensuelles, inclusives et pacifiques de sortie de crise.
Elle est membre du Conseil d’administration du Centre Lebret-Irfed pour la région Afrique.


Que retenez-vous aujourd’hui de l’enseignement du père Lebret ?
En quoi cela est pertinent dans votre action ?

Le premier enseignement de Lebret, pour moi, c’est cette vision, cet appel, cette incitation à toute personne, quelle que soit sa foi, à voir la personne comme un acteur fondamental dans le processus de changement et de transformation de la société vers une société plus humaine. Selon la formule de Lebret, il s’agit de permettre « le passage d’une société moins humaine à une société plus humaine ».

Le contexte, à Madagascar et en Afrique, me donne l’impression, depuis plusieurs décennies, d’un monde qui ne regarde pas la personne humaine comme un acteur de développement, de transformation, de promotion d’elle-même et de ceux avec qui elle évolue, comme un acteur de son propre développement et de celui des autres.

Le deuxième enseignement du père Lebret, qui est pour moi fondamental et qui est lié au premier, est la notion de développement intégral de la personne. Il s’agit de ne pas prendre en compte seulement les besoins matériels, mais bien de considérer la personne dans son intégrité, à la fois physique, morale, économique, politique et culturelle. Ce sont ces enseignements qui doivent nous interpeller aujourd’hui ; on a trop tendance à réduire les personnes et leur développement au cadre économique, pour ne pas dire « économiste ».

Le troisième point est le suivant : le développement est un processus, une démarche à laquelle la pensée Lebret nous appelle. Il y a toujours des moments de combat plus forts, mais la lutte reste permanente, pour ne pas accepter les choses en l’état et ne pas baisser les bras.

Finalement, les enseignements du Père Lebret vont dans le sens d’une éthique du développement. Il ne s’agit pas d’une formule miracle. Personnellement, j’ai toujours suivi la démarche « regarder, discerner et analyser, agir et transformer » ; et la pensée Lebret m’a conforté.

Autre élément : le développement se fait avec les autres et il faut rechercher les causes véritables des situations, celles qui sont les sources des problèmes (au niveau structurel, comme au niveau humain). La pensée Lebret m’aide beaucoup à être rigoureuse dans cette démarche.

Si vous deviez vous définir comme un héritier de Lebret que diriez-vous ?

Je revendique cet héritage du Père Lebret, cette pensée, cette vision, même si « ce n’est pas dans l’air du temps ». Le contexte politique et économique actuel me conforte dans cet héritage, qui met la personne humaine au centre de toutes les actions. Pour moi, cela part de l’action catholique. Lebret, lui, apporte une démarche vers l’action. Les outils qu’il a développés servent à aller vers l’action : l’outil de la recherche-action permet de se fondre dans cette dynamique.

En quoi votre action change-t-elle les réalités sur le terrain ?

Sur le terrain, même si les choses évoluent lentement, il faut initier des actions, collectivement, dans le cadre d’une dynamique Lebret. J’ai d’autres influences, bien sûr, mais Lebret m’a inspiré dans d’autres actions ailleurs et avec d’autres personnes. Avoir cette rigueur dans l’action m’a beaucoup aidé, mais a aussi aidé ceux avec qui je travaille.

Cette démarche amène les gens à être moins passifs, à regarder les situations, à les affronter et ne pas les accepter quand on estime que les choses ne vont pas vers le bien commun, vers le développement de tous. Je pense tout de même que mes actions ont changé les personnes. Par exemple, lorsque nous avons mis en place la Commission nationale d’observation des élections, tout le monde doutait de ce projet. Pourtant nous avons réussi à mobiliser les gens, et aujourd’hui, ce mouvement mobilise plusieurs milliers de personnes.

De même, le mouvement des femmes que nous avons initié s’inscrit également dans cette dynamique qui consiste à rendre les personnes actrices de leur avenir, de leur développement. Ici aussi, c’est parti de la même démarche. Quand je regarde autour de moi la situation des femmes, je vois que, même si nous sommes privilégiés à Madagascar par rapport à d’autres pays du continent, il y a tout de même des situations qui ne sont pas acceptables. Il faut chercher quelles sont les causes et mettre en place des solutions : le mouvement pour la participation des femmes dans les sphères de décision est une avancée. Cela ne concerne pas seulement les "intellectuelles", cela arrive aussi sur le terrain, comme par exemple les femmes des quartiers, qui sont présidentes de la structure de quartier ou deviennent maires. On avance petit à petit… Il ne s’agit pas de transformation "spectaculaire" ou facilement mesurable, en tonnes de sacs de riz par exemple. C’est un processus qui amène les gens à la prise de conscience.

De même, concernant l’Observatoire, avec la mise en place d’une plateforme de prévention de la sécurité chimique, des gens de quartier et de gros industriels se font face, mais ils arrivent à discuter ensemble des modalités de mise en place des mécanismes de surveillance de la sécurité chimique. Certes, c’est un processus difficile, je ne dis pas que le problème se résout instantanément, mais une dynamique est enclenchée. C’est en cela que la démarche Lebret m’a beaucoup aidé.

En quoi les partenaires du réseau sont importants pour vous ?
Qu’aimeriez-vous faire ensemble ?

Pour moi, avoir des partenaires dans un réseau international, c’est essentiel, c’est fondamental.

Tout d’abord, parce que cela rassure de savoir que d’autres sont en mouvement dans la même dynamique, surtout dans un monde où un cadre que l’on considère comme imparfait est imposé.

Ensuite, ce qui me semble très important, c’est la possibilité d’échanger, d’écouter les autres. Cela permet de se resituer, de faire une relecture de son action. Il s’agit d’autres personnes

qui vivent dans des contextes bien précis dans des lieux bien précis et non quelque chose d’abstrait. C’est quelque chose de concret, qui a prise sur des réalités concrètes.

Dans un monde globalisé, on ne peut pas vivre isolé. C’est d’autant plus important pour moi qui suis à Madagascar, une île. Il me semble fondamental d’être en lien avec d’autres personnes en d’autres lieux. Il s’agit d’un réseau qui rassemble des gens différents, qui agissent dans des réalités différentes, et pourtant, qui parlent le même langage.

Je suis toujours étonnée de voir les difficultés rencontrées pour trouver des partenaires financiers. Le monde vit à l’envers ! Pourquoi est-ce si dur de faire financer ce genre de mise en réseau ? Même pour les initiatives que nous avons établi sur le terrain, nous avons du mal à trouver des partenaires financiers. Selon eux, cela ne rentre pas dans un cadre défini, il faut des résultats tangibles, palpable et mesurables. La vraie vie c’est pourtant d’essayer, de se casser la figure… L’échec permet aussi de relire son action, de la redéfinir, de repartir sur d’autres bases. Bien sûr, un cadre est nécessaire, mais c’est un changement qu’on initie, c’est un processus. Revenons à cette politique nationale de la sécurité chimique que nous avons élaboré. Nous travaillons sur le document lui-même, avec tous les acteurs, depuis 4 ans. Le texte est passé en lecture et relecture devant les ministères… mais il n’est pas encore sorti ! Et la crise [ndlr : crise politique à Madagascar depuis 2009] a encore retardé le processus… Il s’agit en effet d’un processus très long, et le texte n’est pas encore sorti. Mais cela a permis de faire prendre conscience aux gens de cette nécessité. Les gens ont travaillé dessus, c’est désormais à nous de faire en sorte que l’on puisse aboutir à l’adoption de ce texte.

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Ce que j’aimerais faire avec mes partenaires du réseau, c’est tout d’abord continuer à échanger, mais surtout concrétiser ces échanges dans des actions communes. Le travail avec Lawrencia Kwark va permettre d’aboutir à un projet commun. L’objectif de nos actions à tous, membres du réseau, est de transformer des structures, des mécanismes, transformer la mentalité des gens, de renforcer leurs capacités. Quels que soient les thèmes, je pense que nous convergeons tous vers cela. A partir de nos actions diverses mais qui convergent vers une même vision commune, nous devons construire un projet commun.

Par exemple, lorsque nous avions réalisé le travail sur les indicateurs de développement, il y avait eu une enquête préliminaire [dans différents pays], et les résultats avaient été diffusés auprès de plusieurs instances dans le but d’influencer les décisions : un vrai travail de lobbying. L’intérêt de réseau est de faire connaître des actions de transformation des structures, de la société ! Par exemple : des actions d’enquête, dans une dynamique de Recherche-action, mais aussi une diffusion large !

Pour des projets communs au sein du Réseau, il ne s’agit pas forcément que tout le monde soit impliqué en même temps. Il est possible de réaliser des actions par 2 ou par 3 en fonction des intérêts communs. Par exemple, Luis Carrizo du Centro Latino-americano de Economia Humana (CLAEH) pourrait échanger avec la filière de sciences sociales dans laquelle je suis impliquée à Madagascar.

Lebret aujourd’hui, en une formule, c’est quoi ?

Pour moi, la pensée Lebret est un appel à entrer dans une dynamique, une démarche de transformation personnelle et collective des mentalités mais aussi des structures qui empêchent d’être pleinement humain. Il s’agit pour moi d’une dynamique de spiritualité, au sens large ; il s’agit de considérer la personne humaine, sa possibilité de s’épanouir.


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