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Vers une seule humanité

L.A. Samy (Inde)

JPEG Directeur exécutif de l’AREDS (Association of Rural Education and Development Services) fondée il y a près de trente ans dans le Tamil Nadu, dans le sud-est de l’Inde.
Il est également membre du Comité d’aménagement du territoire du district et représentant auprès d’un réseau d’ONG, le Forum pour les livelihood rights du Tamil Nadu.
Il est Vice-président pour l’Asie du Centre Lebret-Irfed.


Que retenez-vous aujourd’hui de l’enseignement du père Lebret ?

C’est l’humain qui est au centre de tout développement. Le développement avec un visage humain : voilà le message qui nous guide, voilà le défi que nous cherchons à relever dans chacune de nos actions, chacun de nos programmes.

En quoi cela est pertinent dans votre action ?

Regardez le logo d’AREDS qui énonce clairement notre vision et notre rêve : « Vers une seule humanité ». Cela veut dire que chacun d’entre nous est d’abord et avant tout une personne humaine. Toute autre dimension est une identité secondaire qui devrait contribuer, au travers d’une transcendance du matériel et du temporel, à réalise cette identité première. Seules les initiatives collectives et centrées sur la personne mèneront à un développement soutenable de tout l’homme et de tous les hommes. Et pour cela, il faut qu’ils soient reconnus, mis en relations et soutenus par des réseaux de partenariat global.

Si vous deviez vous définir comme un héritier de Lebret que diriez-vous ?

Être héritier de Lebret, pour moi, c’est faire en sorte que mes actes et mes actions réalisent et renforcent ce message : la personne humaine est au cœur du développement.

En quoi votre action change-t-elle les réalités sur le terrain ?

Comme vous le savez, en Inde, et particulièrement dans l’Inde rurale, le système des castes est une négation de la possibilité de chaque personne à exercer ses droits économiques, sociaux et culturels. C’est la négation même de la dignité humaine. Ce système doit être démythifié, au travers d’une éducation « conscientisante » mais aussi d’actions et d’expériences de vie collectives.

D’où notre stratégie d’action et nos objectifs : renforcer l’éducation et l’organisation des groupes les plus vulnérables, Dalits, travailleurs non organisés, femmes. AREDS a mis en place des programmes et des projets qui leur permettent d’acquérir collectivement une « expérience de réussite » et de rompre avec la croyance qu’ils sont nés pour être les perdants et que rien de changera dans leur vie.

D’où notre affirmation stratégique : « Si les petites gens se réunissent, consciemment, en grand nombre et de manière organisée collectivement, alors ils peuvent créer un autre monde ».

Quelques-uns des résultats de nos actions et programmes ? Il y a eu le démarrage d’un mouvement de femmes, qui compte aujourd’hui 25 000 membres dont 70% de Dalits. Et aussi le Mouvement pour la prise de conscience des droits des Dalits ; l’Union des travailleurs du secteur informel ; le Mouvement des étudiants ; le Mouvement de développement rural… D’autres initiatives sont autant de réussites majeures sur le terrain : fermes collectives gérées par des femmes ; changements dans l’accès aux emplois par une remise en cause des critères traditionnellement liés au système de castes ; implication croissante des femmes dans les questions de gouvernance et accès à des postes de prise de décision politique…

En quoi les partenaires du réseau sont importants pour vous ?

Pour faire évoluer de façon significative le paradigme du développement, basé sur l’hypothèse d’un trickle down automatique (l’économie trickle-down part de l’hypothèse qu’en baissant les charges et les impôts pour les plus riches, il y aura des retombées économiques positives pour l’économie, y compris les classes sociales défavorisées ; NDLR), il faut analyser et étudier de façon critique tout ce qui, dans ce processus de développement, laisse de côté les populations les plus pauvres. Pour remettre en question ce modèle, il faut non seulement des recherches académiques mais aussi des programmes alternatifs de développement intégral de tout l’homme et de tous les hommes. Ces expériences sont souvent petites, à la fois en taille et en nombre de personnes concernées, et cela conduit à un sentiment d’isolement et d’éparpillement. Relier entre elles ces petites initiatives isolées leur permet de s’inscrire dans une force collective et un sentiment d’unité. C’est un formidable coup de fouet pour le moral ; cela donne du courage pour continuer.

C’est ce qu’a réalisé AREDS au cours de ses 30 ans d’expérience. Ses plus grandes réussites se doivent à la création de réseaux et d’alliances, à des actions collectives de lobbying et des campagnes autour de thèmes précis afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il change de politique et retire certains programmes. Travailler ensemble est non seulement une force due au nombre, mais aussi une stratégie de mise en commun et de partage des consensus et des ressources. Par exemple, AREDS a été à l’origine de la création, au niveau du district, de SWATE (une organisation de femmes), DRALM (une organisation de défense des droits des Dalits), TTSM (un mouvement pour jeunes étudiants et adolescents) et PDM (un mouvement de jeunes pour le développement de leurs villages). A leur tour, ces organisations ont créé des réseaux plus larges aux niveaux de l’État et du pays : Alliance nationale Mouvement des peuples, Campagne nationale pour les droits humains des Dalits, Alliance nationale des organisations de femmes, Mouvement pour le droit à la terre des Dalits. SWATE vient de lancer un mouvement politique, le Front des femmes, qui a présenté des candidates aux élections parlementaires de l’État et du pays.

Qu’aimeriez-vous faire ensemble ?

En tant que partenaires du réseau international Lebret, nous avons participé et conduit de nombreuses actions collectives, sous forme de séminaires et d’ateliers internationaux. Cela a eu un impact certain sur la pensée et l’impulsion de diverses alternatives de développement, telles que « Développement et spiritualité », « Economie humaine », etc. La plupart des partenaires sont engagés, à leur façon, et contribuent, à leur échelle, à la construction de ces alternatives. La priorité du moment est de consolider nos efforts et de nous donner les moyens d’obtenir des résultats. Il nous faut travailler sur les thèmes émergents tels que gouvernance, sécurité alimentaire et agriculture, nécessité de vivre en harmonie… Nous, partenaires qui enracinons nos convictions et nos engagements dans l’esprit et la spiritualité de Lebret, devons nous retrouver au sein d’un collectif, travailler autour de préoccupations communes et ainsi contribuer au dialogue global.

Lebret aujourd’hui, en une formule, c’est quoi ?

Un besoin et un défi : « Heureux ceux qui rêvent et qui sont prêts à payer le prix pour que leurs rêves deviennent réalité » (Cardinal Leo Jozef Suenens).


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