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Réfléchir ensemble

Achille Biffumbu (Congo)

JPEG Technicien de développement rural dans la région du Kivu, en République démocratique du Congo.
Actuellement, il accompagne des organisations pygmées et d’autres communautés autochtones.
Depuis 2007, il lance le projet Bushengwa, alternative à la formation pratique des jeunes ruraux puis commence en 2009 la création de la Ferme agro-écologique (FEAGE).


Que retenez-vous aujourd’hui de l’enseignement du père Lebret ? En quoi cela est pertinent dans votre action ?

Ce que je retiens de l’enseignement de L.-J. Lebret c’est qu’il a touché la sensibilité des problématiques qui sont toujours d’actualité et notamment l’importance de la dimension humaine, dans différents secteurs, dans différents domaines de la vie. Il m’est très important de m’actualiser par rapport à tout ce que Lebret a dit il y a plusieurs années et qui trouve toute sa justification aujourd’hui encore : la notion de personne humaine est vidée de son sens dans beaucoup de choses qui se font actuellement.

Si vous deviez vous définir comme un héritier de Lebret que diriez-vous ?

Je ne me considère pas seulement comme un héritier, mais plutôt comme un co-héritier du Père Lebret car je ne suis pas le seul à partager son patrimoine, tout ce qu’il nous a légué. Je ne suis pas le seul à partager les préoccupations qui ont fait l’objet de son combat durant tant d’années. Je me sens plutôt membre d’une fratrie de co-héritiers qui sont encore sur le front de la solidarité et qui luttent pour un monde plus humain. Je ne me sens pas isolé, au contraire, je fais partie d’une famille, d’un réseau, je suis avec d’autres personnes qui partagent la même vision. C’est important car on a toujours le souci de partager sa pensée, de se redéfinir, de s’actualiser et de bien cerner les problématiques du moment.

En quoi votre action change-t-elle les réalités sur le terrain ?

Si je prends l’exemple de l’actuelle crise alimentaire et agricole, sur le terrain d’action où je me trouve, il y a non seulement des problèmes environnementaux, mais aussi une grande préoccupation pour les plus faibles, les paysans les plus petits, qui sont confrontés au problème du foncier face aux grands propriétaires terriens mais aussi face aux multinationales : la terre fait l’objet de convoitises et s’oriente vers ceux qui ont le plus de moyens. Les plus petits, les petits paysans sans voix, sont oubliés. Voici un exemple concret de tout ce qui fait l’enseignement de Lebret : dans le contexte où j’évolue, la terre a tendance a ne plus être un patrimoine commun mais quelque chose qui reste entre les mains d’une poignée de personnes au détriment des plus petits, des sans voix.

Ma démarche s’articule autour de la collectivisation des problématiques : à travers les petites actions que nous menons, moi et mes collaborateurs, nous voulons arriver à une réflexion collective. Nous voulons aussi pouvoir partager des valeurs promotrices d’une solidarité autour de questions telles que le désarroi de la jeunesse rurale, les petits paysans ou encore les femmes paysannes qui sont victimes de toutes les discriminations et qui sont appelées à nourrir les populations, à nourrir la ville, à nourrir les villages. C’est cette démarche-là, la collectivisation de la réflexion autour d’actions bien précises, qui me tient à cœur et qui s’inspire de l’enseignement de Lebret. En effet, nous faisons appel à la recherche-action autour de petites activités ponctuelles, mais qui nous mènent à une réflexion qui elle-même nous amène à pouvoir nous positionner, à pouvoir nous définir dans le monde tel qu’il est aujourd’hui et à prendre des engagements vis-à-vis de tout cela.

En quoi les partenaires du réseau sont importants pour vous ?

Le fait de pouvoir collaborer avec les partenaires du réseau international est sans conteste un avantage. Chacun travaille sur des terrains différents avec des réalités différentes, mais beaucoup d’éléments vont dans le même sens, nous partageons certaines problématiques, beaucoup des défis identifiés par d’autres rejoignent les centres d’intérêt de mes actions sur le terrain. Le Réseau est un espace qui m’offre des opportunités en termes d’échange : moi aussi je dois apporter quelque chose car peut-être y a-t-il des histoires que j’ai réussi, qui pourraient servir aux autres et inversement, il y a des problèmes que je rencontre et pour lesquels je peux trouver des solutions au sein du réseau. Voilà ce que je tire de cette appartenance au Réseau.

Par exemple, en 2009, nous avons effectué un voyage en Inde, très intéressant, sur la problématique des jeunes à l’heure des crises aujourd’hui. J’ai pu découvrir qu’il y a tout de même une dynamique à développer. Nous-mêmes, en République Démocratique du Congo, nous avons à partager les difficultés de la jeunesse rurale. Face à ces problèmes, nous trouvons les uns et les autres des points de convergence et avons besoin d’espaces pour échanger davantage. Avant de commencer une action directement avec les jeunes, ici, au Congo, il me faut tout d’abord identifier d’autres acteurs, afin d’insérer mes projets dans une démarche collective : par exemple, je sais qu’il y existe un collectif des organisations de jeunes du Congo-Kinshasa, cependant, les activités de ce collectif sont beaucoup plus en milieu urbain et très peu développées en milieu rural. Je pense qu’il y a tout de même une porte d’entrée pour pouvoir amener la même réflexion qui a lieu dans les villes vers les villages, il y a des jeunes villageois qui doivent tisser des relations avec les jeunes qui sont en ville afin de trouver des solutions, de créer des espaces d’échange, pour, peut-être même, susciter une attraction de jeunes des villes vers les villages en inverser la lourde tendance actuelle ; on peut commencer par essayer de ramener certains jeunes de la ville au village pour qu’ils échangent les uns avec les autres. Il s’agit de l’une des orientations de notre démarche à la Ferme-Ecole Bushenga. Il faut que nous arrivions à orienter la production agricole des jeunes au village : on peut notamment trouver des canaux de commercialisation de ces produits à travers une organisation amie de jeunes habitant la ville. C’est une idée qui nous est venue et que nous voulons matérialiser avec la ferme école.

Qu’aimeriez-vous faire ensemble ?

Nous avons plusieurs pistes de collaboration au sein du Réseau international Lebret, il ne reste qu’à structurer et enrichir les éléments qui doivent s’adapter au contexte actualisé du terrain. Nous devons ramener tout cela et en discuter avec les autres, à travers des rencontres, des échanges par mail. Il y des centres d’intérêts communs, des points communs, des points similaires à être discutés dans le réseau. En plus de cet espace d’échange, le réseau doit servir à mutualiser les compétences. Il y a des compétences que nous avons chez nous, qui, peut-être, manquent en Inde ; il y a peut-être des expériences d’Haïti qui manquent chez nous. Le réseau est un bon cadre pour pouvoir capitaliser tout cela.

Lebret aujourd’hui, en une formule, c’est quoi ?

Finalement, Lebret est plus qu’une formule, il est pour moi une recette, une thérapie aux défis mondiaux d’aujourd’hui. Tout ce que nous a légué Lebret, tout ce qu’il a fait, et tout ce qu’ont fait les acteurs qui l’ont connu est pour moi une issue. Ce n’est pas un coup de baguette magique mais j’y vois tout ce qu’il faut pour affronter les défis d’aujourd’hui.

Mon action se situe dans la République Démocratique du Congo, dans une région de grands lacs, une région qui a traversé des conflits, qui connaît des problèmes autour de ses ressources naturelles… Mon action n’est qu’un travail de fourmi dans un lac de problèmes ! Néanmoins, à travers toute la richesse du Réseau et des enseignements de Lebret, j’essaye de m’en sortir et j’espère que mon action fera tâche d’huile.


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