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Au Moyen-Orient

Séminaire à Beyrouth (Liban), Oct. 2003

Voir aussi articles de développement et civilisations
Juillet 08, n°365 - Aux racines sociales des conflits interlibanais. Comment l’absence de politiques de développement social a engendré l’éclatement du pays des Cèdres, René Yerly
Juin 07, n°354 - Un an après la guerre d’Israël au Liban : Mobiliser les forces vives pour la reconstruction du pays, Boutros Labaki
Déc. 06, n°349 - Dialogue interreligieux : Le "bien-vivre-ensemble" face au communautarisme, Fadi Daou


Beyrouth (Liban), Octobre 2003

Séminaire

Contexte

JPEG La date du 11 septembre 2001 représente probablement une date charnière dans la montée en puissance d’une méfiance réciproque entre populations chrétiennes et musulmanes. Ce séminaire s’est donc situé dans le contexte général de la montée des fondamentalismes dans le monde et dans le contexte particulier de la guerre en Irak. De fait, près de 95% des musulmans appartiennent au « Sud » et/ou composent une partie importante des populations immigrées dans les pays du « Nord ». En bien des endroits, chrétiens et musulmans vivent ensemble ; ils affrontent les mêmes problèmes liés au sous-développement, à la dépendance, à la pauvreté, à l’injustice sociale et à la dégradation de l’environnement. Et pourtant un grand nombre de pays témoignent de tensions qui prennent la forme de conflits plus ou moins aigus ou larvés entre des populations musulmanes et chrétiennes.

C’est pourquoi aujourd’hui le dialogue islamo-chrétien sur le sous-développement n’est pas matière à option ; il est inextricablement et concrètement lié aux rapports Nord-Sud et souvent Sud-Sud car il touche non seulement les aspects religieux, mais aussi toutes les relations économiques, politiques, sociales et culturelles entre les populations chrétiennes et musulmanes.

La montée des fondamentalismes musulmans et chrétiens rend ce dialogue difficile, mais de plus en plus impérieux car – en dépit des difficultés qu’il présente – il conditionne sans doute l’avenir même de notre planète.

Le projet

Le séminaire qui s’est tenu du 3 au 6 octobre 2003 a réuni, outre une importante délégation de Libanais, des invités d’Iran, Turquie, Syrie, Jordanie, Egypte ainsi que des représentants de d’Europe, Amérique latine, Afrique, Asie.

Les organisateurs

  • Le Centre international Développement et Civilisations - Lebret-Irfed
  • L’Institut libanais de développement économique et social (ILDES)

Les suites

Les responsables de l’ILDES ont été sollicités par les participants des autres pays de la région en vue de maintenir le contact entre eux afin de poursuivre leurs échanges. Un réseau régional devrait émerger à la faveur de ces dialogues.

Rapport de presse

Le Palais de l’UNESCO à Beyrouth a accueilli du 3 au 6 Octobre, un séminaire international sur le sujet : “Dialogue des civilisations et développement des peuples”

Des invités à ce séminaire viennent de 18 pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Nord et du Sud : Philippines, Indonésie, Inde, Iran, Turquie, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Palestine, Egypte, Ethiopie, Russie, Autriche, Suisse, France, USA et Uruguay.

Les participants invités sont des acteurs de transformation sociale : dirigeants d’ONG de développement, de services sociaux, de formation de jeunes de centres de recherches sociales, d’organisations de défense des droits, et de promotion de populations marginalisées (intouchables, femmes, enfants, handicapés, minorités), de leaders d’organisations féminines, de professeurs universitaires, de chercheurs, d’écrivains… Ce séminaire se situe dans le contexte de la montée des fondamentalismes dans le monde. En effet depuis les événements du 11 septembre 2001, le christianisme et l’islam sont comme poussés à se ressentir comme des menaces réciproques. Or, près de 95% des musulmans appartiennent au “Sud” ou/et composent une partie des populations immigrées dans un certain nombre de pays du Nord. Les musulmans sont une partie importante du “Tiers monde”, des pauvres du sud de la planète ; et les pays industrialisés qui ont dominé ou dominent encore le Sud sont dans leur majorité des pays au moins de tradition chrétienne. Dans bien des pays dits du “Tiers monde”, chrétiens et musulmans vivent ensemble. Ils affrontent les mêmes problèmes liés au sous-développement, à la dépendance, à la pauvreté, à l’injustice sociale et à la dégradation de l’environnement. C’est pour cela aussi que leurs représentants ont souvent des positions voisines dans des conférences internationales. Le dialogue islamo-chrétien est inextricablement et concrètement lié aux rapports Nord-Sud et souvent Sud-Sud.

Le dialogue islamo-chrétien sur le sous-développement n’est pas matière à option ; il est nécessaire car – en dépit des difficultés qu’il présente – il conditionne sans doute l’avenir même de notre planète. La montée des fondamentalismes musulmans et chrétiens rend ce dialogue difficile, mais de plus en plus impérieux. Un grand nombre de pays témoignent de tensions qui prennent la forme de conflits plus ou moins aigus ou larvés entre des populations musulmanes et chrétiennes. Malgré/ou en raison même de ces difficultés, ce dialogue est encore plus nécessaire et plus urgent, car il touche non seulement les aspects religieux, mais aussi toutes les relations économiques, politiques, sociales et culturelles entre des populations chrétiennes et musulmanes d’un même pays.

Le « dialogue des civilisations » est avec le « développement des peuples » l’un des deux thèmes majeurs ayant rempli l’existence de L.J. Lebret et motivé son œuvre. Les textes de Louis Joseph Lebret datant des années 60, relus aujourd’hui sont d’une prémonition surprenante. Sans dialogue entre les civilisations, pas de paix, pas de développement. C’est pour cela que l’ILDES (Institut Libanais de Développement économique et social) et le Centre Lebret ont entrepris une initiative intitulée « Développement des peuples et dialogue des civilisations ». Cette initiative vise à promouvoir un dialogue entre des acteurs de développement et de changement social sur le terrain (ONG, et autres), sur le thème des rapports entre le dialogue des civilisations et le développement des pays du Sud.

L’ILDES est une ONG libanaise fondée il y a plus de 15 ans, qui œuvre au retour des déplacés des guerres du Liban (1975-1990) dans leurs régions d’origine, cela afin, entre autres, de régénérer le tissu social multicommunautaire du Liban et de développer les régions de retour. Le Centre Lebret est un Centre international basé à Genève et Paris qui regroupe plusieurs dizaines d’associations, de centres de recherches et de personnalités sur les cinq continents, et qui cherche à promouvoir un développement humain solidaire dans la mouvance de Louis Joseph Lebret (économiste et humaniste qui avait travaillé pendant des décennies au milieu du siècle passé à promouvoir ce type de développement en Europe, en Asie, en Afrique Sud Saharienne et en Amérique Latine) que les organismes des Nations Unies ont repris à leur compte dernièrement.

Le premier séminaire de cette initiative s’est tenu à Beyrouth au Palais de l’UNESCO les 3, 4, 5, 6 Octobre 2003.

Il sera suivi d’une série de séminaires du même type en Indonésie, en Inde, au Congo, en Autriche et aux États-Unis, avec un colloque international au Liban pour clôturer cette initiative.

Le séminaire s’est ouvert le Vendredi 3 Octobre par une série d’interventions des organisations libanaises (Institutions de l’Imam Al Sadr, Centre de Recherches Imam Al Sadr, Fédération Libanaise pour les Handicapés, Organisations druze de protection sociale, Centre du Développement et du Dialogue, Maison Libano-Russe, Association de Développement Agricole et Rural, Association d’entraide professionnelle, Institut Libanais de Développement économique et Social). Ces organisations libanaises ont exposé leur activité dans la société plurale du Liban en soulignant comment elles affrontent et traitent les problèmes dérivant de la pluralité de la société libanaise : Cette session était présidée par Fanta Wolde Michael coordinateur du M.A.I.N (Micro finance African Institutions Network). Un débat a suivi ces présentations avec interventions des participants libanais et des autres pays.

La seconde session a été consacrée aux expériences d’autres pays du Proche et Moyen Orient (Egypte, Jordanie, Turquie, Iran) suivis d’une discussion avec interventions diverses. Cette session était présentée par Joseph Pampalk d’Europahaus, d’Autriche.

Le Samedi 4 Octobre, la matinée a été consacrée aux interventions des participants des autres régions du monde (Ethiopie, Autriche, France, Inde, Indonésie, Philippines, Russie, Suisse, Uruguay, USA). Leurs interventions ont porté sur la manière dont sont vécues les relations interculturelles en liaison avec le développement dans leurs pays. Une discussion a suivi.

La séance était présidée de Amina Zohbi, présidente de l’Union des Femmes de Jordanie.

L’après midi fut consacrée à une visite au Chouf (Beiteddine et Deir El Kamar, entre autres).

Le Dimanche 5 Octobre, le séminaire a démarré sur une synthèse des deux premières journées présentée par Fernand Sanan, président de l’AEP (Association d’entraide professionnelle) – Liban.

Le Président Abdurrahman Wahid, ancien président de la République Indonésienne s’est adressé aux participants exposant ces vues et ses expériences sur le dialogue interculturel en général et sur le dialogue inter religieux en particulier, centrant son intervention sur le cas indonésien. Le président Abdurrahman Wahid qui avant de présider aux destinées de son pays dirigeait l’Association Nahdatul - Ulama organisation musulmane indonésienne comptant soixante millions d’adhérents, dans le plus grand pays musulman du monde, et le quatrième pays de la planète du point de vue population.

Son intervention fut marquée d’une ouverture humaine et religieuse sur les autres religions (hindouisme, bouddhisme, christianisme catholique et protestant et autres) et de courageuses positions concernant ses conceptions de l’Islam et du monde contemporain (Indonésie, Inde, Asie du Sud, Irak, Palestine, fondamentalisme, liberté religieuse, polygamie). La séance dirigée par Boutros Labaki président de l’Institut Libanais de Développement économique et social (ILDES) s’est terminée par une longue discussion entre le président Wahid et les divers participants.

La séance du Dimanche 5 Octobre après midi, présidée par Sergio Regazzoni Directeur du Centre Lebret fut consacrée aux perspectives pour la poursuite du travail sur le thème de ce séminaire au Liban, dans les Proche et Moyen Orient et dans le monde.

La dernière journée : Lundi 6 Octobre fut une journée publique consacrée à l’actualité de la pensée de L.J. Lebret au Liban. La première séance dirigée par Khalil Abou Rjeily administrateur de l’ILDES accueille les témoignages de personnalités libanaises ayant eu des responsabilités dans le domaine du développement durant la période (1960-1964) au cours de laquelle la mission IRFED dirigée par le Père Lebret étudia la situation socio-économique du Liban et produisit le fameux rapport IRFED sur les « Besoins et possibilités de développement du Liban » et le Plan de Développement en 20 volumes.

Ce sont succédés le Professeur Gabriel Keikati architecte conseil de la Mission IRFED, Dr Malek Basbous, président du Plant Vert, Dr Jean Mourad, conseiller à la présidence, puis Directeur de l’Office national de l’emploi, Mr Moussa Gédéon, de l’Office de Développement Social puis Directeur Général de l’Office National de l’Emploi, Monseigneur Grégoire Haddad fondateur du Mouvement Social, Mr Adnan Aitour de l’Office du Développement Social, Dr Robert Kasparian Directeur Général de la Statistique, Dr Khairredine Tabbarah des équipes polyvalentes du Ministère du Plan, et Monseigneur Salim Ghazal, Vicaire Patriarcal Grec Catholique et fondateur du Centre pour le Dialogue et le Développement, et du Professeur Youssef Gebahi du même Centre pour le Dialogue et le Développement, et Mr Lameh Mikati du Centre Universitaire de Technologie (Tripoli). Dr Hicham El Hajj ancien membre du Comité Administratif du Plan Vert et ancien dirigeant du Programme Alimentaire Mondial était présent. La seconde session dirigée par Jorge Balbis, représentant de l’Association Latino ,Américaine des Organisations de Promotion (ALOP) en Europe, fut consacrée aux témoignages des différentes régions (Proche et Moyen Orient, Asie, Afrique, Amériques et Europe) sur leurs propres expériences au vu des problématiques vécues au Liban.

Idées force :

Les idées forces de ce séminaire furent :

  1. La justice est une condition pour la paix et le développement
  2. Les causes des conflits sont : la lutte pour le pouvoir et l’accaparation des ressources ; les différences linguistiques et religieuses et les causes externes amplifient les conflits
  3. La vérité dans le discours est nécessaire, le double discours et le double langage sont destructeurs : au niveau de la famille, de l’éducation, de l’écriture de l’histoire.
  4. Le leadership est éminemment important pour éviter le chaos.
  5. Il faut distinguer entre la religion – foi et la religion – identité
  6. Il y a trois catégories de dialogue
    - Le dialogue par la violence
    - Le dialogue diplomatique
    - Le dialogue civilisé qui s’ouvre à l’autre
  7. Il y a un besoin généralisé de redéfinir les valeurs références pour et par les nouvelles générations.

Recommandations :

Elles furent nombreuses et classables en deux catégories sans prétention d’exhaustivité :

Recommandations Générales

  • Nécessité d’un développement décentralisé et non imposé
  • Chaque organisation peut si elle le juge bon, tirer un élément repéré dans ce séminaire pour le mettre en œuvre dans ces programmes
  • Nécessité d’assurer partout et toujours une participation réelle des femmes à la préparation des recommandations et des décisions dans les processus de dialogue de paix et de développement.
  • Nécessité de mettre plus en commun les ressources intellectuelles et matérielles des différents participants.
  • Nécessité de renforcer la coordination entre les organisations motivées par le dialogue et le développement au niveau de chaque pays, au niveau régional, au niveau international.

Recommandations spécifiques

  • Mettre en œuvre des mécanismes permettant de faire profiter le monde de l’expérience libanaise
  • Créer une structure de « Dialogue des Cultures et de Développement », qui pourrait prendre la forme d’une conférence électronique, d’un site web, qui entre autres reflète les résultats de ce séminaire et le lie aux suivants, d’un bulletin électronique : « Dialogue des civilisations et Développement des peuples ».
  • Organiser des conseils interculturels ou inter religieux au niveau municipal et local.
  • Organiser des camps de formation au dialogue, pour les enfants, les jeunes et les femmes
  • Préparer un manuel d’éducation à la paix.
  • La participante Dr Saliha Scheinhardt Sapcioglu écrivain turco-allemande a proposé d’organiser le colloque international de clôture de cette série de séminaires (qui se tiendront, après Beyrouth, en Indonésie, en Inde, au Congo, en Autriche et aux États-Unis) à Istambul, lieu de rencontre des continents, des cultures et des religions.

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