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La place de l'Amazonie au FSM 2009

par Marilza de Melo Foucher

Marilza de Melo Foucher est consultante internationale, spécialisée en développement territorial intégré, durable et solidaire. Docteur en Économie

Dans le vert, vert peur, parmi les pièges,
Dans les lianes, brûlantes des incendies de forêt,
Se pend l’uirapuru,
Dans la clef de son chant.

Paes Loureiro, poète paraense


L’Amazonie a toujours été l’objet d’un intérêt international sous tous les aspects. Elle soulève autant d’attention de l’opinion publique internationale avocate de son intégrité écologique que celle des grandes puissances aux intérêts divers dans cette immense réserve des richesses naturelles. Cette région de dimension continentale a aussi représenté un laboratoire idéal pour démontrer la brutalité du capitalisme avide et prédateur.

Le résultat de la politique « développementiste » et du modèle néo-libéral mis en place en Amazonie, en plus de détruire les écosystèmes ruraux et urbains de la région, va aussi provoquer une explosion de mécontentements, qui au fil des années se sont transformés en une mobilisation sociale de résistance. De fait, l’idéologie néo-libérale a toujours visé la destruction du tissu social et a toujours créé de nouvelles formes de tutelles pour freiner l’avance des mouvements sociaux émergents, à exemple des peuples indigènes de l’Amazonie. Précédemment les Indiens qui vivent sur le territoire brésilien étaient considérés comme des personnes handicapées par la constitution brésilienne.

La reconnaissance, par la Constitution fédérale, des organisations sociales des Indiens, a été faite de manière très lente et suscite encore aujourd’hui des controverses. Ce constat est révélateur de la discrimination logée dans le conscient et le subconscient de la société brésilienne. Rompre avec la perspective intégrationniste et assimilationniste de la législation brésilienne, représente jusqu’aujourd’hui des divergences entre deux courants qui, malheureusement, en plein XXIème siècle, perdure encore. On considère les Indiens comme une catégorie ethnique et sociale transitoire, condamnée à la disparition, puisqu’ils empêchent le progrès, outre qu’ils mettent en péril la sécurité des frontières !

D’autre courant a ouvert à beaucoup de décennies, un espace de débat national plus élargi au sein de la société brésilienne sur des questions qui sont restées beaucoup d’années invisibles ou que ne réveillaient pas des intérêts, ou simplement étaient ignorées, faute d’informations ou d’éducation sur les droits humains. Ce courant a combattu la dictature, beaucoup se sont exilés, d’autres sont devenu clandestins et résistants et ont participé activement à l’émergence d’une nouvelle société civile qui a réussi, après beaucoup de luttes, à peser sur l’agenda politique brésilien. Ainsi ce courant va contribuer à l’élargissement des débats sur la question environnementale, la question ethnique, sexuelle et le droit des populations traditionnelles et des peuples indigènes d’avoir l’usufruit des richesses nationales du sol et la possession permanente de leurs terres. Cette reconnaissance signifie aussi le droit des peuples indigènes d’avoir une participation active dans les espaces où sont prises des décisions qui les concernent.
Les héritiers d’Ajuricaba, chef indigène dans la résistance aux Portugais, et du Cabanos sont les meilleurs défenseurs des richesses naturelles de l’Amazonie, de leur biodiversité et de la conservation de leurs frontières, après tout ils continuent à en être les gardiens naturels de cet espace d’espoir !

Les forces vivantes de l’Amazonie représentées au FSM

Ce Forum social mondial va voir jaillir la vitalité, aujourd’hui, du tissu social en Amazonie. Il existe en Amazonie brésilienne de fortes présences d’identités collectives organisées dans de petites associations, s’exprimant dans les mouvements sociaux et organisations communautaires militantes. Ces organisations sociales ne sont pas seulement réactives, il y a beaucoup d’années qu’elles sont dans l’avant-garde de la lutte pour la défense de la biodiversité et de la diversité socioculturelle, avec la capacité de proposer des alternatives politiques compatibles avec les caractéristiques de la région.

Aussi ne faut-il pas être surpris, de la présence d’une intellectualité amazonienne engagée non seulement dans le champ académique et des centres de recherches, mais dans la participation active dans le champ de l’action politique transformatrice. Au-delà d’assurer une production et reproduction scientifique permanente, elle vient en tissant, déjà depuis quelques années, des partenariats avec des institutions non gouvernementales, mouvements sociaux, pastoraux et petites associations actives dans la lutte contre l’exclusion sociale et pour un autre développement en Amazonie. Les centres de recherches, les universités amazoniennes, les associations d’étudiants, les mouvements sociaux, les pastorales engagées comme le CPT, les ONG agissent avec une vision holistique du développement, tel que la FASE née dans les années 60. Avec une étroite collaboration ils font émerger des recherches, des projets, des thématiques nouvelles qui certainement appelleront l’attention des académiciens européens et d’autres continents à s’investir comme eux !
Un exemple, entre autres, est le réseau de Chercheurs et les mouvements sociaux de PNCSA (Projet nouvelle cartographie sociale), qui reçoivent la participation de l’UFPA - Université fédérale - et d’autres universités publiques avec des activités dans toutes les régions du Brésil et avec divers contacts en Colombie, Guyane française, Venezuela, Argentine et pays de l’Europe. (Voir programmation du FSM)

Grâce à cette manière d’agir, la vision sectorielle de la connaissance perd du terrain et en cède à la vision pluridisciplinaire. Les chapelles intellectuelles n’ont plus raison de produire ou reproduire des connaissances dans des circuits fermés, et la socialisation de savoirs et d’expériences s’est imposée dans la région. Cet apprentissage a été un défi permanent, comme la manière de travailler dans des réseaux et d’avoir une articulation au plan local, régional, national et l’international. Ce Réseau maintient des liens étroits avec les mouvements et les associations, appuyant leurs actions, les luttes et les organisations des agents sociaux (quilombolas, indigènes, petits, extracteurs, riverains, pêcheurs, colons, artisans, charbonniers) dont sa vie sociale et le matériel sont menacés par les changements sociaux et environnementaux.

Il faut souligner qu’aujourd’hui, si nous nous arrêtons pour faire un bilan des changements positifs qui ont eu lieu ces dernières années en Amazonie, nous pouvons dire, sans équivoques qu’ils sont arrivés grâce à cette nouvelle façon d’agir et à la pression de ces forces actives de la région. Maintenant ils font de leur diversité socioculturelle leur patrimoine et de l’exercice actif de la citoyenneté une nouvelle conception de la démocratie.

Janvier 2009


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