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Un texte du Comité Pauvreté et Politique

Comité Pauvreté & Politique

Pour une politique juste et efficace mise délibérément au service de l’Homme, à commencer par le plus démuni.

Association loi 1901


12 janvier 2009

Que pouvons-nous souhaiter pour 2009 ?

En vous présentant tous nos vœux de bonheur et de réussite pour la nouvelle année, notre souhait le plus cher est que la réunion du G20 qui se tiendra à Londres le 2 avril 2009 pour redessiner le paysage économique et financier mondial se fixe comme fil rouge au minimum les 5 principes énoncés ci-dessous.

Ils sont cruellement d’actualité.

Commençons par le début. Nous empruntons à Jacques Attali (La crise, et après ?) l’explication cynique de la crise actuelle, sachant que son livre en contient la démonstration rigoureuse, assortie de chiffres (notamment pages 57 et suivantes), et aussi de propositions.

Selon lui, « aux États-Unis, à partir des années 80, la richesse nouvellement créée l’a été de plus en plus accaparée par un petit groupe qui réclamait une rentabilité de 20% sur les capitaux investis, pour l’essentiel en les empruntant à un taux de plus en plus bas. Aujourd’hui les 1% des plus riches américains cumulent 16 % du revenu national, contre 7% en 1948. Les salaires, eux, baissent en valeur relative. Il en va de même dans les autres pays. Faute de salaires suffisants, la classe moyenne américaine et européenne ne pouvait plus consommer.

Pour préserver le fonctionnement du système capitaliste aux Usa (SANS REMETTRE EN CAUSE LE PARTAGE DES RICHESSES), il fallait pouvoir augmenter la demande, et pour cela pousser les classes moyennes à s’endetter. »
Tout est dit.

C’est bien sciemment que le système économique a été conçu pour augmenter inéluctablement la pauvreté, en accroissant régulièrement les inégalités, et cela depuis plus de 30 ans.

Voilà pourquoi, toutes nos réflexions depuis la création du Comité sont basées sur la nécessité de partir du système économique pour éradiquer la pauvreté. 2009 est magnifique opportunité pour remettre l’économie au service de l’Homme.

La réunion du 2 Avril sera cruciale, d’autant plus que ce qui précède n’est pas contesté. Il suffit de lire les comptes-rendus du colloque sur la mondialisation organisé à Paris la semaine dernière pour s’en convaincre. Les interventions de Jean-Paul Fitoussi, Nicolas Sarkozy, et Angela Merkel, allaient toutes dans le même sens. Notre président a notamment souligné que le système « a également conduit à une précarité des classes moyennes, au triomphe de l’économie de la rente, à un système amoral où la logique des marchés excuse tout, où la production est dépréciée ».

Revenons un instant à nos vœux pour 2009 : que tous les hommes politiques de bonne volonté, que tout les chefs d’entreprise et salariés de bonne volonté, que toutes les associations de lutte contre la pauvreté, que tous les citoyens, fassent pression notamment en Europe pour que les travaux qui sortiront du G 20 le 2 avril prochain ne soient pas un replâtrage, mais une véritable Refondation du système.

Les médias ont un rôle crucial à jouer sur ce point.

Tony Blair l’a bien dit dans le même colloque de la semaine dernière : « la mondialisation a besoin de valeurs ».

Bertrand de Kermel
Président

Ci dessous, les 5 principes que nous avons soumis à l’Elysée en novembre dernier, mais qui n’ont pas été retenus. Nous formulions également 7 propositions (www.pauvrete-politique.com, rubrique : « pauvreté : que peut-on faire ? »)

1 – Reconnaître comme première priorité la lutte contre la faim dans le monde.

Ne pas oublier un instant pendant les débats de cette conférence dite de Bretton-Woods 2, que 930 millions de personnes sur la planète sont touchées par la faim en 2008 (C’est à dire une personne sur six). Les conclusions de cette conférence doivent participer au règlement de ce défi posé à l’humanité.

2 - Constater que les inégalités ne sont acceptables qu’à certaines conditions.

Les inégalités qui se sont développées depuis 30 ans entre les pays et au sein même des pays, sont extrêmement dangereuses pour la paix. Les révolutions n’ont jamais été pensées par les pauvres, mais ceux-ci constituent un merveilleux terreau pour le terrorisme. Les humiliations permanentes, la peur du lendemain, la précarité, la pauvreté et la misère, ainsi que l’absence de tout espoir d’améliorer sa situation et celle de sa famille peuvent conduire n’importe quel individu au pire. Pour le bon équilibre des sociétés, les inégalités ne sont acceptables qu’à certaines conditions. Pour cela, on peut par exemple se référer aux théories de John Rawls. Selon lui, dans un État parfaitement juste, il doit être indifférent de naître avec telles caractéristiques plutôt que telles autres .
Sa théorie repose sur deux principes :

  • le principe de liberté, c’est-à-dire un droit égal pour tous tant que celui-ci n’empêche pas la liberté d’autrui de se réaliser
  • le principe de différence, qui admet que des inégalités sont justes si elles satisfont à deux conditions :
    • elles doivent être liées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, dans des conditions d’égalité équitable des chances ;
    • elles doivent procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société. »

Une société juste doit donc accepter un certain degré d’inégalité au non de l’équité mais, souligne Rawls, ce degré doit être borné par une contrainte : que le revenu (et la position sociale) des plus pauvres s’améliore le plus possible. C’est l’évolution de la situation des plus pauvres qui doit déterminer ce qui est équitable ou non. D’où le fait qu’il y a cinquante ans, les grands patrons américains fixaient des bornes à ne pas dépasser entre les plus gros et les plus petits salaires.

Or, comme le souligne Jean Gadrey dans son livre : en finir avec les inégalités « par un incroyable retournement idéologique qui s’apparente quasiment un hold-up, l’équité en est arrivée à justifier les avantages accordés aux plus riches « dès qu’ils ont des retombées positives pour les plus pauvres ». (quand bien même seraient-elles insignifiantes)

Le SUJET CRUCIAL à discuter le 2 avril est le suivant : comment parvenir à une répartition équitable de la création de richesse dans un environnement mondialisé, où toute contrainte imposée à un acteur économique peut-être contournée par une délocalisation ? Il faut y arriver. C’est LE problème à régler. Il existe des solutions.

3 – Cesser de compter sur la seule croissance.

Reconnaître que la croissance économique est nécessaire, mais qu’elle ne réduit plus mécaniquement les inégalités sociales, et qu’elle dégrade l’environnement, si elle n’est pas accompagnée de mesures correctrices. Admettre par conséquent que le monde ne doit plus être dominé par la finance.

4 – Ne plus accepter comme inévitables (comme une fatalité) les exigences démesurées de certains fonds d’investissements.

Le nœud du problème réside peut-être dans la capacité donnée à n’importe quel fonds d’investissement d’exiger des rentabilités extrêmes, quitte à ce que ces exigences conduisent à la destruction d’un outil économique (une entreprise) pourtant viable. (D’où l’existence des parachutes dorés qui permettent de transformer n’importe quel homme censé en mercenaire, au service de cette cupidité).

5 – Considérer que le système de changes actuellement en vigueur ne permet pas la loyauté des échanges.

Les grandes entreprises multinationales peuvent s’y adapter, en assurance le risque de change ou en spéculant. En revanche, les PME nationales sont touchées de plein fouet par ces actes qui sont de la concurrence déloyale. La facture est naturellement toujours payée par les classes les plus modestes.


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