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Fonds Lebret aux Archives historiques

Dissoute en 2006, l’association Les Amis du Père Lebret a transféré à Développement et Civilisations - Lebret-Irfed ses mandats, y compris la responsabilité et la délivrance d’autorisation de consultation des archives déposées aux Archives nationales :
- fonds du Père Lebret
- fonds de la Fédération française des syndicats professionnels des pêches maritimes (dit "fonds Lamort")
- fonds Delprat

  • Voir description des fonds dans l’onglet "Suggestions aux chercheurs"
  • Pour consulter les fonds déposés au Centre des Archives contemporaines de Fontainebleau, nous contacter

Cartes, diagrammes

Quel développement ? São Paulo, Beyrouth ou le Sénégal vus par les équipes de Lebret

En 2007, nous avons réalisé un inventaire détaillé de plusieurs centaines de cartes et diagrammes originaux. Ces documents complètent les études publiées et répertoriées par l’Association des Amis du Père Lebret dans les fonds Lebret 45AS et Delprat 87AS qu’ils ont rejoints au Centre des Archives contemporaines de Fontainebleau.
Ils permettent de visualiser les étapes du travail réalisé par les équipes de Lebret entre autres au Brésil, en Colombie, au Liban et au Sénégal et qui a abouti à une étude comparative au niveau mondial.

Louis-Joseph Lebret s’était doté d’une impressionnante capacité pluridisciplinaire d’étude et de planification, avec Économie et Humanisme, l’IRFED, la SAGMACS, le CINAM et le SERESA. Leur travail matérialise à la fois un mouvement de pensée et le souci du sens de l’information produite pour la planifications du « développement ».

Le matériel constitue une source inestimable d’information en tant que :

  • état des lieux de la structure, des services et des niveaux de vie des agglomérations urbaines et zones rurales observées dans les années 50 et 60,
  • méthode décrite par Lebret dans son livre. Cette méthode multidisciplinaire est par l’implication des acteurs (pouvoirs publics, secteur privé et populations), le choix des critères et son mode de représentation, une référence pour les chercheurs et techniciens en charge de diagnostics et études qui bénéficient aujourd’hui de l’avantage des SIG et de l’outil informatique.

Suggestions aux chercheurs

Les fonds Lebret, Lamort et Delprat des Archives nationales.
Suggestions pour la recherche.
par Denis Pelletier

in Cahiers des Amis du Père Lebret, N° 11-12, septembre 1995

Suggestions aux chercheurs

Le fonds Lamort
Fédération française des syndicats professionnels de marins - FFSPN

Le fonds Delprat

Le changement dans le catholicisme contemporain

Économie et Humanisme et la modernisation de la société française

Dans le passé, deux articles déjà ont été consacrés à la présentation du Fonds Lebret (45 AS) des archives nationales. Le texte d’Emile Poulat et Colette Bouteloupt faisait suite au classement du fonds et à la rédaction d’un inventaire dont la qualité n’a plus à être soulignée. Plus tardive, mon étude critique s’inscrivait dans le cadre d’une thèse en cours sur Économie et Humanisme. J’y renvoie le lecteur qui souhaiterait une présentation détaillée du fonds 45 AS(1). Ces deux textes peuvent être complétés par l’annexe "Sources" de ma thèse(2).

Pourquoi donc un nouvel article sur un sujet déjà balisé ? Pour deux raisons au moins, la rédaction d’une volumineuse thèse de doctorat sur Économie et Humanisme et l’IRFED, ainsi que d’une douzaine d’articles(3), ne doit pas conduire les universitaires à considérer les archives du père Lebret et de ses collaborateurs comme un domaine désormais fermé à la recherche. D’une part, deux fonds sont venus les enrichir. Il s’agit des archives de Ernest Lamort (50 AS) pour les années trente, et de celles de Raymond Delprat (87 AS) pour une période qui s’échelonne entre 1943 et 1980, avec quelques incursions en deçà et au-delà de ces deux dates. D’autre part, la thèse soutenue en 1992 ne se voulait pas exhaustive quant à l’histoire des mouvements Lebret : elle adoptait en particulier sur la période 1950-1966 une démarche thématique ordonnée à l’émergence d’un tiers-mondisme catholique, ce qui a conduit à évoquer sans les approfondir certains sujets.

Ajoutons enfin que l’historiographie se construit dans un rapport permanent entre le questionnement de l’historien et les archives. Voilà bien longtemps déjà, Henri-Irénée Marrou soulignait que l’historien ne pose jamais au passé que les questions que le présent lui pose. C’est là souligner la limite des lignes qui vont suivre : elles demeurent subjectives, et ne peuvent prétendre à l’exhaustivité. Elles sont le fruit d’une interrogation continuée dont le travail sur le fonds Lebret fut naguère le champ de manœuvre : elles pointent des lacunes, proposent des pistes. L’ambition intellectuelle globalisante des fondateurs et des militants d’Économie et Humanisme, la multiplicité de leurs champs d’intervention, fait en effet de leurs archives le support d’un questionnement multiple, et un fonds d’appoint utile pour des thématiques de recherche qui les traversent. L’archive est toujours à reprendre, aucune recherche ne l’épuise, et c’est du côté d’un renouveau en cours de l’histoire sociale, et des recherches récentes d’histoire du catholicisme, que l’on essaiera de dégager les domaines dans lesquels les fonds Lebret, Lamort et Delprat paraissent porteurs.

Le fonds Lamort
Fédération française des syndicats professionnels de marins - FFSPN.

Inventorié en 1985, le fonds Lamort (50 AS) constitue sur les années trente le répondant du fonds Lebret sur la période postérieure à 1940. Complété par les dossiers 45 AS 10 à 30, il permet donc l’histoire du Mouvement de Saint-Malo. C’est dans les Cahiers des Amis du Père Lebret qu’André Chomel a proposé un premier balisage de la période. Lydie Garreau a soutenu en 1988 un mémoire de DEA sur cette "expérience fondatrice" du père Lebret, qui présente une pensée davantage qu’il ne raconte l’histoire du mouvement(4). J’ai moi-même abordé la période à deux reprises : dans ma thèse, mais brièvement et moins dans le cadre d’une histoire du Mouvement de Saint-Malo que dans la perspective de l’œuvre ultérieure du père Lebret ; plus récemment dans une courte synthèse(5). C’est dans la thèse de Michel Lagrée(6), et quelques-uns de ses articles(7), que l’on trouvera toutefois les approches les plus intéressantes publiées à ce jour à partir des archives Lebret et Lamort. Elles s’inscrivent dans la perspective d’une histoire culturelle des rapports entre le catholicisme et la modernité, dont la Bretagne est le champ d’études et d’expérimentation. Elles montrent le rôle non négligeable tenu par le père Lebret et ses collaborateurs dans la "modernisation" de la Bretagne.

Ces travaux pourraient constituer le point de départ d’une histoire du Mouvement de Saint-Malo, qui reste à faire. Elle me semble pouvoir s’inscrire dans une triple perspective. Histoire du militantisme catholique et de l’apostolat des milieux professionnels, dans le prolongement de l’Action catholique à laquelle le père Lebret a participé puisqu’il fut le cofondateur de la Jeunesse maritime chrétienne(8) : l’ambition missionnaire est en effet essentielle dans la fondation par le père Lebret d’un premier syndicat de patrons de pêche et de marins embarqués en 1931 en Bretagne du Nord. En témoigne le triple dispositif rapidement mis en place : une fédération syndicale, un secrétariat social dans la plus pure tradition catholique, une école normale doublée d’une revue.

C’est donc aussi d’histoire du syndicalisme qu’il s’agit : l’originalité du mouvement de Saint-Malo, outre ce qui vient d’être dit, réside dans le refus du confessionnalisme, qui l’opposa à la CFTC, et dans la manière dont il s’efforça d’élaborer une stratégie syndicale originale, à l’écart du syndicalisme de classe de la CGT, en utilisant l’arme juridique et en multipliant les procès contre les abus des sociétés d’armement capitaliste.
Parce que cet engagement s’inscrivait dans la perspective chrétienne d’une utopie communautaire et corporative, et d’un ordre social chrétien à fonder en rupture avec le socialisme comme le capitalisme, cette recherche éclairerait enfin l’histoire intellectuelle des années trente, marquées par l’émergence des courants dits "non conformistes" avec lesquels le Mouvement de Saint-Malo entretient à l’évidence des affinités au moins intellectuelles(9).
Le fonds Lamort fournit les éléments d’une telle recherche : documents internes et correspondance permettent une histoire institutionnelle et politique du mouvement ; un certain nombre de dossiers concernent l’action sociale du Mouvement ainsi que ses interventions auprès des organismes d’Etat. Les dossiers "Litiges" éclaireraient sans doute d’affiner notre connaissance de ce mode d’engagement original que constituèrent les procès. Il ne s’agit là que d’un bref aperçu sur un fonds remarquablement riche.

Le fonds Delprat

Troisième pièce de l’édifice "archives", le fonds Delprat (87 AS) est également le plus récemment déposé et inventorié. On se gardera d’y voir une simple réplique du Fonds Lebret.
Entré à Économie et Humanisme en 1943, Raymond Delprat est devenu au début des années cinquante le collaborateur le plus proche du père Lebret, et l’un des rares à l’avoir suivi lors de la fondation de l’IRFED en 1958. Il est juste aussi de souligner ce que la réunion des trois fonds d’archives doit à sa sensibilité à l’histoire et à la mémoire. Le fonds Delprat contient des documents sur l’histoire interne d’Économie et Humanisme, un certain nombre de dossiers et manuscrits du père Lebret qui n’avaient pas été déposés en 45 AS. Il comporte aussi une importante correspondance jusqu’à ce jour inexploitée, ainsi qu’une documentation sur les enquêtes auxquelles il a participé.
La période de l’IRFED est particulièrement riche, en contraste avec le caractère parfois lacunaire du fonds Lebret sur ce point. Dans le cadre d’une histoire de la naissance du métier d’expert en développement, des compétences, des théories et des pratiques qui s’y attachent, les dossiers sur le fonctionnement de l’institut et l’enseignement qui y fut donné paraissent particulièrement précieuses. Une histoire politique et institutionnelle de l’IRFED est ici possible, qui prendrait en compte à la fois la réflexion et le travail conduits dans le cadre de la formation et, grâce à la correspondance, les liens de l’IRFED avec l’appareil d’État de la Vème République pendant et après la période de décolonisation, ainsi qu’avec d’autres organismes engagés comme lui sur le terrain du développement.

Il faut accorder une attention particulière aux dossiers d’enquêtes et de mission, qui complètent ceux que conservent le fonds 45 AS. On distinguera ici quatre aires géographiques et deux approches. Pour l’essentiel, les enquêtes ont été conduites en Amérique latine, en Afrique, au Proche Orient (Liban) et en Extrême-Orient (Vietnam). Les dossiers éclairent la méthode d’enquête, et par là l’histoire d’une pensée française du développement largement tributaire de l’approche empirique. C’est à partir des exemples latino-américains que j’ai étudié l’apport d’Économie et Humanisme et de l’IRFED à cette histoire.
L’étude des autres enquêtes bouleverserait-elle mon analyse ? Si je crois permis d’en douter, il demeure que, poursuivie dans les années soixante et soixante-dix en Afrique et au Liban, la réflexion du père Lebret, celle de Raymond Delprat et de ses collaborateurs, sont susceptibles d’avoir évolué en fonction de la conjoncture et au contact d’aires géopolitiques nouvelles.

Une seconde approche me paraît plus porteuse, qui consisterait à envisager ces enquêtes du point de vue des États dans lesquels elles ont été conduites, pour éclairer leur propre histoire économique et politique. Cela vaut pour l’Amérique latine des années cinquante et soixante, marquée dans plusieurs pays par une expérience démocrate-chrétienne dont j’ai souligné ailleurs la dette envers le père Lebret. Cela vaut aussi pour le Sénégal (fonds Lebret), pour le Dahomey et la Côte d’Ivoire (Fonds Delprat), tout comme pour le Vietnam de la fin des années cinquante (Fonds Lebret). Mais l’étude la plus intéressante serait celle des enquêtes entreprises au Liban sous la présidence du général Chehab au cours des années soixante. Raymond Delprat, qui en fut le vrai maître d’œuvre, a amorcé cette étude dans un Cahier(10). J’avais été étonné, à la lecture du journal du père Lebret (45 AS 3 et 4), de voir à quel point le destin de cette enquête fut étroitement lié à l’histoire politique du Liban, et tout particulièrement à l’affrontement inter-confessionnel d’une part, aux difficultés rencontrées par le général Chehab pour imposer à la grande bourgeoisie maronite ses projets de réforme de l’État d’autre part. Il y a là, à n’en pas douter, une étude importante à conduire dans le cadre d’une histoire du Proche-Orient.

Le changement dans le catholicisme contemporain.

J’abandonne ici les directions de recherche liées à l’ouverture des fonds 50 et 87 AS, pour suggérer deux axes pour lesquels le fonds Lebret m’apparaît susceptible de participer à un renouveau récent de la recherche historique.
Le premier concerne l’histoire du catholicisme, et peut être présenté sous quatre rubriques. L’histoire du Concile Vatican II est en train de s’écrire à l’initiative d’un groupe international de chercheurs réunis sous la direction du professeur Giuseppe Alberigo (Bologne) ; plusieurs colloques ont été tenus ces dernières années, dont certains ont donné lieu à publication(11). Le dernier chapitre de ma thèse est consacré à la participation du père Lebret à ce Concile, sous l’angle d’une histoire politique du Concile, mettant en valeur la manière dont Lebret a participé à la mise en place d’un groupe de pression tiers-mondiste qui a su donner à la Constitution pastorale Gaudium et Spes certains de ses accents les plus novateurs au regard de la tradition sociale catholique. Si ce point est donc largement traité, il me semble que les archives demeurent utilisables, comme appoint, sous l’angle d’une histoire des textes conciliaires.

D’autre part, une histoire de la spiritualité catholique au XXème siècle, qui demeure à écrire, s’éclairerait de la lecture du journal du père Lebret ainsi que de ses carnets et des dossiers conservés de 45 AS 31 à 37 ("Spiritualité, Eglise"). On y lirait sans doute la tentative de marier harmonieusement spiritualité de l’engagement et spiritualité de la contemplation, l’une et l’autre enracinées dans la tradition thomiste. Cette tentative me paraît caractéristique de la génération de militants et d’intellectuels marqués dans leur jeunesse par la condamnation de l’Action française et l’essor de l’Action catholique spécialisée.

L’histoire de la formation dominicaine demeure peu explorée. Un bref rappel historiographique permettra de comprendre l’intérêt sur ce point des premiers cartons du fonds 45 AS. La publication, voici quelques années, d’une édition critique de la plaquette du père Chenu, Une école de théologie, le Saulchoir, a constitué une première avancée(12). On sait que, régent des études du couvent d’études de la Province dominicaine de France installé au Saulchoir, le père Chenu fut condamné en 1942 pour cette plaquette publiée initialement en 1937. Les renseignements fournis en particulier par l’étude d’Etienne Fouilloux concernent donc un couvent d’études qui se situait alors à la pointe du renouveau théologique français, en particulier dans la volonté qui s’y manifestait d’une historicisation du thomisme dans le sillage d’Etienne Gilson. A l’opposé, l’ouvrage d’André Laudouze sur les dominicains et l’Action française a fourni un éclairage sur la situation dans la province de Toulouse au milieu des années vingt, et le rôle qu’y tenaient quelques théologiens tributaires de la pensée de Maurras au moment où celle-ci était condamnée par Rome(13). Les dossiers de studium du père Lebret permettraient de mieux connaître l’enseignement dispensé au couvent d’études de la province de Lyon, qui occupe entre les deux précédents une position intermédiaire. Installé depuis l’expulsion des congrégations dans la petite ville hollandaise de Ryckholt, ce studium paraît moins novateur que le Saulchoir, mais davantage ouvert à la modernité que celui de la province de Toulouse. Il est dominé au cours des années vingt - le père Lebret y entre en 1924, en sort prématurément en 1929 - par la personnalité du père Sertillanges, qui fut l’un des artisans du renouveau thomiste au sein de l’ordre dominicain, tout en appartenant à une génération plus âgée que celle du père Chenu. Si le fonds Lebret ne peut probablement suffire à l’étude que je suggère, il lui apporterait certainement de précieux éléments.

J’ai évoqué en quelques pages de ma thèse l’apport du père Lebret aux origines de la sociologie religieuse. Ses premières enquêtes datent des années trente ; il a collaboré par la suite aux travaux menés autour de Gabriel Le Bras, et compte parmi les fondateurs en 1954 du Comité catholique français de sociologie religieuse dont il fut vice-président aux côtés du chanoine Boulard. Il s’agit ici d’une sociologie ordonnée à la pastorale : dès 1951, l’Assemblée des cardinaux et archevêque (ACA) subventionna Économie et Humanisme à cette fin. Le fonds Lebret conserve les traces d’enquêtes et de publications, et le journal du père Lebret est riche de réflexions sociologiques. Il n’est pas indifférent enfin qu’un des fondateurs de la sociologie "scientifique" des religions, Henri Desroche, ait été formé au sein d’Économie et Humanisme avant d’y jouer un rôle-clé au cours des années quarante. Le fonds Lebret peut ainsi contribuer à l’histoire de la sociologie religieuse comme discipline, à l’histoire aussi de ses liens avec la pastorale d’une part, avec les organismes de recherche mis en place dès 1946 au sein du CNRS d’autre part (Centre d’études sociologiques).

Économie et Humanisme et la modernisation de la société française.

Les fonds Lebret, Lamort et Delprat me paraissent enfin offrir matière à défrichements pour ceux des historiens qui s’attacheraient à une histoire sociale du catholicisme contemporain, dans le sillage de celle que proposait naguère l’historien anglo-saxon Ralph Gibson(14). Sans prétendre à l’exhaustivité, j’évoquerais ici deux points de vue.

D’une part, j’ai esquissé dans ma thèse ce que pourrait être une histoire des militants liés à Économie et Humanisme par le biais des équipes locales. D’autre part, j’ai souligné ce que l’histoire d’Exonomie et Humanisme pouvait apporter à la compréhension de la modernisation de la société française depuis 1945. Il me semble que ce travail mériterait d’être réexaminé à une plus grande échelle. Le fonds Lebret, plus encore le fonds Delprat, fournissent sur les équipes locales d’Économie et Humanisme et sur les équipiers des renseignements certes lacunaires, mais dont l’étude systématique serait probablement intéressante. Elle devrait alors s’appuyer sur d’autres sources locales - à titre d’exemple, une incursion à la bibliothèque municipale du Havre avait permis de découvrir des informations intéressantes sur l’activité du groupe havrais d’Économie et Humanisme, il en irait sans doute de même dans des villes où des groupes solides s’étaient constitués, comme Metz ou Grenoble.
Elle devrait aussi susciter par des enquêtes orales l’expression d’une mémoire militante, d’une manière dont le Groupe de Recherches sur les Mouvements Familiaux (GRMF) donne depuis quelques années l’exemple(15). Économie et Humanisme a largement inspiré le milieu des ingénieurs sociaux, dont on sait le rôle dans la modernisation des entreprises et des relations de travail au cours des années cinquante et soixante(16) ; les liens sont également connus, mais peu étudiés dans le détail, entre Économie et Humanisme et les milieux de la "deuxième gauche", du groupe "Reconstruction" de la CFTC à la CFDT ; j’ai montré sur quelques exemples la place tenue par des équipiers d’EH dans les politiques de réformisme municipal mises en place çà et là en France dans les années cinquante ; des acteurs comme le militant syndicaliste Gérard Espéret, le prêtre-ouvrier Joseph Robert, attendent leur biographe, qui trouvera une ample matière dans ces archives.

Il faudrait encore citer la contribution que pourrait apporter le fonds Lebret et le fonds Delprat à une histoire de l’aménagement du territoire, de la réflexion sur la ville, de la pédagogie ou de la médecine du travail, quatre points esquissés dans ma thèse sans avoir été approfondis pour eux-mêmes. C’est bien à une histoire sociale de la modernisation que renvoient ces différents axes de recherche, et les fonds Lebret, Lamort et Delprat devraient confirmer les conclusions auxquelles était parvenu Michel Lagrée quant au rôle tenu par ces catholiques sociaux, en dépit de leurs réticences philosophiques à l’égard d’une partie de la modernité, dans une transformation de la société française dont les "Trente Glorieuses" ont vu le couronnement.

Denis PELLETIER
Centre André Latreille, Université Lumière Lyon 2.

Cahiers "Amis du P. Lebret"

Pour vous procurer les Cahiers "Amis du P. Lebret" , nous contacter

N°1 - mai 1981

André CHOMEL, "La période 1930-1942, des débuts du Mouvement de Saint-Malo à la fondation d’Économie et Humanisme" (19p.)
Marcel GONIN, "L’enquête-participation comme stratégie du changement social" (4p.)
Georges CELESTIN, "L.J. Lebret et l’aménagement du territoire" (21p.)
Georges CELESTIN, "L.J.Lebret et l’économie des besoins" (17p.)
Vincent COSMAO, "Le Père Lebret et l’Eglise universelle" (13p.)

N°2 - avril 1982

Bibliographie du Père Lebret : livres, articles et interventions par Colette BOUTELOUPT (30p.)

N° 3 - mai 1982

L’IRFED
Raymond DELPRAT
"I- La création" (12p.)
"II- L’Institut de formation" (9p.)
Paul BOREL, "Le développement harmonisé, son originalité dans l’enseignement de l’Institut de formation" (4p.)
Annexes, dont :
Louis-Joseph LEBRET , "Phases et rythmes de civilisation" et "Ethique et développement" (12p.)

N°4 - mars 1983

La Mission IRFED-Liban
Raymond DELPRAT (156p.)
I (1959-1961), II (1961-1964), III (avant-projet de plan quinquennal), IV (propositions pour le projet de plan de développement 1964-1968), V (l’après chéhabisme), VI (échos de la tragédie libanaise), VII (conclusion),
Annexes.

N°5 - mars 1983

"Le Père Lebret et le catholicisme actuel",
exposé d’Emile POULAT (22p.)

N°6 - juin 1984

"Lebret tel que je l’ai connu"
Georges CELESTIN (40p.)

N°7 - octobre 1984

Le Père Lebret : trois témoignages
Henri GAIGNARD, "Louis-Joseph Lebret", conférence donnée à la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo, 19 juillet 1979 (18p.)
Colette BOUTELOUPT, "Le Père Lebret, 1897-1966", Colloque Lebret, juillet 1984 à Saint Malo (13p.)
Alain BIROU, "Pratiques et théorie du développement chez le Père Lebret", Colloque Lebret, juillet 1984 à Saint-Malo (8p.)

N° 8 - mai 1988

Etudes et témoignages
Denis PELLETIER, "Le Père Lebret et l’Économie Humaine, une stratégie chrétienne du développement" (13p.)
Denis PELLETIER, "Le fonds Lebret : une étude critique " (30p.)
Mamadou DIA, "Ce que le tiers-monde doit au Père Lebret" (8p.)
Jean CORBON, "Le rayonnement spirituel du Père Lebret, témoignage sur sa présence au Liban (1959-1964)" (10p.)

N°9 - mars 1990

Juan Pablo TERRA, "Militance sociale, économie et développement humain : la pensée vivante du Père Lebret" (20p. )
Alain BIROU, "Note sur le centre latino-américain d’Économie et Humanisme" (4p.)
Laurence AZAIS, "Les partenaires du Père Lebret pour la fondation d’Économie et Humanisme" (23p.)
Jean QUENEAU, "Un itinéraire à Économie et Humanisme" (23p.)
Mary O’DRISCOLL, "La spiritualité de Louis-Joseph Lebret" (12p.)

N°10 - novembre 1993

"Le roman de Lamort"
Louis-Joseph LEBRET (46p.)
Récit des origines : le mouvement de Saint-Malo (1929-1939)

N°11-12 - septembre 1995

Raymond DELPRAT, "Vingt cinq ans avec le Père Lebret I" (30p.)
Madeleine SINGER, "Marcel Gonin et le groupe Reconstruction au sein de la CFTC" (16p.)
Denis PELLETIER, Les fonds Lebret, Lamort et Delprat aux Archives Nationales - Suggestions pour la recherche - Dossier pour l’exploitation des Archives des Amis du Père Lebret. (40p.)

N° 13 - novembre 1996

Vincent COSMAO, "Louis-Joseph Lebret 1897-1966"
Raymond DELPRAT, "Vingt-cinq ans avec1e Père LEBRET II’’ (38p.)
Pierre PHILIPPE, "Histoire du CIEDEHL (Lorraine)" (27p.)
Alain BIROU, "D’un parcours avec Lebret à des interpellations pour aujourd’hui" (18p.)

N°14 - octobre 1998

Le Père Louis-Joseph LEBRET o.p.
"Économie et Humanisme et l’engagement chrétien au 20ème siècle" (108p.)
Une rencontre entre historiens et acteurs (La Tourette 1997)
Contributions de : André Chomel, Roland Colin, Etienne Fouilloux, Paul Houée, Antoine Lion, Jean Miossec, Denis Pelletier, Hugues Puel, Bruno Verlet.

N° 15 - juin 2003

LA CINAM "Une histoire de développement" (1956-1996) (97p.)
Georges CELESTIN
Suivie d’une note biographique sur Georges Célestin par André Chomel.

N° 16- janvier 2004

Le Père Lebret et le Liban
Stéphane MALSAGNE
Avec une postface de Boutros LABAKI

Recherches à consulter

Expertise catholique et débuts de l’aménagement du territoire à Lyon (1945-1957)
par Olivier Chatelan

Ce texte fait état d’une large exploitation du Fonds 87 AS Delprat.

Notes

[1] - Emile POULAT et Colette BOUTELOUPT, "Un nouveau fonds d’archives : les Papiers du Père Lebret", Revue d’histoire ecclésiastique, vol.LXXVIII-2, 1983, p.468-472 ; Denis PELLETIER, "Le fonds Lebret : une étude critique", Cahiers des Amis du père Lebret, n°8, mai 1988, p.19-48.

[2] - Denis PELLETIER, Aux origines du tiers-mondisme catholique. De l’utopie communautaire au développement harmonisé : Économie et Humanisme et le père Lebret ( 1945-1966), thèse de doctorat, Université Lumière Lyon 2, 1992, 999p. dact., à paraître aux éditions du Cerf sous le titre Économie et Humanisme, aux origines du tiers-mondisme catholique.

[3] - Je renvoie à la bibliographie proposée dans ce numéro.

[4] - André Chomel, "La période 1930-1942 : des débuts du Mouvement de Saint-Malo à la fondation d’Économie et Humanisme", Cahier des Amis du père Lebret, n°1, 1981, p.1-9 ; Lydie Garreau, L’expérience fondatrice de la pensée et de l’action du père Lebret (1929-1939), mémoire de DEA, Institut catholique de Paris, 1988, 251 p. dact.

[5] - Le père Lebret, la Bretagne et la pêche maritime, Association de la Chapelle Sainte-Anne à Saint-Bucq, 1994, 18p.

[6] - Michel LAGREE, Religion et cultures en Bretagne. 1850-1950, Paris, Fayard, 1992, p.494 sq.

[7] - En particulier : "Le père Lebret et le Mouvement de Saint-Malo", in Paul FURLONG et David CURTIS (ed.), "The Churches faces the modern world : Rerum novarum and its impact", Earlsgate Press, 1994, p.149-159.

[8] - Michel LAGREE, "Les origines bretonnes de la Jeunesse maritime chrétienne", in Gérard CHOLVY (dir.), Mouvements de jeunesse chrétiens et juifs, Paris, Cerf, 1985, p.247-268.

[9] - Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE, Les non-conformistes des années trente. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Paris, Seuil, 1969, 496p.

[10] - Raymond DELPRAT, La mission IRFED-Liban, Cahier des Amis du père Lebret, n°3, 1983, 61 + 106

[11] - Citons en particulier le colloque tenu au centre Thomas More en 1992, dont les actes ont été publiés sous la direction d’Etienne Fouilloux, Vatican II commence… Approches francophones, Leuven, Bibliotheek van de Faculteit des Godgeleerdheid, 1993.

[12] - Marie-Dominique CHENU et alii, Une école de théologie : le Saulchoir, Paris, Cerf, 1985, 178p. Cf. notamment le texte d’Etienne FOUILLOUX, "Le Saulchoir en procès (1937-1942)", p.37-59.

[13] - André LAUDOUZE, Maurras au couvent. Dominicains français et Action française 1899-1940, Paris, Editions ouvrières, 1989, 272p.

[14] - Ralph GIBSON, A social History of French Catholicism 1789-1914. London. Routledge. 1989.

[15] - Fondé en 1982 pour organiser des rencontres entre historiens, sociologues et acteurs de l’histoire mouvements familiaux, le GRMF a publié déjà huit numéros qui croisent ainsi analyses et témoignages (GRMF, 4 allée du Ternois, 59650 Villeneuve d’Ascq)

[16] - Cf. en particulier, sur Saint-Étienne, l’article de Jacques Ion, "Ingénieurs sociaux et sciences sociales appliquées. Le groupe EH de saint-Étienne de 1944 à 1953", Économie et Humanisme, n°307, mai-juin 1989, p.5-19.


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