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La question religieuse en Indonésie

Développement et civilisations, n°398 nov -déc 2011

par Elga Sarapung(1).

Sommaire :

Éditorial

par Antoine Sondag

Pas de paix mondiale sans paix entre les religions !

Un an après le printemps arabe, les révolutions se métamorphosent en élections, en parlements, en nouvelles législations… Certains s’inquiètent : les promesses de la révolution ne vont-elles pas être volées par les forces islamistes ? Qu’en sera-t-il du statut des femmes, des libertés démocratiques, de la situation des minorités ? Directement ou indirectement, la question de l’islam est posée. Cet islam est-il compatible avec un État pluraliste, séculier, démocratique ?

Nos regards se tournent aussi vers Assise où s’est tenue ce 27 octobre une grande rencontre interreligieuse pour le 25ème anniversaire de la première rencontre historique entre leaders des grandes religions et traditions spirituelles de la planète, à l’époque autour de Jean-Paul II.

Dans ce numéro de notre revue, Elga Sarapung de Yogyakarta en Indonésie nous parle de la situation des religions dans ce pays, le plus peuplé du monde musulman. On écoutera cette voix, plutôt critique, il faut le reconnaître.

La lecture de la revue soulève la question de la contribution que nous apportons ou non au dialogue interreligieux. À la place qui est la nôtre, que faisons-nous ? Il n’y aura pas de paix mondiale sans paix entre les religions. Pas de paix entre les religions sans dialogue entre les acteurs impliqués. Depuis les dignitaires religieux jusqu’aux moines de toutes robes, aux croyants de base, aux responsables d’institutions sociales liées ou non à ces communautés de foi…

La question religieuse en Indonésie

par Elga Sarapung

L’analyse des sociétés contemporaines nous invite à étudier l’impact et l’influence des religions sur la situation géopolitique et sociale de nos pays. Elga Sarapung décrit ici la situation inédite de l’Indonésie connue à ce jour pour un certain degré de tolérance religieuse dans le monde musulman. Voix minoritaire et critique, Elga met plutôt l’accent sur les discriminations qu’encourent les citoyens n’adhérant pas aux religions reconnues par l’État. Cette articulation entre religions et État soulève un certain nombre d’enjeux qu’il faudra traiter si nous voulons construire pour tous, un monde de liberté, y compris de liberté religieuse.

Dans ce texte, je décris l’un des problèmes posés, à l’heure actuelle par les religions en Indonésie. Un parcours de l’histoire des religions dans ce pays m’amène à considérer comme de la plus haute importance la question des relations entre les religions et l’État. Ce problème engendre plusieurs questions importantes, dont celles qui concernent les droits civils de nos concitoyens(2) .

A ce jour, il n’y a pas de changements significatifs dans la situation. Ainsi, la reconnaissance du confucianisme comme l’une des religions de l’Indonésie, portant à six le nombre des courants religieux reconnus par l’État, pose des problème de citoyenneté y compris pour ceux qui embrassent une religion ne faisant pas partie de ce groupe. De plus, on constate que de plus en plus de citoyens affirment ouvertement leur position : « Je n’ai pas de religion » ou « Je ne suis membre d’aucune religion formellement reconnue ». A cela s’ajoute la question des mariages interreligieux qui existent malgré les difficultés que soulève l’Administration. Il y a encore de multiples contraintes à la pratique de la religion : discrimination politique en terme de religion, reconnaissance incomplète de la liberté religieuse, violence exercée par une religion pour exclure d’autres groupes – religieux ou non – à cause de leurs dénominations ou des croyances qu’ils professent. Malheureusement, l’État, c’est-à-dire le gouvernement, favorise tous ces problèmes directement ou indirectement en les laissant perdurer ou en ayant recours à des solutions partielles qui ne peuvent que mener à des conflits.

Les citoyens sont obligés d’embrasser une religion

En Indonésie, tout citoyen « doit » avoir une religion, soit la religion de ses parents, soit celle d’un de ses parents si ceux-ci adhèrent à des religions différentes, soit une religion autre que celle des parents (ce qui est très rare).

Cette décision est dépendante de trois facteurs : premièrement, une imposition par les deux parents, deuxièmement, la demande de l’institution religieuse dont un parent (ou les deux) sont membres, troisièmement, une obligation venant de l’État.

L’imposition par les deux parents est ce que l’on entend par « religion héritée ». Dans le deuxième cas, il y a une demande orale émanant de l’institution religieuse dont l’un ou l’autre parent est membre. Dans ce cas l’enfant doit être « enregistré ».

C’est le troisième cas, où l’État exige que chaque citoyen adhère à une religion qui, à mon avis, est à la racine du problème des religions en Indonésie : l’État exige que chaque citoyen adhère à une religion. C’est d’autant plus ridicule que la religion doit être l’une des six auxquelles l’État a accordé une reconnaissance basée sur des critères qu’il a formulés. Par contre les religions non reconnues subissent des traitements discriminatoires de la part de l’appareil d’État et des bureaucrates en général. À la racine du problème se trouve la question : pourquoi serait-ce à l’État de déterminer le statut des religions ? Quelle est la compétence de l’État pour déterminer que « ceci » est une religion et « cela » ne l’est pas, que « ceci » mérite de vivre et de se développer en Indonésie et « cela » non ? Une religion non autorisée est donc une « secte hérétique » et par conséquent elle ne peut vivre et se développer en Indonésie ; elle doit rejoindre une religion autorisée. Pourquoi tant de citoyens n’ont-ils pas la liberté de manifester et d’exprimer leur liberté de choisir de ne pas avoir de religion ou d’opter pour une religion qui ne figure pas dans le groupe des six, tout en demeurant indonésiens ? Quelle est la relation entre nationalité indonésienne et religion ?

Pourquoi avoir une religion ?

Dans le contexte indonésien se posent deux questions de base. Pourquoi les gens doivent-ils avoir une religion ? Qu’est-ce qu’une religion ?

En général, et dit simplement, la religion est une situation qui regarde la relation entre un individu et Dieu – l’Un Transcendant, puisque toute le pouvoir religieux est considéré comme existant dans la transcendance. On dit de quelqu’un qu’il a une religion lorsqu’il a une « relation » avec Dieu, croit en Lui. Toutes les religions sont donc reliées à ce qui est bon, juste, saint et sacré parce que Dieu est totalement le bien, le juste, le saint et le sacré. Et les gens qui ont une religion sont bons, justes, saints et sacrés. Par conséquent tout être humain doit avoir une religion, car c’est la seule façon pour lui d’être considéré bon, juste, saint et sacré.

Alors, qu’est-ce que la religion ? La religion est un « pouvoir » ou un « chemin » qui libère ; avoir une religion est donc une « situation » propre à un être humain qui est encouragé à faire des efforts cohérents pour se « libérer ». Se libérer de tout ce qui contraint à l’injustice et à la souffrance ; mais aussi de ce qui contraint des personnes à devenir soit victimes soit auteurs d’actions dont d’autres sont les victimes.

Ceci ne veut pas dire que nous ne reconnaissons pas les religions comme institutions… Notre expérience, à ce jour, démontre malheureusement que les religions sont prises au piège de leur fonction institutionnelle, ce qui fait qu’elles tendent à lutter pour une position dans la société. Les religions ne sont plus considérées ou appréciées comme une valeur de « libération » de l’homme, libérant les membres de la communauté d’une injustice sociale, politique ou économique, ou les libérant d’un fanatisme étroit. Elles sont au contraire seulement perçues comme institutions…

Pourquoi l’État ?

A ce niveau de réflexion, il faut comprendre que la notion de religion ne peut se limiter à l’étiquette de religion, telle qu’elle est superficiellement présentée par l’État à la communauté. Les religions sont d’une nature très ouverte et ne devraient pas être déterminées par l’État ; elles n’ont même pas à obtenir sa reconnaissance.

Également, la « dimension religieuse » d’une personne ne peut être mesurée par le seul fait qu’elle a été enregistrée ou non comme membre d’une Église. Le problème pour nous, en Indonésie, est que, dans la vie quotidienne, seules les religions formellement reconnues par l’État ont le droit de vivre et de se développer dans le pays. Tous les citoyens doivent avoir une religion, sinon ils seront accusés d’être communistes (et non pas athées), ou animistes (en ce qui concerne les adeptes des religions indigènes). Sans cette appartenance à une religion reconnue, les gens seront confrontés à des contraintes dans leurs relations avec les diverses instances gouvernementales : mariage, travail, etc. Ils seront discriminés. Ce type de traitement frappe non seulement ceux qui n’adhèrent pas à une des religions reconnues, mais aussi ceux qui adhèrent à une religion ne comptant que peu de membres.

Cette situation prévaut en Indonésie depuis des dizaines d’années. Elle a donné lieu à de nombreux problèmes au point de vue religieux. Mais quelles leçons tirer de cette expérience ?

Il faut espérer que les religions ne deviennent pas quelque chose qui opprime la liberté et ruine la conscience humaine. Ce qui serait le fait non des religions elles-mêmes, mais de la connivence malsaine entre les religions et les pouvoirs publics. Cette « lune de miel » ou ce mariage malsains entre les deux institutions pourraient clairement se déceler en Indonésie. Les religions de quelque forme qu’elles soient sont facilement affectées ou utilisées – et cela n’est pas étonnant - par l’État, par certains individus ou groupes pour des intérêts politiques ou autres, sacrifiant d’autres intérêts ainsi que la vie collective qui se déroulait bien jusque là. Les institutions religieuses ont été très vulnérables, car elles ont fonctionné comme un outil de l’État pour poursuivre ses intérêts.

Institution religieuse

Le 3 janvier 1946, le gouvernement indonésien créa une institution religieuse appelée ministère des Affaires religieuses (actuellement connu sous le nom de département des Affaires religieuses, DEPAG). Cette création était le résultat d’un compromis politique entre l’État et les musulmans du pays, ces derniers ayant échoué à faire de l’Indonésie un pays islamique. Il n’est pas surprenant dès lors, que depuis le début, la forme, la « couleur » et les politiques du DEPAG aient représenté de manière dominante les intérêts de la religion musulmane plutôt que ceux des autres religions. Le rôle et la fonction du DEPAG ne pouvaient pas être tout à fait neutres, à cause de facteurs politiques divers dont le fait qu’il était le résultat d’une politique de compromis comme dit plus haut.

Le DEPAG est devenu une institution aux pratiques clairement discriminatoires vis-à-vis des religions autres que l’islam, y compris vis-à-vis des croyances indigènes. Cela veut dire simplement que les autres religions, bien que certaines soient officiellement reconnues par l’État (bouddhisme, hindouisme, protestantisme, confucianisme et catholicisme), ne bénéficient pas d’un traitement juste et équitable. Le DEPAG est incapable de remplir objectivement les obligations de l’État vis-à-vis des autres religions ou des diverses croyances établies en Indonésie. Le DEPAG n’est pas apte à servir, à protéger et à aider les autres religions (judaïsme, baha’i, sikhs, taoïsme, parmalim, kaharingan, Sapta Darma, Sunda Witiwan et autres religions ou croyances) pour qu’elles gagnent le droit de vivre, de se développer et de poursuivre leurs activités. Le confucianisme même, qui depuis l’ère d’Abdurrahman Wahid a acquis une reconnaissance officielle, n’a pas été jusqu’aujourd’hui bien servi.

Outre l’État, les institutions religieuses, elles aussi, doivent être passées en revue. La rigidité de leur bureaucratie ne fait qu’augmenter les problèmes religieux en Indonésie. Le plus souvent, les difficultés auxquelles doit faire face la société sur des questions religieuses viennent des institutions religieuses elles-mêmes. Dans de nombreux cas, ces dernières ont préféré se mettre du côté des autorités ou du pouvoir plutôt que défendre les gens ou ceux qui ont besoin d’aide. Ces institutions sont corrompues par certains intérêts temporels et deviennent faibles lorsqu’elles doivent affronter le pouvoir.

De plus les limites mises aux fonctions et aux responsabilités des institutions aussi bien religieuses que de l’État pour régler les affaires religieuses et sociales sont ambiguës et donc difficiles à percevoir. Prenons l’exemple de la fatwa émise par le MUI (Conseil des oulémas d’Indonésie). S’agit-il d’un règlement émanant d’une institution religieuse ou une d’institution étatique ? Quelle est l’essence d’institutions religieuses comme le MUI, le PGI (Communion des Églises d’Indonésie) ou le KWI (Conférence des évêques d’Indonésie), si les choses restent en l’état ? Quelle est la signification de telles institutions dans le contexte d’une communauté indonésienne pluraliste ? Pour être plus spécifique : quel est le sens des concepts d’Église et de communauté (quelle que soit la religion concernée) dans la dynamique d’une société indonésienne pluraliste ?

Une note de réflexion

Le problème des religions en Indonésie est de toute évidence fort complexe. Ceci n’est pas seulement dû à l’interférence de l’État et à la faiblesse des institutions religieuses, mais aussi au fait que la société n’est pas du tout prête à affronter la complexité multiforme du problème.

Les institutions religieuses jouent encore un grand rôle pour déterminer l’orientation des membres de leur communauté, à travers les media religieux, comme par exemple les prêches, les décisions, la doctrine et le rituel. Cela veut dire que ceux qui se reconnaissent comme fidèles d’une religion doivent suivre ce qui a été décidé par l’institution religieuse concernée, qu’ils soient d’accord ou non. L’État est en droit d’affirmer qu’il existe pour protéger et gérer les communautés religieuses. C’est un point essentiel inscrit dans la Constitution de 1945 portant sur la liberté religieuse et sur les devoirs de l’État vis-à-vis de ses citoyens. Cette question est cependant ouvertement négligée et n’est pas mise en pratique correctement.

La question ouverte est donc celle-ci : la vie religieuse en Indonésie requiert-elle gestion et protection de la part de l’État ? Quel type d’État ? Quel type de gestion ou de protection ?

Il existe des facteurs potentiels d’améliorations pour l’avenir. L’un d’entre eux est qu’un nombre croissant de gens se rendent compte du problème ; ils portent un jugement critique et font l’effort de faire face et d’agir de manière constructive – même si c’est au prix de grandes difficultés – et arrivent parfois à des résultats positifs pour la vie de la communauté. En même temps on voit l’émergence en Indonésie de groupes interreligieux qui se préoccupent du pluralisme – y compris religieux – dans la société. Il y a aussi une amélioration dans les politiques de l’État, spécifiquement en ce qui concerne la législation de la citoyenneté et le développement d’une dynamique à l’intérieur du DEPAG lui-même, et entre le DEPAG et les institutions religieuses, y compris les universités et les ONG agissant dans le domaine interreligieux.

Tout cela nous permet d’être positivement certains qu’il y aura en effet un changement en Indonésie. C’est un changement qui demandera des luttes constantes pour que la reconnaissance de la pluralité de notre nation devienne une attitude ouverte ayant un fort impact sur le développement de la démocratie en Indonésie.

C’est l’espoir que nous avons : que la discrimination politique et la violence envers les religions, que la politique religieuse qui prend la communauté pour victime, diminuent pour ne plus se reproduire à l’avenir. La vie des religions pourra être une « condition qui libère » un grand nombre de personnes des injustices et des atteintes aux droits de l’homme. Alors seulement les religions deviendront le pouvoir de libération vers un meilleur avenir dans le long terme. C’est pourquoi l’État (l’appareil, les bureaucrates, le système) ne doit pas s’inquiéter ou avoir peur d’une communauté indonésienne pluraliste du point de vue religieux. À l’exception des groupes qui prônent le recours à la violence – spécialement une violence ouverte – pour exprimer leur fanatisme religieux.

L’État doit changer de paradigme, d’attitude, revoir les politiques existantes qui ont des implications en terme d’injustice, de discrimination et de violence d’un groupe envers l’autre. En même temps, les organisations de la société civile doivent construire un réseau fort et solide, que ces organisations travaillent dans le même secteur ou dans des secteurs différents. Bref, la communauté doit renforcer sa capacité à construire les étapes menant vers une Indonésie pluraliste – une communauté sans violence.

Elga Sarapung
Traduction : Jacques Weerts

Libre propos

Les pays musulmans sont, depuis plusieurs générations, tiraillés entre deux tendances opposées : la modernité et l’acceptation des grands bouleversements sociétaux contemporains d’un côté (preuve en est encore faite avec les révolutions arabes) et le fondamentalisme de l’autre côté, et tentent de trouver leurs équilibres propres, leurs histoires. Dans ces histoires, il y a le rapport des musulmans avec les minorités religieuses. L’islam dans son livre sacré et dès le départ de son histoire reconnaît plusieurs religions qui en principe doivent être protégées. Aussi, les chrétiens et les juifs et même les zoroastriens sont-ils considérés comme Ahl al-Kitâb (les Gens du Livre) et bénéficient en islam, dés le VIIe siècle, de la liberté de culte (sous certaines conditions et à un certain degré selon les époques et les régions).

De plus, le dialogue avec les autres religions du Livre a été une pratique à l’époque même du prophète Muhammad qui s’entretînt avec les chrétiens de Najran. Il existe ainsi des règles en islam qui régissent le principe de dialogue avec les non-musulmans. Le Coran pose les fondements du dialogue en ces termes : « Et discute avec eux de la meilleure façon » (S1-v125) en prenant garde toutefois « qu’ils (les non-musulmans) ne tentent de t’éloigner d’une partie de ce qu’Allah t’a révélé ».

Le vivre ensemble est aujourd’hui un enjeu capital pour les pays musulmans. Sans renier les aspects culturels et historiques de leurs institutions politiques, ils doivent être capable d’assumer la tolérance, l’acceptation de l’autre et la diversité, qui est sûrement la caractéristique et la valeur ajoutée majeure des pays musulmans du Proche-Orient et d’Asie du Sud-Est. L’Indonésie quant à elle, qui participe activement à la Conférence islamique mondiale, est une force pour le monde musulman, car elle est la seule à reconnaître des religions autres que le judaïsme et le christianisme et est à plusieurs égards beaucoup plus perméable à l’apport d’autres religions que l’islam des pays arabes.

Amel Kaidi, française, musulmane
Stagiaire au Secours catholique
amel.kaidi@secours-catholique.org

Pour aller plus loin…

« Démarches interreligieuses en faveur de la paix en Papouasie occidentale ». Cette brochure de 45 pages a été publiée par Missio, une institution de l’Église catholique d’Allemagne.

A télécharger sur : http://www.missio-hilft.de/media/th…

Construire une culture de paix en Papouasie par le dialogue

La Papouasie est la région la plus orientale d’Indonésie. Son peuple fait face à de nombreux défis depuis presque 50 ans. Question d’éducation : beaucoup y sont encore analphabètes ; de santé : une des régions les plus affectées d’Indonésie par le HIV-Sida ; de niveau de vie : beaucoup y vivent dans la pauvreté, alors que les ressources naturelles y sont abondantes (pétrole, minerais, forêts…) ; de droits de l’Homme : beaucoup y ont été victimes de violations des droits de l’Homme ; de violence : de nombreux membres des communautés y sont sujets à des violences de la part des forces de sécurité ; de stigmatisation : chaque fois qu’un Papou veut faire valoir son droit, il est accusé d’être séparatiste… De plus, les colons (de Java) alimentent des stéréotypes stigmatisants : les locaux seraient paresseux, portés sur l’alcool et … de peau noire.

Cette situation de la Papouasie a été prise à bras le corps par les leaders religieux dans le pays. Les Églises chrétiennes jouent un rôle important pour défendre les droits des Papous dans leur quête de justice. Les Églises réclament la justice et la vérité, au point que ces Églises sont accusées de soutenir le mouvement séparatiste. Défendre les droits des populations papoues est devenu maintenant un combat collectif de toutes les religions. Toutes les religions, à savoir l’islam, le bouddhisme, l’hindouisme, le protestantisme et le catholicisme, toutes sont engagées dans un travail commun pour construire la paix en Papouasie.

L’engagement des leaders religieux s’est manifesté lors d’un atelier organisé par la commission Justice et Paix (secrétariat des évêques catholiques de Jayapura) en novembre 2002. Cet atelier a accueilli des leaders religieux, des dirigeants d’ONG, des universitaires et des représentants du gouvernement. Le thème de l’atelier était « Construire une culture de paix pour la Papouasie ». Depuis, le slogan « Papouasie : terre de paix » a été promu et de nombreuses activités ont été organisées… Cela a été facilité par le Forum consultatif des leaders religieux (FKPPA) fondé en 2006. Un prêtre catholique, le P. Neles Tebay, membre du FKPPA, a élaboré un concept de paix, avec des étapes concrètes, pour mettre fin aux conflits en Papouasie. Il a proposé le dialogue comme moyen pour trouver des solutions aux problèmes… Dialogue entre ses concitoyens papous des diverses ethnies, religions et factions politiques ; dialogue entre les Papous autochtones et les migrants ; dialogue entre le gouvernement local et le peuple de Papouasie ; dialogue entre Jakarta (gouvernement central) et les autochtones qui vivent en Papouasie ou dans la diaspora…

Elga Sarapung,
Institut pour le dialogue interreligieux (Interfidei) à Yogyakarta.
Extraits d’un article paru en Indonésie.

Nos lecteurs nous écrivent

Dominique Lesaffre, responsable géographique à la Sidi(3) , veut apporter des compléments à l’article Les errements de la microfinance publié dans le n°396. Il nous propose les extraits ci-dessous de l’interview qu’il a donnée à Alternatives internationales.

Faillites, surendettement, suicides… Pourquoi le monde de la microfinance est-il secoué à ce point ?

La microfinance a pris des formes diverses, mais ce qui domine aujourd’hui, c’est une industrie de masse, fonctionnant suivant une logique de marché et où les taux d’intérêt reflètent le rapport entre offre et demande. Là où le marché du microcrédit est saturé, la chasse aux clients peut aussi pousser les opérateurs à multiplier les offres alléchantes et à prendre de plus en plus de risques.

Comment s’opère le contrôle des IMF ?

Pour élargir sa clientèle et financer sa croissance, toute IMF (institution de microfinance) a besoin de capitaux à un moment ou à un autre. Dès lors, la question est de savoir si cette institution peut s’ouvrir à des capitaux extérieurs tout en maintenant la vision sociale qui était la sienne à l’origine. La réponse, généralement, est non, car les investisseurs publics et privés disposés à soutenir cette vision et pouvant prêter de l’argent bon marché sont rares. Si ces capitaux ne peuvent que provenir d’acteurs privés dont le principal souci est de maximiser leur retour sur investissement, l’institution de microfinance va être contrainte de revoir sa politique de prêt.

Au Pérou, la banque de microcrédit Confianza a connu un essor spectaculaire de son portefeuille à partir de 2006 grâce à un apport massif de fonds extérieurs. Ce faisant, elle a concentré son activité sur les emprunteurs urbains et délaissé le milieu rural, alors qu’elle prétendait y répondre lors de sa création par une ONG rurale péruvienne. Cette évolution lui a permis de maximiser ses bénéfices… pour le plus grand profit des actionnaires. Et comme il s’agit d’actionnaires étrangers, l’argent n’est même pas resté dans le pays.

Cet exemple est symptomatique d’une tendance aujourd’hui dominante dans le monde du microcrédit : le travail des débiteurs nourrit le capital des créanciers.

Peut-on résister et qui résiste ?

Il est difficile de résister. Pour accéder aux capitaux internationaux, les IMF ont intérêt à obtenir une bonne note de la poignée d’agences de notation privées dont les investisseurs suivent aveuglement les avis. Elles doivent se plier à des critères financiers qui répondent surtout aux intérêts des investisseurs et à des critères sociaux très généraux. Inversement, si les acteurs de la microfinance dans un pays donné veulent poursuivre des objectifs qu’ils ont définis par eux-mêmes en fonction des besoins identifiés sur le terrain, ils peinent à trouver des partenaires. On rencontre souvent dans cette catégorie des ONG, systèmes mutualistes d’épargne-crédit ou encore des organisations paysannes ayant créé leurs propres instruments financiers…

Ces acteurs sont minoritaires mais ils se regroupent pour défendre le droit souverain des pays du Sud de définir leurs propres orientations, au sein d’alliances continentales telles que, en Afrique, le Microfinance African Institutions Network (Main) ou, en Amérique latine, le Foro Latinoamericano y del Caribe de Finanzas Rurales. Des réseaux qui se démarquent de forums internationaux tels que le Global Microfinance Investment Congress, entre-soi des investisseurs se rencontrant pour affiner leurs stratégies de placement et de prise de contrôle.

Dominique Lesaffre
d.lesaffre@wanadoo.fr

Europe : Comment l’extrême droite profite de
la crise, Alternatives Internationales
, n°052,
septembre 2011, p. 70-71

Notes

[1] - Elga Sarapung est directrice de l’Institute of Interfaith Dialog in Indonesia (Institut DIAN/Interfidei), le plus ancien des groupes de dialogue interreligieux existant en Indonésie. joanelga@yahoo.com

[2] - Formellement, un citoyen indonésien doit avoir une religion."avoir une religion" veut dire ici qu’il faut choisir une des cinq religions reconnues par l’Etat : islamique, catholique, protestante, hindoue ou bouddhiste.Le confucianisme est accepté depuis 2006

[3] - La Sidi (Solidarité internationale pour le développement et l’investissement) est une société d’investissement solidaire détenue majoritairement par le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement).


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