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Les errements de la microfinance

Développement et civilisations, n°396 - juil. - aout 2011

par L.A. Samy(1).

Sommaire :

Éditorial

par Antoine Sondag

Le rôle social de la microfinance

Le microcrédit a connu son heure de gloire avec l’attribution en 2006 du prix Nobel de la paix (de la paix et non de l’économie !) à Muhammad Yunus, présenté comme l’inventeur du microcrédit. Les Européens, à la mémoire courte, devraient se souvenir qu’au XIXe siècle, des institutions de microfinance avaient largement soutenu les petits paysans et artisans et favorisé l’épargne populaire. Que certaines de ces institutions financières aient par la suite trahi l’esprit de leur fondation et aient par exemple spéculé lors de la crise des subprimes, ne doit pas effacer notre mémoire. Ce rappel historique n’ôte aucun mérite à Yunus qui a diffusé la microfinance grâce à sa Grameen Bank et qui se lance maintenant dans l’entreprenariat social. (Lire M. Yunus, Manifeste pour une économie plus humaine, le social business, J. Cl. Lattès, 2011)

Après l’heure de gloire, le scandale. Cela commence avec une polémique sur la Grameen Bank que l’on pourra mettre sur le compte de jalousies politiques internes au Bangladesh. Cela continue avec des scandales en Inde, dont l’article de Samy ci-contre rend compte. L’oubli du côté social de la microfinance s’explique par une série de raisons à replacer dans le contexte indien.

Fanta Wolde apporte un éclairage africain sur cette microfinance qu’il ne faudrait pas aujourd’hui accabler excessivement comme on l’avait hier portée aux nues naïvement. Il y a des conditions à respecter pour qu’elle continue de jouer le rôle social pour lequel elle a été fondée, au XIXe ou à la fin du XXe siècle, peu importe.

Antoine Sondag
antoine.sondag@lebret-irfed.org

Les errements de la microfinance

par L. A. Samy*

L’actualité a illustré les dérives de la microfinance. Faut-il dire : « Tout faux ! » ? Non, mais il faut se souvenir des conditions de succès de la microfinance : son rôle social n’est pas annexe mais central, un accompagnement social est indispensable et ne peut être sous-traité, elle est par nature une activité non lucrative….

Le microcrédit informel a longtemps été pratiqué dans différentes parties du monde par les membres d’une même communauté. Pour les small people (les pauvres, les « petites gens ») qui y participent, c’est leur manière, informelle, d’économiser afin de pourvoir à leurs besoins dans un futur proche. Le montant ainsi épargné sera disponible pour des prêts aux membres dans le besoin et remboursé à un faible taux d’intérêt. De façon volontaire et unanime, les membres donnent à tour de rôle la priorité d’accès au crédit à ceux d’entre eux les plus démunis. Ce microcrédit informel a aidé les membres, non seulement à obtenir une aide financière, mais aussi à acquérir le sens du collectif ainsi que le sens de la solidarité envers leurs semblables.

Au cours du temps, le programme de microcrédit informel a été dissocié des membres de la communauté par les institutions financières formelles, banques et autres. L’augmentation des dépenses des ménages et des coûts de l’éducation ainsi que le problème croissant du chômage, ont forcé les gens à abandonner leurs pratiques traditionnelles et à demander de l’aide financière aux institutions financières formelles. C’est la Grameen Bank qui a institutionnalisé le programme de microcrédit et l’a introduit dans le système financier formel globalisé en 1976. Cela a valu à son fondateur, Muhammad Yunus de la Grameen Bank, d’être invité à la Maison blanche pour y donner une conférence. Beaucoup de pays ont approuvé son concept et l’ont adopté comme un programme de lutte contre la pauvreté. Aujourd’hui, même les institutions financières gouvernementales et les banques ont été remplacées par les institutions privées de microfinance (IMF) et, de même que les marins nouent un gilet de sauvetage autour de leurs reins pour échapper aux eaux déchaînées en cas de naufrage, les emprunteurs des IMF privées se mettent un nœud coulant autour du cou pour échapper aux atrocités perpétrées par ces institutions au nom du recouvrement de l’argent prêté.

Des usuriers informels aux institutions privées de microfinance

En Inde jusque dans les années 1960, seuls les riches, les commerçants et les industriels avaient accès au crédit bancaire pour établir et développer leurs affaires. Les pauvres des zones rurales devaient s’adresser à des usuriers locaux pour satisfaire leurs besoins financiers. Ces banquiers informels qui pratiquaient des taux élevés et le cumul d’intérêts, ont beaucoup fait souffrir les pauvres, adoptant des méthodes inhumaines pour récupérer l’argent auprès des débiteurs défaillants. Ils ont confisqué les quelques biens en leur possession : la terre, les maisons et même des ustensiles, des bijoux ou du bétail. Ils ont anéanti tous ceux qui ne possédaient pas d’actifs à hypothéquer ; ils ont même violé les femmes.

C’est seulement dans les années 1970, après la nationalisation des banques, que les classes moyennes et même les pauvres ont eu accès au crédit bancaire. Afin de satisfaire le besoin en crédit des populations pauvres des campagnes, les banques nationalisées rivalisèrent en ouvrant d’innombrables agences dans les zones rurales. Dans une certaine mesure, le programme de microcrédit a vraiment aidé les populations rurales pauvres. En même temps, cela a légitimé les mécanismes de microfinance comme moyens de financement dominants. Or ce n’était pas son objectif déclaré, la microfinance ayant toujours été mise en avant comme une « alternative » au paradigme dominant de développement pour réduire la pauvreté.

Tout s’est bien déroulé jusque dans les années 1990, avant la signature du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) par le gouvernement indien. Cet accord ouvrit la porte à la privatisation et permit l’entrée d’entreprises multi-nationales. Face à la prolifération de nouvelles institutions privées, le secteur gouvernemental se mit à fonctionner de manière très léthargique en ce qui concernait la protection sociale de la population ; le secteur des services cessa également d’agir en faveur du peuple.

En particulier, le secteur bancaire imposa des règles rigides et des régulations pour la distribution de crédits aux personnes et aux paysans pauvres. « Pas d’ouverture de nouvelles agences » devint la politique des banques nationalisées. Bien sûr, les banques offrent des prêts à des taux d’intérêt plus faibles, mais, étant plus que prudentes dans l’évaluation et dans le classement de la capacité de remboursement des personnes, elles sont très réticentes à proposer un prêt aux pauvres ou aux membres d’un groupe d’entraide. Selon une étude faite dans l’Andhra Pradesh(2), les banques nationalisées, tout en sous-finançant les groupes d’entraide, ont accordé des prêts extrêmement importants aux institutions de microfinance. Les raisons sont simples : cela diminue les frais de la banque, la gestion du service de la dette incombe aux institutions de microfinance et ce n’est pas la banque qui supporte le risque lié au recouvrement du prêt. C’est ainsi que les pauvres se sont retrouvés à la merci des institutions de microfinance.

ONG, microcrédit et institutions de microfinance

À partir de ce moment, les institutions privées de microfinance se sont multipliées dans les zones rurales à travers tout le pays, sous prétexte d’aider les pauvres à satisfaire leurs besoins financiers. Le gouvernement, toujours en faveur de la privatisation, cessa d’accorder un soutien sous forme de crédit direct aux populations défavorisées, en vue d’encourager la montée en puissance des institutions privées de microfinance.

Au même moment, on a assisté à la prolifération notable des organisations non gouvernementales (ONG) dans les pays en développement et à un changement drastique dans le mode de fonctionnement de celles qui étaient financées par des fonds étrangers. Initialement, les ONG aidaient les populations opprimées à être conscientes de leurs droits, les motivaient à lutter contre l’exploitation, l’inégalité sociale, la discrimination des sexes ainsi qu’à garantir l’accès aux soins et aux services de base.

Après que le microcrédit eut gagné la reconnaissance des ONG partout dans le monde, un grand nombre d’entre elles ont centré leurs objectifs autour de programmes de microcrédit ; elles se préoccupèrent plus d’assurer des bénéfices économiques aux commu-nautés que d’agir pour le respect des droits sociaux, politiques et culturels. En fait, la formation de self-help groups (groupes d’entraide ou, plutôt, d’« auto-prise en charge ») et la mise en œuvre de programmes de microcrédit ont émoussé la conscience sociale des membres de la communauté et les ont détournés de la lutte contre les causes structurelles de la pauvreté.

Le concept de self-help group, conçu par M. Muhammad Yunus, le fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, implique la population rurale, et particulièrement les femmes au niveau local, dans les programmes d’épargne et de crédit selon la logique du « compter sur soi-même ». Ce concept, en apparence utile aux pauvres, a en réalité aidé le gouvernement, à la solde de partis politiques divers et variés, à renforcer le capital bancaire et finalement l’État.

La microfinance aujourd’hui

Les institutions de microfinance (IMF) sont celles qui fournissent des prêts de montants relativement modestes aux groupes à faibles revenus. Les personnes ont recours à ces prêts pour faire face à des besoins familiaux urgents ou pour soutenir leurs initiatives visant à générer des revenus. Pendant longtemps, en Inde, les banques nationalisées elles-mêmes ont opéré comme des établissements de microcrédit. Alors, comment ont-elles pu abandonner leur rôle à des institutions privées ? Est-ce que ces dernières peuvent aussi se substituer aux banques nationalisées pour ce qui concerne les services ?

Au début, les institutions privées de microfinance ont agi de façon irréprochable afin de se créer une clientèle de bonne taille. Très intelligemment, elles se sont fabriqué auprès de leurs clients une image d’« institutions sans but lucratif », cachant le fait qu’elles sont, absolument, des « institutions à but lucratif ». En temps voulu, elles ont montré leur vrai visage et n’ont pas mieux agi que les usuriers locaux peu scrupuleux, puisque la force motrice du fonctionnement de telles institutions est le profit.

Leur tactique est d’employer dans la région où fonctionnent le plus de groupes d’entraide de femmes, une personne, si possible déjà connue de ces groupes. Son rôle est de promettre ostensiblement de faibles taux d’intérêt, la non-obligation d’apporter des garanties, des facilités d’assurance, etc., mais à une condition : les prêts ne seront accordés qu’à des groupes.

Bientôt, les groupes d’entraide seront formés et les IMF recueilleront comme garantie les copies des cartes d’alimentation et des cartes d’électeur des membres. Entraînées par la nécessité d’obtenir un crédit pour couvrir les coûts d’éducation de leurs enfants et les besoins du ménage, les femmes tombent dans le piège tendu par les IMF, qui vont, dès le premier mois de remboursement, montrer leur vrai visage, hideux.

Bien qu’elles annoncent un taux d’intérêt uniforme et fixe de 10%, la réalité va bien au-delà. Même après plusieurs échéances remboursées, les intérêts ne sont pas calculés sur le capital restant dû mais sur la totalité du montant prêté initialement. De cette manière, le taux d’intérêt pour tout montant prêté excède 60%.

Faisant montre d’une attitude inhumaine, elles adoptent des méthodes cruelles pour récupérer l’argent prêté aux clients ; elles les intimident en les menaçant de graves conséquences en cas d’échec de remboursement ; elles les harcèlent de manière continuelle afin qu’ils payent d’une façon ou d’une autre ; elles profèrent des attaques verbales, en particulier à l’encontre des membres féminins de la famille ; elles ont recours à toutes sortes de pratiques agressives de recouvrement.

A vrai dire, en Inde, les IMF ont pu prospérer dans un climat social vicié par le système politique actuel. Lorsque la date des élections approche, le gouvernement au pouvoir, dirigé par un parti ou un patchwork de différentes formations politiques, annule la dette de crédit des agriculteurs pauvres. L’intention n’est autre que celle d’obtenir les voix des familles des emprunteurs lors de ces élections. Mais s’il est possible pour les gouvernements - car ils sont détenteurs des sources de revenus financiers les plus élevés de la nation - de renoncer au remboursement des prêts, ce n’est pas le cas des établissements privés de microfinance dont la prospérité dépend du recouvrement des sommes allouées.

Les usuriers locaux, au moins, connaissaient la nature et le contexte des emprunteurs et pouvaient se montrer, dans certains cas, indulgents. Les institutions privées de microfinance, impersonnelles, adoptent quant à elles des pratiques impitoyables de recouvrement.

Libre-propos

Trois questions à Fanta Wolde Michael

Avez-vous entendu parler des scandales de la microfinance en Inde ?

Oui. Il me semble que ce marché n’était pas assez régulé, on avait distribué des crédits à la légère, provoquant ainsi le surendettement. En Afrique, la microfinance n’est pas tellement développée, ce qui nous a paradoxalement protégés également de ses excès. On a certes connu quelques crises au Maroc et au Rwanda où l’État a dû fermer certaines institutions de microfinance. De telles institutions peuvent faire des erreurs. Il faut une régulation.

Comment mieux prendre en compte l’aspect social de la microfinance ?

Il y a un aspect social dans la microfinance : elle permet d’intégrer dans la société ses bénéficiaires, elle doit leur éviter le surendettement, elle doit payer un taux d’intérêt raisonnable aux épargnants, elle doit écarter la corruption. On a pris au plan international quelques mesures pour promouvoir l’aspect social de la microfinance : établir des standards de qualité, sensibiliser au management spécifique de la microfinance… Cette microfinance est parfois régulée et parfois non. Je suis en faveur d’une régulation par l’État ou par les banques centrales et non pas simplement par un cadre juridique établi par les institutions de microfinance elles-mêmes.

La microfinance doit-elle ne faire de prêts que pour des projets générateurs de revenus ?

Faire des prêts pour la consom-mation ? Oui, des prêts rapides pour payer des funérailles, ou une dot. Mais il faut évaluer d’abord les capacités de remboursement pour éviter un endettement sans fin. On parle beaucoup des prêts pour le petit business, cela crée des emplois. C’est très bien. Mais à côté de cela, il y a les prêts à la consommation. Indispensables eux aussi.

Fanta Wolde Michael
directeur exécutif de MAIN
(Microfinance African Institutions Network)
fantawmh@yahoo.fr

_ Propos recueillis par Antoine Sondag

Témoignages de femmes membres de groupes d’entraide

• Le jour du remboursement, les femmes doivent se réunir à 7 heures du matin et ne peuvent rentrer chez elles tant que leurs parents ou leurs maris ne remboursent le montant dû. • Tous les membres d’un groupe doivent être présents et si un membre fait défaut, les autres ne peuvent partir. C’est une sorte de détention. • Si l’un des membres n’assiste pas à la réunion, les autres doivent - collectivement ou individuellement - rembourser le montant dû par l’absent. Cela monte les membres les uns contre les autres. • Les employés des IMF vont jusqu’à déverser des flots d’insultes par téléphone. • Les IMF persuadent les gens de demander des prêts, en promettant de faibles taux d’intérêt. Elles ne donnent pas la somme totale dont les clients ont besoin mais déduisent du montant du prêt accordé 1 000 à 1 500 roupies pour les frais de dossier et le dépôt de garantie.

La mode de « l’argent pour l’argent » aide les riches à devenir plus riches, ignorant l’immense multitude de pauvres qui deviennent plus pauvres

Pourquoi de telles dérives ?

Jusqu’au début des années 1960, quand le capitalisme concurrentiel était en vigueur dans l’État, les secteurs productifs prospérèrent et générèrent un plus grand nombre d’opportunités d’emploi. A la longue, notamment après que l’Inde eut signé le GATT, le secteur financier devint dominant par rapport à tous les autres, y compris le secteur productif. La croissance du capital financier, inévitable dans le capitalisme, a occupé la première place dans tous les pays capitalistes car sans elle, la classe dominante ne pouvait renforcer sa position.

Le sillage était tracé pour que la mode de « l’argent pour l’argent » aide les riches à devenir plus riches, ignorant l’immense multitude de pauvres qui devenaient plus pauvres. La croissance colossale des capitaux financiers a également eu un impact sur la culture. Cela permit et justifia toutes sortes de manières frauduleuses pour se faire de l’argent : la fin justifie les moyens.

Au fur et à mesure que le système capitaliste a pénétré le XXIe siècle dans sa globalité, toutes ses dimensions progressistes se sont atrophiées et il a adopté ouvertement des formes sans cesse renouvelées de corruption et d’exploitation. Toutefois, le système qui prévaut en Inde se démarque notoirement car il a été affaibli et infesté par une politique immorale, par une gouvernance non éthique, par une justice inéquitable, par le népotisme, les pots-de-vin, la corruption, le communautarisme et l’intégrisme.

En Inde, chacun a la liberté de se livrer à toute sorte de crimes, délits et méfaits sociaux pour satisfaire ses intérêts égoïstes ou pour remplir son porte-monnaie.

Les parlementaires, les administrateurs, les policiers, les militaires ainsi que les protecteurs du droit sont à l’affût du moindre prétexte pour escroquer l’argent public ; ils soutiennent donc ce système criminel et défendent les coupables. Lorsque l’administration et le système social, politique et économique sont corrompus en tant que tels, les institutions frauduleuses de microfinance ont toute liberté pour s’en prendre aux populations pauvres.

Un microcrédit basé sur la gestion par la communauté est socialement pertinent

L’alternative : prise de décision démocratique dans le microcrédit

AREDS(3) a été très sceptique et critique sur la manière dont les institutions de microfinance ont été lancées et dont elles ont été reconnues dans le système juridique du pays. Le fait qu’elles soient uniquement destinées à des fins lucratives et non liées à un engagement social, d’une part, et la force numérique des pauvres et la situation de pauvreté, d’autre part, représentent pour ces organisations autant d’opportunités de prospérer.

AREDS a donc lancé un programme d’épargne et de prêt fondé sur les besoins des mouvements populaires en termes de renforcement des capacités dans les domaines du social, de l’économique et du culturel. Le capital est réuni par et parmi les membres du groupe. Il est attribué aux membres qui en font la demande auprès de l’unité locale ou villageoise chargée d’étudier les requêtes. C’est aussi l’unité locale qui aide l’emprunteur à organiser au mieux le crédit pour que les retombées économiques améliorent de façon durable ses conditions de vie.

SWATE(4), un mouvement de femmes du district de Karur, a lancé cette initiative en encourageant ses membres à prendre l’habitude d’économiser dix roupies par mois. Cela a permis, à terme, d’obtenir assez de capital pour accorder de petits prêts servant à l’achat d’une chèvre, d’un mouton ou, dans certains cas, à répondre à des besoins urgents. Le plafonnement du crédit et les taux d’intérêt pour les prêts et pour l’épargne ont été discutés et fixés de façon démocratique et transparente par les membres de SWATE, et non par un individu ou par une organisation. AREDS et SWATE ont critiqué dès le début le système des institutions de microfinance lorsqu’elles sont aux mains d’entreprises et d’ONG, seulement intéressées par les gros clients qui leur permettront de racheter d’autres IMF et donc de collecter plus d’intérêts, sans qu’à aucun moment elles ne soient obligées de reverser les bénéfices au profit de la communauté.

Ayant pris connaissance de cette initiative, le PNUD (programme des Nations unies pour le développement) à envoyé une équipe internationale se former à ce système d’épargne et de crédit mis en place par SWATE. Les prêts contractés par les membres de SWATE sont utilisés pour répondre à des besoins individuels mais aussi pour créer des modèles d’organisation collective (cantines, restaurants, activités agricoles, etc.) Le fait qu’il y ait un capital commun, aussi bien humain que matériel, permet aux membres de faire face aux problèmes de la communauté, tels que les violences faites aux femmes, le vol de sable et même de se présenter aux élections régionales et nationales.

L’histoire nous montre que lorsque le microcrédit est basé sur la gestion collective par la communauté de la satisfaction des besoins en crédit, il est couronné de succès et socialement pertinent. Programmer solidement la participation communautaire aux processus d’épargne et de prêt est ce qui permet de gérer, selon une perspective sociale et avec compassion, les attributions du crédit, les défauts de paiement, les mécanismes de recou-vrement et la durée de rembourse-ment. Lorsque les membres de la communauté gèrent eux-mêmes une institution de microcrédit, cela les aide non seulement à couvrir leurs besoins d’argent, mais aussi à partager les uns avec les autres leurs joies et leurs peines. Les programmes de microcrédit gérés par des mouvements populaires, qui se battent pour la justice sociale et le renforcement du pouvoir des commu-nautés opprimées, sont porteurs de succès et respectueux des gens, tandis que les institutions privées de microfinance à but lucratif sont intrinsèquement porteuses d’exploitation, d’oppression et d’inhumanité ; leur façon de faire de l’argent - à défaut d’aider par l’argent - est, de surcroît, un fiasco.

Par conséquent, le concept même de microfinance est, par sa nature même, un mécanisme d’exploitation ; il en va de même des pratiques de recouvre-ment des institutions de microfinance. Sous prétexte de fournir une assistance financière aux pauvres, elles vendent la mort ! C’est pourquoi elles doivent être abolies sans coup férir pour sauver les emprunteurs pauvres qui sont tombés ou sont sur le point de tomber dans le piège de la dette tendu par ces impitoyables IMF.

« La microfinance, en tant que business entreprenarial, est un succès mais mérite un zéro pointé si on la considère sous l’angle du développement social. » affirme un professeur de l’Université de Dhaka (Bangladesh), dans un article paru dans Economic and Political Weekly. En somme, pour fabriquer un tout petit nombre de riches, une immense majorité doit devenir pauvre et mourir sous le fardeau de la dette perpétuelle.

L. A. Samy
aredsind@gmail.com Cet article a été écrit avec l’aide de l’équipe de documentation d’AREDS.
Les histoires sont les expériences réelles.

Notes

[1] - L. A. Samy est directeur exécutif de l’ONG indienne AREDS (Association of Rural Education and Development Services) dans le district de Karur, au sud de l’Inde. Il est vice-président pour la région Asie du Réseau international Développement et Civilisations.

[2] - L’Andhra Pradesh est un État de l’Inde du Sud.

[3] - AREDS (Association d’éducation rurale et de services pour le développement) est une ONG indienne dans l’État du Tamil Nadu.

[4] - SWATE (Association pour donner plus de pouvoir aux femmes) est une organisation de femmes en milieu rural, créée en 1991.


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