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Note sur le concept de « communauté » au regard des stratégies de solidarité internationale

par Roland Colin

Il s’agit de la communication de roland colin lors du colloque international des Africanistes des 17 et 18 novembre 2011


Note sur le concept de « communauté » au regard des stratégies de solidarité internationale

Au moment de la fondation d’Economie et Humanisme, en 1941, le petit groupe initiateur, autour de Lebret et Perroux, définissait une ligne de marche s’attachant à promouvoir un nouvel « ordre communautaire » réconciliant l’individuel et le collectif. La question centrale se posent autour de la définition et de la gestion du « bien commun ». Il s’agissait de faire droit aux « besoins humains », à l’encontre de la dictature du marché sans limite, tout comme d’un « socialisme d’Etat » incarné par le communisme sous deux négateurs de la personne humaine et de la solidarité communautaire. Les consonances avec le « personnalisme communautaire » de Mounier sont évidentes.

Lebret est profondément préoccupé par l’interprétation du marxisme se réclamant de l’instauration d’une justice sociale universelle. Il bute sur la question du matérialisme historique et charge Henri Desroche d’une analyse en profondeur des positions marxistes. Il en résulte le « signification du marxisme » qui fera condamner Desroche par Rome, malgré les efforts de Lebret (1951).

Desroche, parallèlement avait travaillé en profondeur sur la communauté et reste profondément calé sur la lègue fondatrice de la pensée lebretienne. Il coordonne un ouvrage « caractère de la communauté » édité par Economie et Humanisme en 1944. Il restera, tout au long de sa vie, orienté vers la problématique de la gestion du bien commun par les acteurs.

On doit s’interroger, au début du XXIe siècle sur la pertinence et la permanence de cette construction Lebreto-desrochienne. En l’analysant de près, on remarque tout particulièrement la mise en évidence d’un paradigme essentiel touchant les fondements de la communauté et ses biens avec le bien commun.

Dans cette lègue, il apparaît clairement que le concept de communauté ne peut être réduit à un stéréotype abstrait. Il y a communauté lorsque des hommes sont « rassemblés par des relations humaines fondamentales », s’organisant dans des « situations et fonctions complémentaires », et gérant en commun une « conscience du nous » fondée sur lerus affinités, leur solidarité et leurs liens affectifs (manifeste d’Economie et Humanisme p. 16). Les équipes de Lebret admettent que les communautés sont multiformes (de la famille à la Commune et au delà) et évolutives, mais l’essentiel est la perception du lien social conscient et responsable sans laquelle la notion de « bien commun » est compromise.

On peut alors s’interroger sur la place de ce ressort dans les organisations et les institutions du temps présent. L’effondrement du « bloc communiste » a ouvert la voie à la reconnaissance du principe du marché comme mécanisme régulateur suprême. On s’efforce d’en corriger les excès en s’attachant à redéfinir les missions de l’Etat comme contrepoids à l’hégémonie néo-libérale. L’Etat apparaît alors comme représentant du discours du « bien commun », mais, dans la problématique posée par Lebret, la question fondamentale se pose : l’Etat agit pour le compte et sous le contrôle de quelle communauté ? Quel est le niveau d’appartenance des citoyens par rapport à cette communauté ? (dans la vision défendue par Desroche : à la fois les membres appartiennent à leur communauté et leur communauté leur appartient).

Tout le mouvement protestataire contre l’hégémonie du marché procède de ce que l’on appelle la « société civile ». Mais ce concept demeure vague et abstrait, la plupart du temps. Le mouvement social qu’on relie à la « société civile » interpelle sur la définition et la gestion des intérêts communs. On revient alors à la problématique d’une communauté génératrice d’un mandat visant à faire droit au bien commun de ses membres. On rejoint là la question de la dynamique démocratique et citoyenne. Lebret et Desroche percevaient bien le « mouvement communautaire » comme un agrégat de forces enracinées dans le tissu visant des peuples et s’organisant, à travers les arbitrages indispensables, niveau par niveau, pour faire prévaloir l’intérêt et le développement de « tout homme » et de « tous les hommes ».

Dans la période présente, il est de bon ton de fustiger le « communautarisme » comme obstacle à l’intégration dans l’entité nationale. Cette position se justifie si l’on se réfère à des communautés fermées, repliées sur elles-mêmes et hostiles à ce qui n’est pas elles. Mais il y a danger à des extrapolations hasardeuses. Les communautés ouvertes, vivantes, solidaires, riches de leurs apports mutuels sont aux antipodes de ces « communautarismes du repli ». De nombreux exemples, souvent éclatants, existent dans le monde actuel, notamment dans les réseaux des immigrés, dans les mouvements néourbains et néoruraux de base, au Nord comme au Sud. Les puissances médiatrices, si souvent liées aux forces du marché, ne leur font pas droit. Pourquoi ? Parce que le recadrage de la problématique communautaire a de lourdes incidences sur les rapports de forces qui tiennent le haut du passé sur la scène sociale. Le Forum Social Mondial dans ses diverses instances est un lieu privilégiée pour dire qu’il n’est pas obligatoire d’accepter l’inacceptable.

Roland Colin


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