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L'aménagement urbaine en union soviétique

par J ?-L. Ceppe - Economie et Humanisme n°149 sept.-oct. 1963

Les méthodes d’urbanisme constituent un chapitre peu connu de la planification soviétique. A un moment où le développement urbain devient un phénomène mondial d’une ampleur sans précédent, il est intéressant de connaître l’expérience soviétique sur ce point.

La présente étude a été rédigée à partir de documents inédits, qui sont cités en note et auxquels il faut ajouter les travaux d’Ermolin et de Terekhin, parus à Moscou en 1961 dans l’Edition gouvernementale. La traduction de cette précieuse documentation nous a été communiquée par notre ami Jean Labasse, professeur à l’Institut d’Etudes politiques de l’Université de Paris, qui prépare un ouvrage sur l’urbanisation dont un des chapitres sera consacré à l’expérience soviétique.

Le XXlme congrès du parti communiste de l’Union Soviétique (1959) a décidé, dans le cadre du plan septennal pour les années 1959-1965, la construction, dans les villes et les cités ouvrières, de 650-660 millions de mètres carrés de surface habitable - ce qui correspond à environ 15 millions de logements - et, dans les localités rurales, de près de 7 millions de maisons. Où en est à l’heure actuelle la réalisation de ce plan en ce qui concerne les villes ?

Il convient tout d’abord de noter que l’effort ne porte pas seulement sur l’accroissement du nombre des habitations mais encore sur le renouvellement des principes de l’urbanisme. Alors que les constructions nouvelles, au cours des années précédentes, se localisaient sur les terrains libres situés à proximité immédiate des agglomérations déjà existantes -on bâtissait de petits quartiers avec des maisons peu élevées - les méthodes actuelles de planifications des villes tendent à édifier de grandes masses d’habitation : les unités de voisinage.

Après un aperçu général sur la planification des villes en Union Soviétique, nous nous attacherons donc à la description de cette technique particulière qu’est l’unité de voisinage, élément de base des quartiers nouveaux et des villes nouvelles ; nous aborderons ensuite quelques problèmes spéciaux, comme ceux que posent le climat en Sibérie extrême-orientale ou l’exiguïté des surfaces habitables dans l’Oural.

Données générales sur la planification des villes

1. La rapidité de la croissance des villes

Si l’on considère la surface construite de 1958 à 1960, on peut classer les principales villes de l’Union Soviétique en trois catégories. Dans une première série de villes comme Astraklan, Kourst Kalinin, Orembourg, Kirov, Kemerovo, Tomsk, la surface construite n’a pas dépassé 500000 mètres carrés. Dans d’autres villes : Penza, Mourmansk, Ijevsk, Barmaouc, Toula, Oufa, cette surface s’est élevée de 500000 à 1 000000 de mètres carrés. Quelques villes enfin ont dépassé 1 000000 de mètres carrés de constructions nouvelles en ces troi années : Perm, Omsk, Kouibitchev, Krasnoïarsk, Gorki.

La réalisation de cette croissance présente un certain nombre de caractères constants. Dans les villes de type ancien, le cadre hérité du passé n’est pas bouleversé : le pourcentage des anciennes constructions de deux, trois ou quatre étages dans les portions centrales de certaines villes est encore élevé ; il atteint 30 à 50 % à Gorki et à Kouibitchev. Le centre de ces vieilles villes n’était d’ailleurs pas construit de façon très dense, surtout en Sibérie et dans l’Oural. Ce n’est qu’à partir des années 1930 que des constructions élevées remplacèrent les maisons à un étage.

Peu à peu des quartiers nouveaux furent édifiés autour des centres historiques, en liaison avec l’implantation d’entreprises industrielles (industrie automobile à Gorki, industrie métallurgique à Tcheliabrinsk, tracteurs à Stalingrad) dans un rayon de sept à dix kilomètres. On vit même apparaître des microvilles, comme Voljskii à douze kilomètres de Stalingrad ou Kosogorski à dix kilomètres de Toula.

D’autres facteurs aussi ont influencé la répartition des constructions nouvelles. Les conditions naturelles jouèrent un rôle important, par exemple lorsque des villes situées le long de fleuves durent s’étendre sur une seule rive, l’autre étant dépourvue de terrains aptes à la construction ; tel fut le cas de Novosibirsk. Parfois, ce fut l’existence du chemin de fer sur une seule rive qui engendra cette extension unilatérale, comme à Rostov sur le Don, à Kouibitchev, à Stalingrad qui borde la Volga sur 60 à 70 kilomètres.

2. La croissance extensive sur terrains libres

Dans 5 % des cas seulement les constructions nouvelles sont des reconstructions sur des terrains précédemment bâtis. Elles se font donc sur terrain libre dans la proportion de 95 % .Il en résulte un usage irrationnel de certains quartiers bien situés où l’on construit encore des habitations d’un seul étage. Mais il n’existe guère en ce domaine de règles absolues ; certaines villes comme Nova, Kouibitchev, Voltskii ont 85 à 90 % d’immeubles à quatre ou cinq étages tandis que de grandes cités comportent 25 à 30 % d’habitations à un ou deux étages.

D’une façon générale, la reconversion des habitations à un étage en constructions de plusieurs étages a été difficile et lente. Elle est économiquement rentable là où la densité du fonds habitable ne dépasse pas 400 ou 500 mètres carrés à l’hectare. Dans les régions où la densité atteint 700 à 1 000 mètres carrés, les coûts de la reconstruction sont augmentés de 9 à 10 % et la construction de quartiers d’habitation plus dense est peu économique ; on ne peut guère l’envisager que comme une solution extrême, par exemple pour réparer des maisons et améliorer l’état sanitaire d’un ensemble de logements, comme c’est le cas dans les quartiers centraux des villes, de Saratov, Kouibitchev, Perm et Toula.

Ces exemples ne prouvent pas que la reconstruction des quartiers anciens est toujours contraire à une sage économie. Il faut tenir compte du fait que les constructions à un étage vieillissent de plus en plus, de la difficulté du travail qui varie selon la nature du sol, de la hauteur des bâtiments et de la qualité des matériaux employés. Un choix rationnel s’impose, fondé sur une analyse de la qualité du fonds habitable.

On peut donc reconstruire de façon plus dense le centre des villes, mais la croissance peut s’opérer également par la construction sur terrains libres. Ceux-ci sont de trois types :

  • ils se répartissent dans l’intervalle des constructions existantes ; leur superficie est alors réduite, comme à Kouibitchev et à Gorki ;
  • ils sont situés à proximité des terrains construits ; là encore leur superficie est limitée ;
  • ils s’étendent au-delà des limites de la ville, sur les terres des kolkhozes et des sovkhozes qui la bordent ; la pratique montre que ces terres ne sont pas toujours aptes à la construction, à moins qu’elles ne soient déjà occupées par des aérodromes ou des châteaux d’eau qu’il faudrait alors transplanter.

Il est vrai que l’extension continue d’une ville ne va pas sans inconvénients : il risque d’y avoir un chevauchement des zones de construction et par conséquent un usage irrationnel du territoire, sans compter que !es conditions de vie sont moins agréables dans une cité trop vaste et que le réseau des communications doit se développer considérablement. Etendre indéfiniment les villes revient à augmenter les temps de transport entre je domicile et le lieu de travail jusqu’à dépasser un maximum de trente à quarante minutes. En somme, les terrains libres doivent être affectés en priorité à la construction d’équipements collectifs et à des plantations d’arbres, plutôt qu’à des constructions individuelles.

Les villes petites et moyennes se développent fréquemment par le procédé de la jonction territoriale qui a l’avantage d’être progressif et de ne pas demander de grands frais, ni de formules juridiques compliquées pour l’aliénation des terres des kolkhoses. Il est même utilisé pour certaines grandes villes comme Toula, Kemerovo, Omsk, Magnitogorsk.

Dans la banlieue des villes, sur les terres des kolklioses, les constructions individuelles à un étage sont en fait très répandues. Elles s’étendent selon une structure disparate jusqu’à une distance de dix à onze kilomètres du centre. Pour les petites exploitations agricoles ou les villes rurales, on préfère les constructions individuelles de un ou deux étages situées près des lieux de transport et des gares.

A la périphérie des grandes villes, on observe la formation de villes satellites. Mais pour que les grands cités puissent déverser le trop-plein de leur population vers ces unités plus petites, il faut y installer des entreprises industrielles. Les villes satellites sont localisées habituellement à quinze ou vingt-cinq kilomètres de la ville centrale avec laquelle elles entretiennent des échanges intensifs ; on compte de 200 à 250000 habitants pour une ville centrale et de 30 à 80000 habitants pour une ville satellite. Ce nouveau type de ville permet d’éviter les hyper-concentrations, de supprimer en partie les cités-dortoirs, de palliers à une implantation irrationnelle de la population loin des lieux de production.

On comprend qu’une telle rapidité dans la croissance des villes, de telles innovations dans les techniques rendent nécessaire une planification prospective des villes.

3. L’impératif de la planification des villes

Le taux de croissance de la population fournit les données fondamentales pour prévoir ce qui s’impose quant à la construction des logements. Pour les grands villes comme Gorki, Novosibirsk, Stalingrad, ce taux de croissance est de 10 à 15 % de la population ; il atteint 20 % à Kemerovo, Stalinsk ou Magnitogorsk. Pour les villes petites et moyennes, la croissance dépend en grande partie des forces productives de la région et de leurs possibilités d’industrialisation ; on prévoit la multiplication par deux ou par trois de la population de certaines d’entre elles. Les villes récentes atteignent rarement le chiffre de 100000 habitants.

Dans les grandes villes le manque d’habitations devra être comblé d’ici 10 à 12 ans ; les constructions de quatre à cinq étages auront la première place. Pour les villes petites et moyennes, on préférera des constructions de deux à quatre étages. Le nombre des maisons individuelles croîtra en même temps que l’aide de l’Etat.

C’est un fait que, depuis le début du siècle, la croissance des grandes villes, notamment celles de plus de 300000 habitants avec leurs banlieues et leurs cités satellites est un phénomène particulièrement complexe. La distance entre les districts d’habitation et le centre atteint parfois dix kilomètres ou les dépasse.

4. La complexité de la planification croît avec la taille des villes

Les petites villes (Pougatchev, Nevinmonesk) ont une structure simple : les quartiers d’habitation ne sont séparés du centre que par des distances ne dépassant pas deux kilomètres. On peut encore y aller à pied. Dans les villes de 100 à 150000 habitants, comme Kansk, Begorod, Dgerjinsk, les plans sont simples et compacts ; la distance des quartiers d’habitation au centre est encore de l’ordre de trois ou quatre kilomètres. La structure des plans devient plus complexe dans les villes de 300 à 350000 habitants comme Toula, Kemerovo. Stalinsk, Magnitogorsk ; nous avons vraiment affaire à une grande ville ; la distance entre les rayons périphériques et le centre dépasse dix kilomètres ; à Toula et à Magnitogorsk, les quartiers d’habitation sont particulièrement dispersés. Les villes de 500000 habitants n’ont pas de villes satellites, ni de banlieue importantes en dépit de l’extrême dispersion de certains quartiers d’habitation. Au-delà de 1 000000 d’habitants, les villes (Gorki, Novosibirsk, Kouibitchev) ont une banlieue d’une étendue considérable ; la structure de leurs plans est d’une extrême complexité.

En somme à mesure que la ville augmente, les tâches du planificateur qui doit organiser la croissance de façon rationnelle deviennent plus compliquées.

Une technique de planification des villes : l’unité de voisinage

1. Justification et principes d’organisation des unités de voisinage

a - les avantages de l’unité de voisinage

Les unités de voisinage présentent une série d’avantages pour l’individu comme pour la collectivité. Elles favorisent la santé en éloignant les habitants des bruits d’une circulation intensive, des fumées d’usines, des pollutions atmosphériques. Les enfants en particulier n’ont pas à traverser des rues dangereuses à grande circulation pour se rendre à l’école. Sur !e plan collectif, elles facilitent le transport urbain par suppression des croisements et diminution du nombre des piétons dans les rues principales ; elles permettent une répartition harmonieuse, par rapport à la population, des établissements de sport et de culture intellectuelle ; elles donnent Ia possibilité de rationaliser l’emplacement et la capacité des chaudières, buanderies, garages ; enfin elles réduisent le réseau des rues principales. L’unité d’habitation permet donc une série d’économie qui se traduisent par un abaissement des coûts humains, économiques et financiers de la vie urbaine.

Mais, pour être fonctionnelle, une unité de voisinage doit répondre à un certain nombre de principes.

b - les principes de planification en matière d’unités de voisinage

Il est difficile de dégager des principes généraux en matière d’unités de voisinage car la construction de celles-ci varie beaucoup selon les conditions naturelles, le climat, le relief, l’étendue des villes, les types de construction que l’on y rencontre. Chaque région a ses particularités naturelles qui influent sur le régime des constructions, même lorsque celles-ci se situent sous un régime climatique identique.

Essayons cependant de dégager un certain nombre de principes. On cherche d’abord à réduire autant que possible les distances entre les habitations d’une part, les établissements d’enseignement et les magasins d’autre part. On crée des zones vertes pour adoucir les conditions climatiques et assurer la protection contre le vent et le soleil. La proportion de la surface construite suit certaines règles : elle est de 1 600 mètres carrés à l’hectare pour des habitations de deux étages, de 2100 pour trois étages, de 2 400 pour quatre étages, de 2700 pour cinq étages, de 2900 pour six étages et de 3 100 pour huit étages. On prévoit cependant une baisse de densité de 10 % dans les régions boisées, à relief abrupt ou sujettes à séismes.

La population de ces nouvelles régions se loge en grande partie sur des terrains nouvellement construits. C’est pourquoi on peut en rationaliser l’implantation, installer tout un complexe d’édifices culturels, prévoir un haut niveau d’aménagement sanitaire. Les projets envisagent une répartition des appartements par familles ; il faut donc construire des types d’habitation qui tiennent compte de la structure de la population. Pour un quartier, le nombre d’habitants ne doit pas dépasser 30 à 50 000. Les divers services sont situés dans un rayon de 750 à 1 500 mètres, en sorte qu’ils soient facilement accessibles aux piétons. Les établissements comme les éco- les ou les jardins d’enfants sont même répartis dans un rayon qui n’excède pas 500 mètres.

Les dimensions de l’unité de voisinage tiennent compte de la structure générale de la région, du nombre d’étages. Les arrêts de transports urbains ne doivent pas être distants de plus de 4 à 500 mètres du domicile de chaque habitant. Le minimum de la population est de 3000 habitants, ce qui correspond au nombre d’élèves d’une école et à la capacité des équipements d’utilisation quotidienne. Le maximum ne va pas au-delà de 10 à 12000 habitants, ce qui correspond à la capacité de deux écoles de 960 places. Les établissements d’utilisation périodique sont répartis dans un rayon de 1 000 à 1 500 mètres autour des habitations. On tend à rapprocher au maximum les magasins des consommateurs : pour l’alimentation plus de 70 % des points de vente sont situés dans l’unité de voisinage, et 20 % pour les produits industriels. Parfois, les établissements commerciaux sont rassemblés dans de petits bâtiments à part des habitations. On prévoit un bloc central comprenant un important bureau pour la gestion des bâtiments et une salle de réunion. On prévoit en outre, pour les unités de 6 à 12000 habitants, des centres de blanchissage pour le linge.

Quant aux types de construction, on a choisi des habitations de quatre ou cinq étages pour les villes moyennes et pour les grandes villes, de deux ou trois étages seulement pour les petites villes et les bourgs. Ces types de construction doivent tenir compte des conditions matérielles et des particularités locales ; on doit en particulier utiliser au maximum les ressources locales en matériaux. Pour les unités de voisinage, on applique des projets types mais les plans jusqu’ici en vigueur sont plutôt destinés à des appartements pour une famille à raison d’une superficie de six ou sept mètres carrés par personne ( la moyenne des familles étant de 3,3 habitants). On prévoit aussi cependant des types spéciaux de section-corridor pour les personnes seules et les petites familles : ces appartements comprendraient cinq ou six chambres de neuf à dix-sept mètres carrés chacune, avec cuisine et sanitaires en commun. On trouve encore des habitations qui ressemblent à un hôtel, avec cuisine et sanitaires, chambres de neuf à quinze mètres carrés, club et salle à manger au premier étage. Pour les familles de cinq ou six habitants enfin,. on construit des maisons de deux étages, avec appartements de 200 mètres carrés chacun ; ce type est également prévu pour les grandes familles et les personnes âgées dans les unités de voisinage de plusieurs étages, pour les familles d’ouvriers et d’employés dans les industries chimiques ; ces familles en effet vont rarement à l’air libre et ont besoin d’un maximum d’air pur.

A l’intérieur des unités de voisinage, on exclut le plus possible les transports et les mouvements de transit. Les habitations sont construites en retrait du bord de la rue, de six mètres pour une rue principale, de trois mètres pour une rue résidentielle. La largeur des trottoirs varie de 1 mètre à 7,50 mètres, à moins qu’ils ne doivent permettre le transport des camions de livraison ; dans ce cas leur largeur est fixée à 2,60 mètres.

Les espaces verts sont composés pour 40 % d’arbres et pour 60 % de pelouses et de jardins pour les régions a étés humides. Chaque région doit adapter ces espaces verts à ses particularités naturelles.

2. Une unité de voisinage en Sibérie méridionale

Cet exemple nous éclairera sur l’articulation d’un quartier en plusieurs unités de voisinage.

Le quartier à planifier est situé près d’une voie ferrée et d’une gare ; il s’étend sur 160 hectares de terrain non bâti. Le climat est caractéristique de la Sibérie : froid prolongé, hivers secs et ensoleillés, étés humides et courts. Les maisons ne doivent pas occuper une superficie trop grande du fait que la ville est située dans une région sismique. Le quartier est composé d’habitations à quatre étages avec des appartements de un, deux et trois pièces pour 87 % de la surface habitable. La population totale est de 28000 habitants.

La distance entre le domicile des habitants et les arrêts de transports ne dépasse pas 400 mètres. On a prévu par ailleurs un club de 600 places, deux cinémas de 600 et 300 places, plusieurs grands magasins occupant chacun vingt-cinq personnes, un hôtel de 220 places, un restaurant de 100 places, une bibliothèques de 25000 volumes, deux bains de 100 places, deux blanchisseries d’une capacité de 1 000 kilos de linge.

Le club est situé à une distance de 500 à 1 000 mètres des habitations. Le cinéma, les magasins et le restaurant se trouvent sur les places centrales du quartier ; les polycliniques, les pharmacies, les postes, qui a cause du climat doivent être aussi rapprochées que possible des lieux d’habitation, sont groupées au centre même des unités de voisinage. Les bâtiments à usage collectif (bains, garages, buanderies) sont situés hors des limites de l’unité.

Le quartier comprend six unités de voisinage dont trois sont au sud- ouest et trois au nord-est de la rue principale. La superficie de chacune varie de quatorze à trente hectares et la population de 3500 à 6500 habitants. Dans les unités de voisinage de 6500 habitants, on prévoit des écoles de 960 places chacune et dans celle de 3500 habitants, une école de 1 000 places avec une section de 640 places pour les élèves au-dessous de huit ans et de trois classes de 360 places qui desserviront trois unités de voisinage pour les élèves au-dessus de huit ans.

Les habitations sont généralement construites autour d’un jardin exigu réservé aux enfants. Ces groupes de 700 à 900 habitants forment les cellules de base du complexe ; trois ou quatre groupes de ce type (3000 à 3500 habitants) forment une unité de voisinage.

Les constructions sont séparées des rues principales par une bande verte de dix à quinze mètres de largeur. La distance entre les habitations et les institutions pour enfants ne dépasse pas 200 mètres.

Cet exemple montre qu’il est possible de considérer chaque unité de voisinage comme une partie d’un quartier dont le centre est formé par le groupe des bâtiments culturels et commerciaux et par des massifs verts. Les rues intérieures de l’unité se dirigent vers le centre du quartier.

Un tel schéma ne peut évidemment pas être suivi dans tous les cas. Il est nécessaire de tenir compte des conditions propres à chaque unité.

Les problèmes spéciaux de la planification des villes

1. Les problèmes du climat en Sibérie extrême-orientale

La Sibérie extrême-orientale est peu propice à l’implantation d’une forte population : la navigation est faible, les chemins de fer inexistants. Les agglomérations ont une population généralement comprise entre 5 et 20000 habitants, les plus grandes étant Iakoutsk, Vorkouta, Norilsk, Maga- dan. Le climat constitue la difficulté principale pour la construction : le sol est gelé, l’enneigement fréquent. On cherche donc à donner à la population les meilleures conditions de vie en neutralisant ces inconvénients du climat. On veille attentivement, en particulier, à la stabilité des bâtiments et des équipements construits sur un sol toujours gelé.

Les projets de planification varient selon les territoires : dans celui de Norilsk, on prévoit une construction compacte à cinq étages avec une superficie de 36 mètres carrés par habitant ; à Vorkouta les maisons ont généralement deux étages avec 67 mètres carrés par habitant ; dans le territoire d’Iakoutsk enfin, la partie centrale seule est composée d’habitations de trois ou quatre étages, le reste étant formé de maisons de bois de un ou deux étages en sorte que chaque habitant dispose de 120 mètres carrés.

Pour des climats de type semblable, certains architectes ont proposé un schéma de ville autarcique composée de quelques groupes de bâtiments ronds reliés entre eux par des passages couverts. Le groupe est constitué de quatre bâtiments d’habitation en forme d’anneaux, le diamètre intérieur de chacun d’eux étant de 100 mètres et la hauteur de 150 mètres. Les vingt-deux étages de chaque bâtiment peuvent loger 54000 habitants. Dans chaque groupe cependant, on rencontre un bâtiment de même hauteur mais de plus grand diamètre : c’est là que sont concentrés écoles, théâtres et bibliothèques. La ville comprend huit groupes de bâtiments disposés autour d’un complexe sportif ; elle occupe 440 hectares pour une population de 128 000 habitants, chacun d’eux disposant de 35 mètres carrés de surface habitable ; une telle ville n’est évidemment pas sans présenter quelques inconvénients : l’intérieur des anneaux ne peut recevoir d’insolation directe, les passages couverts entre les bâtiments comme la disposition des grandes unités favorisent la formation de tourbillons de neige.

Des problèmes différents se posent en Sibérie occidentale.

2. L’organisation des villes en Sibérie occidentale

Le développement industriel en Sibérie occidentale comme les progrès de la construction des habitations ont entraîné une croissance sensible des vieilles villes et la création de cités nouvelles (Kemerovo, Stalinsk, Novosibirsk, Omsk).

La croissance des grandes villes de Sibérie occidentale s’est opérée sans tenir compte des problèmes posés par l’organisation de leurs zones de banlieue, ni des questions relatives à l’économie, à la santé ou aux transports. la particularité de la croissance industrielle de Novosibirsk par exemple est qu’à l’intérieur même de la ville se sont concentrées plus de 80 % des entreprises industrielles et plus de 70 % de toute la population urbaine de la région ; au cours des dernières années est apparue à 25 kilomètres de la ville une nouvelle concentration d’habitations : Akademgorod. De même, à Stalinsk, la localisation d’un combinat métallurgique à 25 kilomètres de la ville actuelle pousse à l’extension du territoire urbain ; le premier plan élaboré en 1931 doit être corrigé en fonction de cette croissance due au combinat.

A cause de leur croissance trop rapide, la plupart des villes de cette région sont restées en-deçà de la norme en ce qui concerne les équipements collectifs : 20 à 40 % seulement des habitations possèdent des canalisation et l’eau ; à Kerevo, 20 % des rues ont un revêtement d’asphalte et de gravier ; à Novosibirsk, l’eau est insuffisante pour satisfaire les besoins de la population ( chaque personne n’a pu disposer en 1956 que d’une moyenne de 54,60 litres par 24 heures alors que la norme est de 85 litres) ; à Stalinsk, seuls les districts composés de constructions à plusieurs étages sont équipés en eau.

3. La montagne, obstacle à la croissance des grandes villes de l’Oural

L’importance stratégique de l’Oural et le développement de son industrie lourde font que la population ne cesse d’y croître. Dans les villes, le nombre d’habitants a doublé au cours des deux ou trois dernières années. L’implantation d’entreprises industrielles a fait naître de nouveaux quartiers d’habitation, par exemple les quartiers de la métallurgie à Tcheliabinsk.

Pour des raisons locales, on a pratiqué dans certaines villes la construction isolée de quartiers spécialisés, par exemple, les villages résidentiels du quartier lénine à Tcheliabinsk, les villages réservés aux mineurs de Kopeisk.

Le problème est encore plus complexe pour les grandes villes : leur position dans la montagne se traduit par une pénurie aiguë de terrains à bâtir ; on est obligé de construire plus loin. C’est ainsi que les habitations de l’usine d’automobiles de l’Oural sont édifiées à neuf kilomètres du centre de Mians, car la ville, resserrée d’est en ouest par la montagne et le cours d’eau, ne peut s’étendre que selon un axe nord-sud.

De 1920 à 1950, le volume de la population urbaine a triplé en U.R.S.S. Ce phénomène s’explique par un développement croissant de l’industrie car, comme le remarque M. P. George, "la fonction créatrice des villes ou d’accélération du développement urbain est la fonction industrielle". Le phénomène urbain témoigne en effet de l’utilisation par l’homme des techniques nouvelles pour transformer le cadre naturel et le rendre plus apte à son épanouissement.

L’évolution que nous venons de décrire atténue le contraste que M. George voyait entre les villes soviétiques et celles du monde libre ; à juste titre l’auteur s’inquiétait du « schématisme systématique » de cette opposition. Car, de fait, les techniques de planification urbaine (zonage, unités de voisinage, villes-satellites) sont assez semblables de part et d’autre du rideau de fer. Malgré la diversité des idéologies, l’évolution parallèle des techniques crée une parenté profonde entre les hommes, les civilisations et les peuples.

J.L. CEPPE


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