LOGO -DCLI - Centre International Lebret-Irfed

Accueil du site > Economie humaine > Colloque 2011 à Recife : Lebret et l’urbanisme

Urbanisme et Humanisme

Economie et Humanisme n°4 dec. 1942

Plan

I Le drame de la maison de Suzanne Laine
II La maison des hommes de François de Pierrefeu et Le Corbusier
Habitation moderne et urbanisme d’André Boll
III La charte de l’urbanisme d’A. Gutton

« Les architectes de ces cent dernières années n’ont pas construit pour l’homme : ils ont construit pour l’argent » Le Corbusier

A qui rechercherait les axiomes fondamentaux d’un véritable humanisme, on suggérerait volontiers celui-ci : Les besoins humains ne sont satisfaits que s’ils le sont de manière humaine. Telle est la pierre où achoppent techniciens et planistes. Quelle n’est pas leur stupéfaction ! Ils apportent de quoi satisfaire, et au-delà les besoins humains, et pourtant nul n’est satisfait, personne n’est content. Telle est aussi l’origine du conflit chronique qui oppose ceux qui agissent au contact même des intéressés « sur le tas », à portée d’homme, ceux qui dirigent les opérations de plus haut sans vouloir s’encombrer de tant de détails ou d’embarras psychologiques. Les premiers, insérés dans le réseau de complexités humaine, apparaissent facilement comme des gens faisant bande à part, jamais contents, des revendicateurs sinon des ingrats ; les autres comme des hommes sans coeur et des paternalistes incompréhensifs, dont la règle à calcul reste un instrument bien peu perfectionné dès qu’il s’agit d’hommes. Que dire de cette opposition quand ces mêmes techniciens se doublent de fonctionnaires participant plus ou moins à la puissance publique d’organismes officiels. Il serait si bienséant de tout faire comme le règlement et le décret le préconisent ! Hélas, l’on a devant soi des hommes qui ont leurs habitudes et leurs susceptibilités, et qui veulent à tort ou à raison, mais c’est un fait, être traités d’une certaine manière.

Mais quel intérêt au contraire, et quelle force de conviction lorsque se rencontrent dans une même recherche et dans une tendance vers un même but techniciens et militants populaires. C’est ce qui rend le rapprochement du Drame de la Maison de Mlle Suzanne Lainé, et de La Maison des hommes, de MM. de Pierrefeu et Le Corbusier, très suggestif. Hâtons-nous de le dire : M. Le Corbusier et ses amis ne sont pas en effet de ces techniciens insoucieux de l’homme : bien au contraire.

I Le drame de la Maison

par Suzanne LAINE

Le drame de la Maison est le résultat d’une enquête faite par la L. O. C. sur les conditions de logement des familles ouvrières. 1.040 logements ont été minutieusement analysés dans toutes les régions de France : nous n’en pouvons donner que les conclusions regrettant de ne pouvoir citer tous les faits vécus et y renvoyant instamment nos lecteurs :

« Dans les 1.040 logements objets de l’enquête sont logés :
2.090 adultes, 1.455 enfants (garçons), 1.344 enfants (filles) donc en tout : 2.799 enfants.
Soit en tout 4.889 personnes – en moyenne 5 par logement.
Ces 4.889 personnes disposent de 3.003 pièces (cuisine comprise), dont 2265 seulement peuvent être chauffées.
501 familles – soit 48% seulement – ont l’eau courante
480 familles – soit 46% seulement – ont le gaz
725 familles – soit 69% seulement – ont l’électricité
433 familles – soit 41% seulement – ont les W.W. Individuels
Ces 4.889 personnes payent, au total 1.390.113 francs de loyer, soit en moyenne : 1.336 francs par logement.
3.5% d’entre elles seulement sont propriétaires de leur habitation » (pp. XI-XII).

Le grand mal, on le voit, c’est que la généralité des familles souffrent de l’exiguïté du logement. Les loyers ne sont plus à la portée des bourses ouvrières, dès que le logement dépasse trois pièces, cuisine comprise. Certes, dans la plupart des cas l’on ne peut prétendre que les loyers sont chers. Il faut tout de même constater que tels qu’ils sont ils excèdent les ressources de la plupart des familles. Mais il est un facteur qui se relève à l’expérience plus désastreux encore : plus que l’insuffisance des ressource, l’instabilité de l’emploi est créateur de taudis.

« Les ouvriers sont payés à la semaine ; le délai de préavis en cas de renvoi se réduit donc pour eux à quelques jours. Dans ces conditions, même pourvus d’un salaire suffisant, ils n’osent pas charger leur budget d’un loyer qui les engage pour trois mois envers le propriétaire, et les expose à payer les frais d’un déménagement en cas de maladie ou de chômage ou de la maladie. Elle a donc tendance à choisir un logement incommode ou insalubre, pourvu qu’il soit bon marché. » (pp. XIV-XV).

La contre-épreuve n’est pas moins probante : « Dans notre ville (Romilly), toutes les maisons ou presque qui ont été bâties depuis une vingtaine d’années, appartiennent à des employés de chemin de fer dont le salaire est assuré. » (p. 56).

C’est ainsi que l’on s’habitue peu à peu à « subir son logement », selon l’expression d’un enquêteur, ou encore : « On ne va tout de même pas travailler pour le loyer. » Vieilles maisons tombant en ruines affectées au logement populaire à bas prix ; habitations modernes à bon marché, mais où le bon marché s’est transformé en camelote, en tous cas et partout un entassement incroyable : il faut, comme ces enquêteurs avoir pénétré dans les foyers et cherché en vain à loger convenablement les familles qui ne demandent qu’à quitter leur taudis sans y réussir, pour comprendre les conclusions de l’enquête :

« La L. O. C. a compris que la crise du logement est le problème social numéro un. Mais elle reconnaît aussi qu’une action particulière ne peut être que d’une efficacité limitée. Certes, une grande tâche s’offre aux Locistes dans le domaine éducatif : montrer aux familles ouvrières l’importance d’un logement sain et bien entretenu, restaurer l’amour de la famille, inculquer aux ménagères des principes d’hygiène…

Mais dès que l’in creuse le problème, on s’aperçoit qu’il pose un problème national total. Il exige une rupture totale avec les vieux mythes économiques, avec le libéralisme, avec les principes de rentabilité mercantile, de prix de revient, avec la vieille monnaie même… » (pp. XX-XXI)

Bien entendu, il ne s’agit pas de subventionner des constructeurs de logis plus ou moins « à bon marché », mais d’une entreprise autrement hardie et vaste. Nous trouvons, à ce propos, des mentions telles que les deux suivantes dans les feuilles d’enquête :

« Les propriétaires ne veulent plus construire parce que ce n’est pas d’un bon rapport : piacer son argent est plus intéressant. »

« Le seul remède efficace aurait été de construire, mais ne retint pas l’attention des capitalistes, parce que le prix des matières premières était extrêmement élevé et que la loi limitant le taux des loyers ne leur permettait pas un rapport intéressant des capitaux investis ».

« Il est inadmissible, en effet, que le logement – c’est-à-dire la base de toute vie sociale et familiale soit soumis à une question de rentabilité, de profit pour quelques-uns ; que la construction d’immeubles dépende du bon vouloir d’une poignée d’hommes désireux de « faire valoir leurs capitaux ».

La question est trop grave, répétons-le. L’enquête de la L. O. C. n’est qu’un cri de l’alarme poussé dans toutes les régions de notre pays : des familles sont entassées dans des logements exigus et insalubre : malades et bien portants vivent pêle-mêle, des enfants tombent malades, deviennent chétifs, meurent… Des milliers, et même des millions d’êtres traînent une existence douloureuse… Des parents ne peuvent élever dignement leurs enfants… D’autres parents sont contraints de limiter le nombre de leurs enfants…

Toute cette misère, toute cette souffrance, pourquoi ? Parce que, pour quelques individus nantis, il est plus intéressant de « placer son argent » que de construire des immeubles !… On croît rêver !

« Il ne s’agit pas de rentabilité, ni de placements avantageux pour certains, mais du bien-être, pour tous, de la vie pour des familles laborieuses, de la possibilité pour ces familles, de se développer normalement. On ne peut sortir de cette impasse qu’en considérant le logement en général comme un service public. Faut-il donc envisager la socialisation des immeubles ? Certains estiment que seule cette solution extrême peut être vraiment efficace. D’autres pensent qu’entre la socialisation totale et le libéralisme dont nous sommes les victimes, il y a une marge dans laquelle peut s’inscrire une réforme inspirée, par exemple d’une doctrine modérée entre toutes : celle qui a été exprimée dans l’Encycle Quadragesimo anno qui constituait l’Etat gérant de la Communauté nationale et accordait à l’autorité publique le droit de « déterminer, en s’inspirant des véritables nécessités du bien commun, l’usage que les propriétaires pourront ou ne pourront pas faire de leurs biens. Elle nous mènerait à une propriété non plus toute puissante, mais contrôlée par El’tat. » (pp.XXI, XXI, XXIII).

La L. O. C. ne précise pas cette solution. Quand elle dit : il faut envisager le problème sur le plan national, nous aimerions dire : il faut y voir un problème de structure. Il s’agit tout d’abord en effet d’un renversement général de la conception actuelle et de la substitution d’une économie réellement fondée sur les besoins humains à économie du profit. Il faut donc moins des lois et des services nouveaux qu’un changement dans les principes mêmes et la hiérarchie des valeurs. Que l’on n’oublie pas non plus que c’est dans le cadre de chaque communauté locale que la reconstruction devra s’opérer , sinon les besoins humains risqueront fort d’être aussi malmenés dans l’organisation future qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent.

II La maison des Hommes

, par MM. François de Pierrefeu et Le Corbusier

Habitation Moderne et Urbanisme

par M. André Boll

Les travaux de Le Corbusier suscitent de nombreux ouvrages et coup sur coup ont paru chez Plon et aux Editions Dunoddeux livres qui reproduisent les mêmes dessins et suivent le même plan : La Maison des Hommes, Habitation Moderne et Urbanisme. Le premier plus proche sans doute de la source même, contenant de plus nombreux dessins et plus vigoureux dans son texte, le second plus didactique.

Pour qui construire ? Demande François de Pierrefeu.

« La question paraît d’abord enfantine. Mais si on la divise en plusieurs questions concrètes, les réponses successives deviendront de moins en moins assurées. Pour qui construire la maison ? « Pour l’homme, bien certainement. » Pour qui construire l’atelier, l’usine, le barrage, le métro, l’autostrade, l’aéroport ? « Pour l’homme, » répondra-t-on encore, mais avec une certaine hésitation dans la voix, comme si l’homme dont il s’agissait avait perdu peu à peu de sa consistance, et finissait par s’estomper et par se fondre dans cette brume, assez opaque, où se mouvait naguère l’ « économiste distingué ». Et si l’on poussait plus loin l’enquête, il est possible que la réponse deviendrait celle-ci : « Pour quelques hommes, » ou bien, « Pour le veau d’or » ou bien « Pour le jeu, pour le simple plaisir du jeu, pour la fatalité du jeu ». (De Pierrefeu, pp. 18,20).

JPEG

Sous le titre général de connaissance de l’homme, est prise en considération toute la gamme des besoins de l’homme, savoir :
besoins spirituels, besoins intellectuels, besoins civiques, besoins sociaux, besoins familiaux, besoins physiologiques, besoins matériels.

Sous le titre général de connaissance des lois physiques sont groupés les objets suivants :
la matière brute, la loi de la pesanteur et la statique, la résistance des matériaux, les hypothèses du calcul, le calcul lui-même.

(F. de Pierrefeu, pp. 117-118)

Mais si l’on construit pour l’homme, que l’on commence par penser que la journée scolaire de 24 heures doit rythmer l’activité des hommes et qu’elle doit être la mesure de toutes les entreprises urbanistiques. Tel est le postulat qui fait de Le Corbusier l’ennemi irréductible des villes satellites et des cités jardins : il a trop vu de riches Américains faire vingt kilomètres en voiture, 40 en chemin de fer et 10 en métro pour gagner le matin leur bureau et le soir leur domicile, ce qui porte en réalité à 11 heures leur journée de travail de 8 heures. Que trouvent-ils au retour ? « Certes le confort : lumière électrique, gaz de cuisine, eau sur l’évier et les lavabos, téléphone, radio… Mais ni l’indépendance ni la nature. L’indépendance s’arrête à la clôture de leur jardinet et la nature corrompue a en quelque sorte fondu sur leurs pas. » (A. Boll, p. 19)

A vrai dire, les Français n’ont pas de tels trajets pour gagner leur banlieue, mais que l’on n’oublie point que leurs déplacements s’effectuent dans des conditions beaucoup plus déprimantes.

JPEG

Dans le cas général, les changements de lieu et d’état social tendent à désagréger la personne et à tuer l’âme de la famille. La mystique du changement pour le changement, de la vitesse en tant que telle, doit être détruite à tout prix… C’est une des plus dangereuses erreurs de l’humanité, et elle risque d’en mourir un jour prochain, que de considérer le mouvement comme l’essence de la vie : il en serait, plutôt, la mousse et le déchet (de Pierrefeu p. 22). « Mais, décervelée comme on la voit aujourd’hui, et « désurbanisée », la cité débite à ses clients du kilomètre en place de rayons de soleil, des gaz carburés en place d’air respirable, et en place de silence un tumulte meurtrier pour des nerfs qui ne possèdent pas, comme d’autres cellules du corps, le pouvoir de se refaire. Alors, la sensibilité s’endort ou s’exaspère, le sentiment s’émousse ou dévie, et l’homme touche au bout de sa vie sans qu’il lui ait été donné une seule chance de contempler son vrai visage, encadré du paysage de la création, dans le miroir de sa conscience… » (de Pierrefeu p.26).

Et pourtant selon la belle expression de Le Corbusier il faut restituer aux hommes « les trois joies essentielles : soleil, espace, verdure » et « inscrire la nature dans le bail ». La solution, pense Le Corbusier, est de construire des maisons de 15 étages, soit 50 mètres de hauteur. Peu importe ensuite que l’agglomération urbaine se groupe en ville ouverte ou s’étire en cité-linéaire selon le relief du sol et la qualité de l’occupation administrative, commerciale, intellectuelle ou industrielle. L’essentielle est de gagner en hauteur et d’isoler et d’entourer chaque maison de vastes espaces libres, de reconquérir les horizons.

Telle est bien la thèse centrale de Le Corbusier. Il y revient dans chacun de ses ouvrages. A vrai dire, si elle choque un bon nombre de gens, elle est séduisante dès que l’on considère les rues-tunnels du centre des villes, l’anarchie incroyable des maisonnettes de la périphérie et le déséquilibre produit par les transports. Mais comment se prononcer tant que l’expérience n’aura pas été réalisée ? Car il s’agit en définitive de loger non point des anges millionnaires, mais le médecin ou l’employé, l’avocat, le manœuvre ou le docker. Certes Le Corbusier a prévu bon nombre d’objections : rues intérieures, circulation verticale par des ascenseurs, diversité de chaque logis, sans parler des bombardements. Mais peut-être n’insiste-t-il pas assez sur la communauté que l’on devra aider à surgir peu à peu dans chacun de ces immeubles, sous peine de voir se renouveler ces haines tenaces qui finissent par opposer porte à porte, palier par palier, immeuble par immeuble les habitants de nos modernes habitations à bon marché. Une séance en Correctionnelle, où sont groupées les citations entre voisins pour injures et violences, quand ce n’est point pour coups et blessures, suffit à s’en convaincre. La création de vastes espaces libres autour des maisons, le choix des matériaux insonores, la diversité des cloisonnements, l’organisation de services communs, l’amélioration des techniques libérant la ménagère de certaines contraintes domestiques au-dessus de ses forces éviteront-ils cette fermentation qui résultait jusqu’ici de l’entassement vertical ? Encore une fois, seule l’expérience le dira, mais il vaut la peine de la tenter.

Quoiqu’il soit impossible de souligner tous les aspects envisagés dans les deux ouvrages analysés, nous ne pouvons passer sous silence celui du Maître d’œuvre.

Le Moyen-âge avait coutume de désigner par le titre de maître d’œuvre celui qu’aujourd’hui nous appellerions communément l’architecte, sans égard à la nature ni aux dimensions de l’œuvre à laquelle il dévouerait sa pensée et ses soins.

Qu’est-ce qu’un maître d’œuvre ? « Le maître d’œuvre idéal serait un humaniste qui composerait en lui-même, pour les animer de son souffle, deux acteurs distincts, un architecte et un ingénieur ».

Moins rare que le don inné de l’humaniste apparaît la vocation de l’architecte, et beaucoup moins rare encore, la qualité d’ingénieur. La société contemporaine abonde de diplômés de l’une et l’autre sorte. Ils sont faciles à reconnaître dans la foule. Les écoles qui les ont instruits leur ont imprimé au départ, sinon sur l’épaule, du moins dans l’esprit, des caractères à peu près indélébiles, et que ne délavera pas, chez la plupart, la pluie d’expériences qui va leur ruisseler sur le dos. Les marques les plus profondes s’assortissent, évidement, aux disciplines les plus fortes, qui sont aussi les plus formelles : l’esthétique pure et l’analyse mathématique. Disciplines d’ailleurs admirables à certains égards, mais dans la mesure, parfois restreinte, où elles n’incitent pas les leurs, soit par leur mutisme, soit par leur superbe, à négliger dans la pratique cette finalité essentielle, commune à toutes les entreprises concevables, et sans laquelle elles ne possèderaient aucun droit à l’existence, le mieux être de l’homme en vue de son bonheur et de son accomplissement.

« Pour exprimer la chose en raccourci, le danger des Beaux-Arts, c’est la façade préférée au logis, et celui de Polytechnique c’est le kilowat préféré au muscle. » (de Pierrefeu pp. 102, 108, 114).

Dans un schéma que nous reproduisons, Le Corbusier assigne la part respective qui revient à l’architecte et à l’ingénieur suivant les tâches de la construction. Autour de ces deux hommes toute une équipe de spécialistes s’agrégera, car si le travail de conception est un fait essentiellement personnel, la construction, elle, sera collective. Ainsi une corporation de constructeurs surgit autour d’une tâche commune et d’un bien commun. Tout ceci n’est-il qu’un rêve ? Répondons nettement oui … à moins qu’une réforme radicale n’intervienne.

Les conclusions de MM. De Pierrefeu et Le Corbusier rejoignent ici celles des enquêteurs de la L. O. C. Cette rencontre doit être soulignée : partis les uns de ce qui existe, les autres de ce qui pourrait être, l’ensemble des familles ouvrières et les techniciens les plus avertis constatent qu’une révision de la notion de propriété et de la législation urbaine s’impose. Ceux que les déclarations de la L. O. C. auraient mis de mauvaise humeur seront-ils convaincus par les conclusions plus radicales encore de la Maison des Hommes ?

Quelles sont les causes qui ont mis la construction française dans l’impasse où elle se trouve ? C’est entre autres :

« Le morcellement de la propriété, et, surtout, de la propriété urbaine et suburbaine, le dogme individualiste du droit de propriété rivé à la matérialité du sol, et non pas à sa valeur équitablement arbitrée, et, enfin, cette défiguration de tous les tracés logiques qu’aurait postulé le développement harmonieux des villes, par une spéculation omniprésente, toujours en alerte, toujours assise en chaque point stratégique comme une araignée guettant sa proie. » (de Pierrefeu, p. 140).

« Une autre notion nouvelle, et qu’on peut qualifier de notion de salut public, s’imposera à la branche législative de l’arbre du domaine bâti. Par ses applications, cette notion dépassera de beaucoup les divers cas et modes d’expropriation en vigueur jusqu’à ce jour. Elle se définit : une expropriation en puissance, au profit de la nation, de n’importe quelle étendue et de n’importe quelle partie du sol français, suivant les exigences du plan directeur ; exigences impossibles, à fixer à priori, et qui resteront encore plus ou moins mouvantes pendant toute la durée de réalisation du plan. Il s’agit donc ici d’une véritable « mobilisation » du sol au service de l’homme. » (de Pierrefeu, p. 186).

Mais est-ce si nouveau que cela ? Lorsque Nicolas Arnoul, intendant des Galères du Roi, l’homme de confiance de Colbert, réalisa son plan d’aménagement de Marseille, - le seul, notons-le en passant qui, jusqu’à ce jour ait abouti, - il commença par frapper les propriétaires d’un taux s’élevant aux « quatre quints » de la plus-value que prendraient les terrains favorisés. Cela ne se fit point sans cris ni douleur ; l’intendant fut même dénoncé à Louis XIV par les Marseillais, et l’impôt en définitive ramené aux trois cinquièmes : mais cet exemple ne mérite pas moins d’être signalé à nos modernes urbanistes et aux enquêteurs de la L. O. C.

III La charte de l’Urbanisme de A. Gutton

Ce livre réunit l’ensemble de la documentation législative française sur l’Urbanisme ? Chaque texte ou décret est précédé, en guise de préface, de quelques brèves notes où M. Gutton expose ses vues personnelles, tandis que d’abondantes illustrations agrémentent l’intérêt d’un texte forcément austère : plans de grandes villes, de places, de parcs, cités-jardins selon les différentes écoles d’urbanisme, remodelage d’ilôts insalubre à New-York, Copenhague, Londres.

M.-R. LOEW


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | Mentions légales | Crédits