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Economie humaine, politique, civilisation

par Louis Jospeh Lebret - Economie et humanisme n°89 janv.-fev. 1955

Les économies du passé ont été, en général, sinon toujours, inhumaines. C’était fatal tant que l’humanité n’était pas parvenue à dominer suffisamment la nature. Plus facilement qu’en Europe, on peut en prendre conscience devant votre immense Amérique Latine, avec sa croissance si rapide de population, trop souvent encore sous-alimentée, puis d’espaces et de ressources inexploitées. Toute la terre, longtemps, et presque toute la terre jusqu’à des temps très récents, pour employer le langage aujourd’hui à la mode, a été non développée, ou sous-développée. Le développement au sens où nous l’entendons aujourd’hui comme possibilité de supprimer les niveaux de vie infrahumains, ce développement est d’hier. L’homme pensant se trouvait devant une nature qu’il ne savait encore asservir qu’insuffisamment pour couvrir l’ensemble des besoins humains, me^mes les plus essentiels. Des masses immenses d’hommes, ou plus précisément l’immense masse des hommes devait accepter une condition que nous nous accordons à considérer comme inacceptable, non seulement quand les biens de « nécessité » font défaut, mais aussi les biens de « dignité ».

Aujourd’hui nous avons la prétention de dominer la nature, pourtant l’analyse de nombreuses populations nous oblige à conclure que nous sommes encore le plus souvent en présence de situations inhumaines et de niveaux pouvant être dits infrahumains.

I LA SITUATION MONDIALE ACTUELLE

En ce qui concerne l’alimentation, par exemple, plus de 50 % de la population a moins de 2250 calories par jour, et plus de 2/3 moins de 2750 calories. L’examen s’aggrave si l’on tient compte des aliments protecteurs. Les fresques préliminaires tracées par Josué de Castro comme par Dumont et quelque critique de détail qu’on puisse leur faire, nous livrent une tragique certitude : l’immense majorité de l’humanité est nettement sous-alimentée. Même dans les pays les plus avancés, comme ceux d’Europe Occidentale, on trouve encore des populations sous prolétaires ou prolétaires dont le niveau est infrahumains. Dans les grandes villes ces populations forment des couches importantes. En Italie, en Espagne, au Portugal on se trouve en face d’excédents de population que l’humanité d’aujourd’hui ne sait pas encore résorber. Dans les pays avancés de vieilles civilisations nous sommes toujours en présence d’un emprisonnement de l’homme par la misère. Même dans les cas privilégiés comme celui de la Suède, où le problème des classes a été résolu, l’excès de perfection dans la satisfaction des besoins a introduit à un nouveau type d’aliénation, l’aliénation dans la facilité et le confort. Quand l’européen arrive aux Etats-Unis, il est émerveillé par les richesses colossales de ce pays et par le niveau de vie surprenant atteint par l’ensemble des hommes. Cependant s’il pousse plus loin l’observation, il constate qu’il existe encore des populations à niveaux infrahumains, parfois même dans les secteurs de l’alimentation et de l’habitat et souvent dans d’autres secteurs de la vie.

Les 97 pays du monde sur lesquels nous disposons de quelques données statistiques et qui sont presque la totalité de la terre peuvent se classer du point de vue de leur niveau de consommation et de développement en dix zones plus ou moins homogènes, depuis le Sud est asiatique, jusqu’au groupe Nord Américain.

Si l’on représente en diagrammes circulaires le niveau de vie de ces différentes zones, on obtient la série impressionnante de figures qui a attiré l’attention des organises internationaux et de nombreux économistes et sociologues sur la disparité monstrueuse entre ces niveaux moyens de vie des peuples. Cette disparité se retrouve à l’intérieur d’un grand pays comme le Brésil da,ns les quartiers centraux et résidentiels de Rio et de Sao Paulo, on a l’impression de se trouver en présence d’une population dont une grande partie jouit d’un niveau supérieur à celui de nos pays européens et analogue à ceux de Chicago ou de New York, mais si l’on se met à analyser les niveaux de vie ouvriers, comme l’a fait la Commission Fédérale du Bien Etre Social, l’on perçoit entre les Etats du Nord et de l’Est et du Sud des disparités pouvant se mesurer en pouvoir d’achat et en commodités diverses par le rapport de 1 à 5. A l’intérieur du pays, certaines populations sont encore à un niveau presque primitif. Il en va de même dans presque tous les pays de l’Amérique Latine.

Ces considérations à propos d’un monde dans lequel une masse considérables de familles se trouve encore à un niveau infrahumains, non seulement en ce qui concerne les éléments matériels du niveau de vie, mais aussi et plus encore les éléments spirituels nous présentent le spectacle d’une double disparité qui donne lieu à une double tension. La disparité des niveaux de vie entre les diverses couches sociales plus ou moins conscientes de cette situation, provoque des cristallisations et des oppositions de classe qui retiendront plus particulièrement l’attention des sociologues. Parallèlement, l’écart énorme entre les pays non développés, sous développés et développés conduit à des amertumes et à des récoltes qui menacent sans cesse la paix. Le parallélisme ne soit pas être poussé trop loin. Dans les pays les plus avancés, la disparité entre les couches sociales, tend en général à s’atténuer. Alors que dans les pays moins développés la hiérarchie des rémunérations s’exprime en pouvoir d’achat par un rapport de 1 à 8, à 15 ou à 20, la suède l’enregistre de 1 à 3. En Angleterre, en France, en Belgique nous le voyons se réduire. Les législations sociales, les conventions collectives de salaire, les pressions syndicales, la généralisation de l’instruction y rendent moins vives les oppositions. Il n’en va pas de même dans la disparité territoriale. Les pays les plus développés qui ont déjà les niveaux de production les plus élevés ont aussi le potentiel de développement le plus élevé, et le taux de croissance de population le moins élevé. Les pays non développés ont une production en régression parfois en valeur absolue ou en proportion de la population, les pays en voie de développement se voient toujours plus distancés par les pays déjà développés. A s’en tenir aux approximations des courbes comparatives de revenu national par tête d’habitant, la différence entre niveaux moyens de vie, de peuple à peuple, suit à peu près une loi de croissance exponentielle.

Sans nier l’importance du problème de disparité entre les couches sociales à l’intérieur de chaque pays, disparité encore si grande dans les pays en voie de développement, beaucoup plus important est le problème de la disparité de niveaux de vie entre les peuples. Ce problème ne pourra être résolus qu’au plan mondial par l’instauration d’une solidarité non hypocrite entre les pays. Il faut conclure : que si dans le passé les économies ont été fatalement inhumaines, l’économie actuelle est encore inhumaine et devant les possibilités offertes, la conscience de l’homme juste ne peut s’en accommoder.

II L’EFFORT D’HUMANISATION DE L’ECONOMIE

L’Economie humaine se place devant ce paysage d’aliénation humaine de vie infrahumaine d’une grande partie de l’humanité. L’économie humaine tient une place primordiale parmi les tentatives d’humanisation.

Son point de départ psychologique est l’angoisse posée à l’homme conscient de sa mission humaine. Cet aiguillon ne doit rien enlever du sérieux de sa recherche scientifique. On y doit analyser objectivement la situation et les besoins du monde, ses impasses apparentes pour y répondre et aider à en sortir.

Pour certains l’économie humaine est considérée Comme une économie purifiée dans laquelle on cherche à atténuer les défauts du régime capitaliste dans ses diverses phases. Pour en diminuer les maux humains, les fléaux sociaux, on applique la panacée du social. Pour empêcher que les hommes soient trop écrasés par les structures économiques, on apporte un certain nombre de correctifs en interdisant le travail des enfants, en réduisant la durée du travail, en apportant peu à peu quelque sécurité aux travailleurs, en soulageant la peine humaine.

Mais le régime lui même continue à produire la misère humaine et l’aliénation. Le palliatif du social en s’attaquant plus aux effets qu’aux causes se montre inefficace devant l’étendue des maux sociaux et n’empêche pas les poussées révolutionnaires. A mesure que les hommes atteignent un niveau de vie plus humain, leurs exigences deviennent plus grandes et dans les pays les plus avancés, comme dans les moins développés les résultats partiels obtenus ne comblent pas l’aspiration du peuple à valoir. Au lieu d’agir sur les maux sociaux, il faut s’en prendre à leurs causes, à toutes leurs causes.

Le concept d’économie humaine s’en trouve considérablement élargi. Une première étape se parcours sous nos yeux par l’intégration des facteurs humains à l’économie politique. Comme nous l’a exposé le professeur Robert Faulhaber, les économistes en cherchant la solution des problèmes qu’ils appelaient « économiques » et qui leur avaient voilé longtemps les problèmes humains, ont été amenés à intégrer à la théorie économique élargie, la population, l’emploi, le salaire, le revenu national, les niveaux de vie, les pressions syndicales, l’espace. Dans le même temps, les organismes internationaux entreprenaient de grandes enquêtes sur les niveaux de vie ; l’une des plus importante a été faite ces dernières ant1é s sur les niveaux de vie des populations aborigènes, en particulier dans la région des Andes. Mais la notion de niveau de vie elle-même s’est élargie : aux études de budgets familiaux, s’ajoutent peu à peu des études de nutrition, d’habitat, de genre de vie, d’ambiance, d’institutions qui recentrent la recherche sur l’homme et les groupes sociaux, en brisant les frontières trop rigides ou périmées entre économie et démographie ou entre économie sociale et économie politique.

Aussi bien, il apparaît de plus en plus nécessaire d’introduire les facteurs humains dans la science économique, non comme des accessoires, mais comme des éléments essentiels. Un grand pas dans ce sens est déjà fait. La pensée économique d’aujourd’hui considérée dans son ensemble n’est plus celle d’il va 20 et 30 ans. Elle s’enrichit et se précise en s’élargissant, à la fois par logique interne et sous la pression impérieuse du besoin de provoquer et d’harmoniser le développement. En retrouvant l’homme, la science économique retrouve ses raisons d’être et personne ne pourra désormais la faire revenir en arrière.

A l’intégration des facteurs humains à l’économie correspond aussi l’élargissement des autres sciences sociales. Economistes, géographes, démographes et sociologues se rencontrent plus fréquemment, travaillent en liaison et replacent l’homme au centre de leurs recherches : ils y font de plus en plus appel aux spécialistes des disciplines sociales pratiques, hygiénistes, urbanistes, aménageur, psychologues. Une nouvelle phase se trouve ainsi, ouverte. Il m’est agréable de féliciter à ce sujet les professeurs Neisskopf et Hoselitz de l’Université de Chicago pour qui l’intégration des sciences sociales est une préoccupation majeure. Les conditions se créent sous nos yeux pour que l’humanité, dépassant ses maladresses naïves et ses tensions destructives puisse inaugurer une civilisation fraternelle d’un type inédit.

III L’ÉCONOMIE HUMAINE

Il nous faut maintenant définir l’économie humaine telle que, semble-t-il, la conçoivent les participants à ce congrès. Le sens que nous donnons à « l’économie humaine » dépasse et l’intégration du facteur humain dans les sciences sociales, et l’intégration des sciences sociales. Pour nous l’économie humaine, en tant que régime serait une économie dont le fonctionnement même, dans des pays de développement différent, à court et à long terme, non seulement n’entraverait pas, mais favoriserait le développement humain.

Comme science elle est la discipline permettant d’instaurer par étapes un régime d’économie humaine : une structure économico-sociale facilitant aux hommes, au maximum d’hommes une vie pleinement humaine. Pareil régime n’existera jamais à l’état parfait, il importe de tendre à s’en rapprocher. Par comparaison les économies moins inhumaines que nous avons a promouvoir mériteront le nom d’économie humaine.

Pour moi ce qui caractérise le plus profondément la génération actuelle, non seulement dans les pays avancés, ou dans les classes les plus évoluées, mais dans l’humanité tout entière c’est la volonté de plus valoir. Cela s’exprime par la révolte des couches sociales inférieures dans les pays développés ou par celle des peuples mineurs dans l’ensemble du monde, et peut fournir un prétexte aux répressions maladroites, mais ne change pas la nature de l’aspiration ; Que cette aspiration à valoir se porte sur des objectifs illusoires se tourne vers des moyens inefficaces si non régressifs, cela non plus n’en modifie pas la teneur essentielle. Il est beau de voir l’humanité aspirer à plus d’être, plus encore que d’aspirer à plus d’avoir. Il s’agit de savoir si cette attente par la faute des hommes sera vaine. La faute des hommes ici, peut être double : insuffisance de leur effort de pensée, refus de solidarité.

A cette époque, où la communication entre les hommes est instantanée, où les moyens de transports font passer en quelques heures une partie du monde à l’autre, où le transport des marchandises ne demande que quelques jours, la solidarité entre les hommes est devenue telle qu’on ne peut plus penser l’économie en termes de groupes restreints ou de classes privilégiées mais en terme d’humanité.

Au delà des classes et des peuples, les relations humaines doivent se fonder sur l’entraide éclairée de façon à constituer non des sociétés d’éléments juxtaposés mais des communautés ; non des communautés nationales farouchement nationalistes mais un ensemble supra-national de communautés intégrées.

Si l’économie humaine a comme objectif et pour parler formellement comme « objet », la montée humaine universelle, le premier but à assigner aux activités économiques est d’en finir avec les niveaux de vie inhumains. D’abord en ce qui concerne l’alimentation et la culture, élévation dont les niveaux conditionnent tout le dével6ppement en n’importe quelle civilisation.

Dans cette optique, l’économie humaine nous apparaît à la fois comme la discipline doctrinale théorique et pratique de cette ascension et comme le régime économico-social à approcher par grands espaces ou pour toute l’humanité. Je vais considérer successivement cette discipline au plan de la doctrine, de la méthode, de la théorie et de la pratique. Ceci résumera ce qui a été dit dans les exposés de cette conférence et nous projettera vers les deux perspectives proposées pour cet entretien, la perspective politique et la perspective civilisatrice.

1. Doctrine de l’économie humaine

La doctrine dé l’économie humaine peut se présenter en un certain nombre de postulats fondamentaux.

Le premier postulat comporte deux principes. Le premier est le respect effectif et concret de la personne humaine, de toute personne humaine. Notez qu’il ne s’agit pas d’un respect négatif, ne pas nuire à l’autre, mais d’un respect actif, entreprenant, aider l’autre à devenir plus homme. Le second principe est l’instauration vigoureuse et durable du bien commun. Les deux pôles personnaliste et communautaire, commandent toute l’élaboration d’une authentique économie humaine. Saluons au passage, le grand maître français Emmanuel Mounier, qui par son Manifeste sur le personnalisme, a remis l’accent, en langage moderne, sur cette doctrine essentielle, trop longtemps oubliée.

Le deuxième postulat exprime la primauté du territorial sur le professionnel ; c’est en effet, au sein des unités territoriales qu’est satisfait l’ensemble des besoins d’une collectivité, à l’encontre des branches d’activité professionnelle qui, chacune à chacune, ne satisfont qu’un groupe de besoins. Le bien commun ne peut être réellement instauré que par la satisfaction de l’ensemble des besoins humains pris tous ensemble. Ainsi, le politique, au sens rigoureux, a le pas sur l’économique.

Le troisième postulat. Dans le gigantisme de l’effort humain d’aujourd’hui, les responsables économiques et politiques sont amenés à prendre des décisions pour lesquelles ils manquent d’éléments d’appréciations. Ces décisions sont donc prises soit au hasard, dans la nuit des intuitions superficielles ou dans la poussée des intrigants habile ;s ’à mettre en relief des aspects partiels de la conjoncture, ou sur une connaissance médiocre de la problématique et des données. Le résultat en est une dépense incroyable d’efforts et de ressources suivie de résultats disproportionnés.

Quatrième postulat. L’économie humaine exige à tous les plans de l’intervention et pas de régression. Il faut donc établir des ensembles hiérarchisés qui permettent une régulation et des interventions à « portée d’homme ».

Cinquième postulat. L’économie humaine doit être une économie différenciée en fonction des trois secteurs de besoin et de consommation ; besoin essentiel, besoin de facilité, besoin de dépassement, et non ’une économie indifférenciée dans laquelle la production des biens essentiels à tous sont sacrifiés à la satisfaction des caprices ou des abus de quelques uns.

Sixième postulat. L’économie humaine doit être une économie de progrès pondéré, dans laquelle le progrès se fait sur tous les fronts de l’avancée humaine, scientifique, technique, biologique, résidentielle, administrative, culturelle, morale, politique. Autrement dit, le progrès doit aussi être coordonné si l’on ne veut pas aboutir à des déséquilibres de structure et de civilisation.

Septième postulat. L’économie humaine exige à tous les plans de l’intervention, des hommes correctement préparés. Toute la pédagogie est ici en question, à tous les degrés de l’enseignement, on peut affirmer qu’elle n’est actuellement satisfaisante dans aucun pays. On y forme des spécialistes trop fermés, des théoriciens trop abstraits, des empiriques trop bornés, quand nous avons besoin, pour les décisions économiques et politiques, d’hommes de synthèses aux larges vues, des hommes ayant le sens du concret, des hommes de savoir et de pouvoir.

Tout, dans les programmes, devrait tendre à former des hommes pour les tâches difficiles et diverses qu’ils auront à assumer. Pour orienter l’évolution vers des économies humaines, une formation de type uniforme quels que soient les pays et les problèmes, n’est pas suffisante. La préoccupation d’un haut niveau culturel ne doit pas faire perdre de vue les situations réelles sur lesquelles chacun aura à intervenir. Autre la solution en Europe, autre aux Etats-Unis, autre en Indonésie, autre dans les Andes, Ou dans le Pernambouc. Chacune de ces zones se trouve dans une phase différente de développement et de civilisation. Ayant en vue l’ensemble des populations du monde, l’économie humaine ne peut se projeter comme un système définitif valable partout. Si le but est unique, les possibilités et les étapes sont partout différentes.

Si nous avions à définir l’économie humaine, nous rappellerions : la discipline, discipline de pensée et discipline d’action, science et art, des passages pour une population déterminée plus ou moins homogène, d’une phase moins humaine à une phase plus humaine, au rythme le plus rapide et au moindre coût, compte tenu du développement solidaire de toutes les populations.

Disposant d’une quantité limitée de ressources ; de moyens, de production de techniciens et d’autres travailleurs compétents, il s’agit de les utiliser au mieux de la montée humaine universelle.

2. Méthode de l’économie humaine

Ceci posé, la méthode de l’économie humaine ne peut que partir de l’observation des niveaux de vie, permettant d’apprécier les besoins et les ressources potentielles, permettant de juger des possibilités de répondre aux besoins.

Ces observations ne peuvent pas être toujours exprimées quantitativement. De nombreux éléments des niveaux de vie et des potentialités ne peuvent pas être mesurées, mais leur estimation, aussi approchée que possible, doit toujours avoir des bases objectives : Il ne faut pas se borner au niveau de vie individuel ou familial, mais étudier aussi, les niveaux de vie collectifs en dépendance des divers équipements servant les communautés ou les groupes. Il ne faut pas procéder par moyennes globales de nation, mais saisir les réalités régionales et les couches sociales ; il ne faut pas regarder simplement le « potentiel » mais aussi le « possible ». Il ne suffit pas d’entasser les données il faut percevoir des structures. Il ne suffit pas de percevoir une situation instantanée, il faut encore déceler les tendances.

Des méthodes rigoureuses d’analyse, permettant les comparaisons, doivent être suivies et les organismes d’études doivent modeler leur structure sur la structure spatiale, en unité territoriale, et sur la structure économique des activités. Les micro-analyses doivent s’interpréter en relation avec la connaissance structurale et conjoncturale des ensembles plus vastes et des réseaux d’échange. La détermination de ce qui convient pour rendre la vie meilleure, devient alors possible. La connaissance acquise par l’analyse des unités élémentaires et intermédiaires et par l’étude de la conjoncture économique, sociologique, et politique, permet d’effectuer en seconde étape, l’arbitrage des urgences.

Les urgences ne s’arbitrent pas par l’appel à un critère unique, comme la pression de l’opinion ou la croissance brute du revenu national, ou par des considérations sentimentales. Supposons par exemple que l’analyse ait mis en lumière un fléau social, soit une haute mortalité infantile. L’examen des causes révèle qu’elles se groupent en séries. Manque de connaissance de l’hygiène, manque d’équipements sanitaires collectifs, état de l’habitat, déficience de l’urbanisation, bas niveau culturel général, etc. L’analyse de plusieurs fléaux permet de dégager les causes qui interviennent dans un plus grand nombre de cas. La lutte contre ces causes prend un plus grand degré d’urgence. Remédier à la mortalité infantile par la seule création de consultations pour femmes enceintes, et, par un déploiement d’assistantes sociales, peut n’être qu’un leurre. Faire un grand effort pour améliorer la santé de la population par un équipement important sans rien faire pour intensifier la production agricole n’empêche pas nécessairement une régression du niveau biologique. Multiplier les institutions bienfaisantes sans assainir une administration corrompue n’empêche pas une régression du niveau de civilisation.

Le choix des points sur 1equel doit porter l’effort pour obtenir au moindre coût, le plus rapidement possible, de façon durable, tel résultat, exige des études minutieuses. Il convient de remarquer que l’arbitrage se fait en deux temps. Un premier arbitrage de type scientifique ou empirique, est du domaine des spécialistes des sciences sociales ; l’arbitrage définitif appartient au politique, juge en dernier lieu des importances et des urgences et s’il n’a pas la sagesse de faire étudier les situations et les besoins et de faire élaborer plusieurs hypothèses par des spécialistes, il est à craindre que ses arbitrages soient le plus souvent défectueux et parfois, quelles que soient par ailleurs ses intentions, qu’ils soient régressifs ou gaspilleurs. On voit ainsi apparaître, en économie humaine, la nécessité d’une théorie de l’arbitrage, élément d’une théorie du développement harmonisé.

3. la théorie du développement harmonisé

L’économie humaine se projette aussi devant nous comme une théorie de développement harmonisé. Dans une conférence faite en 1953 à la session d’Economie et Humanisme, G.-C. Sebregondi a projeté beaucoup de lumière sur ce concept.

G.-C. Sebregondi, dans un langage un peu concis, considère le développement comme un processus conscient passant par des niveaux successifs combinant des facteurs initiaux et consécutifs de façon à favoriser la montée humaine. Ceci exige l’intervention d’un pouvoir auquel sont associées les populations. L’objectif est de donner à chaque unité territoriale une certaine autonomie de développement en permettant et en favorisant l’intervention d’éléments moteurs individuels sans compromettre le développement global, plus en le servant. G.-C. Sebregondi insiste sur la nécessité de moins agir sur les niveaux immédiats que sur les sources de revenu. Nous renvoyons au texte de son exposé qui doit être lu de bout en bout.

Une telle économie de développement harmonisé répondrait à cinq critères :

* La proportionnalité des objectifs et des actes aux possibilités et des résultats aux actes posés.
* La cohérence. Une fois tous les secteurs arrivés au même degré de développement la croissance doit être proportionnelle et éviter les déséquilibres.
* L’homogénéité, c’est-à-dire, l’adaptation à la nature intime du sujet économique et social en évolution. Toute intervention maladroite, toute référence à des normes non adaptées peut provoquer des perturbations menaçant tout le développement.
* L’indivisibilité, c’est-à-dire la nécessité pour une économie en développement, de ne pas sacrifier les sujets personnels aux sujets sociaux, ni vice-versa. Le développement du sujet social intégral ne doit pas contredire le développement des sujets sociaux partiels ni des individus.
* L’auto-propulsivité, l’économie en développement doit trouver dans ses structures et dans ses organes des conditions de son progrès, sans avoir à faire appel, une fois le lancement assuré, à l’intervention toujours répétée d’agents extérieurs. L’intervention impérialiste, ou trop longtemps paternaliste, des pays développés est par là rejetée et tout autant la continuation des routines, des improvisations, de l’imprévoyance et des changements de politique dans les pays en voie de développement autonome. Un gouvernement tout tourné vers les équipements matériels sans y joindre un effort de formation culturelle, technique, administrative et politique ne saurait produire les agents de développement qui peuvent en assurer la continuité. L’un des objectifs majeurs de l’économie de développement est la création continue, dans chaque pays, d’éléments moteurs d’un développement indéfini.

Le développement se fait toujours à partir d’organismes historiques préexistants avec leurs échelles de valeurs, leurs traditions, leurs institutions, leur structure morale, leur support spirituel. Si l’on ne tient pas compte de ces réalités, on brise au lieu de promouvoir, on provoque un recul au lieu de provoquer une avance.

Dans cette perspective, il devient ’possible d’élaborer la première approche d’une théorie du développement harmonisé.

Cette théorie ne peut être une théorie économique au sens classique du mot.

L’économie politique cherchait à exprimer les lois de la réalité économique en mouvement afin de permettre des interventions rectificatives au améliorantes. Le régime, une fois établi, était une donnée considérée ou comme invariable, ou comme susceptible de lentes évolutions. Il s’agissait toujours d’y « coller » de près pour en percevoir le fonctionnement, pour en expliquer les à-coups, pour le remettre en marche sans jamais le mettre en question dans sa substance. Cette élaboration, quoi qu’on en dise, n’est pas sans valeur ni sans portée. Mais ici le mouvement est inverse. On part de l’observation de faits sociaux saisis dans leur complexité, de la connaissance différenciée et détaillée des niveaux de vie en nature, de l’estimation des besoins pour passer répétons-le aux rythmes les plus rapides possibles et aux coûts les moins élevés possibles, étapes d’une phase humaine inférieure aux phases humaines supérieures. Il ne s’agit plus d’une abstraction explicative ou d’une simplification en modèles dont l’application concrète devient de plus en plus périlleuse à mesure que ces modèles se simplifient ; il s’agit de partir de la réalité enchevêtrée, mais analysable et analysée, des faits économiques et sociaux pour la faire évoluer dans le sens le plus favorable aux hommes, pour fixer les objectifs en conséquence, pour établir des plans et pour préciser des programmes.

La théorie ainsi comprise, est une théorie de l’évolution dirigée, de la meilleure transition d’une situation à une autre situation réputée supérieure dans un système historique de civilisation. La théorie, ici, porte sur la dynamique du développement harmonisé ; elle tend essentiellement à préciser les règles de l’arbitrage des urgences, du choix des objectifs et des secteurs d’intervention. D’aucuns considèreront qu’il n’y a. pas là matière à théorie, qu’il s’agit d’actes particuliers à chaque situation. Actes à poser sous l’éclairage d’une doctrine et avec l’acquis d’une expérience. En fait, et sans entrer dans les détails, une véritable théorie des passages de phase à phase, dont je crois avoir fait l’ébauche, peut être tentée ; devra s’y ajouter une théorie de la régulation des tensions : tensions entre les trois secteurs de besoins (de subsistance, de confort, de dépassement) ; entre les trois secteurs d’activité (primaire, secondaire, tertiaire) ; entre, consommation et investissements, entre investissements économiques et investissements sociaux ; entre type déstructurations sociale ; entre territoire à développer à tel ou tel taux de développement : entre transport des choses et transport des personnes.

Le champ d’une telle théorie est immense- Elle devra comprendre une théorie de la structuration préférentielle du revenu global et de la dépense globale, compte tenu des phases, des potentialités, des niveaux désirés et des possibilités.

Il est dans les intentions du groupe Economie et Humanisme de tenter dans les années à venir, une préfiguration de cette théorie. Mais nous avons l’espoir que d’autres groupes s’y attaqueront aussi et que, par des démarches plus ou moins convergentes, une élaboration assez rapide sera possible.

Après cette rapide présentation de la théorie se pose le problème de la « praxis » et de la mise en valeur.

IV. LA « PRAXIS »

Reste la mise en oeuvre qui pose le problème d’une double jonction théorie et pratique, « économique » et « sociologique », et de la collaboration continue et organique entre bureaux d’étude, dirigeants économiques et dirigeants politiques. Si les responsabilités sont distinctes, elles sont cependant solidaires et la jonction étude-intervention, conditionne à la fois la qualité de l’élaboration et l’efficacité de l’action. Le scientifique qui ne serait en aucune manière « acteur », qui n’expérimenterait en aucune manière, qui ne se heurterait ni aux conditions naturelles, ni aux forces sociales orienterait mal sa théorie et ses recommandations. Le politique qui ne serait en rien scientifique restera livré aux périls de ses intuitions ou d’influences extérieures qu’il serait impuissant à dominer.

Sur ce plan de l’intervention j’attirerai l’attention seulement sur quatre points.

a) D’abord l’information. La mise en place de l’économie humaine exige des données statistiques plus abondantes et souvent différentes de celles dont nous disposons aujourd’hui, même dans les pays les plus avancés. Ainsi plus que le nombre de « wagons chargés », ou de véhicules automobiles passant sur les routes, importe pour nous ce qu’ils portent ; plus que l’exploitation des données par unités administratives, l’exploitation par zones de vie ou par zones d’aménagement : plus que les moyennes globales, les moyennes par région « et par strates ». Le contenu des statistiques s’est élaboré peu à peu en fonction de certaines demandes de pouvoirs publics ou de certains besoins successivement apparus. Il n’a jamais été « centré » sur la connaissance complète des structures fondamentales et de leur évolution, ni dans la perspective de l’avancée humaine totale.

Les services statistiques devraient nous livrer, beaucoup plus élaborés, les niveaux, les tendances, les structures, les potentialités, les possibilités par unités d’intervention. Il ne s’agit pas seulement du choix des données à mesurer, mais autant de leur exploitation en vue de l’utilisation pour la mise en valeur, le développement, l’aménagement, mais autant de la détermination des unités territoriales et des unités d’activité devant élaborer les statistiques, mais autant de la structure d’ensemble des réseaux et organismes statistiques. Enfin statistique et conjoncture ne devraient jamais être séparées du plan micro ou du plan macro.

b) Second point : l’aménagement des territoires en vue du développement, économique et humain, en vue de la satisfaction des besoins en dépendance du possible et l’aspect pratique de l’économie humaine. A l’inverse des planifications descendantes qui risquent de compromettre micro et macro équilibres, l’aménagement doit se faire à tous les étages de la vie collective. L’aménagement d’une ferme, d’une commune, d’une région, d’un Etat, du Nord Est du Brésil, du Brésil entier, de l’Amérique Latine entière, autant de problèmes qui doivent étudiés en corrélation. Qui ne voit que .la base ne peut prétendre la connaître et l’améliorer ; qui ne perçoit que les ensembles les ignore.

A tous les plans, l’aménageur a besoin d’études préliminaires faites ou dirigées par des personnes qui assument une responsabilité. Nous rie devons pas aménager contre les hommes, mais avec eux et pour eux, en tenant compte de la situation complexe des populations, et non seulement en les associant au développement, mais en faisant les auteurs.

c) Troisième point : la conjoncture continue des forces et des tensions sociales, aussi importantes que la conjoncture économique et démographique. Les solutions théoriques les mieux étudiées doivent subir l’affrontement des hommes et des groupes politiques influents, coalitions d’intérêts, partis, syndicats, leaders intellectuels et spirituels. La gestion ou l’administration de toutes les tensions, économiques, démographiques ou sociales exige le concours d’experts connaissant parfaitement les problèmes et les mécanismes du réajustement ; le développement ne se fait jamais comme on l’avait prévu, quelques précautions que l’on ait prises. La vie impose les imprévus auxquels il faut sans cesse s’adapter, si l’on ne veut pas être contraint à des macro décisions improvisées ou incohérentes qui menacent l’harmonie du développement et l’ensemble des structures.

d) Quatrième point. A tout instant les aménageurs ou les politiques doivent tenir compte des phases : phases de départ, phases de transition, phases techniques agricole et industrielle ; phases culturelle populaire et des cadres ; phases de structuration, d’infantilisme ou d’acquisition de la maturité. Il est capital de ne pas appliquer sans contrôle dans une phase les mesures qui ont réussi dans un pays en phases différentes. De môme il importe de tenir compte des rythmes. Le politique n’opère pas sur une matière plastique à l’envi qu’il s’agisse des hommes, des groupes, des équipements ou des investissements. Il y a un rythme du possible : le dépasser provoque des déséquilibres. Les impératifs rencontrés dans l’examen de la « praxis » nous ont amenés à l’intervention politique. Elle est nécessaire à tous les plans, soit pour créer le réseau d’information, soit pour déterminer les unités d’intervention, soit pour arbitrer les urgences, soit pour gérer les tensions, soit pour mettre en place des mécanismes de réajustement, soit pour améliorer la pédagogie. Si elle est inspirée par l’économie humaine ; en tant que discipline, si elle a pour fin l’économie humaine, elle pourra se dégager de ses maladresses et de ses routines, ou de ses institutions illusoires pour acquérir une classe scientifique et valablement empirique. Le politique, d’ailleurs, ne peut généralement résoudre des problèmes d’ordre local, régional ou national sans tenir compte des problèmes de l’échelle continentale et mondiale. Il n’est plus, même pour les pays d’économie dominante, d’isolement possible. Tension interne et tension internationale ne sont pas sans liaison. Il n’est pas de développement harmonisé d’une nation qui ne soit en connexion avec le développement harmonisé du monde.

V. LES PROBLEMES DE LA CIVILISATION NOUVELLE

En définitive, il n’y a pas de solution seulement économique et politique aux problèmes sociaux de ce temps, envisagés sous le double aspect de disparité de niveaux de vie entre couches sociales et entre peuples. Le problème à résoudre est plus vaste qu’un problème économique et politique, c’est un problème de civilisation ; telle est son inspiration profonde.

Les termes d’Economie humaine, de politique et de civilisation sont ainsi des concepts très rapprochés, mais non identiques. Dans les trois cas, il s’agit de bien personnel à promouvoir et de bien commun à instaurer, l’économie humaine s’en préoccupe sous l’aspect technique en fonction de la production et de la consommation ; la politique en fonction de la vie collective coordonnée ; la civilisation en crée les conditions spirituelles et morales. L’économie humaine comme régime favoriserait la montée humaine universelle et caractériserait une civilisation encore inédite. Pour y tendre, une politique des biens communs hiérarchisés jusqu’au bien commun universel s’inspirerait de la discipline empirico-scientifique, théorique et politique que nous avons dénommés économie humaine.

La conscience des peuples s’éveille aux exigences d’une économie humaine ; les organismes internationaux préparent jusqu’à un certain point un climat d’entente ; quelques politiques ’ont posé des actes favorables à l’évolution ; un nombre croissant de spécialistes des sciences sociales aborde résolument le problème, des leaders spirituels en sont aussi préoccupés.

Ainsi se précise la tâche que nous avons ensemble entreprise et qu’ensemble nous devons poursuivre. Mais n’ayons pas d’illusions, l’aspiration vers une civilisation de la montée humaine universelle reste fragile et confuse. Alors que les rapports de l’ONU réclament d’urgence une action décisive pour assurer une économie de développement dans les pays sous développés, les pays développés engloutissent 100.000.000 de dollars dans le secteur des biens et services de sécurité et de destruction, et se déclarent en conséquence, incapables de faire avec l’intensité convenable, l’effort d’assistance qui permettrait d’atténuer la croissance des différences des niveaux d’existence et de développement entre couches sociales et entre peuples. Par là ils accélèrent la course aux rivalités et à la guerre. Soixante dix pour cent, nous l’avons dit des investissements occidentaux dans les pays sous développés l’ont été pour le pétrole dans les cinq années qui ont suivi la dernière guerre. Les privilégiés ont plus souci de leur sécurité et de leur confort que de la montée humaine et de la paix du monde. Les dividendes normaux de la nation qui fait actuellement le plus de dépenses dans les pays sous développés sont estimées à 16 ou 17 1% .De tels errements sont destructeurs et non constructeurs de civilisation. Nous sommes dans un monde fou remuant facilement des milliards de chiffres, mais ayant perdu les évidences élémentaires. Nous sommes des barbares cherchant à assurer leurs privilèges sur le quantitatif et sur l’illusoire, des non-civilisés capables de préparer des combats meurtriers, mais incapables de comprendre que le conflit fondamental est celui contre la misère. Nos mesures égoïstes et bornées renforcent dans leur cause les fléaux que nous prétendons supprimer.

Un renversement s’impose dans notre échelle des valeurs dont nous bannissons plus ou moins consciemment l’authentique fraternité humaine. L’hypocrisie ou l’infantilisme des politiques nationales et internationales ne peuvent qu’aggraver les périls. Les dirigeants des peuples et les peuples eux-mêmes doivent acquérir de nouvelles dimensions intellectuelles éthiques et spirituelles le problème est celui d’une nouvelle civilisation fondée sur un respect actif des personnes et sur l’instauration universelle du bien commun au sein de communautés hiérarchisées, civilisation de la montée humaine, à la fois :

1° Civilisation de solidarité entre couches sociales et entre peuples ;
2° Civilisation mettant en place les structures qui permettront d’effectuer de façon continue l’harmonisation et l’arbitrage des tensions ;
3° Civilisation de progrès pondéré continu et coordonné.

Notre tâche, votre tâche est là. Il nous faut constituer en chaque pays une équipe d’hommes décidés à l’effort colossal désintéressé et diversifié que suppose une civilisation du plan « micro » au plan « méga ».

C’est en définitive une révolution totale qui est"en jeu, une révolution en profondeur jusqu’à l’âme humaine, jusqu’à la conscience des peuples. Ce qui manque au monde c’est le souffle, nous sommes devenus des hommes sans souffle, nous sommes inhumains et matérialisés. C’est en fin de compte le fond du problème posé par cette conférence dont on peut conclure que si ce souffle jaillit les" techniques ne manqueront pas.

L.-J. LEBRET.


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