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Populorum Progressio 30 ans après

par Vincent Cosmao

« Ce dont notre monde a le plus radicalement besoin, c’est d’une énergie nouvelle, d’un souffle qui le soulève et le mette en marche vers le progrès humain. » Ces lignes, de Vin- cent Cosmao, introduisaient à la lecture de Populorum progressio, dans l’une des éditions parues dès la publication de l’encyclique de Paul VI, le 26 mars 1967. Trente ans plus tard, le même auteur peut constater, en rendant hommage au Père Lebret, l’un des prin- cipaux inspirateurs de Populorum progressio, que les courants de réflexion économique et politique à l’origine de l’encyclique « ne sont pas définitivement étouffés » et que le texte même de ces pages, saluées alors comme les bases d’une « théologie du développe- ment », continue de donner « un ton nouveau, encore nouveau, à la parole de l’Église à l-’humanité -enquête espérance- Ce n’estpas-qn’entre temps l’-évolution des idées et ta rigueur des événements aient connu une pente ascendante constante. Le 24 avril 1982, à l’occasion du dixième anniversaire de la fondation du Centre Lebret, un colloque souli- gnait « les impasses du développement » tandis que, relevait encore Vincent Cosmao, « le débat international se traînait d’illusion en échec ». Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment relire Populorum progressio sans verser dans l’analyse nostalgique ou les constats pessi- mistes ? Reconnaître la permanence de la « vocation collective de l’humanité à construire les conditions de son existence humaine » demeure une urgence. La relecture de Populo- rum progressio, que nous présente ici Vincent Cosmao tend à montrer que, si les tâches sont infiniment plus complexes qu’il y a trente ans, l’espoir du changement demeure intact et la volonté d’agir primordiale.

Albert Longchamp

De Rerum navarum, de Léon XIII (1891) à Centesimus annus, de Jean- Paul II ( 1991 ), l’ « enseignement social » de l’Église catholique s’est adapté aux circonstances changeantes des temps. Son statut épistémolo- gique -doctrine, pensée, discours - ou son genre littéraire -encyclique, radio-message, lettre -ont changé selon les auteurs et les contextes. Mais la continuité du discours est souvent plus remarquable que ses variantes. Ainsi se sont relayés Quadragesima anno de Pie XI (1931), le radio-message de Pie XII sur « la question sociale » (1941), Mater et magistra de Jean XXIII (1961), la lettre de Paul VI au cardinal Roy, Octogesima adveniens (1971) et Laborem exercens de Jean-PaulIl (1981).

Sans détonner dans cette série, Populorum progressio est d’une autre veine, d’une autre facture et, pourrait-on dire, d’un autre esprit : ainsi, quand Paul VI dit que ses « prédécesseurs ne manquèrent pas au devoir de leur charge de projeter sur les questions sociales de leur temps de l’Evangile » il ne dit pas exactement la même chose que Pie XII affirmant dans son radio-message « la compétence de l’Eglise… pour juger si les bases d’une organisation sociale donnée sont conformes à l’ordre immuable des choses que Dieu a manifesté par le droit naturel et la révélation ». Il n’en reste pas moins que l’encyclique s’inscrit dans une histoire qui est sans doute celle de la difficile réconciliation de l’Église avec « le monde de ce temps » mais qui est aussi l’histoire de ce monde en train de se décomposer et appelé, contraint, à se reconstruire.

Il n’est pas inutile de rappeler ou de souligner que l’élaboration de Populorum progressio a été mise en route au moment de la première Conféren- ce des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED, Genève 1964) où Lebret, porte-parole de la délégation du Saint-Siège lançait l’idée de l’instauration d’un Nouvel Ordre Economique International. Moment où se constituait le « groupe des 77 » qui la fit sienne et qui, conjointement ou concurremment avec le groupe des pays non-alignés, allait rendre possible -après la conférence de ceux-ci, en 1973, à Alger sur la ré-appropriation par les peuples dépendants du contrôle de leurs ressources naturelles et de leur transfor- mation, dans le droit fil de la proclamation à Bandoung (1955) du droit des peuples à l’ autodétennination - et imposer la proposition, à la VIe assemblée générale extraordinaire de l’ONU (New-York 1974), de l’instauration d’un Nouvel Ordre Economique International.

C’ est dans la foulée de sa participation intensive à la conférence de Genève où il fut, avec Che Guevara, l’intervenant le plus applaudi en séance plénière, que Lebret se mit au travail pour écrire le projet que Paul VI lui avait demandé pour un « document » sur le développement des peuples. Projet dont Paul VI me dit en mars 1967, moins d’un mois avant la publication de l’ encyclique, que toutes les idées y étaient, mais pas le style, car Lebret avait cru devoir écrire « en style d’encyclique », disant que quand il écrivait pour quelqu’un il lui fallait se mettre « dans sa peau » . Ceci n’ empêche pas Paul VI de me dire deux mois plus tard, en pesant ses mots : « Ce document est aussi un hommage au cher …et vénéré …et regretté Père Lebret. » Cela me fut dit sans témoin mais, sur ces quelques mots, ma mémoire est restée fidèle.

L’année précédente, Lebret, à la demande de Jean XXIII, dirigeait la délégation du Saint-Siège à la conférence de l’ ONU sur l’application de la science et de la technique au béné- fice des pays moins développés (CNUSTED Genève 1963).

C’est à sa participation à ces deux conférences, à leur préparation par son équipe, à son action et sa réflexion des années précédentes qu’il faut remonter pour trouver la source de ces « idées (qui) y étaient » et dans lesquelles Paul VI Ise reconnut. Quoi qu’il en fût par ailleurs de toutes « celles » qui, de cette première « mouture » à la septième (et dernière), y furent intro- duites par des scribes qui n’étaient pas toujours en mesure d’évaluer le poids de tout ce que Lebret avait ramené de ses pêches ou de ses péré- grinations sur les terrains les plus divers.

Il n’est pas sans intérêt de relever que ces deux conférences internatioales - qui ne furent pas sans effet sinon dans la vie internationale du moins dans la réflexion mondiale sur le développement - aient été, à travers un homme présent aux carre- fours d’humanité, à la source de courants de réflexion économique et politique qui n’ont pas été définitivement étouffés. Et d’une encyclique dont on ne pourra pas dire qu’ elle n’ ait pas donné un ton nouveau, encore nouveau, à la parole de l’Église à l’humanité en quête d’espérance.

Comme l’écrivait Éric Sottas, actuel président du Centre Lebret, dans un article d’Économie et humanisme en 1986. « Lebret ne se définit pas comme un diplomate traditionnel mais davantage comme le porte-parole de groupes défavorisés dont les besoins et les aspirations impliquent une réforme tant conceptuelle que pratique du système international et de l’Église catholique ».

« Normalement, le rôle d’un diplomate se borne à présenter dans les négociations la position de son gouvernement et à rappeler les grands principes dans lesquels elle s’enracine : les discours de Lebret dans ces deux grandes conférences apparais- sent davantage comme un appel, émanant d’une Église en réforme, à un changement dans les attitudes des gouvernements des États membres ».

« Si ces discours ont eu un tel écho, c’est précisément parce que Lebret avait su percevoir l’importance des enjeux et dégager des pers- pectives de réforme et de transformation de la société. Plus que sur une doctrine figée, ses positions s’appuyaient sur une solide recherche scientifique et sur des mouvements sociaux qu’il connaissait bien pour avoir été en contact avec eux à la base dans les pays en développement. C’est pourquoi ses interventions, mélange de démystification scientifique et d’appels aux changements, tranchent sur le discours dominant fait de conformismes et de redites. »

Certes, toutes les encycliques sociales ont puisé, autant que dans les doctrines déjà construites, voire figées dans l’expérience et la réflexion de chrétiens, clercs ou laïcs, de groupes, d’ associations, voire de syndicats ou de partis plus ou moins affidés, même si leurs apports passaient à la moulinette de l’orthodoxie en son état. Celle-ci, quels qu’aient été les moulinages auxquels elle a été soumise, gardera toujours quelque chose de ses origines dans le grand débat de ce temps qui n’ est pas encore forclos, comme on ne l’a que trop dit du Nouvel Ordre Economique International. Même si la problématique ne sera plus celle des années 70 où le pétrole semblait mener le monde, alors que la « crise » avait son origi- ne dans la dénonciation unilatérale des accords de Bretton Woods Nixon 15.08.1971).

En entamant cette cinquième lec- ture de l’ encyclique de Paul VI, je suis frappé, une fois de plus, par son actualité politique autant que théologique.

Ne pouvant ratisser tout le texte pour y mettre en évidence quelques-uns de ses mots clés qui résonnent dans le contexte actuel, je me contenterai de quelques prises de vue sur l’actualité internationale relue à la lumière de l’encvclique.

LA QUESTION SOCIALE EST AUJOURD’HUI MONDIALE

« Le développement des peuples, tout particulièrement de ceux qui s’efforcent d’échapper à lafaim, à la misère, aux maladies endémiques, à l’ignorance, qui cherchent une participation plus large aux fruits de la civilisation, une mise en valeur plus active de leurs qualités humaines,’ qui s’orientent avec décision vers leur plein épanouissement, est considéré avec attention par l’Église, Au lendemain du deuxième Concile a’cuménique du Vatican, une prise de conscience renouvelée des exigences du message évangélique lui fait un devoir de se mettre au service des hommes pour les aider à saisir toutes les dimensions de ce grave problème et pour les convaincre de l’urgence d’une action solidaire en ce tournant décisif de l’histoire de l’humanité ».

Après avoir annoncé la création, « parmi les organes centraux de de l’Eglise » d’une commission pontificale pour « susciter dans tout le peuple de Dieu la pleine connaissance du rôle que les temps actuels réclament de lui de façon à promouvoir le progrès des peuples plus pauvres, à favoriser la justice sociale entre les nations, à offrir à celles qui sont moins développées une aide telle qu’elles puissent pourvoir elles-mêmes et pour elles-mêmes à leur progrès » fut lancé un « appel solennel à une action concertée pour le développement intégral de l’homme et le développement solidaire de l’humanité ».

Pour saisir la densité de ces deux passages que j’ai tenu à citer longuement, il faut se souvenir que dans le « champ du développement » on en était alors à l’aide des riches aux pauvres, à peine au transfert de techniques ou de savoir-faire, à la fin d’une « décennie du développement » qui s’était fixé pour objectif le transfert de 0, 7 % du PIE des pays industrialisés aux pays sous-développés. A peu près personne n’y croyait et la grande majorité des économistes, patentés ou non, considéraient le sous-développement comme un simple retard sur la voie du « progrès » linéaire vers la société de consommation.

L’interdépendance de toutes les populations, de tous les peuples, de toutes les nations, qui était à l’hori- zon des propos de Lebret cornrne de Paul VI, apparaissait déjà comme une réalité dont on commençait à comprendre que l’objet de la poli- tique internationale était de la trans- former en solidarité voulue, organisée, et vécue. Elle n’ avait - et n’a bien sûr - rien à voir avec la « mondialisation » devenue le nouveau mythe ou le nouveau fatum (destin) qui bloque toute pensée. L’interdépendance est le tissu de relations, de dépendances plus ou moins réciproques mais réelles qui se tricotent depuis des siècles, voire des millé- naires, entre les groupes humains au fur et à mesure que leurs différences de compétences ou de spécialisations les rendent potentiellement ou néces- sairement complémentaires les uns des autres, que ce soit par le commerce, la négociation ou la guerre.

La mondialisation dont-on nous rebat les oreilles, en « réseaux » ou « par pôles », finit par n’être rien d’autre qu’un discours idéologique destiné à camoufler les arrangements qui se concoctent entre « agents » de la bulle financière pour faire entrer l’économie réelle dans les réseaux de leurs échanges abstraits.

Dans le discours de Paul VI sur la mondialité, il était question des « aspirations des hommes ».

« Etre affranchi de la misère, trouver plus sûrement leur subsistance, la santé, un emploi stable,. participer davantage aux responsabilités, hors de toute oppression, à l’abri de situations qui offensent leur dignité d’homme, être plus instruits, en un mot, faire, connaître et avoir plus, pour être plus : telle est l’aspiration des hommes d’aujourd’hui, alors qu’un grand nombre d’entre eux sont condamnés à vivre dans des condi- tions qui rendent illusoire ce désir légitime. Par ailleurs, les peuples parvenus depuis peu à l’indépendance nationale éprouvent la nécessité d’ajouter à cette liberté politique une croissance autonome et digne, sociale non moins qu’économique, afin d’assurer à leurs citoyens leur plein épanouissement humain et de prendre la place qui leur revient dans le concert des nations » .

Si, au tournant des années 60-70, la résistance aux perspectives qu’ouvraient Lebret, Paul VI, puis les porte-parole du tiers monde, pouvait s’expliquer par la hantise de certains devant les planifications centralisées -dont on savait pourtant déjà l’échec plus que prévisible - ou par l’allergie des autres, ou des mêmes, devant toute régulation du marché dont on sait pourtant qu’il n’a jamais fonctionné sans normes, il est facilement compréhensible qu’au moment où les capitaux qui se déplacent quo- tidiennement d’une devise à l’autre représentent quarante ou cinquante fois la valeur des biens et services échangés à l’ échelle du monde, il faudrait bien imaginer autre chose que le « quart » à risque pour gérer la « mondialisation » des « supergrands ». Mais ceux-ci ont peut être fait leur temps : « Si les 500 premièreS-entreprises américaines pesaient 20% de l’économie américaine en 1970, elles n’en représentent plus que 10 % auiourd’hui. »

«  La mondialisation et les technologies de l’information signent sans doute la mort de l’opposition entre le « grand » et le « petit ». Les entre- prises de demain, les futurs maîtres du monde, seront celles qui auront marié l’indépendance et l’inter- dépendance. Leur atout, ce sera d’avoir réconcilié le « local » et le « global », le « grand » et le « petit ». « Big and small », voilà ce qui est « beautiful ».

Pour Paul VI, il était clair que la prise en compte de la mondialité de l’économie et de la vie en société impliquait son organisation. Dans la ligne de Jean XXIII il en appelait à « une autorité mondiale efficace » : « cette collaboration internationale à vocation mondiale requiert des ins- titutions qui la préparent, la coordonnent et la régissent jusqu’à constituer un « ordre juridique uni- versellement reconnu ».

Et, jetant un défi aux sceptiques, il ajoutait : « Certains estimeront utopiques de telles espérances. Il se peut que leur réalisme fût en défaut et qu’ils n’aient pas perçu le dynamisme d’un monde qui veut vivre plus fraternellement. »

Ce défi vaudrait aussi ex post pour tous ceux qui constataient naguère avec « soulagement » dans leur « lucidité » réaliste l’échec du projet d’instauration d’un Nouvel Ordre Economique International négocié, c’est-à-dire politiquement élaboré et mis en oeuvre. Il y en avait « outre- monts » comme outre-atlantique.

Viendra peut-être un jour où l’on finira par comprendre qu’il ne faudra pas « inévitablement choisir entre une économie performante qui ins- trumentalise ses acteurs et une éco- nomie au service de l’homme condamnée à un déclin inexorable dans le concert des nations ».

A la différence d’autres encycliques, Populorum progressio n’est pas un discours « scientiste » sur ce que devraient être les sociétés ou sur la manière dont elles doivent se construire. Partant de l’observation, impliquée, sur le terrain, en vue d’en dégager les « besoins et possibilités », le discours s’ouvre à tâtons à ce qu’il faudrait faire parce que c’est nécessaire : « Construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d’une nature insuffisamment maîtrisée,. un monde où la liberté ne soit pas un vain mot… »

C’est dans ce contexte que vient la mise en garde contre le refus de l’organisation de la solidarité : « le superflu des pays riches doit servir aux pays pauvres. La règle qui valait autrefois en faveur des plus proches doit s’appliquer aujourd’hui à la totalité des nécessiteux du monde. Les riches en seront d’ailleurs les premiers bénéficiaires. Sinon leur avarice prolongée ne pourrait que susciter le jugement de Dieu et la colère des pauvres, aux imprévi- sibles conséquences. »

Cette objurgation ne vient pas au hasard d’une rédaction. Elle était déjà dans la première partie sur l’état du problème « pour un développement intégral de l’homme ».

« Il est certes des situations dont l’injustice crie vers le ciel. Quand des populations entières, dépourvues du nécessaire, vivent dans une dépendance telle qu’elle leur interdit toute initiative et responsabilité, toute possibilité aussi de promotion culturelle et de participation à la vie sociale et politique, grande est la tentation de repousser par la violen- ce de telles injures à la dignité humaine. »

Ne serait-ce que par cette mise en alerte solennelle, l’encyclique se situe bien dans son temps, tout en réaffirmant les positions chrétiennes ou judéo-chrétiennes fondamentales, élaborées au IVe siècle, sur la « destination universelle des biens » qui correspondent tellement à la problématique de ce temps qu’elles ont trouvé dans le discours international, à l’occasion des conférences sur le droit de la mer, une formulation nouvelle : « le patrimoine commun de l’humanité. »

Même si cette vérité première est loin d’ être effecti vement prise en compte et surtout mise en çeuvre dans l’ organisation des sociétés, il n’en faut pas moins conti.nuer à l’affirmer, voire à l’asséner, car elle est constitutive, non seulement de la foi chrétienne, mais des conditions de l’existence humaine.

« Emplissez la terre et soumettez la. (Genèse 1/28) La Bible, dès sa première page, nous enseigne que la terre est pour l’homme, à charge pour lui d’appliquer son effort intelligent à la mettre en valeur et, par son travail, la parachever pour ainsi dire à son service. Si la terre est faite pour fournir à chacun les moyens de sa subsistance et les instruments de son progrès, tout homme a donc le droit d’y trouver ce qui lui est nécessaire… Tous les autres droits, quels qu’ils soient, y compris ceux de propriété et de libre commerce, y sont subordonnés : ils n’en doivent donc pas entraver, mais bien au contraire faciliter la réalisation et c’est un devoir social grave et urgent de les ramener à leur finalité première. »

Ces propos subversifs, qui au XIIIe siècle sont allés jusqu’à l’affirmation unanime par les théologiens, les canonistes et les juristes du « droit de voler en cas d’extrême nécessité parce que, en cas d’extrême nécessité, tout redevient commun », ne peuvent rester Îndéfiniment sans effet, sans que les chrétiens qui prennent au sérieux ce qu’ils disent ne deviennent schizophrènes ou ne soient conduits, comme au IVe siècle, à se retirer au désert. Mais il n’y a plus de désert…

VOCATION A LA CROISSANCE.

Tout le texte de Paul VI est sous-tendu par une dynamique théologique porteuse de souffle et de sens qui lui donne parfois un ton d’épopée. « Communiant aux meilleures aspirations des hommes et souffrant de les voir insatisfaites, (l’Église) désire les aider à atteindre leur plein épanouissement et c’est pourquoi elle leur propose ce qu’elle possède en propre : une vision globale de l’homme et de l’humanité. »

Ce qui est proposé ici, ce n’ est pas un savoir ou un savoir-faire, c’est une vision, une perspecti ve qui donne sens et espérance au monde.

« Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. » C’est ici qu’est ensuite cité, et c’est la seule fois, « l’éminent expert » Lebret

C’est la vocation collective de l’humanité à construire les conditions de son existence humaine qui est ici mise en valeur dans quelques passages dont la prise en compte de la relation à Dieu, Créateur de créateurs et du « Christ qui nous appelle tous à participer en fils à la vie du Dieu vivant, Père de tous les hommes », n’exclut pas une lecture laïque ou humaniste qui laisserait en suspens les références chrétiennes, tout en acceptant le signifié humain, universel.

« Dans le dessein de Dieu chaque homme est appelé à se développer, car toute vie est vocation. Dès la naissance est donnée à tous en germe un ensemble d’aptitudes et de qualités à faire fructifier : leur épanouissement, fruit de l’éducation reçue du milieu et de l’effort personnel, permettra à chacun de s’orienter vers la destinée que lui propose son créateur. Doué d’intelligence et de liberté, il est responsable de sa croissance comme de son salut ».

« Aidé, parfois gêné par ceux qui l’éduquent et l’entourent, chacun demeure, quelles que soient les influences qui s’exercent sur lui l’artisan principal de sa réussite ou de son échec : par le seul effort de son intelligence et de sa volonté chaque homme peut agrandir en humanité valoir plus, être plus ».

Artisans, agents, acteurs, sujets, créateurs de leur développement, qu’il s’agisse des hommes, des groupes ou des peuples, ces expressions qui ne sont plus guère contestées, viennent à la fois de ce qui a été vécu, observé sur le terrain dans les tentatives d’auto-développement ou de développement endogène et des propos de Populorum Progressio qui venaient aussi du même terrain. Cette révolution épistémologique et anthropologique, qu’on pourrait appeler « post marxiste » ou, pour être plus précis « post-dia-mat » ou « post-structuraliste », est une des lignes de force de ces dernières décennies.

Là où il « allait de soir » que la transformation des modes ou des rapports de production modifiait les états de conscience, là où le « sujet » n’était plus qu’un présupposé » ou un fantasme, on ne peut plus ne pas reconnaître que c’est la transformation des états de conscience qui permet la transformation des systèmes de production ou qu’un des critères du développement est que ses acteurs deviennent capables, non seulement de faire ce qu’ils disent mais aussi de dire ce qu’ils font, c’est-à-dire de l’interpréter. Il faut continuer à lire ce qu’écrit Paul VI : « Cette croissance n’est pas facultative … (elle) constitue comme un résumé de nos devoirs. »

« Mais chaque homme est membre de la société : il appartient à l’humanité toute entière. Ce n’est pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier ».

« Les civilisations naissent, croissent et meurent. Mais, comme les vagues à marée montante pénètrent chacune un peu plus avant sur la grève, ainsi l’humanité avance sur le chemin de l’histoire. Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous et ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir ».

Nous sommes bien au-delà de l’aide ou du transfert de techniques à quoi se limitait encore à l’époque l’action pour le développement. C’est un autre monde qui s’ouvre, non un monde de rêve mais un monde à construire dans la ligne de ce que Lebret, dans son dernier ouvrage, posthume, appellera : « un développement = révolution solidaire ».

« Si la poursuite du développement demande des techniciens de plus en plus nombreux, elle exige des sages encore plus de réflexion profonde, à la recherche d’un humanisme nouveau qui permette à l’homme moderne de se retrouver lui-même, en assumant les valeurs supérieures d’amour, d’amitié, de prière et contemplation. Ainsi pourra s’accomplir en plénitude le vrai développement qui est le passage pour chacun et pour tous de conditions moins humaines à des conditions plus humaines ».

On voit se déployer ici une foi en l’homme en acte de création, ou auto-création, collective un « humanisme » qui n’était guère dans l’air du temps : le mot n’est d’ailleurs employé qu’affecté d’un qualificatif, « transcendant », « nouveau », « vrai », « universel ». Dans ce dernier cas, à propos des experts en développement il est précisé que « la civilisation qui les a formés contient certes des éléments d’humanisme universel, mais elle n’est ni unique, ni exclusive et ne peut être importée sans adaptation. Les agents de ces missions auront à cœur de découvrir, avec son histoire, les composantes et les richesses culturelles du pays qui les accueille ».

« Un rapprochement s’établira qui fécondera l’une et l’autre civilisation ».

Que d’erreurs, facteurs de sous-développement, auraient pu être évitées si cette prise de conscience « qui a une voix nouvelle pour notre époque » avait été moins tardive ! Le titre que Lebret avait donné à la revue IRFED, Développement et Civilisations comme celui d’un département qu’il y avait crée Valeurs et civilisations sont significatifs de l’orientation qu’avait prise depuis des années déjà la réflexion ou la recherche de Lebret. Devenu économiste à un moment où beaucoup de « chrétiens sociaux » en étaient encore, comme il disait, au « social palliatif », Lebret était en train de devenir le «  sage » attentif à la « déstructuration » (encore que je ne me souvienne pas s’il employait ce mot) des sociétés, des cultures, des civilisations sous l’effet de la pénétration de la civilisation scientifique et technique qui, par ailleurs, représentait le « progrès ».

Quand il venait au Sénégal (1958-1964) comme conseiller de Mamadou Dia, Premier ministre du passage à l’Indépendance, pour la préparation du premier plan de développement, un livre circulait qui posait admirablement le problème dramatique d’une acculturation difficilement maîtrisable par ceux qui la subissaient : L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane. Celui-ci fut ministre de Dia et, par là même, interlocuteur de Lebret qui sut le « reconnaître » comme tel.

« Il y a cent ans, notre grand-père, en même temps que tous les habitants de ce pays, a été réveillé un matin par un clameur qui montait du fleuve. Il a pris son fusil et, suivi de toute l’élite, s’est précipité sur les nouveaux venus. Son cœur était intrépide et il attachait plus de prix à la liberté qu’à la vie. Notre grand-père ainsi que son élites ont été défaits. »

« Pourquoi ? Comment ? Les nouveaux venus seuls le savent. Il faut le leur demander ; il faut aller apprendre chez eux l’art de vaincre sans avoir raison. Au surplus le combat n’a pas cessé encore. L’école étrangère est la forme nouvelle de la guerre que nous font ceux qui sont venus et il faut y envoyer notre élite en attendant d’y pousser tout le pays. Il est bon qu’une fois encore l’élite précède. S’il y a un risque, elle est la mieux préparée pour le conjurer, parce qu’elle est la plus fermement attachée à ce qu’elle est. S’il est un bien à en tirer, il faut que ce soit elle qui l’acquière la première ».

A trente ans et quelque, Cheikh, comme nous l’appelions amicalement, était déjà un Sage Africain. Son livre fut vendu à cent mille exemplaires dans le monde entier et il attendit 1995 pour publier le second dont l’interprétation sera plus difficile pour ceux qui n’ont pas vécu les évènements de 1962 à Dakar.

L’aventure ambiguë évoquait admirablement les problèmes de société dont la prise de conscience fut à l’origine de l’approche du développement qui fut appelée « animation » en Afrique, en tension avec la planification, « conscientisation » au Brésil.

Ce fut le début d’une aventure qui a pris de l’ampleur à l’échelle du monde et qui se poursuit, même si on n’en parle guère dans les médias, encore qu’à l’occasion du récent congrès mondial du « microcrédit », formule qui semble avoir été inventée au Bangladesh (Grameen Bank), elle ait eu presque droit à la « une » de certains journaux : la prise en charge par les populations » de leur propre développement. Et nous retrouvons Populorum progressio.
« La tâche pourrait sembler impossible dans les régions où le souci de la subsistance quotidienne accapare toute l’existence de familles incapables de concevoir un travail suceptible de préparer un avenir moins misérable. Ce sont, pourtant ces hommes et ces femmes qu’il faut aider, qu’il faut convaincre d’opérer eux-mêmes leur propre développement et d’en acquérir progressivement les moyens. Cette œuvre commune n’ira certes pas sans effort concerté, constant et courageux. Mais que chacun en soit bien persuadé : il y va de la vie des peuples pauvres, de la paix civile dans les pays en voie de développement et de la paix dans le monde ».

Ici l’encyclique apparaît vraiment « prophétique » au sens biblique du mot, c’est-à-dire en lecture des signes des temps, et au sens courant de prévision de ce qui advient ou survient dans l’histoire en train de se faire.

Comme disait encore C. H. Kane : « La civilisation est une architecture de réponses… le bonheur n’est pas fonction de leur répartition. Il faut équilibrer ».

PROGRAMMES ET PLANIFICATION

La planification n’avait pas bonne presse dans les années 60 même quand elle fut considérée comme une « ardente obligation ». Si on n’en était pas encore venu, dans l’orthodoxie néo-libérale, à exalter le marché comme la seule libération possible des énergies créatives ou innovatrices en vue du « décollage » et de l’entrée en développement des pays sous-développés, on y allait tout droit à partir de l’enlisement du Nouvel Ordre Economique International.

Le débat sous –jacent était idéologique, c’est-à-dire irrationnel et il tournait facilement à la guerre de religions. Les interventions de Lebret dans les pays qui firent appel à lui (Brésil, Colombie, Liban Sénégal, etc. ) s’inscrivirent toutes dans le cadre de préparation de plans de développement, sur la base de l’observation, de l’enquête et de l’analyse approfondie des besoins et possibilités, et ,non à partir de schémas ou modèles théoriques considérés comme reproductibles ou universalisables.

Il avait commencé par l’organisation des pêches et des professions maritimes allant jusqu’à l’élaboration de projets de lois. Il fut un des pionniers de l’aménagement du territoire qui supposait aussi « l’enquête participative » et l’auto-organisation. C’est dans la foulée qu’il s’attaquait à la planification qui devenait le lieu de la réflexion, non sur le développement en général mais sur le possible développement des pays où il travaillait.

On aurait pu penser que cette pratique serait celle qui avait le moins de chance d’être retenue par le rédacteur de l’encyclique. C’est au contraire celle qui la marque le plus nettement, non comme une picèe rapportée mais bien inscrite dans la dynamique du discours.

« La situation exige des programmes concertés. Un programme est en effet plus et mieux qu’une aide occasionnelle laissée à la bonne volonté de chacun. Il suppose… étude approfondie, fixation des buts, détermination des moyens, regroupement des efforts pour répondre aux besoins présents et exigences prévisibles. Bien plus, il dépasse les perspectives de la croissance économique du progrès social : il donne sens et valeur à l’œuvre à réaliser. En aménageant le monde, il valorise l’homme. »

« Economie et technique n’ont de sens que par l’homme qu’elles doivent servir. Et l’homme n’est vraiment homme que dans la mesure où, maître de ses actions et juge de son progrès en conformité avec la nature que lui a donnée son Créateur et dont il assume librement les possibilités et les exigences ».

« Tout programme fait pour augmenter la production n’a en définitive de raison d’être qu’au service de la personne. Dire : « développement » c’est en effet se soucier autant du progrès social que de croissance économique. Il ne suffit pas d’accroître la richesse commune pour qu’elle se répartisse équitablement ».

« Nous espérons … que les organisations multilatérales et internationales trouveront, par une réorganisation nécessaire, les voies qui permettront aux peuples encore sous-développés… de découvrir eux-mêmes, dans la fidélité à leur génie propre, les moyens de leur progrès social et humain ».

On pourrait multiplier les citations dont la pertinence apparaît mieux aujourd’hui qu’il y a trente ans.

La tension maintenue entre la planification, les programmes et la liberté responsable ne relève pas du rêve. On la retrouve bien dans les débats d’aujourd’hui, même s’ils tournent parfois au surréalisme, sur la mondialisation et la flexibilité. L’une et l’autre devront bien être gérées sauf à laisser la « bulle financière » décider de tout au risque de devoir en revenir au troc, ce qui était naguère encore le cas pour une part importante du commerce international (accords de compensation).

Mais c’est toujours en avant qu’il faut chercher les solutions. La condition d’un avenir réside dans la mise en œuvre progressive, dans la négociation, donc dans une démocratie généralisée, d’une politique internationale digne de ce nom.

Après Jean XXII, Paul VI, nous l’avons vu, parlait d’une autorité mondiale à construire. On a vu récemment le temps qu’il a fallu pour négocier le passage du GATT (Accord Général sur le Commerce et les Tarifs) à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et on devine déjà le temps qu’il faudra pour roder celle-ci. Mais depuis la disparition du bloc soviétique, seule l’organisation d’autres groupes, pôles ou réseaux permettra d’éviter que tous doivent se soumettre au seul supergrand qui demeure en lice.
Mais il y faudra un surcroît de démocratie, de planification et donc de négociation. Est-ce impossible, impensable ? Marx disait que l’humanité ne se pose que les questions qu’elle peut résoudre. Et il arrive que ce qui est nécessaire devienne possible parce que c’est nécessaire : l’humanité s’est toujours construite contre l’impossible. Se mettre debout, apprendre à parler, distinguer les champignons comestibles des vénéneux, ou tout simplement inventer la cuisine, etc. ce n’était pas « évident » comme on dit aujourd’hui : même s’il y a fallu des siècles ou des millénaires, on l’a fait.

Les questions qui se posent aujourd’hui et qui tournent autour des nécessaires organisations, programmables, conditions d’un minimum de justice et de la promotion de libertés responsables demanderont sans doute des générations, voire des siècles, pour être résolues, tant elles sont inédites. L’hominisation, puis l’humanisation, relative, de l’humanité en ont demandé bien plus. Ce qui est nouveau peut-être c’est que ce qui devra se faire – sans qu’on puisse savoir comment car il n’y a pas de modèle – il n’est pas exclu que ce soit pensable comme tâche pour l’humanité.

EQUITE DANS LES RELATIONS COMMERCIALES

« Les efforts, même considérables, qui sont faits pour aider au plan financier et technique les pays en voie de développement seraient illusoires si leurs résultats étaient partiellement annulés par le jeu des relations commerciales entre pays riches et pays pauvres. La confiance de ces derniers serait ébranlée s’ils avaient l’impression qu’une main leur enlève ce que l’autre leur apporte ».

« Traid, not aid ! » commençait-on à dire à l’époque.

Dans la ligne de la dénonciation de la détérioration des termes de l’échange au détriment des pays producteurs de produits primaires, conséquence inexorable du progrès technique, Paul VI soulignait la nécessité d’aller « au-delà du libéralisme ».

« La règle du libre-échange ne peut plus à elle seule régir les relations internationales quand les conditions deviennent trop inégales de pays à pays : les prix qui se forment « librement » sur le marché peuvent entraîner des résultats inégaux. Il faut reconnaître : c’est le principe fondamental du libéralisme, comme règle des échanges qui est ici en question ».

« Ce qui était vrai du juste salaire individuel l’est aussi des contrats internationaux : une économie d’échange ne peut plus reposer sur la seule loi de libre commerce, qui engendre trop souvent elle aussi une dictature économique. La liberté des échanges n’est équitable que soumise aux exigences de la justice sociale ».

Ce qui pouvait encore à l’époque relever du « vœu pieux » s’impose aujourd’hui à l’analyse et à l’organisation des relations internationales : le marché n’a jamais fonctionné, ne fonctionne jamais sans régulations. Certes les normes comme les lois sont toujours transgressées. Cela ne veut pas dire que l’on puisse s’en passer. Il faut au contraire, toujours les ajuster.

Si des carcans rigides, comme des plans coercitifs, peuvent étouffer les libertés, il n’y a ni progrès, ni même humanisation sans contraintes, sans interdits. C’est en s’en imposant qu’à longueur de millénaires l’homme s’est fait homme ; n’étant pas régulé par ses instincts il est contraint à se réguler lui-même, collectivement.

« Sans abolir le marché de concurrence, il faut le maintenir dans des limites qui le rendent juste et moral et donc humain. Dans le commerce entre économies développées et sous-développées, les situations sont trop disparates et les libertés réelles trop inégales. La justice sociale exige que le commerce international, pour être humain et moral, rétablisse entre partenaires au moins une certaine égalité des chances. Cette dernière est un but à long terme. Mais pour y parvenir il faut dès maintenant créer une réelle égalité dans les discussions et négociations. Ici encore des conventions internationales à rayon suffisamment vaste seraient utiles : elles poseraient des normes générales en vue de régulariser certains prix, de garantir certaines productions, et soutenir certaines industries naissances… »

Ce que les pays industrialisés sont amenés à réaliser entre eux, il leur faudra bien, avec le temps, l’élargir à l’échelle du monde.

C’est R. Mac Namera qui disait un jour que l’éradication de la pauvreté absolue constituait pour la communauté internationale « un devoir social et moral grave ».

On ne pourra pas indéfiniment penser ou faire comme si on pensait que l’économie comme la politique est nécessairement amorale. L’économie est une science humaine et les « lois économiques », comme les lois naturelles, sont destinées à être transgressées : comment faire tenir en l’air le plus lourd que l’air ? L’esprit humain n’avance qu’en « falsifiant » les lois qui s’imposent à lui ou qu’il s’impose.

Les rapports sociaux, comme les approches de la « vérité », sont toujours au-delà de ce qu’on peut en dire : infiniment complexes. Ce dont il s’agit c’est de toujours mieux en saisir les connexions et les interactions pour mieux les transformer, car ils ne sont jamais ce qu’il serait souhaitable qu’ils soient.

Aucun discours n’y change rien. Ce qui importe c’est toujours la négociation des contradictions, des conflits et la négociation est l’acte politique par excellence.

Dans le film « microcosmos » on voit un bousier ou scarabée coprophage rouler sa boule d’excréments de mammifères, boule beaucoup plus grande que lui. Or voici que la boule est coincée sur une épine : les astuces qu’essaie le bousier avant d’arriver enfin à dégager sa pitance sont impressionnantes et donnent à penser qu’il est « intelligent ».

L’humanité, aujourd’hui, roule aussi sa boule, sa « bulle financière » qui pèse quarante à cinquante fois toutes les richesses qu’elle produit pour assurer sa subsistance ou son mieux être. Arrivera-t-elle à la « décoincer » ne serait-ce qu’en la dégonflant ?

Pourra-t-elle encore dire comme Guillaumet qui s’est sauvé des Andes (Saint Exupéry) : « Ce que j’ai fait, jamais une bête ne l’aurais fait ? »

Vincent Cosmao


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