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Les mouvements de la société civile et la participation au développement

Séminaire 3 – La participation et la gestion démocratique du développement

La participation, le développement…

Ces deux expressions ne sont-elles pas abusivement utilisées de nos jours ? Ne semblent-elles pas sous-entendre un potentiel positif de plus de lien social, de mieux être, de réussite ?

La participation a-t-elle pour but de capter l’énergie individuelle et collective nécessaire aux projets dits « de développement » ? Qui prend l’initiative de la participation ?

Démystifier ce « tout positif » déclaré du développement. Prendre conscience que chacun peut, individuellement et collectivement, être acteur d’une dynamique sociale et être responsable, en connaissance de cause, de la conséquence de ses actes sur lui, sur les autres, sur l’environnement. Au rôle de consommateur, d’acteur passif soumis, enrôlé, anesthésié ou trompé, est alors opposé l’engagement actif, créatif et responsable de chacun. Une conception de la participation qui certes passe, dans les démocraties par le vote, mais qui va bien au delà.

Une exigence devrait s’imposer à celui qui veut agir pour provoquer un changement : celle de l’écoute du contexte, de l’environnement, des gens. Non pas l’écoute charitable de celui qui prête une oreille « supérieurement attentive », sans se changer lui-même. Mais l’écoute par l’acteur-chercheur, qui enregistre et analyse ce qu’il observe pour que cela soit pris en compte au moment de décider collectivement d’une action qui ait du sens pour lui et tous ceux qui sont concernés.

Une question s’est posée lors des sessions antérieures : celle de l’initiative du processus de changement. Vient elle du pouvoir public ? De ceux qui détiennent les fonds ou maîtrisent les marchés ? De l’expert ? D’un « leader », personne éclairée issue de la communauté ?

Y a-t-il deux camps qui s’opposeraient, s’allieraient, alternativement partenaires et concurrents suivant le sens du vent et les rapports de pouvoirs ? Le camp de l’institution, de l’appareil, du gouvernant et celui de l’institué, du réseau, du gouverné ?

Les choses sont loin d’être si simples. Celui qui domine l’appareil fait usage du réseau pour renforcer son pouvoir et maîtriser l’initiative. L’appareil exige de son « partenaire » de se structurer à son image, selon ses propres critères. Pour accéder à son soutien, ce dernier doit se constituer en organisation collective obéissant à un cadre juridique et économique déterminé par les stratégies nationales ou les pressions extérieures.

L’aide est filtrée par les « projets », devenus entités pré-existantes à l’identification même d’un besoin par le « bénéficiaire potentiel ». Un cadre contraignant est établi. Trop souvent il n’a de sens que pour celui qui l’a conçu, le bailleur ou son intermédiaire. Les appels à projets ouvrant les vannes de financements déjà prédestinés, deviennent des cahiers des charges ressemblant à s’y méprendre à ceux d’un concours public pour un ouvrage qui doit répondre aux exigences de son commanditaire. Le cycle du projet et le cadre « logique », loin de leur motivation initiale, deviennent des procédures à temporalité définie que l’« expert » maîtrise et comprend – parfois - mais non le bénéficiaire de base.

De leur côté, ceux qui nourrissent le réseau et le font vivre, aspirent au pouvoir et à l’efficacité. Ils risquent en se structurant, en se disputant l’espace et les moyens, en se soumettant au bon vouloir de leur partenaire institutionnel dans la forme, puis dans le fond, d’oublier ou de se priver de la vitalité de leur sève : la créativité et la liberté de choix et de stratégie de chacun de leurs membres. Devenues puissantes, les organisations (dites de la société civile) deviennent des intermédiaires d’un pouvoir institué dont elles tendent à reproduire, en exigeant de leurs partenaires de la base l’adoption de leur modèle structurant, les mêmes dérives auxquelles elles-mêmes ont été ou se sont soumises.

Au dirigisme des agences de « développement », à la planification par projet, Bernard Lecomte oppose la continuité et l’appui à priori de l’initiative libre d’un groupe qui, dans une dynamique sociale, décidera avec ses membres ce qu’il va entreprendre, et comment il le fera. La condition ne serait plus qu’il ait déjà prévu - de façon rigide, sans possibilité de changement d’objectifs et de moyens en cours de route -, l’utilisation des fonds en accord avec les critères du bailleur mais qu’il rende compte rigoureusement de leur utilisation.

Une fois de plus l’histoire des organisations paysannes du Sud, leur relation avec les pouvoirs publics nationaux et les institutions internationales, illustrent ce jeu des pouvoirs et les stratégies autour d’un enjeu : l’accès (si ce n’est la maîtrise) d’un marché, celui de l’arachide, par exemple. L’évolution d’une politique économique nationale, soumise aux facteurs (sécheresse) et aux pressions, fait évoluer les modes d’organisation : l’animation rurale mise en place par un Etat, encore régulateur du marché, induit des coopératives pas toujours volontaires. Les nouveaux circuits de financement font fleurir les associations intermédiaires. L’encadrement public d’un Etat qui se désengage conditionne l’accès au crédit, à la création de GIE par les paysans. Ils s’endetteront pour une production soumise sans protection aux aléas du climat et du marché. Le paysan supporte, seul, les risques et les incertitudes d’une agriculture de rente d’intérêt national.

La spirale de ce qui est appelé développement évolue sur deux axes : celui qui va de l’anarchie vers la cohérence qui a du sens, et celui qui va de la dépendance vers l’autonomie. L’évaluation ne peut plus être une affaire d’experts, selon des critères extérieurs, mais une phase du processus de changement vécu et mené par des acteurs concernés, engagés, qui se dotent de métiers et de compétences nécessaires, s’organisent selon leurs propres critères et gagnent en pouvoir local, national voire régional.


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