LOGO -DCLI - Centre International Lebret-Irfed

Accueil du site > Documents > Revue

Promesses du passé, paroles d'avenir : les fondements éthiques de l'économie

Foi et développement, n°260, janvier 1998

par François Le Guay et Jacques Royer

Trois documents forment la trame de cette livraison quelque peu inhabituelle de Foi et Développement. Ces trois références portent la marque de leur époque : marché en expansion, croissance indéfinie, foi dans les capacités de l’homme, croyance au processus de concertation démocratique. Elles sont en outre empreintes d’un optimisme qui, aujourd’hui, se fait rare. Publiées une première fois en 1960, elles ont pour auteur trois théologiens. André Neher, le père Marie-Dominique Chenu et Roger Mehl – un juif, un catholique et un protestant – esquissent les traits d’un humanisme chrétien face aux défis de l’économie. Mais pourquoi en proposer une relecture en 1998 ?

Le « grand marché mondial intégré » ignore les inégalités sociales, les diversités culturelles, les identités nationales, les collectivités locales et la qualité de vie ; il redoute le hasard politique et la nécessité écologique ; il joue la santé de l’économie contre le sort de la personne humaine. L’entreprise privée fixe les choix et détermine les priorités qui engagent toute la société.

Or, il ne faut pas transformer l’évolution des mentalités en fatalité absolue. Le père Chenu parlait, il y a près de quarante ans, d’un « nouvel âge de l’humanité ». Nous continuons de croire que les étapes de l’organisation humaine du travail et de l’économie ne sont que provisoires, donc perfectibles. Chacune devient promesse et se doit, humblement, de disparaître pour laisser place à des idées novatrices. Voici donc, pour notre avenir, un travail de « mémoire », une relecture des intuitions de nos prédécesseurs, chargées des expériences et des incertitudes de notre temps.

Paroles du passé, pari risqué. Pertinentes pour notre présent mouvant, sauront-elles inspirer une vision d’avenir ? A vous d’en juger. En un temps de domination absolue du marché, où la fonction de l’État est dénigrée, ces pages pourraient servir de prologue à une réhabilitation du « bien commun ». Nous en serions honorés(1).

Albert Longchamp

Depuis le début des années 1990, le modèle libéral n’a plus de concurrent déclaré. Il semble régner sans partage et sans contestation sur l’ensemble de la planète. Les prophètes du marché nous prédisent une avancée indéfinie grâce au processus de globalisation actuellement en cours. Les difficultés rencontrées seraient dues, selon eux, aux agissements égoïstes de groupes rétrogrades qui défendent des avantages acquis d’un autre âge. Mais, quand ces obstacles auront été surmontés, les bénéfices inhérents à l’économie de marché s’étendront progressivement à tous.

Et pourtant, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour contester cette vision idyllique. Sans mettre en cause le principe du marché, les effets négatifs produits par le système en vigueur (inégalités croissantes entre pays et entre groupes sociaux, crise des systèmes de protection, dommages parfois irréversibles à l’environnement, dégradation morale et culturelle, perte du sens de l’identité nationale) conduisent à s’interroger sur les conditions de son fonctionnement.

Le marché contient il ses propres mécanismes d’autorégulation, et suffirait il de s’assurer qu’il fonctionne sans entraves pour en récolter automatiquement tous les fruits ? Ou, au contraire, faut il lui imposer une norme extérieure à lui même, le faire reposer sur des fondements éthiques, qui assurent que le marché ne devienne pas le maître de la société, mais reste à son service ? Dans ce cas, il ne s’agirait plus seulement d’apporter quelques additions de type social, environnemental ou de solidarité internationale au système économique existant, mais de réaliser des transformations fondamentales dans les mécanismes de prise des décisions qui déterminent le fonctionnement du système productif lui même.

UN CAPITALISME VORACE

La récente réunion du Forum économique mondial de Davos (février 1997) apporte une nouvelle preuve de l’actualité de ces préoccupations. Certes dans ce temple du libéralisme, les voix n’ont pas manqué une fois de plus pour prêcher le nouvel évangile de la renaissance américaine et les perspectives radieuses offertes par la construction d’une société de réseau, promettant à chacun un succès semblable à celui de Bill Gates, président de Microsoft Corp., grande vedette de la réunion.

Mais d’autres interventions ont fait entendre un son de cloche bien différent, comme celles d’Elie Wiesel, du cardinal Etchegaray ou du théologien suisse Hans Küng. Ce dernier a déclaré par exemple : "Il est temps de nous interroger sur les conséquences d’une course au profit qui, à terme, menace d’entraîner partout une dégradation des valeurs de notre civilisation". Et d’ajouter : "Contrairement à ce que beaucoup d’opérateurs des marchés financiers aimeraient nous faire croire, des valeurs comme l’intégrité ou la moralité sont universelles." (…)"Le marché ignore l’intérêt de la collectivité. Il importe donc de conserver des structures étatiques et sociales qui permettent aux sociétés de se défendre contre le capitalisme vorace(2)".

Un journaliste américain, William Pfaff, a titré son compte rendu du Forum dans The International Herald Tribune : "La marée tourne contre une adoration irresponsable du marché" (30/01/97). Il note, non sans un brin d’optimisme, que "le triomphalisme capitaliste est nettement en recul" et que "un nombre croissant de gens perçoivent le capitalisme d’aujourd’hui comme une force de déshumanisation dont le but essentiel est le seul succès individuel". Ces voix font assez de bruit pour alerter les tenants du libéralisme extrême. Dans le même quotidien, daté du 18/03/97, l’un d’eux, Reginald Dalle, s’inquiète de ce que "les opposants à l’économie globale attirent la sympathie publique en revendiquant un monopole de la compassion pour les victimes de la pauvreté et de l’exploitation". Pour contrer cette tendance funeste, "les forces qui sont en faveur de la globalisation doivent montrer qu’elles aussi ont une boussole morale".

Ces débats montrent qu’il est opportun d’engager une réflexion sur le thème des fondements éthiques de l’économie de marché. Nous avons été encouragés dans cette voie par la découverte d’un texte ancien, qui figure dans un volume intitulé L’Univers économique et social, publié en 1960 sous la direction de François Perroux, sous le titre commun L’Economie du XXe siècle et la Vertu de la promesse. Perroux a regroupé trois articles signés chacun par un théologien, l’un juif (André Neher), l’autre catholique (Marie-Dominique Chenu) et le troisième protestant (Roger Mehl). Il nous a semblé que, malgré leur ancienneté, ces textes pouvaient constituer un bon point de départ pour notre réflexion.

Nous présentons ici quelques idées développées dans ces articles qui soulignent que, malgré certaines caractéristiques propres aux années 1960, ces trois textes contiennent un message qui, pour l’essentiel, reste pertinent dans les conditions bien différentes que nous connaissons aujourd’hui.

DES DROITS INALIÉNABLES

Un point majeur, commun aux trois réflexions, est celui du rapport au temps. Le prophétisme place la responsabilité de l’homme non seulement dans l’espace, mais dans le temps. Les juifs sont les "bâtisseurs du temps", chantier d’une coopération confiante entre Dieu et l’homme (Neher). La religion de la Promesse est une religion de l’Histoire où le peuple humain réalise, par la communion avec un Dieu incarné, son destin collectif. L’homme religieux pense et mène l’économie selon les requêtes de la promesse divine qu’il entreprend de réaliser (Chenu). Le Royaume de Dieu est essentiellement une réalité actuelle, insérée dans la trame de l’Histoire par le Christ, et dès lors en pleine croissance avec la coopération des hommes. Les choix économiques globaux impliquent une décision sur l’homme, le choix d’un type d’homme (Mehl).

Autre point commun : l’économie doit être au service des pauvres. C’est du côté de la révolte, des droits inaliénables du pauvre à la richesse, de l’affamé au pain et au surplus, du réfugié au gîte et à la sécurité, du paria à l’égalité et à l’autonomie, que se situe le prophétisme. De bout en bout, l’histoire du judaïsme est informée par le dynamisme des pauvres, des misérables, des persécutés (Neher). La pauvreté fait du futur une dimension caractéristique de l’existence. Les prophètes sont toujours les porte parole des pauvres. Les pauvres sont les grands personnages de l’histoire sainte, les clients privilégiés de l’Evangile (Chenu). L’éthique du protestantisme conduit à définir les formes nouvelles de justice valable pour notre monde. Le chrétien qui sait que les pauvres hériteront du Royaume ne saurait fermer les yeux à la nouvelle pauvreté infligée par une société qui se prétend rationnelle (Mehl).

Dans deux des articles, l’exigence de la construction d’une société solidaire et fraternelle s’étend aux pays du Sud. Une espérance soulève les peuples de Pandore, prolétaires campés aux frontières du monde développé. Les pauvres débouchent à nouveau dans l’Histoire et exigent des procédures inédites pour le développement de l’espèce, à l’échelle des continents (Chenu). Le Conseil œcuménique des Églises a considérablement développé son action et ses recherches dans le domaine social et économique, faisant spécialement porter son effort théorique et pratique sur l’aide aux pays sous développés (Mehl).

Ces textes portent la marque de leur époque. Ils ont été conçus dans le contexte d’un système économique et social en pleine expansion, poussé en avant par une dynamique de croissance qui semblait ouvrir sur l’avenir des perspectives indéfinies, permettant de choisir dans un vaste éventail d’objectifs alternatifs. D’où l’atmosphère optimiste, sereine, qu’on y respire. Autre trait d’époque, les auteurs estiment nécessaire de se situer par rapport au marxisme. Ils n’hésitent pas à partager avec les marxistes une foi dans les capacités de l’homme à bâtir collectivement un avenir meilleur. Ils s’en démarquent non seulement par les moyens employés, mais aussi en affirmant la spécificité du Royaume de Dieu par rapport à la société sans classes.

Une fois prises en compte ces caractéristiques d’époque, ces textes fournissent néanmoins un bon cadre de référence pour réfléchir aux problèmes actuels de notre système économique et social. Ils permettent en particulier de mettre en évidence les limites, non pas circonstancielles, mais fondamentales du marché et de fonder la revendication d’une maîtrise des décisions engageant l’avenir, éclairée par un travail prospectif et fondée sur un processus de concertation démocratique. On trouvera ci dessous quelques uns des thèmes qui pourraient être développés.

Même lorsque sont réunies toutes les conditions que la théorie fixe pour son fonctionnement harmonieux (par exemple : l’absence de situations monopolistiques, l’information suffisante de tous les agents…), le marché opère au jour le jour. Comme l’avait exprimé avec beaucoup de clarté Pierre Mass, dans le Rapport sur les principales options du Cinquième Plan, toute décision étendant ses effets sur une longue période suppose une anticipation, une représentation de l’avenir par les divers agents économiques.

Il y a donc place pour une concertation qui réduise l’incertitude inhérente à ces anticipations et introduise une autre rationalité dans les choix concernant le long terme. On peut certes être sensible aux difficultés, pratiques et politiques, qu’il y aurait à créer et développer les institutions propres à une telle concertation et à mettre en œuvre des méthodes efficaces d’action. Une de ces difficultés, et non la moindre, serait d’englober non seulement le plan national mais le plan européen et le plan mondial. Mais on ne peut refuser le principe qu’une maîtrise réfléchie de son avenir soit, pour l’humanité, plus rationnelle que la soumission à un mécanisme aveugle.

DES CRITÈRES ÉTHIQUES

Le marché ne se soucie pas des inégalités. Dans certaines conditions, qui semblent bien être celles qui prévalent aujourd’hui, il tend même à accentuer les inégalités. Dans les années 1960, on était sensible surtout aux inégalités entre pays, en particulier dans les rapports entre le Nord et le Sud (échange inégal). Aujourd’hui les phénomènes sont plus complexes. Certes des régions entières, comme l’Afrique au sud du Sahara, restent dans la logique précédente et voient leur situation continuer de se dégrader.

Mais en même temps, l’entrée dans le marché mondial de pays à bas salaires et à capacité technologique peut devenir massive. Certains prévoient qu’elle produira inévitablement de fortes inégalités dans les pays du Nord, une "tiers mondisation" de groupes sociaux entiers(3). Quelles que soient la direction, l’ampleur et la rapidité des évolutions possibles, elles mettent en jeu la justice sociale, la solidarité nationale et internationale. Ce sont des critères éthiques qui doivent prévaloir ici sur l’application des règles aveugles du marché.

Il faut souligner l’extrême difficulté avec laquelle le marché prend en compte les dommages que la "voracité même du capitalisme" (pour paraphraser Hans Küng) crée à l’environnement. Ces dommages, par nature, jouent surtout dans le long terme et mettent en jeu des économies et "déséconomies" externes, difficiles à intégrer dans le calcul économique. L’expérience a montré par exemple que, si on s’est mis d’accord sur le principe dit du "pollueur payeur", la mise en œuvre pratique de ce principe n’a pas beaucoup avancé.

Dans ce domaine, de gros progrès restent à faire pour donner cohérence et efficacité aux efforts de maîtrise collective entrepris bien timidement jusqu’ici. Le XXIe siècle réservera sans doute de bien mauvaises surprises à ceux qui devront payer les dommages infligés, non seulement à l’environnement de régions ou pays spécifiques, mais à celui de la planète prise globalement, dommages soulevés à la Conférence sur l’environnement et le développement, à Rio de Janeiro, en 1992. Qu’on songe seulement à la relation qui lie la boulimie en énergie de notre mode de vie et les émissions de gaz à effet de serre, ou encore au lien entre nos gaspillages et la perte irréversible de nombreuses espèces végétales et animales (biodiversité).

Le marché ignore les réalités culturelles, les impératifs de l’identité nationale. Il est clair que toute communauté, nationale, locale ou spirituelle doit avoir la possibilité de défendre ses valeurs spécifiques quand elle les estime sérieusement menacées par des décisions prétendument imposées par les impératifs du marché. Les questions concernant l’éducation, les moyens de communication et de diffusion, et de nombreuses activités culturelles sont ici en cause(4).

En matière de santé publique, enfin, les affaires récentes dites du sang contaminé ou des farines animales destinées aux bovins ont appris au public français qu’on ne peut laisser le principe de la maximisation du profit régner sans partage dans certains secteurs sensibles, tels que soins médicaux, pharmacie ou plus généralement industrie agro alimentaire. Des régulations plus ou moins efficaces se mettent ou sont déjà en place aux échelles nationale et européenne ; mais au plan mondial, c’est-à-dire pour tout ce qui touche le commerce international, on en est encore aux vœux pieux. Rien n’empêche donc un pays d’exporter de la viande de veau aux hormones ou des bovins contaminés, au nom du dogme du libre échangisme.

LA PARTICIPATION DES CITOYENS

Nous voyons que nombreux sont les domaines où il faut reconnaître la prééminence de l’action politique. Celle ci devra définir, si possible de façon consensuelle ou au moins par décision démocratique, prise à la majorité, des normes s’appuyant sur des valeurs. Celles ci s’imposeront de l’extérieur aux agents économiques et pourront les contraindre à aller à l’encontre de décisions que le marché les inciterait à prendre. On peut d’ailleurs noter que, selon de nombreux observateurs, le succès actuel des pays asiatiques dans leur industrialisation est dû, non pas à une soumission aveugle aux lois du marché, mais à l’action délibérée de "l’État développeur(5)" qui, tout en utilisant le marché, a su se placer dans le long terme, faire des choix stratégiques judicieux et les imposer aux agents économiques.

L’action politique doit d’abord prendre appui sur une prise de conscience démocratique au niveau local. Le concours des mouvements associatifs et des collectivités locales est indispensable pour lutter contre les inégalités et contre les gaspillages, et plus profondément pour infléchir les comportements en vue de promouvoir la justice sociale et d’améliorer la qualité de vie au plan local. De plus, on peut observer que la participation active des citoyens à des actions locales, même ponctuelles, sensibilise l’opinion publique aux mesures à prendre aux échelons plus élevés. Rien ne se fera sans un engagement des citoyens à la base.

A tous les échelons, il s’agira de disposer de mécanismes et d’institutions au moyen desquels les alternatives possibles seront étudiées, formulées, débattues, pour aboutir aux prises de décision. Cela suppose qu’au plan national on revalorise le rôle de l’État, et qu’au plan européen et au plan mondial, on réalise de profondes transformations institutionnelles. Il faudra en même temps que soient élaborés et mis en place les instruments d’application, (législation, réglementation, fiscalité…) sans lesquels les décisions resteraient lettre morte.

UNE AUTORITÉ MONDIALE EFFICACE

On peut constater une parenté évidente entre notre démarche de réflexion sur les problèmes d’aujourd’hui, à partir de textes publiés vers 1960, et le retour en arrière que nous propose Vincent Cosmao dans un article récent intitulé "Populorum progressio vingt ans après(6)". Ayant situé l’encyclique dans le contexte de son époque (1967) et rappelé le rôle du Père Lebret qui, dès 1964, lançait l’idée d’un Nouvel Ordre Economique International idée que l’ONU fera sienne dix ans après- Cosmao souligne qu’il est "frappé par son actualité politique autant que théologique" et illustre ce propos en soulignant quelques uns des thèmes principaux du document.

"La question sociale est aujourd’hui mondiale." Constatant la situation intolérable des peuples les plus pauvres, l’encyclique "lance un appel solennel à une action concertée pour le développement intégral de l’homme et le développement solidaire de l’humanité". Cette interdépendance universelle entre tous les groupes humains est bien différente, nous dit Cosmao, de la mondialisation "en réseau" ou "par pôles", à la mode aujourd’hui. Elle devrait faire l’objet d’une collaboration internationale organisée nécessitant des institutions adaptées, "une autorité mondiale efficace", "un ordre juridique universellement reconnu".

"Vocation à la croissance." "Pour être authentique, le développement doit être intégral, c’est à dire promouvoir tout homme et tout l’homme." Il doit faire appel à la participation de chaque individu, dans le respect de son identité, et être ouvert à l’apport de toutes les civilisations avec leurs valeurs propres.

"Programmes et planification." La situation exige des programmes concertés qui visent à augmenter la production de richesses et aussi à assurer leur répartition équitable. L’encyclique lance pour cela un appel aux organisations internationales, qui, nous dit Cosmao, est aujourd’hui d’actualité encore plus qu’il y a trente ans.

"Équité dans les relations commerciales." L’encyclique constate que la règle du libre échange est faussée lorsque l’inégalité des chances entre les partenaires est trop grande ; elle "engendre trop souvent une dictature économique". Sans abolir le marché de concurrence, il faut le maintenir dans des limites qui le rendent juste et moral, donc humain.

L’encyclique pontificale de 1967 tout comme les textes inspirés du pluralisme religieux des années 1960 nous invitent à résister à la pression morale et intellectuelle qui voudrait nous faire accepter les règles présentes de l’économie de marché comme des lois naturelles dont toute transgression entraînerait des conséquences désastreuses. Ils nous incitent à tenter d’élaborer un certain nombre de principes éthiques qui pourraient se traduire dans des normes juridiques et dans des décisions concertées.

On voit bien tous les obstacles qu’il faudra surmonter avant qu’un consensus international puisse être atteint sur ces questions. Raison de plus pour s’engager sans tarder sur la voie de la reconquête d’une liberté de choix concernant l’avenir qui, de proche en proche, en commençant par l’action locale, s’impose un jour à la communauté internationale elle même. Les exemples ne manquent pas, dans l’histoire de l’humanité, d’une action éthique modeste au départ qui, à force de détermination, gagne progressivement les esprits sur d’immenses territoires.

Le succès de la participation des organismes non gouvernementaux en marge des délibérations intergouvernementales des grandes conférences récentes (Sommet de la terre à Rio, 1992 ; Sommet social de Copenhague, 1995 ; Conférences d’Ottawa sur l’abolition des mines antipersonnel, etc.) est là pour donner espoir et convaincre les sceptiques que les temps sont mûrs pour poser les jalons d’une telle action collective.

François Le Guay et Jacques Royer

Notes

[1] - Tâche qu’entreprend Riccardo Petrella. Voir Le Bien commun – Éloge de la solidarité, Ed. Page Deux, coll. « Cahiers Libres », Lausanne, 1992.

[2] - L’Actualité religieuse, 15 mars 1997.

[3] - On citera à ce sujet Pierre Noël Giraud, L’Inégalité du monde, Gallimard, 1996.

[4] - Voir à ce sujet le concept de capital social dans A.Brender, L’Impératif de solidarité, Paris, La Découverte, 1966.

[5] - Cette expression, utilisée par Christian Sautter, ancien directeur du CEPII, dans de nombreux articles, a été reprise par la CNUCED, in le Rapport sur le Commerce et le Développement, New York, Nations Unies, 1996.

[6] - Cf. "Populorum Progressio, trente ans après", Foi et développement, février mars 1997.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | Mentions légales | Crédits