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Techniques et méthodes

Séminaire 2 – La recherche-action - Théorie et pratique

Comment se traduit la recherche action dans les faits ?

Prenons cette question :

La demande sociale de ceux qui veulent sortir de l’exclusion et l’offre institutionnelle de la politique sociale en France sont elles en accord ?

Cette question peut être abordée de différentes manières :
- Celle d’un laboratoire de recherche en sciences sociales envoyant ses chercheurs enquêter auprès d’un échantillon d’individus statistiquement établi,
- Celle de l’enquête de qualité menée au sein des services de l’institution et auprès de leur « clientèle »,
- Ou celle adoptée par cette assistante sociale qui a vécu elle même les effets de la rupture sociale au cours d’une vie marquée par les méandres d’une migration forcée.

Cet acteur institutionnel décide, en accord avec son institution, de prendre la casquette de chercheur et de chercher la réponse dans l’histoires de vie de ceux qui expriment la demande de sortir de l’exclusion. Production d’un savoir inédit par la parole donnée à ces acteurs ? Autre rapport au savoir de celui qui cherche une solution à son problème ?

Ce cas réel et bien documenté de recherche action menée à Cahors, décortiqué lors de cette session finale du deuxième séminaire, a permis d’articuler la recherche action, avec toute son exigence, sa minutie et sa rigueur, à l’ensemble du cycle et à son axe central : le développement de tout l’homme et de tous les hommes.

Un tel cas d’étude respecte l’alliance de la sociologie et de l’anthropologie du développement en réunissant les histoires de vie qui prennent en compte chacune des dimensions de ces hommes et ces femmes interviewés et de la société où ils vivent : la technologie, le métier, l’emploi / l’économie avec la manière de vivre, les conditions de vie, l’argent, le budget / la politique et les institutions / la famille, l’entourage, le voisinage avec leur solidarité leur convivialité / l’éducation de la personne, la formation / les valeurs, la vision de la société, les constats et les critiques.

Ce cas est un révélateur de la relation entre l’individu acteur et le collectif : la relation horizontale de l’individu au sein de son groupe de co-chercheurs avec ses comparses quand ils enquêtent sur eux-mêmes. La relation que ce même individu en situation de rupture sociale tisse avec son environnement et le cadre institutionnel qui est en face de lui. Celle que l’acteur institutionnel, l’assistante sociale, tisse aux différents niveaux de son institution.

Il traduit, par les quatre questions qui en constituent la charpente - d’où viennent-ils, qui sont-ils ? Comment en sont-ils arrivés là ? où en sont-ils aujourd’hui ? Comment peuvent-ils s’en sortir ? - la recherche de sens d’une situation vécue dans un processus de changement.

Il démontre une méthodologie vivante et créative, fournissant, à mesure de la recherche, les outils adaptés et appropriés à la problématique et à la situation rencontrée, comme, ici, les histoires de vie, la création d’une grille pour leur analyse et la méthode de dépouillement, ouvrant la possibilité d’une réponse statistique sans sortir d’une démarche qualitative. Il fait apparaître la place du pédagogue, impliqué dans la recherche sans en déposséder l’acteur, lui permettant de devenir chercheur par l’acquisition du savoir faire et des connaissances nécessaires à la maîtrise de ces outils (interview, transcription, travail informatique, compilation..). Il fait appel à la rigueur de la recherche, tant dans la distanciation, que dans le choix de critères porteurs de sens, comme celui de l’échantillonnage des 60 individus représentant la diversité des cas parmi les hommes et femmes connus et « clients » de l’assistante sociale.

La valeur ajoutée de cette recherche action est la pertinence et l’intérêt que représente une recherche menée par les gens du « milieu » qui en connaissent les codes et maîtrisent le langage propre à leur « tribu ». Elle aboutit à la production d’un savoir inédit, mettant à jour de l’intérieur les différents cas de figure de l’origine de la rupture sociale.

En auto formation, l’acteur provoque un changement de sa propre situation par la recherche, changement qu’il est amené à négocier avec l’institution. En témoigne la création d’un diplôme d’animateur donnant le statut officiel d’adulte en formation à ceux qui, jusque là, étaient considérés comme « cas sociaux ». Par là, l’institution a reconnu qu’ils avaient acquis un savoir et un savoir faire en devenant chercheurs (animation, communication, informatique, écriture, gestion de projet, connaissance de la logique institutionnelle…).

Ce cas est donc une application actuelle de ce qui est la motivation profonde de ce cycle de formation : l’écoute de la réalité sociale concrète, contribuant à la création de manières de comprendre et d’agir – en liant étroitement les deux termes – pour approcher et soutenir des projets humains porteurs de sens, répondant aux besoins des « acteurs sociaux » en personne et en groupe, et maîtrisés par eux.

Cependant, en mettant en jeu un acteur institutionnel et un groupe d’acteurs informels, citoyens exclus, sur une question qui touche la relation entre ces deux mondes, celui de l’institution et celui de l’individu dans son groupe social, ce cas aborde aussi une question centrale, celle de la relation de l’acteur avec son institution. Se posent alors les questions de la stratégie de chercheur acteur, de son positionnement par rapport à cette institution . Quel changement recherché ?


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