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Mondialisation : matérialisme et spiritualité - deux paradigmes opposés

Foi et développement, n°271, février 1999

par Swami Agnivesh

Quel étonnement ? Voilà un homme qui aborde la mondialisation « sous l’angle du sacrifice » ! Et qui insiste : « Il est dans l’intérêt de la communauté mondiale, des peuples et des sociétés de toute la terre, que nous travaillions à retrouver une vision spirituelle du monde ». C’est à vous faire perdre la tête, à troubler toutes vos projections mathématiques. « Vision spirituelle du monde » ! Qui peut inventer un pareil langage, à l’âge des « fusions absolument vitales », des confusions morales, de l’éthique tout juste bonne à s’acheter, sans remord, de nouveaux marchés ? « Sous l’angle du sacrifice » !

Mais qui ose ainsi blasphémer le Monde (avec majuscule : le Monde mondain, le Désordre établi). Qui est cet effronté, capable d’exécuter d’une ligne les interprétations lénifiantes de l’histoire et qui vous dit, par exemple : « Le colonialisme fut un avatar du matérialisme » ? Cet homme ne peut pas être né à Zurich, Francfort ou Paris.

En effet, il nous vient de l’Inde. Il est plongé dans les eaux de la tradition hindoue. Il parle de spiritualité comme il respire. Il accuse le matérialisme avec une sérénité à couper le souffle. Tenez lisez : « L’ordre mondial matérialiste de consommation se révèle comme un atteinte à notre humanité ». Ces lignes de Swami Agnivesh* frémissent d’une indignation non réprimée, d’une liberté que l’on n’eût pas soupçonnée dans un secteur où l’intelligence s’est rétractée dans le seul calcul du profit financier. Nous sommes là devant le manifeste d’un homme qui refuse, comme il le dit avec humour, de voir ses mécanismes physiques continuer de « vibrer » en réponse aux incitations de la consommation !

Bref, ces pages révèlent un résistant. Et un visionnaire. Voici donc, sous la sobre apparence d’une « perspective indienne », une réflexion qui invite à l’invention d’une autre globalisation. Objectif : « L’ordre mondial nécessite une éthique mondiale ». On commence tout de suite ?

Albert Longchamp

* Swami Agnivesh est président du Trust Fund des Nations Unis sur les formes contemporaines d’esclavage. Il a été membre de l’Assemblée législative de l’Etat de l’Haryana et ministre de l’Education. Il est très impliqué dans la lutte contre le travail des enfants, l’exploitation des Dalits (Intouchables) et des femmes. Il a reçu à Berne, en 1994, un prix pour la liberté et les droits de l’homme.

A la suite de rapports souvent conflictuels avec un colonialisme long de trois siècles et un contact prolongé avec l’ordre matérialiste mondial, les peuples d’Asie ont été coupés de leurs racines spirituelles. D’une part, ils sont violemment secoués par les vents puissants du matérialisme et du naturalisme qui demeurent imperméables aux attentes spirituelles des êtres humains. D’autre part, la force et la sagesse naturelles qu’ils auraient pu tirer de leurs ressources spirituelles ne leur ont servi à rien. Cela est lié au fait que la vision du monde occidental exerce sur leurs propres conceptions une domination sans cesse croissante. Ce qui les rend doublement vulnérables.

UNE SPIRITUALITÉ EN LIEN AVEC LES LUTTES POPULAIRES

La situation est telle aujourd’hui qu’il est vraiment nécessaire de redéfinir une spiritualité en lien avec la vie et les luttes, les rêves et les espoirs des peuples. Ceci est important car le rôle même de la vraie spiritualité est d’aider les gens à faire face au monde dans lequel ils vivent, avec tous ses défis et ses chances, de manière à affirmer et enrichir leur humanité et leur dignité. La spiritualité est le fondement même de l’existence humaine, le gouvernail de notre destinée. Il reste, cependant, qu’après des siècles de séparation de nos racines spirituelles, nous nous retrouvons dans un tel état que nous sommes devenus incapables de bâtir notre propre vie intérieure.

La spiritualité doit être appréhendée en opposition aux forces et aux spécificités du matérialisme. Ceci est important dans la mesure où l’on veut répondre de manière spirituelle aux dynamismes et aux options du monde actuel. Il est bon de souligner tout de suite que la spiritualité telle que nous l’entendons n’est pas du tout comparable au zèle manifesté par certaines traditions religieuses empruntes de piété et qui se prémunissent en toute circonstance des agressions et des difficultés de l’existence humaine.

La tâche fondamentale de la spiritualité, selon l’enseignement de nos penseurs, est de former et de responsabiliser les personnes afin qu’elles puissent vivre dans la dignité et réaliser la plénitude de la promesse qu’elles portent en elles. La spiritualité doit donc pénétrer et transformer les systèmes et les valeurs économiques, politiques et culturels et les rendre agréables à vivre. Elle ne doit pas se compromettre avec les modes et les engouements qui dénaturent et avilissent l’existence.

Le matérialisme et la spiritualité sont deux paradigmes qui s’opposent lorsqu’il s’agit de comprendre et de gérer la complexité de la condition humaine. La tendance actuelle de la mondialisation et de l’économie de marché se caractérise par une puissante mise en œuvre du paradigme matérialiste. Répondre par une perspective spirituelle à cette vision globale du monde implique une critique radicale de tout ce qui est en jeu dans notre humanité. Quelques ajustements superficiels ne sauraient suffire.

UN AVATAR DU MATÉRIALISME

Dans la tradition orientale, le but premier de la spiritualité est d’atteindre la maîtrise spirituelle de soi. Nos sages et nos prophètes ont, pendant des siècles, battu la mer de leur vie intérieure pour en extraire l’élixir de la connaissance de soi. Pour eux, descendre au plus profond de soi pour y rencontrer Dieu était bien plus important que de conquérir le monde extérieur ou de s’aventurer dans l’espace. Le but du paradigme matérialiste, comme le souligne Swami Vivekananda, est de dominer l’univers.

Cet objectif a toujours cédé devant l’exigence de réfréner les instincts et les poussées du moi. Ou plutôt son but était d’affermir le moi dans sa volonté de dominer le monde environnant. Ce faisant, ceux qui ont poursuivi ce but, se sont coupés du sanctuaire intérieur de leur véritable moi. C’est ce qui a donné naissance à la monstruosité au cours de l’histoire. Le monde a été gouverné par des gens qui n’avaient aucun contrôle d’eux-mêmes. Et, évidemment, ce fut la catastrophe. Le monde entier en a souffert. Il continue encore d’en souffrir. Le colonialisme fut un des avatars du matérialisme. L’ordre économique mondial actuel est de la même veine.

La caractéristique de cet ordre est de contrôler et d’opérer à distance. L’anonymat est son mode d’action. Les personnes disparaissent au bénéfice de processus, de stratégies, d’opérations gigantesques. Ce sont ceux-là mêmes qui ignorent ce qu’est véritablement l’humanité qui président à notre destinée collective.

La spiritualité et le matérialisme ont leur propre anthropologie, bien distincte. Ils se basent sur leur propre compréhension de l’espèce humaine. Ils agissent selon ce qu’ils pensent être le bien ultime de notre espèce. Dans la perspective spirituelle, notre bien ultime est d’être en harmonie avec la volonté de Dieu et notre humanité se nourrit de la communion avec lui. C’est ce qui commande notre manière d’être face au monde qui nous entoure, à savoir les personnes et l’ordre matériel de la vie.

La spiritualité se fonde sur l’interdépendance de l’espèce humaine et insiste sur le fait que nul ne peut s’accomplir personnellement au détriment de ses semblables. Nous devons être des intendants responsables de la générosité que Dieu manifeste dans sa création. Ce qui implique pour nous le devoir d’être sensibles aux besoins des personnes à l’échelle de la planète. C’est donc une faute de construire un ordre mondial qui aggrave les disparités entre les riches et les pauvres et qui permet aux privilégiés du monde de s’engraisser tandis que des millions d’êtres humains meurent de faim, dans ce même monde.

UNE ATTEINTE A L’HUMANITE

La problématique fondamentale peut se résumer ainsi : l’ordre matérialiste mondial de consommation se révèle être une atteinte à notre humanité. Le problème n’est pas tant qu’il y ait encore plus de millions de personnes qui souffrent aujourd’hui de la faim et du dénuement, malgré les progrès matériels dont nous nous enorgueillissons. En Asie, nous sommes plutôt habitués à la pauvreté et à la souffrance. Nous avons vécu avec la cruauté et l’humeur changeante de nos dieux climatiques, la menace des famines et des inondations, la terreur des tremblements de terre et la torture de la faim. Mais, en fait, nous arrivions à faire face. Nous n’étions pas riches, mais notre vie n’était ni quelconque, ni méprisable. Nous n’étions pas tous des saints, mais nous étions encore capables de compatir. Aujourd’hui, nous sommes en train de perdre nos capacités de partager nos sentiments les uns à l’égard des autres. Et ce n’est pas un hasard. C’est le produit même de la culture et de la vision du monde qui modèle notre manière de vivre.

Selon la tradition indienne, la spiritualité exige qu’on s’engage en faveur de la vérité. La devise nationale de l’Inde est : Satyameva jayate ; nanartham (la vérité seule doit triompher, pas le mensonge). Ce qui est en jeu dans la mondialisation, c’est la vérité de l‘être. Nous ne pouvons pas être réduits à de simples mécanismes physiques qui vibreraient pour répondre aux plaisirs de plus en plus incitatifs du marché des consommateurs. L’homme, a dit Jésus, ne vit pas seulement de pain. Sa soif spirituelle n’est pas davantage satisfaite par les Coca Colas ou les Pepsis de ce monde.

L’être humain est bien plus qu’un consommateur de biens ou un jouet entre les mains des puissances économiques de ce monde. Un être humain est à la fois un phénomène physique et métaphysique. Il est absurde de gaver son corps et de laisser son âme dépérir. Il est diabolique d’insinuer que son âme n’a pas faim ou qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer sur sa dimension spirituelle. L’histoire nous apprend que l’exploitation à grande échelle de l’homme et la violence brutale à son encontre se sont toujours développés dans le droit fil du déclin de notre culture spirituelle. Il est évident que l’ordre mondial nouveau se base sur le fondement élaboré d’un mensonge : le mensonge relatif à la signification de l’être humain. C’est absolument inacceptable. Plus vite on en prendra conscience et mieux cela ira.

LES INDICES D’UN MOUVEMENT SPIRITUEL

La globalisation et la menace des forces du marché nous obligent aujourd’hui à rechercher un paradigme spirituel approprié. C’est pourquoi, on assiste à l’évidence aujourd’hui à un mouvement spirituel, surtout dans le contexte indien. Cela ne veut pas dire que tout ce qui se passe en Inde en ce moment est en accord avec notre héritage spirituel ou qu’il s’inspire d’une vraie spiritualité. Loin s’en faut. Il y a même des tendances culturelles et économiques qui laissent à penser tout à fait le contraire. Mais il est aussi vrai que l’émergence d’un ordre mondial nous force à définir une spiritualité universelle qui transcende les différences superficielles, sources de division, et exprime la capacité d’assumer notre destinée humaine en harmonie avec l’ensemble de la création.

Il est clair, pour nous, que le besoin le plus impérieux actuellement pour le genre humain est de redécouvrir que c’est Dieu qui est le centre de tout. Dieu seul est la clé de voûte, ferme et satisfaisante, de toute la création. Il est le fondement même de notre création et la source de notre subsistance. Mais il n’est pas le Dieu drapé et paré que nous présentent les diverses religions. Les idées sur la nature de Dieu que véhiculent les religions s’avèrent étrangement obsolètes dans le contexte de la mondialisation. Pourtant, dans le même temps, la mondialisation deviendra diabolique si la place de Dieu au cœur de notre vie et de notre destinée humaine n’est pas réellement affirmée .

On se rend de plus en plus compte en Inde, aujourd’hui, que les religions ont rendu un mauvais service au monde en modelant Dieu suivant les philosophies du moment. Les Juifs impliqués dans une série de guerres avec leurs voisins ont fait apparaître une image martiale de Dieu. Pour eux, il était le Guerrier absolu. L’Occident matérialiste a projeté un Dieu dispensateur de biens aux croyants, offrant ainsi une légitimation théologique à l’acquisition de richesses. L’importance des biens dont on disposait devenait, étrangement, la mesure du mérite religieux de la personne !

La religiosité et la cupidité ont formé un couple sous les auspices de l’Evangile de la Prospérité. C ‘est ce qui a poussé les pauvres à travers le monde à ne plus se préoccuper de Dieu. Le lien entre l’idée de Dieu et la culture économique en vigueur provient de toute évidence de l’importance de la Droite religieuse. Même si la mondialisation apparaît nettement, de quelque façon qu’on la prenne, comme neutre au point de vue religieux, le fait est qu’elle est dirigée par le Dieu de la Prospérité évangélique qui n’aime que les riches et les nantis de notre monde.

FONDAMENTALISME ET OBSCURANTISME

Ce problème n’est pas propre à une religion particulière. Toutes les religions sont sujettes à cette aberration. Des agitations fondamentalistes ou obscurantistes de différentes sortes ont aussi contaminé des religions dans le contexte indien. La tentation de déifier la richesse matérielle et de plaire à Dieu uniquement pour s’assurer que nos propres recherches de richesse illimitée ne sont pas en danger, est aussi répandue dans l’Orient religieux.

Dans la pensée indienne, la vie humaine comporte trois dimensions. Il y a d’abord la matière. La matière existe. Elle est. Puis, il y a l’âme, qui, en plus de son être, est imprégnée de conscience. Enfin, il y a Dieu, qui non seulement existe et est conscient, mais est aussi bonheur. Chaque être humain, en conséquence, éprouve un besoin, une envie irrésistible de joie et de bonheur. Mais ce profond dynamisme peut être entraîné vers une variété de contrefaçons, selon la voie choisie pour atteindre ce bonheur.

Dans le contexte de la culture matérialiste, le bonheur s’avilit pour devenir plaisir et la recherche du plaisir coûte que coûte devient le premier but culturel comme c’est le cas en Occident. Dans leurs illusions, certains cherchent à tromper la soif qu’éprouve leur âme, dans la recherche de la plénitude et du bonheur, par une cupidité insatiable, la passion sexuelle, les pratiques hédonistes, etc. L’ordre mondial naissant a la prétention de stocker son propre arsenal de plaisirs et de réjouissances. Mais il est douteux qu’ils correspondent au bonheur auquel aspire l’âme.

Dans le contexte humain, la dynamique spirituelle est telle que seule une orientation juste de notre vie et de notre conscience peut nous amener à trouver en Dieu le bonheur. Une vie submergée par les jouissances matérielles ne peut atteindre son accomplissement en un Dieu pourvoyeur de bonheur. Une maîtrise ascétique de nos instincts et de nos désirs, à travers une vie de contemplation, est la condition nécessaire pour faire l’expérience de Dieu et trouver en lui la joie. C’est cette expérience fondamentale et profonde qui nous fait défaut dans l’agitation da la société de consommation. Selon notre expérience en Asie, il est suffisamment clair que le nouvel ordre mondial a développé de manière excessive l’activisme. Il ne s’agit pas seulement de l’augmentation croissante des crimes. C’est, plus fondamentalement, un problème de superficialité, de vide, de frustration qui menace terriblement notre horizon existentiel.

LA NECESSITÉ D’UNE ÉTHIQUE MONDIALE

Dans la perspective indienne, Dieu n’est pas un être cosmique, mais un principe impersonnel qui sous-tend la survie et le bon sens de toute la création. De ce fait, il est impossible d’invoquer Dieu et de le faire fléchir de façon partisane en fonction de ses fantaisies du moment. En revanche, il est nécessaire de se conformer à certaines règles et à certaines normes universelles concernant la conduite globale de sa vie. De là ressort une prise de conscience éthique et une discipline qui façonnent la vie et la destinée humaines. Une telle intelligence de l’Etre de Dieu n’est pas particulière à une culture, elle est universelle. Elle voit Dieu comme un être universel et impartial, chargé du bien-être de tous. Il est absolument impératif qu’une telle vision globale, qu’une telle compréhension de l’Etre de Dieu réglemente le nouvel ordre mondial. Celui-ci nécessite une éthique mondiale.

Dieu est en rapport avec la création de trois manières : comme créateur, comme soutien, comme destructeur. La création tire son origine de Dieu. Elle est issue d’un sacrifice cosmique. Et il y a une relation profonde et intense entre le Créateur et la création. Les êtres humains doivent se souvenir de cette réalité originelle que conforte le rôle de soutien que Dieu continue de jouer, quoique d’une manière invisible. Ceci implique que le maintien de l’intégrité et de la vie dans le monde ne peut aller de soi et qu’il faut une certaine discipline et une certaine culture spirituelle pour gérer et exploiter les ressources terrestres. Il est plus qu’évident que le seul espoir de survie pour notre monde est que nous nous sentions responsables devant Dieu de notre manière de vivre sur la planète Terre et de gérer ses ressources.

Cela étant dit, les remarques suivantes s’imposent :

1. Du fait de son impartialité, Dieu insiste sur le bien-être de tous les hommes et de toute la création.. En pratique, cela exige un partage équitable des ressources de la terre. L’ordre économique mondial nouveau doit se convertir en un engagement significatif pour un partage des ressources correspondant aux besoins des gens plutôt qu’au respect du pouvoir, des privilèges et des avantages particuliers que certaines nations sont parvenus à s’accaparer. Dans le cas contraire, l’ordre mondial est voué à dégénérer pour devenir un système d’exploitation mettant spécialement en danger, une fois de plus après le déclin de l’ordre colonial, les peuples du tiers monde.

2. Dieu, étant le Créateur, s’intéresse non seulement au bien-être de l’homme, mais aussi à l’intégrité de toute la création. Des comportements qui mettent en danger ou dégradent la Terre, sont, en conséquence, absolument inacceptables et risquent de la conduire à sa propre décadence. Aujourd’hui point n’est besoin de discours pour reconnaître que c’est déjà le cas. La communauté mondiale doit réexaminer son attitude face à la nature et chacun doit en faire de même vis à vis des autres à la lumière de la sollicitude de Dieu pour tous.

3. Dieu s’intéresse au bien-être et à la survie de l’espèce humaine dans son ensemble et n’a pas de parti pris pour certaines cultures ou races particulières. Ce qui laisse supposer que soit nous survivrons ensemble, soit nous périrons ensemble. C’est l’aveuglement spirituel qui nous fait croire que nous pouvons prospérer au détriment des autres. Tout système d’exploitation aboutira tôt ou tard à son propre anéantissement. Justice et compassion sont les fondements sur lesquels doit reposer tout système stable.

4. La nécessité de sauvegarder la création et de prendre soin de nos semblables ne nous apparaîtra pas clairement si nous n’appréhendons pas le monde qui nous entoure sous l’angle du sacrifice. La création elle-même fut le produit d’un sacrifice divin. Le sacrifice exige la volonté de chercher d’abord le bien-être des autres, fût-ce au prix de renoncements personnels. A l’opposé, c’est le règne de l’égoïsme et de la violence qui l’accompagne. La communauté mondiale doit affirmer, dans le cadre du processus mondial, les valeurs que sont la compassion, la bonté, le partage. Elle doit aussi affirmer que ce n’est pas une charité de façade que les riches doivent pratiquer, uniquement pour apaiser leur inquiétude. Enfin, pour que cela puisse se réaliser, il nous faut maîtriser nos appétits et nos désirs et accepter un style de vie libéré d’une consommation excessive et aggravée par les plaisirs et les passions.

Il n’est pas dans l’intérêt des responsables actuels de l’ordre mondial de procéder à une critique spirituelle de sa nature et de ses objectifs. Aussi serait-il naïf de croire que le fait de mettre en commun quelques idées suffirait à pousser les gestionnaires du système actuel à en tirer des leçons. Il est pourtant dans l’intérêt de la communauté mondiale, des peuples et des sociétés de la planète, que nous travaillions à retrouver une vision spirituelle du monde. Vu la nature féroce et les dimensions gigantesques des systèmes qui sont en train de naître, il va de soi que ce sera un défi délicat à relever. Mais c’est un défi que nous ne pouvons ignorer car c’est la survie même de notre espèce qui en dépend.

Un travail de masse s’avère nécessaire pour sensibiliser les peuples du monde entier aux réalités spirituelles afin qu’ils acceptent de s’épanouir durablement au travers d’une vie sobre et spirituelle plutôt que de se satisfaire des jouets futiles du matérialisme qui prennent en otage notre pèlerinage terrestre. C’est seulement dans cette perspective que la nécessité de limiter les plaisirs personnels, afin de créer un espace de survie pour les autres, peut se comprendre et devenir réalité.

Swami Agnivesh

(Traduit de l’anglais par Marie Odilia Killherr)


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