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Droits des femmes hantise de l'homme

Foi et développement, n°285, juillet-août 2000

par Maryse Durrer

Le moment n’est pas encore venu de chanter avec Aragon : “La femme est l’avenir de l’homme !” Le temps n’est guère à la chanson. Il porte plutôt d’énormes interrogations. En tant que membre officielle de la délégation de la Suisse à la Conférence de Pékin en 1995, et cette année à l’assemblée de New York dite “Pékin + 5”, Maryse Durrer se voit contrainte de se demander s’il existe une “malédiction féminine”.

Quel que soit en effet le problème abordé, le fait d’être une femme - et une mère potentielle - est au cœur du débat, créant des blocages souvent insurmontables. Malgré des avancées sur le plan juridique et quelques progrès “sur le terrain”, les mots, aussitôt adoptés, sont détournés ou vidés de leur sens, déplore Maryse Durrer. De promesses oubliées en accords reniés, dans le contexte tendu de la mondialisation tenue pour un dogme indiscutable, force est de constater l’extrême lenteur des améliorations apportées au destin des femmes dans le monde, et la résistance universelle au changement de statut de la femme.

Mais les vues prophétiques du poète Rainer Maria Rilke (1875-1926) sont porteuses de l’espérance et des convictions que partage notre auteur : “Cette humanité qu’a mûrie la femme dans la douleur et l’humiliation verra le jour quand la femme aura fait tomber les chaînes de sa condition sociale”.

Albert Longchamp

Pour garder l’espérance au cœur après la session spéciale de l’assemblée générale des Nations Unies, qui s’est déroulée du 5 au 9 juin 2000 à New-York, il faut se dire et se redire que le mouvement des femmes est une force des plus puissantes. Il a d’ores et déjà amené l’humanité vers des changements importants dans les relations entre les sexes. Mais que les résistances sont grandes !

Depuis vingt-cinq ans, les Nations Unies ont entrepris de conceptualiser les droits humains des femmes et de créer des mécanismes pour leur mise en œuvre. Ce travail ne se fait pas dans la cohérence et la transparence, car la même institution - donc les mêmes gouvernements - reconnaît des droits, mais dans la foulée opte pour des politiques qui les entravent.

UN DOCUMENT RÉVOLUTIONNAIRE

Point d’orgue d’un processus commencé à Mexico en 1975, 189 Etats adoptent par consensus une Plate-forme d’actions (PFA) lors de la 4ème Conférence des Nations Unies sur les femmes, des Nations Unies à Pékin en 1995. Le programme proposé prendra de nombreuses années avant d’être totalement appliqué, mais il semble acquis que dorénavant, aucun aspect de la vie sociale, politique, économique ne saurait échapper au crible du "genre", assurant par làpar-là une réelle égalité entre femmes et hommes, et permettant ensuite d’aborder les grandes questions de la pauvreté, de la santé, etc.… en ayant à disposition les instruments nécessaires pour veiller à ce que chaque être humain soit respecté dans son intégrité.

Quelques mois auparavant à Copenhague, le Sommet mondial pour le développement social avait balisé le chemin permettant d’éradiquer la pauvreté, d’assurer à chacun et à chacune un travail digne à chacun et chacune et le développement social pour tous.

La concrétisation des engagements solennels pris lors de ces deux conférences mondiales laissait entrevoir des lendemains où les mots d’égalité, de droits humains (pas seulement les droits de l’homme), de travail - rémunéré ou non - réellement partagé, d’accès équitable aux ressources deviendraient réalité. Enfin des lendemains qui chantent !

Sous un angle différent ces deux sommets ont traité de la même problématique : à Pékin, le développement social via la condition féminine, à Pékin, ou à Copenhague, en étudiant les problèmes de manière plus générale, à Copenhague. Par exemple, comment agir pour que les femmes ne soient pas presque toujours les plus pauvres parmi les pauvres ou comment éradiquer la pauvreté ?

Les femmes ayant participé aux deux événements sont absolument convaincues qu’il n’y aura pas de diminution de la pauvreté tant qu’on fera l’économie d’une analyse préalable sérieuse des inégalités sociales et des inégalités entre les sexes, ceci dans tous les secteurs de la société.

Cela dit, cinq ans c’est bien court pour permettre un réel changement. Demander à l’appareil des Nations Unies et aux administrations gouvernementales de suivre en même temps deux processus (Pékin et Copenhague) d’analyse, de réflexion et de négociations semble excéder leurs capacités.

Pour préparer l’assemblée extraordinaire des Nations Unies en juin 2000, la session normale de la Commission du statut de la femme s’est prolongée en une prepcom (comité préparatoire) de deux semaines au mois de mars. Chaque Etat était invité à répondre à un questionnaire permettant d’identifier les progrès, les obstacles, les nouvelles tendances. A partir de ces réponses, un secrétariat ad hoc a rédigé un document en quatre parties et l’a ouvert à la négociation dès janvier 2000 ; ; ce document se décline en une déclaration politique et trois sections : "Progrès et obstacles", "Nouvelles tendances" et "Actions".

OBSTACLES ET PROGRÈS

Certes il y a des avancées sur le plan juridique et quelques progrès réalisés "sur le terrain". Ces derniers sont dus à l’engagement de la société civile plus qu’à la volonté des États. Un exemple de réussite est l’organisation des petits crédits par et pour des groupes de femmes, avec un taux de remboursement avoisinant les 95%.

Il est clair que les mots ont été adoptés, loués et détournés ou vidés de leur contenu. L’engagement politique et l’allocation de ressources(1) n’a pas suivi ou si peu. Quatre obstacles courent à travers toutes les réponses faites par les différents pays : ils se nomment peu ou pas de volonté politique, non allocation ou réallocationré allocation de ressources(2), insuffisante prise de conscience de par l’opinion publique sur de l’importance des enjeux et manque de statistiques ventilées selon le sexe.

Dès l’ébauche de la négociation, en mars, une impression désagréable de fuite en avant se dégage, aussi bien du côté des États que de celui des ONG. Il semble plus simple de continuer à imaginer des stratégies, même si celles énoncées quelques années auparavant n’ont pas encore donné de résultats. Est-ce facilité ou impuissance ? Un autre danger se profile, la tentative par certains pays de tout ramener au niveau national, ce qui bien entendu évite le contrôle par la communauté internationale et permet aussi de museler les ONG et l’opinion publique.

Des points d’achoppement révèlent des volontés divergentes. Un bon exemple est celui de la lutte qui s’est engagée pour insérer ou non une liste précisant quelles sont les catégories de femmes les plus vraisemblablement victimes de violence ou de trafic sexuel. Certains pays ne souhaitaient pas de précisions pour garder toute leur liberté de manœuvre, d’autres au contraire exigeaient la fameuse liste pour bien pointer du doigt les responsables. Cet exemple pourrait se multiplier des dizaines de fois.

Si l’on affine l’analyse en l’étendant aux 189 pays membres de l’ONU, on peut regrouper en quatre volets les domaines où il y a eu aggravation ou émergence :

  • le sida
  • la violence envers les femmes - attention particulière au trafic sexuel sous toutes ses formes
  • la mondialisation - attention particulière à la dette et à la féminisation de la pauvreté
  • la Cour internationale - attention particulière aux femmes dans les zones de conflits armés

Dès le préambule des négociations, décision fut prise de ne se référer qu’à la Plate-forme d’actions adoptée par consensus à Pékin en 1995 et de ne rien accepter qui aille en deçà de son contenu. Or, au moment de l’adoption de la PFA, nombreux sont les pays à faire valoir de sérieuses réserves, tout particulièrement dans le domaine "de la santé reproductive et de l’accès à l’information et l’éducation sexuelle". Comment faire pour leur rendre justice ?. Là encore, de longues heures furent nécessaires pour trouver la solution : la mention du rapport de la Conférence qui donne la liste des pays ayant fait des réserves.

De plus, il fut décidé aussi qu’en cas de difficultés on se rallierait au langage adopté dans d’autres conférences ou lors d’approbation de traités. Cette décision se révéla être un piège, car chacun des partenaires brandissait du "langage agréé" chaque fois que cela servait ses intérêts. Certes le recours à cette tactique empêche de reculer, mais comment aller de l’avant dans ces conditions ?

Autre incohérence, la non prise en compte d’une demande insistante des ONG : que les Nations Unies suscitent une analyse transversale de ce qui a été adopté dans les différentes conférences des années 90. La Conférence sur les femmes est la plus complexe puisqu’elle recouvre tout ce qui fait la vie des femmes - et des hommes par conséquent ; mais ce sont toujours les mêmes thèmes que ceux discutés dans les autres conférences. Il serait indispensable de les mettre en relation pour assurer la cohérence des mesures politiques et économiques nécessaires. Pourquoi cette fin de non recevoir ?

La PFA est une expression de la volonté démocratique des Etats à un moment précis, mais ni la démocratie, ni la société ne sont statiques. Le meilleur moyen d’avancer est de garder ouvert la participation, le dialogue, le compromis. Ce ne fut pas le cas à New-York, chacun campant sur des positions qui n’avaient pas varié pendant les cinq ans écoulés !

Pour les Nations Unies et les Etats, les femmes sont-elles aussi importantes qu’ils le proclament ? Si l’on mesure la place de la question féminine dans les différents pays à l’état de préparation et de compétence des négociateurs, on reste perplexe. Aujourd’hui encore, après vingt-cinq ans, pour de larges pans de la société les problèmes débattus ne concernent que les femmes et les questions sérieuses se traitent ailleurs. Or comme le dit la théologienne brésilienne Ivone Gebara : "On imagine que nous ne faisons que défendre la femme ou revendiquer ses droits. Or, c’est toute personne humaine, quel que soit son genre, qui mérite d’être valorisée. Un jour viendra, quand l’égalité des droits sera vraiment réalisée dans tous les domaines, où nous pourrons nous atteler à d’autres tâches prioritaires ensemble, femmes et hommes". Malheureusement ce jour n’est pas venu, il semble même s’éloigner, si grandes sont les craintes exprimées devant les changements de société que cela implique.

MALÉDICTION FÉMININE

Quel que soit le thème abordé, très vite le fait qu’une femme soit une mère potentielle est au cœur du débat, même quand cela n’est pas énoncé clairement. Et dès que l’on traite des droits humains, la revendication des femmes à maîtriser leur sexualité et leur fécondité pose problème.

Opposition entre les pays qui veulent que l’état des mœurs (principalement l’Amérique du Nord, l’Union européenne, l’Australie et la Nouvelle Zélande) soit reflété dans les textes et de ceux (les pays du G77) qui veulent un accès plus grand aux ressources et aux technologies. S’y ajoutent deux groupes, les ultrasultra (Iran, Pakistan, Soudan, Nicaragua, Pologne, Saint-Siège, Soudan) pour qui la famille traditionnelle est la seule clé de tout progrès et quelques pays (des Caraïbes, d’Amérique Latine et d’Afrique subsaharienne) qui tentent de trouver un équilibre entre les différentes positions exprimées.

Les opposants, qui avancent masqués aussi bien du côté des Etats que parmi les ONG et tendent à expliquer toutes les difficultés de la société par la faute du féminisme, sont omniprésents. Avec un seul credo, même s’il n’est jamais formulé clairement : que les femmes rentrent à la maison et qu’elles se consacrent entièrement à leur rôle "unique", celui de mères.

Certains groupes font un véritable hold-up sur les mots. L’Etat serait-il contre la vie quand il cherche à donner des réponses concrètes à des réalités concrètes ? Les tenants du oui à la vie se proclament les seuls respectueux de la vie et de la dignité humaine, mais ils ne proposent pas un modèle alternatif de développement et de société. Ils ne savent que manier le refus : refus de l’égalité, refus de la contraception et de l’éducation sexuelle, refus de l’accès à un avortement dans des conditions respectant la dignité de la personne, refus de tout ce qui pourrait inciter les femmes à sortir de leur rôle exclusif de mère, absence totale de solution aux problèmes de la violence envers les femmes et du trafic sexuel, comme si le fait de cantonner les femmes dans leur foyer suffisait à tout résoudre. Alors que toutes les analyses démontrent que la société a besoin de l’apport économique du travail des femmes et, d’autre part par ailleurs, que c’est à cause de leur statut inférieur dans la société qu’elles sont victimes de violence. Ces groupes font l’impasse sur le fait avéré que la famille est le lieu premier où s’exerce la violence envers elles. Une femme sur trois en Afrique, une femme sur cinq en Europe sont l’objet de violences conjugales.

Ce fondamentalisme - de l’ultralibéralisme ou de l’intégrisme - débouche sur une incohérence certaine. Peut-on se dire les champions des droits humains et opérer des distinctions entre ceux qui sont acceptables selon ma culture ou ma religion ou ma vision de l’humanisme ? Exemples : se battre pour les droits sexuels et refuser le droit à la liberté religieuse ; exiger respect et promotion des droits reproductifs, mais refuser respect et promotion de la liberté religieuse ; vouloir imposer une seule acception du mot famille.

Une revendication, extrêmement importante pour les femmes, illustre parfaitement cette situation. Tout ce qui touche à la capacité des femmes à donner la vie continue à être un abcès de fixation. Dès que l’on parle d’éducation sexuelle, de planning familial, de contraception, d’avortement, de santé génésique ou de droits reproductifs (selon la terminologie barbare des Nations Unies), la situation est bloquée comme c’était déjà le cas au Caire en 1994 ou à Pékin en 1995. Les timides mesures acceptées dans la douleur et avec de multiples réserves sont remises en question et toute la négociation recommence pour aboutir à une formulation légèrement différente, mais guère plus contraignante. Et que dire de l’orientation sexuelle, une revendication forte des femmes du Nord, mais un véritable épouvantail pour la plupart des pays du Sud.

Pour leur part, les pays dits riches montent aux créneaux dès que les ressources sont en jeu. Avec un seul credo : partager équitablement n’est pas d’actualité… Mais on peut envisager d’être charitables !

La question de l’orientation sexuelle sert de champ de bataille - ou de cour de récréation - aux négociateurs. Il est légitime que l’orientation sexuelle soit reconnue, puisque c’est une évidence dans tous les pays, -même si l’on se refuse à l’admettre-, et que la discrimination des personnes ayant une sexualité différente soit condamnée. Mais le temps perdu à argumenter permet d’ignorer des problèmes dont la solution "coûterait" de l’argent. Certes il est inadmissible que des personnes soient discriminées, mais il est intolérable que des millions vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Cela n’est pas du même niveau et la persistance des pays riches à ramener sur le tapis la question de l’orientation sexuelle, alors qu’à l’heure actuelle un consensus est impossible, est tout simplement insupportable.

DES PARTENAIRES INÉGAUX

Tout cela se joue à trois partenaires inégaux : les Nations Unies, les ONG, les États membres.

  • Le Secrétariat des Nations Unies
    Il gère le travail, il enclenche une dynamique, il dispose des moyens techniques ; ; cela lui donne un pouvoir non négligeable : les traductions, la mise à disposition de salles, l’octroi d’équipes d’interprètes… Son pouvoir est du domaine du pratique, mais les conditions dans lesquelles se fait un travail ne sont pas sans avoir une grande importance. L’efficacité peut être diminuée aussi par la pratique traditionnelle qui veut qu’il y ait équilibre entre les différentes régions du monde. Une bonne chose en soi si l’on se donne les moyens d’en pallier les inconvénients potentiels.
  • Les ONG
    Elles ont imprimé leur point de vue en s’appuyant sur la réalité quotidienne - un autre travail d’expertes - mais la négociation finale appartient aux diplomates qui jugent ce qui est acceptable ou non pour leur pays en fonction de la culture, de la politique et de la législation. Et ils sont près au marchandage.
  • Les États membres
    En théorie, chaque pays est sur un pied d’égalité avec les autres ; mais la réalité est bien différente si l’on se place sous l’angle du travail. Avoir dans la délégation officielle, un expert par thème et plusieurs diplomates vous donne un poids plus grand. Pendant la phase finale, les textes proposés à la négociation sont toujours rédigés en anglais. Quand il s’agit de les amender, des petits groupes de rédaction se forment pour proposer une nouvelle mouture, dans ce cas ce sont les pays anglophones qui se trouvent fortement favorisés. Les grands perdants sont donc surtout les pays qui ont de petites délégations et dont la langue de travail international n’est pas l’anglais.

Les États étant souverains et chatouilleux en ce qui concerne leurs droits, ils ont bien sûr toujours le dernier mot, mais ils manquent du courage politique nécessaire pour éventuellement accepter l’échec d’une négociation. Qu’est-ce qui est le plus favorable, un texte faible ou pas de texte du tout ? Rassurez-vous, la tradition a été respectée et, le samedi au petit matin, la négociation était terminée et le texte prêt !

UN BILAN MITIGÉ

Une semaine passée à écouter le déluge verbal permettant aux Etats d’éviter de dire clairement, dès le départ, qu’ils ne veulent rien changer. Une semaine surchargée de prise de paroles (plus de 200) par des ministres, des hauts fonctionnaires, tous et toutes se félicitant des progrès faits (même s’ils sont invisibles), tout en admettant qu’il y a encore beaucoup à faire, mais clamant aussi leur confiance dans l’issue de cette assemblée générale extraordinaire. Pendant ce temps, dans d’autres salles moins prestigieuses, leurs collègues ou subordonné(e)s s’ingénient à freiner l’avancée, à diluer les textes proposés tout en jurant la main sur le cœur que leur seul souci est la concrétisation de la Plate-forme d’actions de 1995.

Une semaine à entendre le témoignage de femmes, représentantes d’ONG, venues du monde entier pour dire ce qu’est leur quotidien, pour nommer la violence qui leur est faite, pour rappeler que les guerres - dont elles sont les premières victimes avec leurs enfants — sont déclarées par les hommes et qu’on leur demande d’assurer le quotidien sans leur donner une chance de faire valoir une approche peut- être différente des conflits et de la manière de les surmonter.

Quel bilan en tirer ?

  • les femmes ne disposent toujours pas du plein respect de leurs droits humains
  • la violence sous toutes ses formes ne fait que croître
  • le sida frappe tous les continents et ravage tout particulièrement la population jeune de l’Afrique, obérant son avenir(3)
  • la mondialisation et les nouvelles technologies offrent aussi des chances, mais pour le moment elles ne profitent qu’aux privilégiées des pays du Nord
  • la pauvreté continue à avoir un visage trop souvent féminin
  • les femmes participent trop peu aux prises de décision - surtout au plan économique et politique

Certains ne voient dans le mouvement mondial des femmes que l’expression exacerbée de féministes blanches opposées à la maternité et à la famille. Cette perception est fausse. En réalité, nombreuses sont les femmes qui partagent la même vision.

En Afrique, des groupes de femmes travaillent en réseau, via Internet. Elles s’unissent pour remettre en question des réalités locales telles que la pauvreté, la violence sexuelle, les inégalités politiques. "Les femmes africaines ont le choix d’entrer dans le réseau mondial ou de rester à l’extérieur en regardant un monde rétréci exclure l’Afrique sans rien apprendre des enjeux vraiment africains. Tricoter des toiles est une affaire de mouvement". Comme exemple, deux demandes qu’elles formulent : réduire les budgets de défense à moins de 10% d’ici 2010 ; permettre aux femmes d’occuper 30% des hauts postes dans tous les processus liés à la guerre et à la paix d’ici 2015.

Autre exemple, celui de NAPY (Network of Asia Pacific Youth). "Les facteurs culturels et sociaux qui ont un impact sur le quotidien des femmes doivent être pris en compte, souligne Lalaine Viado, coordinatrice de ce réseau. En Inde, il y a un nombre croissant d’élimination de fœtus féminins car le stigmate culturel que représente la naissance d’une fille est plus fort que l’interdit de l’avortement, qu’il soit légal ou non". Au-delà des questions d’avortement, NAPY formule d’autres exigences : : accès à l’éducation, y compris sexuelle, accès à des soins de santé dans le domaine reproductif.

Lors d’une table ronde, une jeune fille ressortissante de Belarus faisait écho à ces préoccupations : "Dans mon pays, les garçons et les filles n’ont pas de sexe, le sujet est tabou aussi bien à la maison qu’à l’école. Nous ne savons que ce qui se dit dans les cuisines avec comme conséquence un taux effrayant de grossesses précoces et d’avortements".

L’ESPÉRANCE DEMEURE

Au delà du temps perdu, des frustrations, il y a eu partage, il y a eu rencontre. Des consensus ont été trouvés malgré tous les obstacles. C’est l’un des mérites de l’ONU que d’offrir ce forum universel irremplaçable où convergent tous les acteurs de la vie - les gouvernements, les fonctionnaires/experts et la société civile.

Ces grand-messes permettent aussi de voir globalement les situations. Et dans une économie qui se mondialise, il est d’autant plus nécessaire d’apprécier de manière holistique les conséquences de ce processus et la meilleure manière d’en partager les fruits et d’en atténuer les effets négatifs

Ce qui s’est passé à New-York est le prolongement de ce qui est apparu très clairement à Genève lors de la 56ème session de la Commission des droits de l’homme. Autrement dit, l’opposition de plus en plus grande entre droits personnels et droits collectifs, même si l’on continue de prétendre qu’ils sont indivisibles. Et la tentative des pays riches de tout subordonner à l’économie et de remplacer la coopération et la solidarité entre les nations par le commerce et la charité.

Albert Camus croyait aux "morales acquises, pas conquises". En le paraphrasant nous pouvons dire que les femmes ont conquis ces morales, il faut maintenant qu’elles soient acquises, qu’elles deviennent naturelles. Il rappelait aussi que "pour vous chrétiens, les valeurs sont données d’avance dans la Révélation. Votre effort est seulement de les réconcilier avec ce monde".

Ferons-nous acte de réconciliation ? Donnerons-nous vie à cette femme égale de l’homme comme nous y appelle l’Evangile ?

Maryse Durrer

Notes

[1] - En 1999, les dépenses d’armement se sont élevées à US$ 756’000’000’000, dont 1/3 pour les seuls États-Unis

[2] - Le montant des richesses disponibles a explosé au cours des 10 ans écoulés.

[3] - Le tiers des jeunes de 15 ans sont porteurs du virus dans les pays les plus touchés par l’épidémie.


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