LOGO -DCLI - Centre International Lebret-Irfed

Accueil du site > Documents > Revue

La mondialisation nouveau défi pour l'Etat-nation

Foi et développement, n°284, juin 2000

par Arie M. Kacowicz

La “nation” est un terme galvaudé. Et même débauché de son sens le plus noble : la terre dont les citoyens se sentent véritablement les natifs, donc les responsables. A l’ère du déclin de l’Etat, dont le pouvoir s’est dissout dans les réseaux du marché mondialisé, la nation est sommée de redéfinir son rôle et de repenser son association à l’Etat. D’un autre côté, la souveraineté des États est largement mise en cause par les compétences et les contraintes transnationales.

Le déclin du pouvoir étatique ne signifie pas pour autant que le système tombe en désuétude. Arie Kacowicz est même persuadé du contraire. Maître de conférence au département des relations internationales de l’Université hébraïque de Jérusalem, il estime que les compétences réciproques se recouvrent sans s’éliminer. L’Etat reste l’unité politique de base et le lieu du débat démocratique. La territorialité “nationale” n’est pas rendue obsolète par les espaces indéfinis de la mondialisation. Il n’y a actuellement aucune alternative au système de l’Etat. La mondialisation est un nouveau défi pour l’Etat-nation, non sa fin. Et c’est heureux pour les peuples qui, de la sorte, savent encore qui doit rendre compte de la gestion publique et du bien-être de la nation.

Albert Longchamp

L’objet de cet article est d’étudier l’interaction de deux forces qui déterminent actuellement la politique mondiale de notre système contemporain : la mondialisation et le nationalisme, et d’essayer de voir comment elles agissent sur l’évolution future de la notion d’Etat-nation. La principale thèse présentée ici s’appuie sur le fait que ces deux forces ne peuvent être évaluées ni séparément, indépendamment l’une de l’autre, ni dans une perspective de convergence ou de divergence entre elles. Il faut plutôt appréhender et étudier la mondialisation et le nationalisme comme des forces qui s’apparentent l’une à l’autre et se recouvrent partiellement. Elles sont parfois antagonistes, parfois coopérantes, mais jamais harmonieuses. En termes plus clairs, nous voulons étudier le rôle de l’Etat-nation face aux forces de la mondialisation.

UN ENSEMBLE DE CHANGEMENTS CONNEXES Qu’est-ce que la mondialisation ? Il y a beaucoup de confusion, tant dans le terme que dans le discours, à propos du « nouvel ordre mondial » qui a suivi la fin de la Guerre froide. La mondialisation peut donc se concevoir comme un mythe, une figure de style, un phénomène, une idéologie, une réalité, une doctrine et/ou une rationalité. La mondialisation est devenue, autant dans le langage académique que populaire, un des mots d’ordre de cette fin de siècle et du nouveau millénaire. En fait, le terme mondialisation désigne, en une formule abrégée, un ensemble de changements connexes : économiques, idéologiques, technologiques et culturels.

Parmi les changements économiques, on peut retenir l’internationalisation de la production, la mobilité de plus en plus grande des capitaux et des sociétés internationales, l’accroissement et l’intensification de l’interdépendance économique. Ces bouleversements se manifestent surtout par la réorganisation des espaces de production, l’interpénétration des industries par-delà les frontières, l’expansion des marchés financiers, la diffusion jusqu’aux pays lointains de biens de consommation identiques et les déplacements massifs de populations (Mittelman 1996,2).

Parmi les changements idéologiques, on peut noter la libéralisation du commerce et des investissements, la dérégulation, la privatisation, l’adoption de la démocratie politique dans le domaine institutionnel. Les changements technologiques pour leur part incluent les technologies de la communication et de l’information qui ont réduit les dimensions du globe et le glissement de la production de biens vers la production de services. Finalement, ces changements génèrent une tendance à l’harmonisation des idées et des normes ainsi qu’un mouvement vers une civilisation mondiale universelle qui transcende l’Etat-nation.

Les néo-libéraux croient que la mondialisation est le résultat inévitable des changements technologiques ; et même, que la libéralisation économique mondiale renforcera la démocratie politique ou y conduira. Selon eux, la mondialisation ouvrira les sociétés aux forces démocratiques, tandis que la libéralisation économique fournira les bases matérielles permettant une consolidation ultérieure de la démocratie. Même si cette affirmation s’avère exacte, elle cache un piège conceptuel et normatif : paradoxalement, les forces économiques de la mondialisation sont en elles-mêmes opposées à la démocratie, quand elles ne sont pas antidémocratiques. L’entière responsabilité incombe aux forces aveugles du marché régulé par la logique de l ‘économie, ce qui n’est pas sans rappeler le principe darwiniste de la « survie du plus fort ».

NATIONALISME ET ÉTAT NATION

Le nationalisme dérive directement du concept de nation. Il se réfère aux sentiments d’attachement qu’éprouvent les uns pour les autres les membres d’une même nation et à un certain sentiment de fierté qu’a une nation d’elle-même. Le nationalisme peut s’exprimer de différentes manières, y compris dans le désir d’arriver à un standard de vie élevé, de gagner plus de médailles d’or aux Jeux Olympiques ou d’arracher quelques arpents de terres à ses voisins. Depuis le 18ème siècle, et surtout durant le 20ème, le nationalisme se manifeste principalement dans le désir des citoyens de contrôler et de gouverner le territoire qu’ils occupent. Les concepts de nation et d’Etat ont donc fusionné pour former l’Etat-nation, tandis que le nationalisme s’est identifié à l’Etat lui-même.

En conséquence, le terme Etat-nation désigne un État dont les citoyens se considèrent comme appartenant à une nation. C’est une entité légale, aux frontières délimitées géographiquement, administrée par un gouvernement unique reconnu, et à laquelle la population s’estime unie par l’histoire, la langue, la race ou d’autres liens. Aujourd’hui, on qualifie de nombreux pays d’Etats-nations bien que la grande majorité n’en soit pas. Dans le tiers monde, par exemple, les territoires de nombreux États devenus indépendants après la Seconde Guerre mondiale reprennent en fait les anciennes frontières coloniales. Ainsi, très souvent, un État intègre plusieurs nations, tandis que parallèlement une même nation peut se retrouver répartie dans plusieurs États contigus suite à l’arbitraire des frontières coloniales.

Nous devrions être extrêmement prudents quand nous définissons le nationalisme uniquement en termes d’allégeance ou de loyauté envers l’Etat plutôt qu’à la nation (ou la tribu ou d’autres sous-groupes nationaux). Les forces du nationalisme peuvent prendre des formes nombreuses, aux facettes multiples, outre celle de l’Etat. Par exemple, le nationalisme peut se constituer en une force qui va jusqu’à créer un État-patrie pour une nation réelle qui n’en a pas.( Les Juifs et Israël en 1948, les Palestiniens et la Palestine actuellement). Par ailleurs, le nationalisme peut chercher à créer une nation pour un État qui n’en est pas un en rassemblant dans ses frontières des éléments d’histoire, de culture et de langue disparates (certains pays d’Afrique subsaharienne post coloniale)

L’ETAT NATION EST- IL OBSOLÈTE ?

Qu’advient-il de l’Etat-nation et des forces du nationalisme dans le contexte de la mondialisation ? L’Etat est-il instrumentalisé et supplanté par les forces impersonnelles du capitalisme et l’utilisation de technologies extra-territoriales ? Suite à l’adoption de la doctrine néo-libérale, on a assisté à un déclin général des fonctions de l’Etat-providence qui traditionnellement cherchait à établir, au nom de la justice sociale, un équilibre entre le marché et les besoins . La mondialisation a fait naître un État « cruel » ou « indifférent » emprisonné dans les filets du marché mondialisé.

L’Etat reste un acteur important de la politique mondiale, mais il n’est plus du tout cet acteur que nous avons connu dans les manuels d’initiation aux relations internationales. Est-ce là un effet pernicieux ou heureux de la mondialisation ? La question primordiale est de savoir si l’Etat-nation est devenu obsolète ou inadapté depuis que se développe la mondialisation ?

Depuis la fin de la guerre froide, en particulier, attaquer l’Etat ou son système est presque devenu un rite, tout comme de célébrer la fin du système westphalien et son éventuel remplacement par un ordre post-souverain ou postmoderne qui serait dirigé par les forces de la mondialisation ou de la régionalisation. A la suite d’une série de changements globaux intervenus à partir de 1945 aux niveaux infra-national, international et transnational (comme la réapparition d’identités ethniques et infra-nationales, l’émergence d’un système économique mondial, la manifestation de mouvements sociaux supra-nationaux à grande échelle, l’impact des nouvelles technologies de communication et de transport, la révolution nucléaire et la multiplication des interdépendances mondiales surgies des problématiques et des questions globales), l’Etat s’est vu confronté à des exigences et des défis croissants internes et externes. Il a été de plus en plus pris en « sandwich » entre les pressions de la politique internationale et celles de la politique intérieure.

On ne peut ni ignorer ces pressions ni les écarter. Elles font partie de la réalité contemporaine du monde politique. Cependant, la controverse à propos de la pertinence de maintenir un État à l’ère de la mondialisation ne porte pas sur les faits eux-mêmes mais sur leur interprétation en termes de légitimité et de signification politiques. Ainsi la problématique concerne les valeurs politiques et les théories normatives plutôt que les analyses scientifiques et empiriques.

Pour démontrer que le système actuel des États est dépassé à l’heure de la mondialisation, on invoque quatre arguments majeurs : la crise écologique mondiale ; le développement de mouvements sociaux à l’échelle de la planète et l’émergence d’une société civile mondiale ; le renforcement de l’interdépendance mondiale associée à la mondialisation de l’économie ; les relations transnationales aux niveaux économique, social, culturel et même politique.

Premier argument, la crise écologique à l’échelle planétaire menace beaucoup plus profondément, et dans la durée, le système de l’Etat que la révolution entraînée par la présence des armes nucléaires. Le défi écologique donne une parfaite image de l’infranchissable gouffre qui sépare la réalité virtuelle que représente la souveraineté de l’Etat, fondé sur des territoires bien délimités par des frontières, de la réalité de la dynamique écologique (pollution de l’environnement ou réchauffement de la planète) qui ne connaît aucune frontière politique (Falk 1975).

Le deuxième argument, tout à fait concomitant, met l’accent sur l’émergence de forces globalisantes au niveau même du peuple, de la base : l’émergence d’une société civile mondiale qui entreprend au niveau transnational de se vouer à la promotion des Droits de l’homme, de la démocratie, d’un développement universel durable. (Falk 1993,221)

Le troisième argument connexe souligne le rôle des dimensions économiques de la mondialisation, notamment par ses aspects financiers, dans l’accroissement de l’interdépendance mondiale et l’érosion de la souveraineté de l’Etat. La fonction de l’Etat en tant que gestionnaire d’une "économie nationale", limitée par des frontières territoriales, disparaît au profit d’une "économie mondiale" plus vaste. En conséquence, les Etats perdent de plus en plus leur autonomie dans la conduite de leur politique économique intérieure et internationale. C’est le résultat de l’accroissement de leur interdépendance et des forces incontrôlées de la mondialisation économique.

Quatrième et dernier argument , des acteurs extra-territoriaux tels que les entreprises multinationales, les mouvements sociaux transnationaux, les organisations internationales et non gouvernementales s’associent à des groupes sub-nationaux à l’intérieur même des Etats pour former un réseau transnational ayant pour but d’établir une société mondiale qui dépasse les compétences du système étatique. Ainsi, les relations transnationales contribuent à prendre encore davantage l’Etat en sandwich , créant un « intervalle » entre les aspirations de l’Etat à exercer un contrôle et ses capacités à le faire. (Nye et Keobane 1971, XXIII)

Il est difficile de discuter les faits concernés par les quatre dimensions présentées plus haut. Cependant, pour en revenir au problème de leur interprétation, personne ne contestera que ces quatre éléments – la crise écologique mondiale, l’émergence d’une société civile à l’échelle de la planète, l’interdépendance économique et la mondialisation économique et financière, les relations transnationales – posent tous un véritable défi au système étatique et sapent de toute évidence la souveraineté de l’Etat en changeant sa nature et ses fonctions. Mais érosion et défi veulent-ils forcément dire obsolescence ? Les forces de la mondialisation iront-elles jusqu’à neutraliser le nationalisme et à enlever toute importance à l’Etat-nation ?

UN VÉRITABLE PARADOXE

En premier lieu, force est de constater que, si les Etats posent problème, ils peuvent aussi contribuer à apporter une solution, à condition qu’ils apprennent à coopérer au niveau mondial à travers les institutions internationales, spécialement les organismes internationaux et autres structures multilatérales. Ainsi « ceux qui disent que ce que nous avons à faire c’est de « dépasser le système étatique » oublient que la guerre, l’injustice économique et la mauvaise gestion écologique ont des causes plus profondes que celles qu’incarne toute forme particulière d’organisation politique (comme le système étatique, AK) » (Bull 1979, 114)

En second lieu, même si nous reconnaissons qu’il existe une mondialisation à partir de la base - à travers l’émergence d’une société civile internationale incluant des acteurs non gouvernementaux et des relations transnationales - il ne s’ensuit pas nécessairement que cette société civile rende le système d’Etat obsolète. De même que, dans les relations entre la société civile et l’Etat, en politique intérieure, le « jeu » entre la société civile mondiale et le système d’Etat ne doit pas être réduit à zéro. On peut tout à fait soutenir que l’augmentation des flux économiques transnationaux a été accompagnée d’un accroissement concomitant du rôle des rouages de l’Etat. De même, si les forces économiques de la mondialisation ont lancé des défis à la souveraineté de l’Etat, elles ont, en même temps, invité les États à coordonner leurs politiques pour faire face à ces défis (par exemple, à travers le rôle d’institutions internationales comme le FMI).

Troisièmement, l’interdépendance économique croissante et la logique du capitalisme mondial ne sont pas entièrement en contradiction avec le rôle de l’Etat dans les relations internationales. Par exemple, de hauts niveaux d’échange et des résultats commerciaux raisonnables exigent des droits de propriété stables qui diminuent les coûts et font croître les bénéfices. Jusqu’ici, seuls les États nations modernes ont pu assurer de tels droits.

Enfin, bien que les relations transnationales aient été importantes en terme de politique mondiale, il n’est pas sûr qu’elles aient miné le système de l’Etat. Tout d’abord, l’importance des multinationales n’implique pas nécessairement qu’elles soient indépendantes de l’action et du contrôle des Etats. De plus, dans bien des cas, les Etats ont appris à manipuler les partenaires transnationaux pour renforcer leur pouvoir et leur influence.

En fin de compte, le véritable choix pour les Etats et les gouvernements, n’est pas tant de voir comment combattre au mieux la mondialisation que d’apprendre comment la gérer. Selon Haas et Litan (1998) il y a là un véritable paradoxe : s’il est vrai que la mondialisation lance un défi au système de l’Etat, il n’en reste pas moins que ce sont les Etats et les gouvernements qui décident de tirer profit ou non du potentiel de la mondialisation. En somme, malgré les atteintes portées à la souveraineté de l’Etat et à ses fragilités ( et/ou à son inadaptation), quand il s’agit des marchés financiers, l’Etat nation garde toujours, du moins en partie, le contrôle de la politique fiscale et monétaire, de la politique économique extérieure, des affaires internationales et, finalement, de la guerre (Drucker 1997).

DES UNITÉS POLITIQUES DE BASE

L’inexorable logique de la mondialisation économique a-t-elle réduit le rôle de l’Etat-nation dans la politique mondiale ? Rien n’est moins sûr. Il est évident que les régimes et les gouvernements (qui représentent les Etats) subissent des pressions : les sociétés civiles contestent leurs rôles et les citoyens refusent un peu partout de soutenir activement les Etats pour se tourner vers d’autres alternatives en matière d’allégeances et d’identités. Cependant, des formes diverses de gouvernance nationale, internationale et transnationale coexistent avec le système de l’Etat. Et on peut affirmer qu’elles ne l’ont pas remplacé. Même la logique des communautés pluralistes qui ont à assurer la sécurité - comme l’illustre l’exemple de la Communauté Européenne aujourd’hui - n’a pas complètement supprimé celle du système étatique pris dans un ensemble international d’Etats indépendants (ou interdépendants) plus sophistiqué et en constante évolution. A l’intérieur du système de l’Etat, et en parallèle, coexistent d’autres systèmes sub-nationaux, supranationaux, transnationaux et mondiaux, qui ne le supplantent pas nécessairement.

Quand on regarde la carte du monde, transformée par la multiplication des Etats en Europe de l’Est et dans l’ex- URSS, il apparaît clairement que l’Etat souverain reste - sans en faire la seule voie possible - le moyen universellement reconnu d’organiser la vie politique au sein des relations internationales. Les Etats ont perdu une part de leur souveraineté au niveau de leur autonomie (si toutefois ils avaient cette souveraineté entière et absolue au départ, ce dont je doute), essentiellement au profit des forces économiques liées à la mondialisation. Cependant, cette érosion de leur souveraineté ne signifie pas qu’ils ont cessé d’être fonctionnels et qu’ils sont devenus obsolètes. Les États restent les unités politiques de base pour l’analyse de la politique mondiale parce qu’ils constituent le lieu premier du débat politique.

Les récentes tendances à la régionalisation n’ont pas démenti cette assertion. Elles n’ont pas anéanti les forces du nationalisme mais les ont plutôt engagées dans des directions encore inexplorées et contestables, comme la formation de méga-blocs commerciaux, si ce n’est de super États. Les tendances à la mondialisation, notamment économique, ont créé des « espaces virtuels » et ont fait perdre à la territorialité toute pertinence pour créer et animer les nombreuses transactions dans les relations internationales, surtout dans la sphère financière. Cependant cette même économie mondiale poussée par la vague logique de la mondialisation nécessite et reconnaît l’existence des États, pas seulement comme fauteurs de troubles irresponsables, mais comme potentiellement aptes à résoudre les problèmes par le biais de leurs organismes internationaux de régulations monétaires et commerciales, de la coopération multilatérale et des institutions internationales, telles que le FMI et l’OMC. En ce début de millénaire, on peut encore tirer la conclusion suivante : la solidarité prolétarienne internationale, les allégeances du marché transnational et les fidélités cosmopolites mondiales ne constituent pas pour l’instant des alternatives plausibles à l’Etat en termes d’identité, de légitimité, d’allégeance et même d’autorité.

Quelles conclusions tirer de cette analyse ? D’abord, qu’il nous faut être beaucoup plus prudents dans nos discours sur la mondialisation, dans les définitions de ses concepts, et éviter le dogmatisme du passé quand nous faisons référence à certains termes comme « intérêt national » ou « interdépendance complexe ». Nous sommes les témoins d’un processus long et fastidieux dans lequel l’Etat et le système étatique sont transformés par les forces de la mondialisation sans être nécessairement remplacés par elles.

Deuxièmement, il faudrait marquer plus clairement la distinction entre la réalité de l’Etat-nation et celle de la souveraineté de l’Etat. Alors qu’il n’y a actuellement aucune alternative au système de l’Etat, il devient de plus en plus évident que la souveraineté de l’Etat a été réduite par l’action de forces non gouvernementales, la formation de structures régionales comportant des éléments supranationaux et la dynamique de la mondialisation.

Pour conclure, il nous faudrait être attentifs par principe au devenir de l’Etat-nation face à la mondialisation. Bien que celle-ci ait été liée idéologiquement à l’extension de la démocratisation, les forces de la mondialisation n’ont rien de démocratique parce qu’elles répondent surtout à la vague logique économique du marché mondial. Or, pour préserver la démocratie, il nous faut des régimes démocratiques qui ne soient pas enfermés dans des conseils économiques transnationaux ou des bureaucraties non élues et supranationales, mais dans des Etats-nations qui ont à rendre des comptes à leurs peuples respectifs.

Arie M. Kacowicz

(traduit de l’anglais par Odilia Killher)

Note de l’auteur :

Une version développée de cet article a été publiée dans Alternatives, novembre 1999, sous le titre Mondialisation, régionalisation et nationalisme : Y a-t-il convergence, divergence ou chevauchement ? Vous trouvez ici la version revue d’un travail présenté au groupe II d’Etudes IPSA, atelier sur « Mondialisations et régionalismes », Centre pour le Développement et l’Environnement, Université d’Oslo, Norvège, 7 août 1998.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | Mentions légales | Crédits