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Accroissement de la population mondiale : la fracture Nord-Sud

Foi et développement, n°282, avril 2000

Le flux démographique englobe deux phénomènes parallèles : un écart régional et une accélération des rythmes de croissance. Pour atteindre le milliard d’habitants, l’humanité a eu besoin de toute son histoire jusqu’au XIXe siècle. Pour atteindre le second milliard, un quart de siècle a suffi. Nous sommes six milliards sur la planète qui en comptera dix en 2050. Soit un gain impressionnant mais inégalement réparti.

Tandis que le " froid " démographique semble s’être imposé de manière stable, sinon définitive, dans l’hémisphère Nord, le Sud accueillera le surplus des trois ou quatre milliards d’individus qui naîtront d’ici 2050. Ces chiffres, dans leur sécheresse, font apparaître la profondeur et la largeur de la fracture Nord-Sud. A cela s’ajoute une élévation générale du niveau de vie. Donc une consommation accrue et une forte pression sur l’allocation des ressources naturelles et l’état de la biosphère.

Les retombées économiques, politiques et sociales de cette accélération démographique tombent sous le sens : les grandes migrations internationales ne sont pas derrière nous, mais devant nous. L’urbanisation devient l’un des défis majeurs du Sud tandis que le Nord affronte un sévère vieillissement de ses populations. Nourriture, éducation, transport, santé : entre le développement " sauvage ", attisé par les convoitises nées des profits gigantesques générés par la mondialisation, et le " développement durable ", fondé sur la solidarité entre les peuples et l’utilisation raisonnable des ressources, il faudra choisir.

Grâce à sa longue expérience dans l’observation des mouvements démographiques et sociaux, Gabriel Marc, membre de notre rédaction et, notamment de Justice et Paix – France, nous invite à partager une analyse prospective qui se garde tant de l’optimisme insensé que d’un pessimisme désespérant. Un regard lucide, tout simplement.

Albert Longchamp

La dernière révision des projections que fait l’ONU de la population mondiale à échéance du milieu du siècle prochain est orientée à la baisse : il y aura en 2050 moins d’hommes qu’on ne le pensait au moment d’ouvrir la conférence du Caire en 1994 sur "population et développement". Certains commentateurs, pas toujours exempts d’idéologie, laissent percer un soulagement qui donne à penser aux lecteurs que les problèmes démographiques et leurs conséquences pourraient se régler sans exiger de trop lourds sacrifices de la part des pays riches. De là à déduire que la solidarité des pays riches et des pays pauvres est moins nécessaire, il n’y a qu’un pas que le lecteur peu averti franchit naturellement.

Que penser de cela ? La question n’est pas secondaire car la croissance de la population, même ralentie est un élément majeur du devenir de l’humanité dans le siècle à venir.

LA DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE :

D’après l’ONU il a fallu attendre le début du XIXème siècle pour que la population mondiale atteigne le premier milliard. Le deuxième a été atteint en 1927, cent vingt trois ans plus tard ; le troisième en 1960, trente trois ans plus tard ; le quatrième en 1974, quatorze ans plus tard ; le cinquième en 1987, treize ans plus tard ; le sixième cette année, douze ans plus tard. On voit l’accélération. Elle a de quoi préoccuper s’il s’avérait qu’elle doive se poursuivre à ce rythme.

Pendant longtemps le rythme de croissance de la population a été imperceptible, un demi pour mille par an environ. Il n’a vraiment commencé à augmenter que dans les débuts du XIXème siècle. En 1900, le rythme annuel de croissance n’était encore que de 0,6 % avant de culminer à près de 2,1 % au début des années soixante-dix.

Depuis ce moment le rythme de croissance se tasse, car la fécondité a significativement baissé. La croissance annuelle est maintenant plutôt de l’ordre de 1,5 % et elle diminue régulièrement. Ce que l’on ne sait pas avec précision c’est le rythme de l’évolution à venir. Il semble que la diminution attendue se produira un peu plus vite que prévu, notamment en Afrique, continent jusque là rebelle à la régulation des naissances. Mais on ne peut en tirer argument pour cesser de s’intéresser au problème. Ce serait oublier l’inertie démographique : les taux sont certes plus faibles que par le passé, mais ils s’appliquent à une population qui a démesurément grandi depuis quarante ans avec les taux antérieurs. Il s’ensuit que l’on prévoit le septième milliard en 2013, soit quatorze ans après le sixième, et le huitième milliard en 2028, quinze ans plus tard. Et en 2050, on estime en hypothèse moyenne que la population sera de 9,4 milliards. C’est moins que ce que l’on craignait mais c’est beaucoup : quoi que l’on en dise, nous serons beaucoup, au moins trois milliards de plus qu’aujourd’hui probablement, et la quasi-totalité de ce surplus apparaîtra dans des pays sous-développés d’aujourd’hui.

On peut s’interroger sur la fiabilité des projections de population. A échéance de vingt ou vingt cinq ans elles s’avèrent assez proches de la réalité, pour la bonne raison que ceux qui vont engendrer des enfants sont déjà nés. Au delà c’est plus aléatoire. C’est d’ailleurs pourquoi l’ONU revoit ces projections tous les quatre ou cinq ans.

Pour expliquer les évolutions passées et estimer les évolutions futures, on se sert d’un modèle - reproduisant ce qui s’est passé en Europe au cours des deux derniers siècles - que l’on suppose universel. Ce modèle c’est la transition démographique, c’est à dire les trois phases qui se succèdent ainsi : la première, naturelle, est caractérisée par une forte mortalité et une forte natalité, la croissance de la population y est faible ; la seconde est caractérisée par une baisse de la mortalité, mais la natalité continue d’être élevée et ne baisse qu’avec retard, la croissance de la population y est donc très forte, c’est ce qui s’est produit dans les quarante ou cinquante dernières années dans les immenses masses des tiers mondes ; la troisième est caractérisée par une faible mortalité et une faible natalité, c’est le régime démographique de l’Europe et de l’Amérique du Nord, avec des taux de croissance annuelle très faibles, c’est ce qui est en train de se produire dans la plupart des pays des tiers mondes et explique le ralentissement du rythme de croissance de la population mondiale.

Les projections de l’ONU utilisent ce modèle en lui appliquant des taux de mortalité et de natalité hypothétiques, ce qui donne plusieurs scénarios utiles pour raisonner. La conclusion de ce raisonnement est qu’il n’y a pas de réponse sûre à la question de l’effectif futur de la population mondiale au delà d’une quinzaine d’années.

D’autant que trois événements sont susceptibles d’influer sur l’effectif à venir. Le premier, c’est l’entrée de l’Afrique dans la phase trois de la transition démographique. Jusqu’alors ce continent était le champion du taux de fécondité avec des maxima allant jusqu’à 7 ou 8 enfants par femme. L’éducation des filles, l’espoir d’une amélioration de la vie pour les femmes, l’implantation progressive du planning familial, l’urbanisation qui rompt les relations traditionnelles, semblent l’emporter sur l’obsession de ne pas interrompre les lignages.

Le second c’est l’impact des grandes endémies, et chacun à ce sujet pense au sida, notamment en Afrique. A moyen terme elles ont peu d’incidence sur les effectifs, mais elles en ont sur l’espérance de vie. Dans le long terme il n’en va pas forcément de même, des populations peuvent être décimées sérieusement.

Le troisième c’est le devenir de la Chine. La baisse observée de la fécondité mondiale doit beaucoup à la politique de l’enfant unique. On sait qu’il y a des enfants non enregistrés que certains estiment à plus de 200 millions. Que se passerait-il en cas d’affaiblissement du pouvoir si les Chinois revendiquaient une descendance plus large ?

Les incertitudes restent donc notables. Toutefois, les données convergent vers un constat : nous n’en avons pas fini encore avec la croissance de la population mondiale et il faut adopter à ce sujet une attitude de prudence, consistant à regarder en face la probabilité d’être presque deux milliards de plus qu’aujourd’hui dans une génération, et plus de 9 milliards dans deux générations.

A bien regarder les chiffres, on constate que nous sommes juste au milieu d’une période de cinquante ou soixante ans où la croissance démographique est la plus rapide et la plus ample. Nous ne pouvons pas attendre qu’elle se calme pour la maîtriser et pour trouver les parades à ses conséquences lorsqu’elles sont dommageables pour le bien commun car l’essentiel des apports au siècle suivant se font dans son premier quart et nous y arrivons.

CONSÉQUENCES MAJEURES

On se doute bien que le triplement probable de la population humaine en soixante quinze ans (1950/2025), au moment même où le niveau de vie par habitant progresse vaille que vaille, crée des tensions nombreuses dans une biosphère qui, du coup, ne nous paraît plus inépuisable.

Les conséquences démographiques.

La croissance démographique n’est pas homogène dans le temps et l’espace, ce qui entraîne des mouvements internes.

Le poids relatif des continents se modifie nettement. En 2025 l’Asie restera un mastodonte, mais l’Inde devancera la Chine à moins que…( voir plus haut) ; l’Amérique Latine restera aux alentours de 8 ou 9 % de la population mondiale, les autres pays en développement verront croître leur part, notamment l’Afrique bien que ce continent décourage les pronostics. Les pays développés verront leur effectif relatif s’amenuiser, surtout l’Europe.

En Russie la baisse sera absolue, consécutive sans doute à la difficulté d’y vivre. L’Europe, qui connaît une baisse sensible de la fécondité, sera en léger déclin absolu. En revanche l’Amérique du Nord verra sa population augmenter grâce à sa politique d’ouverture à l’immigration.

Dans le monde actuel environ 80 % de la population vit dans des pays en voie de développement et 20 % dans des régions développées ou réputées telles, soit respectivement 4800 millions d’un côté et 1200 millions de l’autre. Cette fracture internationale va s’accentuer : la croissance démographique des seconds n’est que de 0,3 % l’an et devrait devenir nulle en 2025, alors que celles des premiers est de 1,5 % et devrait encore être de 1 % en 2025.

Il est clair ainsi que le problème des migrations internationales n’est pas derrière mais devant nous. Il y a actuellement environ 2% de la population mondiale qui habitent dans un autre pays que le leur, soit 120 millions de personnes. A proportion égale cela devrait faire 160 millions en 2025. Mais comment croire devant des distorsions aussi fortes entre Nord et Sud que la proportion restera égale ? Il serait sage de s’intéresser sérieusement à cette question autrement qu’en cherchant d’illusoires protections. Fixer la population pauvre dans ses pays en en favorisant le développement ? Peut-être, mais l’aide publique au développement des pays riches aux pays pauvres a fortement chuté ces dernières années, et par ailleurs il n’est pas prouvé que c’est seulement la misère qui suscite la migration.

A ces migrations externes s’ajoutent avec une ampleur préoccupante des migrations internes vers les villes. L’urbanisation rapide et sauvage s’étend. Vers 1950, il y avait moins d’un milliard de citadins soit 32 % du total ; en 1990, 2600 millions et 45 %. D’ici 2025 elle devrait atteindre 60 %, soit 5 milliards de citadins, dont 80 % vivront dans des pays sous-développés. On s’attend à 33 mégapoles de plus de 8 millions d’habitants dont 27 dans les pays du Sud, il y en avait 11 en 1970. Ces énormes agglomérations, construites sans plan d’urbanisme, à partir d’immigrés de la campagne, ne peuvent pas être gérées en l’état.

Enfin, dernière conséquence démographique, le vieillissement. Avec des taux de fécondité qui dépassent encore 6 dans l’Afrique noire et approchent encore 4 dans l’Asie du Sud, l’image démographique est un grouillement d’enfants et de jeunes et une rareté des vieillards. Cette situation change à mesure que la fécondité diminue, et que l’hygiène permet un allongement de l’espérance de vie : il y a une moindre proportion de jeunes et une plus grande proportion de vieillards. En Amérique et en Asie, en Afrique du Nord et au Proche Orient l’espérance de vie se rapproche de ce qu’elle est en Occident, et là où le progrès est le plus ancien, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus se rapproche de celle de l’Occident.

En attendant c’est en Europe, au Japon et dans une moindre mesure en Amérique du Nord, que l’espérance de vie continue d’augmenter.

Dans les pays du Sud la charge pesant sur les adultes est forte en raison de la formation d’une nombreuse jeunesse. Dans les pays du Nord, cette charge est lourde, car l’entrée dans la vie de travail se fait tardivement, et les personnes âgées et fragilisées doivent recevoir des soins et des revenus. La charge, qu’il s’agisse du Nord ou du Sud, pèse sur une fraction faible de la population, celle des travailleurs dans la force de l’âge qui ont un emploi.

Les conséquences économiques

La terre peut-elle nourrir 8 ou 9 milliards de personnes humaines ? La question est posée depuis la fin des années cinquante sans qu’elle ait trouvé de réponse claire.

D’ores et déjà une évidence s’impose : on n’arrive pas en ce moment à nourrir correctement 6 milliards de personnes, alors 8 ou 9 ? En l’état actuel des choses on estime qu’un petit milliard de gens ne mangent pas assez ou mangent une alimentation carencée, soit un homme sur huit. C’est notamment le cas de quelque 200 millions d’enfants qui sont menacés par des lésions irréversibles avant de devenir adultes.

Face à cela chaque année l’agriculture mondiale perd 1 % des terres cultivées, dont 60 % du seul fait de l’urbanisation, le reste étant dû à l’érosion, à la désertification, à la salinisation. On estime qu’à l’horizon 2025, la surface cultivée mondiale sera passée de 1500 millions d’hectares à 1300 millions. L’effet de serre dû à la pollution de l’air risque d’accentuer cette perte, en étendant les zones désertiques, en modifiant le régime des pluies, en élevant le niveau de la mer, noyant les parties basses comme le Bangladesh, en multipliant les épisodes violents (cyclones, inondations, sécheresses) qui détruisent les récoltes et engendrent des disettes ou des famines.

Les perspectives sont donc a priori peu encourageantes. On compte sur la croissance économique et sur les progrès technologiques pour les rendre plus souriantes. Pour les plus optimistes, si la population mondiale va bien s’accroître au rythme de 1,5 % maintenant et de 1% dans un quart de siècle, la croissance économique mondiale étant de l’ordre présumé de 3,3 %, la production agricole pourrait augmenter de 2 à 2,5 % par an donc plus que la population. Mais cela sous réserve que le progrès technique se poursuive, que les ressources naturelles nécessaires soient effectivement disponibles et que les contraintes environnementales le permettent. Les biotechnologies et l’avènement des organismes génétiquement modifiés ouvrent des perspectives, malheureusement plutôt dans les pays développés que dans les tiers mondes, la motorisation et la robotisation, l’agriculture de précision assistée par ordinateur, l’amélioration des techniques de stockage devraient améliorer la productivité. Comme on le voit le pronostic est relativement optimiste, avec tout de même des inconnues majeures, surtout au delà de deux décennies

D’autres experts rappellent deux évidences. La première est que théoriquement, sauf cas de guerre, il ne devrait pas y avoir de famine car la production agricole mondiale correspond en moyenne à 2650 calories par jour et par habitant alors que la norme alimentaire minimum est de 2300 calories. Mais les zones de production et les zones de consommation ne coïncident pas. Les pays où la faim se fait sentir sont insolvables et les moyens de transport et d’acheminement manquent. La seconde évidence est que la couverture calorique ne suffit pas, il faut aussi que l’alimentation soit qualitativement satisfaisante en nutriments et en agrément. Or, par exemple, la part de produits animaux dans l’alimentation est de 30 % dans les pays riches et 6 % dans les pays pauvres. Donner à tous une alimentation suffisante et équilibrée en protéines d’origine animale impliquerait un triplement de la production !

Et puis, autre évidence souvent oubliée, l’homme ne vit pas seulement de calories. Le respect de la dignité humaine tel qu’il figure dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, suppose de pouvoir loger, éduquer, distraire, assurer un revenu, donner un emploi, soigner, etc. Dans les pays riches, la classe moyenne vit bien, mais ne cesse de réclamer davantage parce qu’elle n’est jamais satisfaite. Si elle se considère en dessous du minimum requis pour la satisfaction de dignité, a fortiori il est impossible de songer, à échéance d’un quart de siècle ou d’un demi-siècle, de fournir à 8 ou 9 milliards d’hommes ce minimum. On voit par là l’étendue du défi que la croissance démographique nous oblige à relever.

Pour en finir avec ce point il faut dire un mot de l’eau. L’eau douce, ne représente que 2,5 % de toute l’eau de la planète, et elle est très inégalement répartie. A côté de vastes bassins fluviaux comme l’Amazonie et le Congo-Zaïre, des zones arides n’en bénéficient pas. La consommation d’eau a été multipliée par six pendant le XXème siècle, une croissance double de celle de la population. Elle atteint 3500 km3, sur un total de ressources aisément accessible de 8000 km3. Cela est dû aux usages industriels (23 %) et domestiques (8 %) mais surtout à l’intensité de l’irrigation, excessive en certains endroits (69 %). Compte tenu des besoins d’irrigation pour nourrir deux ou trois milliards de personnes supplémentaires, il faudra utiliser la quasi totalité de l’eau disponible, ce qui laisse peu de place pour les autres usages. Dans certains endroits on risque de se trouver devant le choix entre boire et manger ! Encore est-ce sans compter les pollutions qui nuisent à la qualité de l’eau et la rendent parfois imbuvable. Certains experts pensent que l’on ira vers des guerres de l’eau si l’on ne prend pas des dispositions internationales pour gérer les ressources. Cette guerre larvée existe déjà au Proche Orient : elle complique la question palestinienne, et la Turquie détient la maîtrise des deux fleuves vitaux pour l’Irak et la Syrie, le Tigre et l’Euphrate.

Conséquences écologiques

Lors de la conférence de Rio sur "environnement et développement" en 1992, on a assisté à un procès mutuel entre pays industriellement développés et pays émergents. Les premiers reprochent aux seconds les émissions de gaz à effet de serre sous la forme du méthane des troupeaux et des rizières nécessaires à l’alimentation d’une population à leurs yeux trop fortement croissante, et aussi d’user pour leur développement industriel de combustibles polluants comme le charbon. Ce à quoi les seconds rétorquent que la pollution actuelle de l’air est le résultat de leur industrialisation, qu’ils se réservent les combustibles non polluants, et pillent les forêts qui ne leur appartiennent pas.

Ce débat de mauvaise foi a le mérite de montrer l’importance, dès maintenant, de la détérioration de l’environnement comme produit du passé et d’attirer l’attention sur les risques majeurs dus à l’augmentation de la population à venir. D’ores et déjà on note le progrès des déserts, les modifications du régime des eaux et le réchauffement probable du climat, la déforestation, la qualité décroissante de l’air et de l’eau, l’épuisement et la salinisation des sols et des nappes phréatiques, l’envasement des retenues d’eau, la persistance dans la haute atmosphère de résidus à effet de serre et à vie longue, la disparition ou la mort de lacs comme le Titicaca ou le Tchad, ou la mer d’Aral, etc. Les pays développés y ajoutent les déchets toxiques et radioactifs, bien que certains d’entre eux prennent des dispositions pour limiter les émissions polluantes. Et puis les produits nouveaux de consommation utilisent une part croissante de matière grise qui dématérialise la production et atténue les pollutions physiques. Le problème va se situer au Sud, où l’essentiel des 3 milliards de nouveaux venus va se concentrer. Un seul exemple, impressionnant : le parc automobile du Sud devrait être bientôt multiplié par quinze ! On imagine le problème posé par les rejets de gaz d’échappement.

On prend conscience que l’on est en train de toucher aux limites écologiques de la planète et qu’il va bien falloir la gérer en "père de famille". C’était le but de la réunion de Rio et l’objectif, c’est le développement durable.

Autres conséquences

Il y a d’autres conséquences. Contentons-nous de les énoncer sans les développer.

La première est d’ordre socio-biologique. On ne sait rien des effets d’entassement. On redoute pourtant que toutes sortes de choses inquiétantes mijotent dans les entassements urbains sauvages : endémies, drogue, anarchie, violence. Le drame du Rwanda sonne l’alerte. Ce pays très densément peuplé connaissait la compétition pour la terre, devenue rare. L’entassement a créé des réflexes de panique en réponse à des incitations au meurtre, qui n’auraient pas eu la même ampleur si les gens n’avaient pas été les uns sur les autres.

La seconde est d’ordre politique et militaire. Les hégémonies mondiales historiques se sont situées au Nord au cours des derniers siècles. Les choses sont peut-être en train de changer. Des nations nouvelles n’acceptent plus le leadership occidental. Si elles ont un potentiel démographique important, elles n’hésitent plus à se poser en puissances régionales et à revendiquer une fonction de maintien de l’ordre dans leur environnement. Certaines recherchent la possession d’armes nucléaires et de vecteurs intercontinentaux. On est entré dans un monde multipolaire de prolifération des armes de destruction massive, un monde dangereux.

La dernière est d’ordre religieux. La modification des poids relatifs des continents entraîne celle des aires religieuses. Le nombre des Musulmans devrait dépasser celui des chrétiens vers le tiers du prochain siècle. Les religions chrétiennes ont déjà plus de fidèles au Sud qu’au Nord. Leurs sièges et leurs leaders restant dans les vieux pays d’Europe, on peut s’attendre à des tensions et ruptures schismatiques. Enfin la misère des continents populeux engendre des formes agressives de fondamentalisme et d’intolérance, prêtes à dégénérer en guerres saintes.

Il faut s’habituer désormais à considérer le monde comme un système complexe de relations mutuelles interactives entre différents facteurs d’évolution : économie, finance, écologie, société, culture, religion, communication, science et technologie, etc. Chacun de ces facteurs est plus ou moins moteur du système et est mu lui-même par les autres facteurs. Pour l’instant, le plus puissant moteur et le moins dépendant des autres c’est le dynamisme démographique. Il entraîne le mouvement de tous les autres, dans une spirale qu’il faut maîtriser pour le bien être de tous. Le laisser-aller conduit à la guerre. Du travail passionnant pour les toutes jeunes générations, mais il n’est pas interdit aux plus anciennes d’y mettre la main, au contraire. Gabriel Marc


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