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Face à la montée des fondamentalismes : l'impérieux dialogue islamo-chrétien

Foi et développement, n°307, octobre 2002

par Boutros Labaki

Les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis ont réveillé la question du pourquoi ? Pourquoi ces attentats ? Pourquoi cette liaison supposée à des "fondamentalistes islamiques” ? Pourquoi les auteurs et instigateurs présumés viennent -ils de pays arabes et musulmans ? Les “hérauts” américains de la “croisade anti-terroriste" ont-ils baigné dans la mouvance idéologique des théoriciens du “choc des civilisations”(1) ou de la “fin de l’histoire”(2) ?

Des penseurs et des militants chrétiens et leurs Eglises ont pensé, écrit, pris position et agi en direction du monde musulman depuis près d’un demi-siècle. Cela pour nous cantonner dans la période contemporaine. Ils ont suscité et développé un dialogue avec des musulmans, à divers niveaux et dans divers pays. L’article ci-dessous rappelle les actions engagées, dans des circonstances difficiles, en faveur des relations islamo-chrétiennes, des rapports Nord-Sud et de leurs imbrications.

Des échanges déjà anciens

Depuis l’émergence de l’islam, les échanges intellectuels entre les penseurs chrétiens et musulmans n’ont presque jamais cessé. Ils ont été particulièrement denses au Moyen Age, entre les penseurs chrétiens orientaux dans les Empires Ommeyades et Abbassides et leurs confrères musulmans, ainsi qu’avec les Califes. Ils avaient un ton parfois polémique, parfois apologétique, parfois explicatif. De nombreux écrits les ont ponctués. Ces écrits sont en train d’être recensés et publiés dans l’Orient arabe et en Europe. Ils s’adressent surtout aux cercles académiques et théologiques des deux grandes religions.

Dès le milieu du XXème siècle, plusieurs penseurs, libanais en particulier et de l’Orient arabe, ont consacré de laborieuses et éclairantes recherches aux relations islamo-chrétiennes. Le Cénacle libanais à Beyrouth était un des forums les plus actifs dans ce domaine, animé par le regretté Michel Asmar. Les Eglises catholiques, orthodoxes et évangéliques dans l’Orient arabe y contribuèrent abondamment

Entre 1957 et 1965, le Concile Vatican II contribua largement à ouvrir et développer les voies de ce dialogue, au niveau intellectuel, par la parution de textes fondamentaux d’une part et par la création d’institutions au siège de l’Eglise catholique, essentiellement consacrées à ce dialogue, d’autre part. Le Conseil œcuménique des Eglises et le Conseil des Eglises du Moyen Orient agirent aussi dans le même sens à Genève, Beyrouth et dans l’Orient arabe et méditerranéen. Des foyers et institutions de dialogue virent aussi le jour au Maghreb et au Machrek arabes, à Genève, à Rome et ailleurs.

A partir du milieu des années 60 du siècle passé, des institutions permanentes pour le dialogue islamo-chrétien s’activèrent, à partir de Rome et de Genève, de même que des centres de réflexion et de recherche. Des revues et de nombreux écrits s’y consacrèrent. Des rencontres internationales, régionales et nationales, se multiplièrent. Les papes Paul VI et Jean Paul II entreprirent de nombreuses visites dans les pays arabes et musulmans, de même que les patriarches œcuméniques Athënagoras et Dimitrios et les chefs de nombreuses Eglises évangéliques et orthodoxes orientales. Des rencontres internationales furent organisées. Citons celles organisées par la Communauté de Saint Egidio, par l’Université d’Al Azhar du Caire, par le Conseil des Eglises du Moyen Orient, par le Groupe de recherche islamo-chrétien au Maghreb et en Europe. Et tant d’autres que nous ne saurions dénombrer.

Au Liban, un Comité permanent pour le dialogue islamo-chrétien s’active depuis le début des années 90 du siècle passé, formé de représentants officiels des diverses Eglises chrétiennes et des communautés musulmanes libanaises. A l’initiative du Conseil des Eglises du Moyen Orient, un Comité arabe permanent de dialogue islamo-chrétien cherche activement, depuis les années 90, à promouvoir le dialogue au niveau arabe, surtout en Egypte, au Soudan, en Jordanie, en Palestine, au Liban, en Syrie et en Irak.

Fondamentalismes musulmans et chrétiens

A la fin du XXème siècle et au début du XXIème, la montée des fondamentalismes musulmans et chrétiens rend ce dialogue difficile mais de plus en plus impérieux. Un grand nombre de pays témoignent de tensions qui prennent la forme de conflits plus ou moins aigus ou larvés entre des populations musulmanes et chrétiennes. Citons à titre d’exemple : l’Egypte, l’Algérie, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Soudan, la Palestine, le Liban, les pays de l’ex Yougoslavie, la Bulgarie, la Fédération de Russie (Tchétchénie), et des pays de la CEI(3) (Arménie, Azerbaïdjan), le Pakistan, l’Indonésie, les USA, Israël, Chypre, l’Ethiopie, certains pays d’Europe occidentale (France, Espagne, Hollande, Danemark, Royaume Uni)

Ces difficultés rendent ce dialogue encore plus nécessaire et plus urgent, car il touche non seulement les aspects religieux, mais aussi toutes les relations économiques, politiques, sociales et culturelles entre des populations chrétiennes et musulmanes d’un même pays. Cela est dû surtout au fait que les musulmans sont une partie importante du tiers monde, des pauvres du sud de la planète, et que les pays industrialisés qui ont dominé et dominent encore le Sud, sont dans leur majorité des pays au moins de tradition chrétienne. C’est pour cela aussi que le dialogue islamo-chrétien est inextricablement et concrètement lié aux rapports Nord-Sud et souvent Sud-Sud.

Depuis les grandes découvertes de la fin du XVème siècle et du début du XVIème, les Eglises catholiques et évangéliques ont généralement opéré dans le sillage de l’expansion démographique, militaire, politique, économique et culturelle européenne en Amérique, en Asie, en Afrique et en Océanie. Colonisation et évangélisation allaient souvent de pair. Cela ne fut pas toujours négatif. Dans beaucoup de pays, l’évangélisation entreprise par les Eglises allait conjointement avec le développement d’écoles, de centres de soins et de santé, de modes salubres d’habitat et même l’introduction de techniques de production nouvelles. Cela sans citer des expériences révolutionnaires comme celles des jésuites au Paraguay. Mais le bilan global de la colonisation fut éminemment négatif. Et il est, de l’avis de la majorité des spécialistes, à l’origine du sous-développement.

A partir de la fin du XIX siècle, l’Eglise catholique développe un enseignement concernant la “question sociale ”. Et à partir du milieu du XXème siècle, des encycliques sont publiées par les papes Jean XXIII, Paul VI et Jean Paul II, concernant le tiers monde, le sous développement, les rapports Nord-Sud. Citons à titre d’exemple les encycliques Pacem in Terris et Populorum Progressio. La dernière étant essentiellement l’œuvre de Louis-Joseph Lebret. Ces encycliques analysaient le phénomène du sous-développement du tiers monde (causes et conséquences) et exprimaient les exigences de la foi chrétienne à ce sujet. On peut citer aussi la Lettre des évêques du tiers monde publiée dans le même sillage au cours de la seconde moitié des années 60. Ces enseignements pressaient les chrétiens à lutter pour la sortie du sous-développement en s’attaquant à la fois à ses causes et à ses conséquences.

Les cinquante dernières années ont vu se développer d’innombrables expériences, menées par les personnes ou groupes d’inspiration chrétienne dans divers domaines, au service du développement au niveau mondial, régional, comme à celui de pays, de provinces, de villages, de quartiers et de villes du tiers monde. Ce phénomène a été particulièrement intense en Amérique Latine (Brésil, Argentine, Chili, Uruguay, Bolivie, Colombie, Mexique), en Afrique, dans le monde arabe et dans certains pays d’Asie (Inde, Indonésie, Philippines). Ces mouvements concernaient des domaines divers : alphabétisation, éducation de base, enseignement général, technique et universitaire, santé, coopératives rurales et urbaines, syndicats paysans et ouvriers, “conscientisation” sociale et politique, crédits et promotion des PME, promotion de mouvements et de partis politiques, action dans les appareils étatiques, action dans les organisations internationales et régionales concernées par le développement du tiers monde ou de régions du tiers monde.

Le courant de la théologie de la libération

Au cours de ces cinquante dernières années, de nombreux chercheurs, hommes de science et hommes d’action, d’inspiration chrétienne, ont écrit et publié une riche littérature sur le sous développement, ses causes, ses conséquences et les politiques de développement. Citons certains parmi les plus connus : Louis-Joseph Lebret et Francois Perroux en France, Celso Furtado et Josué de Castro au Brésil, les économistes latino-américains de la CEPAL(4) au Chili. Leur œuvre a alimenté la réflexion et l’action de chrétiens et de non chrétiens dans les domaines du développement du tiers monde.

Les expériences, les réflexions et les écrits d’inspiration chrétienne sur le tiers monde, ainsi que l’engagement politique et social, ont amené des militants et des théologiens à formuler théologiquement leur conception de la libération du tiers monde de son sous-développement, de sa dépendance et de certains aspects de son traditionalisme, dans un courant théologique appelé théologie de la libération et cela à partir de la fin des années 60. Les représentants les plus connus de ce courant sont les latino-américains Leonardo Boff et Gustavo Guttierez. Ce courant invitait les chrétiens à s’engager dans une lutte contre les systèmes économiques politiques et sociaux en place dans le tiers monde, au niveau local, national, régional ou international. Ce courant fut, dès la fin des années 70, condamné par la hiérarchie de l’Eglise catholique. La chute du bloc soviétique et l’accélération conséquente de la mondialisation posent de nouvelles questions à ce courant(5).

Le Conseil œcuménique des Eglises et plusieurs Eglises membres menèrent, dès les années 60, une intense activité intellectuelle et sur le terrain, visant au développement du tiers monde. Des personnes (laïcs et clercs) et des institutions inspirées par ce Conseil et ses Eglises membres, agissent dans nombre de pays du Sud, dans des domaines et avec des logiques assez semblables à celles décrites plus haut pour les catholiques. Il faut noter que nombre d’Eglises orthodoxes membres de ce Conseil ont leurs fidèles dans les pays de l’ex-bloc soviétique. Certaines autres Eglises (anté-chalcédoniennes), comme les Eglises coptes d’Egypte et d’Ethiopie et les Eglises syriaques du Moyen Orient et de l’Inde ont leurs fidèles dans des pays du tiers monde (Egypte, Ethiopie, Syrie, Liban, Turquie, Irak, Iran, Inde) étroitement imbriqués avec des populations musulmanes.

L’islam et le sous développement du Sud

Comme les populations bouddhistes et hindouistes, les populations musulmanes sont pratiquement toutes dans des pays du tiers monde. Les exceptions sont les populations musulmanes de la Fédération de Russie, celles de l’ex Yougoslavie, des franges d’autres pays de la CEI, de même que les émigrés musulmans en Europe occidentale et en Amérique du Nord et leurs descendants. Près de 95 % des musulmans appartiennent donc au Sud.

Les pays ayant une population entièrement ou partiellement musulmane ont été colonisés aux XIXème et au XXème siècles, parfois par des puissances européennes. Ces formes de colonisation ont été diverses. Seuls quelques rares pays ont échappé à la colonisation directe comme l’Arabie centrale et occidentale, le Yémen, la Turquie, l’Iran et l’Afghanistan. Cette colonisation a provoqué une dépendance, une désarticulation économique et sociale et souvent un appauvrissement, causes importantes du sous développement. Une modernisation relative est apparue dans certains secteurs de l’économie, de la société, de la vie et des structures politiques.

La prise de conscience du sous-développement dans le monde musulman s’est faite sur deux registres principaux :

  • le retard technique et économique par rapport au Nord industrialisé en général. Cette prise de conscience du retard se fait dès le XVIIIème siècle chez les “Occidentalistes” ottomans qui ont été les ancêtres des Jeunes turcs fondateurs de la Turquie moderne. De même, des penseurs égyptiens comme Tahtawi avait, dès le début du XIXème siècle, visité l’Europe et en avait tiré des conclusions qui ont contribué aux courants modernisateurs réformistes musulmans et égyptiens en particulier. En outre, les “Jadids” de l’Asie centrale en voie de russification font partie de cette mouvance.
  • la domination coloniale européo-américaine et la dépendance économique politique, culturelle et idéologique qui en résulte alimentent des courants dans l’islam de rejet de l’Occident perçu comme chrétien, dominateur et cause des malheurs qui s’abattent sur le monde musulman. Ces courants apparaissent avec le Sultan Abdul-Hamid II (1876-1908) dans l’Empire ottoman en déclin. Ils s’appellent alors panislamisme, de même dans d’autres pays (Egypte, Soudan, Caucase, Asie Centrale, Perse). Ces courants furent surtout une réaction à l’expansion européenne dans le monde musulman à partir de la première moitié du XIXème siècle.

La seconde vague d’expansion européenne dans l’Orient arabe, au cours et après la Première Guerre mondiale, qui soumet l’Orient arabe aussi à la domination directe de puissances occidentales, provoque une vague de réactions de “fondamentalistes” musulmans. Apparaissent alors les Frères musulmans de Hassan Al Banna et Sayyid Qotb dans l’Egypte coloniale de l’entre-deux guerres. Ces mouvements, et d’autres de la même tendance, se répandent dans les années 40 à 60 dans le reste de l’Orient arabe (Syrie, Jordanie, Palestine, Liban,…) aidés par la Grande Bretagne, les USA et les régimes arabes pro-occidentaux (Arabie Saoudite, Jordanie) pour contrer la montée des mouvements et régimes nationalistes arabes populistes d’Egypte, de Syrie, d’Irak, des Yémens puis de Palestine et de Libye. Les mouvements inspirés par Mawdoudi dans l’Inde sous domination anglaise sont comme les précédents d’appartenance sunnite(6).

Dès la fin des années 50 au XXème siècle, se développent parmi les chiites d’Irak des mouvements fondamentalistes du même type : le parti Al-Daawa à l’initiative de la hiérarchie chiite irakienne craignant l’importante pénétration communiste parmi les chiites pauvres et marginalisés de l’Irak. Ce type de mouvements se développe en Iran, dans les années 50, 60 et 70, sous les yeux bienveillants du pouvoir iranien et de son protecteur américain d’alors. Les deux voyaient dans cette mouvance religieuse chiite, le meilleur antidote au Front nationaliste de Mosadegh (qui avait nationalisé le pétrole en 1951) et au parti communiste (Toudeh) iranien. Ce sont ces mouvements qui ont fait la Révolution islamique d’Iran en 1979.

Les mouvements fondamentalistes sunnites du monde arabe, du Pakistan, de l’Afghanistan et de l’Asie Centrale, du Sud et du Sud-Est sont inspirés à l’origine par l’expérience des Frères musulmans d’Egypte, leurs enseignements et ceux de Mawdoudi. Ces mouvements étaient au cours de la guerre froide dirigés surtout contre les régimes et mouvements nationalistes, laïcs, populistes, socialistes et communistes et jouissaient de la sympathie et de l’appui des Anglo-Saxons jusqu’à ce qu’ils changent d’objectifs après la chute du bloc soviétique. Ces mouvements ont contribué au développement ou à l’explosion des guerres, en partie civiles, d’intensités très variables, dans un certain nombre de pays (Indonésie, Philippines, Afghanistan, Liban, Syrie, Egypte, Algérie, Nigeria, Soudan, ex Yougoslavie, Tchétchénie, etc.). De même, ils ont contribué à des guerres contre des envahisseurs (en Afghanistan, au Liban, en Palestine, en Iran et ailleurs).

Les difficultés du dialogue islamo-chrétien

Le polycentrisme idéologique et religieux du monde musulman et la relative centralisation des Eglises chrétiennes en général et de l’Eglise catholique en particulier sont une des difficultés de ce dialogue. Il n’y a pas actuellement de discours musulman plus ou moins centralisé sur le sous-développement, ses causes et ses conséquences. Cela constitue une seconde difficulté de ce dialogue.

Des partenaires potentiels en faveur de ce dialogue existent pourtant :

  • des tendances sont apparues au cours du XXème siècle dans plusieurs groupes, intellectuels et politiques du monde musulman, percevant le sous-développement sous le double aspect du traditionalisme et de la dépendance. Ces tendances appelaient et tentaient d’agir pour un développement synonyme de modernisation dans l’indépendance. On peut citer dans ce registre, les expériences kémaliste en Turquie, nassérienne en Egypte et soekarniste en Indonésie. Ali Butto au Pakistan se rapprochait de cette optique.
  • d’autres tendances insistent sur la nécessité d’interpréter l’islam de l’intérieur pour qu’il puisse traiter des problèmes du monde contemporain, tout en conservant l’essentiel de ses valeurs et de son message. On trouve dans ce second groupe de tendances, aussi bien des personnalités que des groupes : Imam Moussa Es Sadr et les groupes qu’il a crées et animés au Liban et en Iran, la tendance khatemiste de l’Iran actuel, l’Emir Hassan Ibn Talal et les groupes qu’il anime en Jordanie, des intellectuels égyptiens tels que Tarek El Bichri, Mohammad El Aauwa, Fahmi Houeidi, Izzeddine Ibrahim, un certain nombre d’intellectuels et de groupes au Maghreb, en Afrique Noire, en Turquie, en Asie du Centre, du Sud et du Sud-Est, dans les pays balkaniques et dans ceux de la CEI.
  • d’autres acteurs potentiels de dialogue sont constitués par les institutions dans la mouvance de l’Organisation de la conférence islamique créée à Jeddah en Arabie Saoudite, dans la première moitié des années 70 du siècle passé. Cette organisation regroupe des pays entièrement ou partiellement islamiques. Elle est dotée d’institutions économiques et culturelles situées en Turquie (Ankara et Istanbul) et en Arabie (Banque islamique de développement). D’autres pays arabes et musulmans ont aussi des organismes de financement du développement (le Fonds saoudien de développement, le Fonds koweïtien de développement économique et social, le Fonds d’Abou Dhabi pour le développement sont parmi les plus connus). Un dialogue avec certains de ces organismes pourrait s’avérer utile. Certains d’entre eux ont des statuts intéressants dans différents organismes internationaux.

Le dialogue islamo-chrétien sur les thèmes du sous-développement et du développement doit tenir compte de la différence de contextes et d’expériences historiques entre le christianisme et l’islam. La religion musulmane conserve plus d’emprise sur la vie sociale, familiale et politique dans les communautés musulmanes.

En dépit des difficultés du dialogue islamo-chrétien, en général, ce dialogue sur le sous- développement et le développement est nécessaire, car il concerne l’avenir de notre planète. Les deux religions portent des valeurs et des enseignements tirés en partie de la tradition abrahamique commune.

Chrétiens et musulmans vivent ensemble dans le tiers monde : en Afrique, dans le monde arabe, dans de nombreux pays d’Asie, dans certains d’Amérique Latine et affrontent les mêmes problèmes liés au sous-développement, à la dépendance, à la pauvreté, à l’injustice sociale et à la dégradation de l’environnement. Leurs religions prêchent la justice, la charité, la solidarité, la défense de la vie. C’est pour cela aussi que leurs représentants ont souvent des positions voisines dans des conférences internationales.

Pour conclure, on ne saurait trop insister sur l’exemplarité du cas libanais qui mérite d’être médité. Après quinze années de guerre entre des protagonistes locaux, régionaux et internationaux, les Libanais des différentes communautés religieuses, chrétiennes et musulmanes ont intensifié leurs échanges, redéveloppé des institutions de dialogue autour de leurs problèmes politiques, économiques et sociaux. Et ce, malgré toutes les contraintes qui pèsent sur eux du fait de leurs liens avec le conflit israélo-arabe, de leur souveraineté incomplète et des menaces qui guettent l’ensemble de l’Orient arabe un an après le 11 septembre 2001.

Boutros Labaki

Notes

[1] - Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington, Paris 2000, O. Jacob.

[2] - La fin de l’Histoire et le dernier homme par Fukujama, Paris 1994, Flammarion.

[3] - Communauté des Etats Indépendants (ex pays communistes de l’Est)

[4] - Commission économique pour l’ Amérique Latine et les Caraïbes (ONU).

[5] - Lire à ce sujet : "La théologie de la libération face à la mondialisation néolibérale : le marché, usurpation du sacré" dans Foi et Développement n° 304, juin 2002

[6] - Les sunnites sont la communauté majoritaire dans l’islam (près de 80%). Ils sont, à l’origine, les partisans de Abou-Bekr Al Saddiq, un des premiers califes de Mahomet, et sont opposés aux partisans de Ali Ibn Abi Taleb cousin et gendre de Mahomet, qui fut Calife plus tard. Les partisans de Ali (Alides) sont dans leur grande majorité les actuels chiites qui ont été des opposants aux pouvoirs musulmans tout au long de l’histoire islamique. Les chiites qui constituent 10 à 15 % des musulmans aujourd’hui sont essentiellement concentrés en Iran (majorité de la population), en Irak (55 % de la population), au Liban, au Pakistan, en Irak, à Bahreïn.


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