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Violence, arbitraire, terreur... Le drame de sociétés sans dialogue

Foi et développement, n°303, mai 2002

par Bienvenu Mayemba

La force d’un peuple n’est pas du côté de la violence. Elle vient de la justice. Selon notre auteur, "la vérité et l’objectivité s’imposent à l’adhésion de l’esprit par la force des arguments et non par les arguments de la force". Le principe étant posé, il s’agit d’en prouver le bien-fondé.

Bienvenu Mayemba, qui signe ces pages, est un jésuite né à Kinshasa en 1971. Après des études de philosophie consacrées notamment à la pensée de Maurice Merleau-Ponty, il étudie la théologie au Hekima College de Nairobi, au Kenya. Son parcours se reflète dans les réflexions qu’il nous propose. A l’arrière-plan, l’histoire de son pays, bien sûr, le Zaïre de Mobutu "reconverti" dans la République Démocratique du Congo de Joseph Kabila. Mais aussi les blessures dues aux systèmes qui érigent la haine en dogme politique.

La violence, l’arbitraire et la terreur sont plus que jamais de banals instruments de pouvoir. Cet "état de violence" auquel n’échappent pas les grandes nations, dont les Etats-Unis de l’après 11 septembre ou la Russie embourbée en Tchétchénie, ne saurait bénéficier d’une quelconque indulgence. Le principe même de l’Etat de droit auquel nous sommes attachés exclut de confondre justice et vengeance. Une exigence mise à mal par les attentats, agressions et bombardements impliquant massivement des populations civiles, chose courante de nos jours. Notre "civilisation" régresse vers la barbarie. La tentation des extrêmes s’étend aux démocraties européennes.

Nous l’avons dit, nous le répéterons : il n’y a pas développement fondé sur les armes. En outre, selon notre foi, la paix est un don de Dieu. La préserver est une tâche de l’homme. La restaurer est, par excellence, de la responsabilité des "humanistes", croyants ou non. C’est donc à nous tous, ensemble, de refonder "l’humanisation de l’humanité". L’analyse de Bienvenu Mayemba, encore empreinte d’un juvénile enthousiasme, nous y invite.

Albert Longchamp

Bien des événements actuels perturbent le maintien de la paix dans de nombreuses parties du monde, spécialement en Afrique. L’une des marques de notre histoire contemporaine semble être la violence et le malheur. Nous sommes continuellement confrontés à la violence, à la guerre, à la cruauté, à la terreur et à la mort. Il y a ainsi des réalités dont il nous faut reconnaître l’horreur afin de les combattre au nom des valeurs de la liberté et de la vie. Ces réalités nous marquent, nous interpellent et nous mobilisent pour rechercher la survie de l’humanité dans une plus grande solidarité et une plus grande harmonie entre les peuples de la terre.

En août 1998, les ambassades américaines au Kénya et en Tanzanie sont piégées et bombardées ; de nombreuses vies humaines périssent. En août 1999 et juin 2000, deux armées étrangères, celle du Rwanda et de l’Ouganda - qui par ailleurs occupent encore impunément et illégalement une grande partie du Congo - s’affrontent sur le territoire congolais, tuant des milliers de populations civiles. Le 11 septembre dernier, le monde assiste à une autre tragédie : le bombardement de deux institutions américaines, le Pentagone et les deux tours du World Trade Centre : plusieurs milliers de personnes sont tuées, victimes d’un acte terroriste. Les Américains, en coalition avec les Britanniques, répliquent en lançant l’Opération Justice infinie : la nouvelle guerre contre le terrorisme tue de nombreux civils en Afghanistan.

Ces milliers de morts en rappellent d’autres dans divers pays du monde oú l’instinct de destruction l’emporte sur la raison et le sens humain : le double génocide rwandais des Tutsi et des Hutus, l’extermination des Albanais au Kosovo, les massacres perpétrés dans les régions congolaises de Kasika (1998), Makobola (1998), Kahungwe (1999) et Katogota (2000) par l’armée rwandaise qui soutient une des fractions rebelles. Tous ces milliers d’innocents, dont les vies sont arbitrairement supprimées, sont victimes de la déraison et de la violence. Ils sont des sacrifiés d’un ordre socio-politique où se cultivent la haine et la vengeance et où règnent des injustices criantes, des oppressions brutales, des arrestations ou exécutions sommaires et des idéologies vénéneuses et meurtrières.

Dans un tel contexte marqué par la logique de la raison du plus fort, les droits et la dignité de la personne sont continuellement bafoués. La vie et la liberté humaine semblent perdre leur inviolabilité et leur irréductibilité. Il est donc important que toutes les personnes de bonne volonté se mobilisent pour dénoncer le terrorisme, la violence et la guerre et pour promouvoir une culture de la vie, du dialogue, de la paix, de la justice et du respect de la différence.

Notre réflexion se veut une option contre la terreur de l’arbitraire et l’horreur de la guerre. Elle prend position contre tout ordre social sans dialogue, sans droit ni justice et contre tout acte qui porte atteinte aux valeurs de la démocratie et aux droits fondamentaux de la personne humaine. Cette réflexion comporte trois points. Le premier et le deuxième dénoncent la violence, l’arbitraire, la terreur et la guerre. Le troisième point promeut le dialogue comme fondement de la paix.

L’arbitraire cultive le totalitarisme

Par arbitraire, nous entendons tout acte ou attitude d’une personne ou d’un ordre social qui s’érige en une référence universelle ou en une instance ultime d’objectivation s’imposant comme liberté absolue__ et monopole de la justice et de la vérité. Une personne ou un pouvoir arbitraire est marqué par une intolérance radicale et une volonté extrême d’uniformisation ou de conformisation. Celle-ci, allergique à toute créativité et à toute remise en question, exploite des “méthodes coercitives de conditionnement” (Hannah Arendt) pour contraindre les autres à correspondre à un paradigme idéologique préconçu ou pré-établi. L’arbitraire, dans son excessif vouloir de totalisation, sur-exalte la “totalité” ou l’impérialisme violent du "Je", dénie à Autrui la possibibilité d’être autre et le réduit à une chose sur laquelle s’exerce une volonté de puissance.

Dans cette perspective, l’arbitraire cultive le totalitarisme, c’est-à-dire cette politique qui se structure autour de la violence. Mutilant la réalité, l’amputant de tout ce qui peut lui résister, le totalitarisme cherche à manipuler et à endormir les mémoires et les consciences. Le système totalitaire, en effet, n’ouvre aucune porte au débat ni à la participation politique libre des citoyens. Il entretient une aspiration à la fusion qui élimine toute altérité, refuse toute controverse et considère la contradiction comme une imperfection à supprimer.

Autocratique et terroriste, il méconnaît l’existence de "l’exclusion mutuelle" entre une "autorité absolue et incontestée" et le "domaine de la politique" qui se veut "espace de paroles échangées" (Hannah Arendt), c’est-à-dire le lieu du dialogue, de la discussion et de l’interlocution. Il s’enferme dans une totalité qui exclut toute opposition et toute multiplicité. Il comprend le principe politique comme la résorption des différences et ramène ainsi l’espace public à l’un. Ce qui entraine la ruine de la Cité qui, elle, se constitue essentiellement de la pluralité et de l’interaction des citoyens.

La violence, source d’insécurité et de guerre

En tant que mépris de la liberté, négation des identités particulières et refus du dialogue, le sytème marqué par l’arbitraire entraîne des tensions et conduit à la violence. Et la violence contre la vie ou la dignité humaine est toujours quelque chose d’odieux. Elle ne peut favoriser la démocratie ni un Etat de droit. Source d’insécurité et de guerre, la violence bafoue les droits humains, détruit les vies humaines, brise les familles et déstabilise la vie socio-politique, économique et culturelle. A cause d’elle, bien des personnes sont privées –“injustement et par la force - des choses essentielles à la vie et de la vie elle-même”, et se retrouvent courbées sous “le poids de l’existence de manière telle que la grande tâche est simplement de survivre(1), n’ayant droit ni à la dignité, ni à la parole, ni même au pouvoir de faire valoir leurs droits.

La violence et la guerre ont des conséquences horribles. Elles nous mettent en contact avec l’intolérable. Elles engendrent des massacres, des pertes énormes de vies humaines, la propagation de maladies, les gémissements, les pleurs, les frustrations, les haines, les rancoeurs, la vengeance, l’annihilation de l’ennemi, les pillages, la destruction des infrastructures économiques, la ruine, l’endettement, la misère, le désespoir, la désolation matérielle et spirituelle ; bref une catastrophe humaine et écologique(2). Elles entraînent l’effritement ou la relativisation des valeurs humaines, en particulier le respect de la vie et de la personne humaine. Elles constituent donc un affront au projet de Dieu et un défi pour vivre pleinement l’Evangile(3).

En effet, la vie et la liberté humaine comportent une dignité absolue et les droits humains, que synthétise si bien la Déclaration universelle des Droits de l’homme, ont valeur irréductible. Personne ni aucun ordre social n’a le droit de tuer ou de soumettre un être humain à la servitude. C’est ainsi que sont à dénoncer et à condamner toutes religions, personnalités ou nations qui, défiant les valeurs ou les exigences démocratiques d’un Etat de droit, soutiennent le racisme, l’esclavagisme, le terrorisme, la violence ou la guerre, sous toutes leurs formes.

Toute atteinte à la dignité ou à l’intégrité humaine est une violation à dénoncer. La violence et la guerre constituent l’expression flagrante et tragique de cette violation et ne doivent qu’être condamnées. “Elles ne cessent de multiplier le nombre de nos morts inutiles et d’accroître le flot de malheureux sans abri ni logis dont le nombre toujours croissant a d’ailleurs vaincu la patience de beaucoup et n’émeut plus l’opinion, étant devenu étonnamment un lot quotidien avec lequel le monde doit désormais compter(4).

La guerre défigure l’humain

Dans cette perspective, il n’y a pas de sens à donner à la “guerre juste”ou à la “guerre sainte”. Dieu ne peut tolérer la guerre. Il est si plein de sollicitude et de compassion qu’il ne peut se contredire en approuvant la violence ou les crimes contre des êtres qu’il a lui-même créés par amour et à son image. La guerre est toujours destructrice. Elle défie l’oeuvre de la création, défigure l’humain, transgresse la loi de l’amour et altère le visage de Dieu. Aucune religion ni aucun pouvoir politique ne doit donc, au nom de Dieu, porter atteinte à la vie, à la personne humaine ou au bien-être de la société. Ami des pauvres et des coeurs brisés, Dieu ne peut être que pour la paix. Il est le Dieu de la paix dans la justice. Il est le Dieu de l’égalité, de l’horizontalité, de la fraternité, de la réconciliation, de la solidarité, de l’espérance, de l’ordre démocratique qui exige que personne ne soit considéré comme sans valeur, en dessous des autres.

Somme toute, il est facile de justifier la guerre, spécialement la “guerre juste” lorsqu’on se situe du côté du plus fort, du côté des fabricants, des marchands ou des exportateurs d’armes, du côté de ceux qui sont militairement puissants, de ceux qui sont loin ou épargnés des conséquences horribles de la guerre. On pense autrement lorsque l’on s’ouvre à la voix ou à l’expérience des victimes, c’est-à-dire lorsque l’on réalise la brutalité, la tragédie, le traumatisme, la dépersonnalisation, les violations et les perturbations psychologiques et socio-économiques qu’entraîne la guerre. La solidarité avec les civils ou les innocents et le principe de non-violence ou de paix refusent à la guerre toute possibilité d’une légitimité morale.

La guerre a toujours des conséquences imprévisibles. Il nous faut donc dépasser le fanatisme ou les idéologies sans cohérence éthico-politique qui prétendent justifier la nécessité de la guerre comme seul moyen pour rétablir la démocratie, la justice et la paix. Donc, quand on réfléchit sur la guerre, spécialement sur la “guerre juste”, on doit être rigoureux et faire preuve d’esprit d’analyse. Une approche phénoménologico-éthique s’impose. L’enjeu éthique de la guerre ne doit jamais être ignoré. On ne doit jamais laisser sous silence le sens de l’humain, la valeur de la vie et les horreurs vécus par les victimes.

Toutefois, le refus de la guerre et de la violence ne signifie nullement l’option pour un pacifisme abstrait qui ne percevrait pas l’enjeu d’un peuple ou d’une destinée en péril. Il est question d’une quête, d’une volonté engagée pour un vivre-ensemble harmonieux entre les humains. Cette quête implique une vigoureuse dénonciation de toute atteinte à la vie ou aux droits de la personne. Elle suppose une ferme résistance contre tout ce qui ne garantit pas la paix et toute forme de défaitisme ou de pessimisme face aux défis d’une paix durable, d’un dialogue vrai ou d’un consensus authentique.

Dès lors, autant il faut désapprouver l’attentat terroriste du 11 septembre dernier aux États-Unis, autant il faut dénoncer l’attaque militaire de l’Afghanistan par les Américains et les Britanniques. C’est le même drame insupportable qui se vit de manière plus cruelle au Congo où les armées rwandaises et ougandaises, jusqu’à plus de 1000 km de leurs frontières, règnent en maître et parfois même s’affrontent, causant des dégâts matériels et des pertes de vies humaines. Aucun pays ne peut s’octroyer la légitimité d’agresser, d’occuper ou de bombarder un autre pays, tuant ainsi des civils innocents. Aucune population ne doit non plus être privée du droit au refuge, à l’exil ou de vivre sur une terre qui lui appartient, à l’exemple des Palestiniens.

Pour une culture du dialogue

La paix est un don de Dieu. Mais elle dépend de la responsabilité des humains qui peuvent la cultiver ou non. La sauvegarde de la paix est importante pour la construction, la stabilité et la prospérité des nations. Elle favorise la complémentarité et la communion harmonieuse entre les hommes. Cette communion se brise lorsqu’émergent l’arbitraire ou le totalitaire, bafouant les droits humains, cultivant les haines et les divisions.

L’attitude impérialiste engendre des révoltés, des déshérités, des miséreux, des rancœurs, des conflits, des tensions et des guerres. Ces conflits, tensions et guerres perturbent et déshumanisent l’ordre social. Ils constituent un défi contre un avenir radieux de l’humanité. Il convient donc de les prévenir en éduquant à la solidarité et à la paix dans la justice. Et de les gérer en promouvant la culture de la non-violence, du consensus et de la démocratie.

Un regard panoramique sur les temps actuels nous confirmera que notre monde a besoin de paix, de justice, de réconciliation, d’harmonie et de solidarité entre les nations, entre les peuples, entre les ethnies et entre les humains. Cette paix, dont l’avènement est rendu éphémère par tant de conflits, de violences et de guerres, ne peut se consolider que si elle est recherchée dans le droit et la justice. C’est-à-dire sans complaisance ni hypocrisie, sans vengeance ni haine, sans vouloir écraser ni confondre celui qu’on considère comme adversaire.

Dans un univers qui se planétarise, révélant bien des inégalités et des réalités d’impérialisme et de dépendance, le dialogue et la négociation sont nécessaires pour que la loi du plus fort ne s’institutionalise pas et que les plus puissants ne se plaisent pas à anéantir, à marginaliser ou à opprimer les plus faibles. Dès lors, la mobilisation contre l’arbitraire, la violence et la guerre doit impliquer l’engagement pour le dialogue et la paix dans la justice. En effet, si l’arbitraire et la violence ruinent la société, le dialogue et la paix l’édifient et la stabilisent.

Le dialogue ouvre à l’altérité, au respect du pluralisme et au consensus. Il favorise la réconciliation, l’harmonie dans la différence. En tant que tel, le dialogue constitue le fondement de la paix. Mais cette paix ne peut pas s’enraciner ni se consolider sans la justice. En effet, se conformer aux “exigences de solidarité et de promotion des droits de l’homme dont les violations conduisent à la guerre”, c’est lutter pour une paix qui “n’est pas seulement regardée comme une absence de guerre, mais comme une oeuvre de justice (action morale) inscrite dans la réalité (action juridique)(5). La paix ne se réduit pas à l’absence de guerre ni à une simple tranquilité. Celle-ci pourrait n’être qu’apparente et voilant un profond malaise ou une tension comprimée. Pensons, comme le fait Ntima Nkanza, à la “paix” de ces sociétés où les peuples, baillonnés par la peur de la répression et de la mort, renoncent à crier leur désarroi ou leur soif de paix, préférant se résigner en silence et passer leur existence en situation d’esclaves d’une poignée de politiciens inconscients et irresponsables(6).

Droits et devoirs de chacun

C’est dire qu’il n’ y a pas de paix durable et authentique sans une structure sociale juste, fondée sur une politique de bonne gouvernance et d’alternance démocratique. Une telle structure garantit la paix en tant qu’elle promeut le bien commun, veille aux droits et devoirs de chacun, respecte, assume et canalise les diversités, les libertés et les énergies créatrices. La justice permet de rechercher les conditions fondamentales qui assurent aux êtres doués d’intelligence et de liberté une existence digne des personnes humaines créées à l’image et à la ressemblance de Dieu. Elle nous dispose à organiser nos Etats en des pays où chaque citoyen et tous les peuples vivent ensemble dans la paix, l’harmonie et la prospérité(7).

La promotion de la paix s’accompagne donc de la mobilisation pour le bien commun, c’est-à-dire l’ensemble des conditions générales qui, au sein d’une société, permettent la vie en commun tout en facilitant à chaque individu la poursuite de sa vocation propre. Et en créant entre tous une réelle solidarité dans la réalisation d’un idéal commun en conformité avec la fin voulue par Dieu(8). Ainsi compris, le bien commun ne peut être recherché que dans un Etat de droit, c’est-à-dire dans un Etat qui favorise le sens de l’humain et la promotion mutuelle des personnes vers l’accomplissement plénier de leur humanité. “L’Etat de droit met en avant, non des personnes, mais des principes qui expriment la volonté morale du peuple. Il évite, par là, la naissance d’oppositions régionales ou ethniques. Il permet la cohérence administrative et la productivité économique ; il engendre la justice sociale. Il faut militer en faveur de l’Etat de droit qui, seul, indépendamment de l’identité des personnes qui exercent le pouvoir, garantit la moralité publique et, par elle, le bien commun et l’équilibre social(9)” .

L’Etat de droit met en valeur la personne humaine, la vie et la liberté qui sont “des biens indissociables : quand l’un de ces biens est lésé, l’autre finit par l’être. Il n’y a pas de liberté véritable là où la vie n’est pas accueillie ni aimée ; et il n’y a pas de vie en plénitude sinon dans la liberté(10). L’Etat de droit est donc seul capable de promouvoir l’humain selon les valeurs du Royaume de Dieu ; ce Dieu qui rejette tout sacrifice humain et qui s’oppose à la guerre et à __toute forme de violence. En effet, la violence n’est-elle pas un mal et une réalité inacceptable comme solution aux problèmes ? N’est-elle pas indigne de l’humain en tant qu’elle détruit ce qu’elle prétend défendre : la dignité, la vie, la liberté des êtres humains ?(11)

La société est le lieu du pluralisme

Il existe une égalité foncière entre toutes les personnes appelées à vivre en société. Cette égalité foncière implique que personne ne puisse s’ériger en une liberté uniformisante ou en une volonté unique auxquelles les autres doivent soumission aveugle et absolue. C’est sur cette égalité que se fonde la société. Celle-ci est le lieu du pluralisme et de la participation politique. Elle est l’espace où la personne humaine s’épanouit dans l’harmonie et la solidarité avec les autres, dans la sécurité, la joie de vivre, la liberté et la dignité d’être créé à l’image de Dieu. Ces exigences vitales ne trouvent leur pleine réalisation que dans un ordre social qui valorise le bien commun, la vie et tous les droits fondamentaux de la personne humaine. L’Etat de droit est l’incarnation de cet ordre social. Seul l’Etat de droit, en effet, favorise l’humanisation de la société, promeut la démocratie et cultive le sens éthique.

L’Etat de droit fait émerger l’humain. Il reconnaît que la personne humaine est une valeur inviolable. Dès lors, toutouvoir politique doit être à son service et viser son accomplissement plénier. Ainsi, l’engagement pour la dignité humaine s’oppose à tout ce qui est arbitraire et totalitaire : terrorisme, racisme, discrimination, atteinte à la vie et à la liberté personnelle, violation de la souveraineté nationale, agression de l’intégrité territoriale, occupation militaire illégale, massacres ou extermination des populations, ethnicisation de la politique, politisation des conflits, fondamentalisme religieux, guerre ou violence.

Cet engagement se veut promotion du dialogue, du consensus, de la réconciliation et de la paix dans la justice. Et “la construction de la paix passe par l’éducation à la paix et à la concorde entre les hommes, entre les nations. Elle implique une volonté de faire la paix ensemble avec les autres hommes, au-delà des sentiments d’injustice et de mépris, de rancune et de rancœur (qui confondent justice et vengeance), mais dans la vérité, la justice et le respect de la dignité de la personne humaine en soi-même et dans l’autre(12).

Contre l’arbitraire, le terrorisme et la guerre, notre engagement pour le dialogue et la paix dans la justice puise son inspiration et ses énergies en ce Dieu révélé par Jésus-Christ. Ce Dieu est un Dieu de la paix et de la vie. Solidaire avec les pauvres et les cœurs brisés, il est leur refuge et leur espérance. Il ne peut soutenir la violence ni la guerre.

Tels sont les défis qui nous interpellent et qui exigent de nous une conscientisation sans complaisance et une mobilisation sans hypocrisie en vue d’un monde renouvelé où règnent le dialogue, la paix, le droit et la justice et où sont unanimement combattus la terreur de l’arbitraire, le drame de la violence et l’horreur de la guerre. Sensibilisons-nous ainsi, dès à présent, pour que dans nos débats et nos espaces socio-politiques, la vérité et l’objectivité s’imposent à l’adhésion de l’esprit par la force des arguments et non par les arguments de la force.

Bienvenu Mayemba

Notes

[1] - Jon. Sobrino, La violence de l’injustice, in Concilium, n. 272 (1997), p. 9.

[2] - Cf. Evêques du Congo, Conduis nos pas, Seigneur, sur le chemin de la paix, in Congo-Afrique, n.330 (1998), p. 582 ; Bienheureux les artisans de paix. Les événements actuels et l’avenir du Zaïre", in Congo-Afrique, n.312 (1997), p. 69.

[3] - Cf. Evêques de l’Afrique Centrale, Vous êtes tous frères (Mt.23,8.) : Arrêtez les guerres !, in Congo-Afrique, n. 340 (1999), p. 581-585.

[4] - Ntima Nkanza, La paix se gagne…, in Telema, n.4 (2000), p. 2.

[5] - J. Joblin, De la guerre juste à la construction de la paix, in Documentation Catholique, n° 2206 (juin 1999), p. 593.

[6] - Cf. Ntima Nkanza, La paix se gagne…, in Telema, n°4 (2000), p. 4.

[7] - Cf. Evêques du Congo, Caïn, qu’as-tu fait de ton frère ? Message de Nazareth pour le 39è anniversaire de l’indépendance du pays, in Documentation Catholique, n° 2212 (17 octobre 1999), p. 912 ; évêques d’Ukraine, La tâche des chrétiens dans la société moderne en Ukraine. Lettre des évêques de l’Eglise gréco-catholique, in Documentation Catholique, n° 2206 (20 juin 1999), p. 581.

[8] - Cf. Concile Vatican II, Gaudium et Spes. Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde moderne, n° 40 ; M. Novak, Démocratie et bien commun, Paris, Cerf, 1991, p. 11 ; Saint Thomas D’Aquin, Somme Théologique, I-II, Q.90, a.2, Paris, Cerf, 1984, note de J.-M. Aubert, p. 551.

[9] - J.-M. Van Parys, Pour un Etat de droit, in Renaître, n° 11 (15 juillet 1994), p. 3

[10] - Jean-Paul II, Evangelium Vitae. Sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, n° 96, Kin, MédiasPaul, 1995, p. 142.

[11] - Cf. L.S. Cahill, Christian Just War Tradition : Tensions and Development, in Concilium, n.1 (2001), p. 81.

[12] - Ntima Nkanza, La paix se gagne…, in Telema, n.4 (2000), p. 4.


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