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Migrants : un continent à la dérive

Foi et développement, n°301, février-mars 2002

par Maryse Durrer

"Nous sommes convaincus, affirmait Juan Somavia, directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), lors d’une conférence donnée à Bangkok le 15 février 2000, que la mondialisation ne durera que si elle permet d’offrir un travail décent à tous. C’est mon épreuve de vérité pour la mondialisation". Nous pouvons dire, avec l’article de Maryse Durrer, que le problème des migrations et le sort des migrants est notre épreuve de vérité à Foi et Développement pour l’avenir de la mondialisation.

Un "travail décent" : le rêve est simple. Comme la paix, la justice, la dignité ou la liberté. La réalité, au contraire, est têtue et complexe. L’OIT avance le chiffre de 176 millions de migrants à travers le monde. Un gigantesque déplacement de populations assorti le plus souvent de souffrances dues au déracinement et à la dislocation des familles, de difficultés d’adaptation et d’intégration, de conditions de travail, d’habitat, de santé, insuffisantes voire déplorables. Sans parler des migrants clandestins, sans papiers… En voyage sans issue.

Le problème des migrants est à la fois humanitaire, politique, social et juridique, le tout évoluant dans un vide abyssal. Maryse Durrer souligne un fait peu connu et pourtant tellement significatif : la Convention internationale sur les droits des migrants est prête depuis 1990. Mais, durant plus d’une décennie, on n’a pas trouvé les vingt Etats décidés à la ratifier, ce qui lui permettrait d’entrer en vigueur. La migration implique donc, à l’heure actuelle, au début du XXIe siècle, une entrée en zone de non-protection !

Loin de freiner les "processus d’exclusion et d’exploitation", notamment des femmes, la mondialisation amplifie les effets pervers de l’économie ultra-libérale sur l’emploi. Ce seul fait indique le retard pris par la mondialisation "sociale" sur la globalisation du commerce. Il était temps d’en prendre conscience.

Albert Longchamp

Migrations… Peu de mots sont assortis d’un aussi grand nombre de qualificatifs tant positifs que négatifs. On parle de migration sauvage, enrichissante, contrôlée, volontaire, provoquée, nécessaire… Quel que soit l’adjectif choisi, derrière ce mot se cachent des destinées humaines : des femmes et des hommes quittant leur pays et leurs racines pour fuir à l’étranger. Un étranger toujours synonyme d’espoir, de recherche d’un mieux vivre. Le plus souvent, malheureusement, la réalité est tout autre.

UN VÉRITABLE DÉPLACEMENT DE POPULATIONS

Schématiquement on distingue trois familles de migrants, même si souvent les causes de la migration se recoupent ou se superposent. Il y a d’abord les personnes déplacées dans leur propre pays ; ensuite les réfugiés qui fuient la guerre, la persécution ou les catastrophes ; enfin les personnes à la recherche d’un emploi, soit parce que leur pays n’offre que peu de possibilités de subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille, soit parce qu’elles pensent avoir ailleurs de meilleures chances de mettre en valeur leurs connaissances et leurs talents. Appartenir à l’une ou l’autre de ces catégories a une très forte incidence sur les conditions de départ et d’arrivée.

Selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale du travail (OIT), on estime à 176 millions le nombre de migrants à travers le monde. L’équivalent d’un sixième continent ! Ce chiffre ne cesse de croître d’année en année. Il faut noter cependant que 60% de l’ensemble des migrants se situent dans l’hémisphère Sud et y restent et que 15% seulement sont clandestins.

On assiste aujourd’hui à un véritable déplacement de populations lié au phénomène de la mondialisation libérale. L’émigration n’obéit plus aux mêmes règles qu’autrefois. Elle n’est plus seulement économique, individuelle et temporaire mais tend à devenir familiale et durable. Ce sont des familles entières qui émigrent à la recherche d’une vie meilleure, à l’exemple de cette famille chinoise : "Je m’appelle Yu, je suis arrivé en France en 1990, je viens de Canton. Je suis entré sans visa. J’étais avec ma femme et mon enfant qui avait six ans. Nous avions un visa pour la Yougoslavie et ensuite nous avons pris le train. J’avais très peur. Je suis venu en France parce que je travaillais dans une banque et que je gagnais très mal ma vie, j’avais juste de quoi vivre. On disait qu’on gagnait mieux sa vie en France".

Alors que la mondialisation génère une augmentation continue du commerce international, de la circulation des capitaux et des services, le droit à la mobilité - tout spécialement pour les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile - a été sévèrement restreint. Les gouvernements du Nord aussi bien que ceux du Sud tentent de limiter les déplacements des personnes à l’intérieur de leurs territoires. Mais malgré ces efforts pour contrôler la migration, celle-ci ne fait qu’augmenter, tout particulièrement la migration illégale. Tous les indicateurs montrent que, dans notre monde globalisé, les flux migratoires continueront de grossir dans les années à venir.

Tant que la communauté internationale n’aura pas fait preuve d’une volonté politique déterminée de s’attaquer aux causes réelles de l’inégalité et de la violence qu’elle engendre, la migration "sauvage" continuera avec son flot de souffrances et d’injustices.

DES INTÉRÊTS CONTRADICTOIRES

De tous temps, certains pays ont été incapables d’offrir un emploi rémunérateur à leurs travailleurs potentiels alors que d’autres manquaient cruellement de main d’œuvre. Nombre de pays ont connu alternativement des périodes d’émigration et des périodes d’immigration. Actuellement, un des cas les plus spectaculaires est celui de l’Irlande. Pays de départ pendant près de deux siècles, il est devenu depuis peu pays d’accueil. Et la population découvre avec effarement aujourd’hui qu’elle développe à l’égard des travailleurs étrangers les mêmes sentiments ambigus qui ont fait tant souffrir les Irlandais lorsqu’ils étaient eux-mêmes immigrants.

Il est évident que, dans la majorité des cas, c’est la conjoncture économique qui déclenche le phénomène de migration. La migration s’oriente toujours des pays les plus pauvres vers les pays plus favorisés avec, pour les pays de départ, des conséquences à la fois positives et négatives. En effet, si les émigrés envoient en retour de l’argent à leurs proches restés au pays, ces pays perdent souvent des forces vives qu’ils avaient formées à grands frais. Ainsi l’Afrique perd 30% de sa main d’œuvre qualifiée au profit des pays développés et beaucoup de pays africains n’ont plus les ressources humaines suffisantes pour soutenir leur développement économique et construire les infrastructures de base dont ils auraient besoin. L’émigration contribue donc à élargir le fossé entre pays riches et pays pauvres.

Dans le même temps, les pays de départ acceptent de voir partir des masses peu éduquées dans l’espoir qu’elles reviendront en ayant acquis une formation professionnelle et de plus munies d’un pécule. C’est ainsi que certains pays ont inclus dans leur plan de développement la formation de travailleurs qualifiés pour l’émigration, tablant sur le retour de ces migrants après quelques années. Le Bangladesh et les Philippines, par exemple, se sont "spécialisés" dans la formation d’infirmières. Ils en forment beaucoup plus que nécessaire pour couvrir les besoins locaux. Mais le revers de la médaille est que, quittant le pays comme infirmières diplômées, elles ne se voient offrir, le plus souvent, à l’étranger que des postes d’aide-infirmières.

Dans les pays d’accueil, les effets de l’immigration sont de deux ordres : d’une part, une main d’œuvre souvent plus “souple ” que la main d’œuvre locale et des travailleurs qualifiés qui n’ont rien coûté pour leur formation, d’autre part une difficulté de la population à accepter des gens d’une autre culture, parlant une autre langue. Ainsi les intérêts des pays de départ et d’accueil sont totalement contradictoires.

Comme nous l’avons déjà souligné, les pays d’accueil ouvrent grand leurs portes aux ressortissants étrangers ayant une formation et pouvant apporter à l’économie locale des forces qui font défaut dans des domaines bien précis, l’informatique par exemple. Mais, dans le même temps, ces mêmes pays élèvent des obstacles de plus en plus insurmontables pour les travailleurs non qualifiés, favorisant ainsi l’immigration illégale, le travail au noir et le non-respect des lois régissant l’emploi.

A ces considérations s’en ajoute une autre : celle des migrations résultant des contrastes entre la répartition des populations et la répartition des niveaux de vie et des potentiels économiques. Deux zones coexistent, l’une de décroissance démographique et de richesse, l’autre d’explosion démographique et de pauvreté. Les pays du Nord voient arriver sur leur sol des migrants de plus en plus nombreux car aux migrants du Sud s’ajoutent à présent les ressortissants d’Europe centrale et orientale. Cet afflux massif a des conséquences dans tous les domaines : de la santé publique, de la scolarisation, de la relation entre les groupes sociaux, du culturel et du religieux pour les deux parties. Prenons l’exemple de la Suisse, l’islam y est devenu la troisième religion du pays et le serbo-croate la langue étrangère la plus parlée. Xénophobie, enfermement, violence sont les réponses les plus visibles à cet état de fait.

LES FEMMES, DOUBLEMENT VULNÉRABLES

Nul ne conteste que parmi les plus pauvres ce sont les femmes qui sont majoritaires. Cela se confirme aussi dans les chiffres de l’émigration : le nombre des femmes migrantes croît sans cesse. Prenons le cas des Philippines : 65% des migrants sont des femmes. Elles sont plus de 100.000 travaillant comme domestiques à Hongkong, près de 60.000 à Singapour. On les trouve aussi aux Etats-Unis et en Europe. En plus des écueils que tout migrant doit surmonter, elles sont exploitées, sous-payées et, très souvent, contraintes de subir des violences sexuelles de la part de leurs employeurs.

Semblable constatation s’applique aux nombreuses Indonésiennes travaillant dans les pays du Golfe. Elles représentent toutefois une rentrée de devises importante pour leur pays. Certains de ceux-ci ont même une ligne budgétaire prévoyant cet apport. On estime que le Bangladesh a reçu en 1997 plus de 1,5 milliards de dollars via les envois des émigrés - majoritairement des femmes. Cet apport des femmes migrantes est indispensable à la survie de leur famille et contribue aussi à la stabilité économique du pays.

Cette exposition de faits rend d’autant plus surprenant le constat que, dans les stratégies élaborées lors des conférences onusiennes sur la condition féminine, la question des femmes émigrées – à l’exclusion des réfugiées – est totalement absente. Et pourtant, souvent les émigrées n’ont pas de statut propre, elles sont dépendantes du statut de leur conjoint. Cela ne leur permet pas d’occuper officiellement un emploi et les cantonne dans le travail au noir. Si une rupture intervient dans le couple, elles se retrouvent sans autorisation de séjour et doivent quitter le pays ou plonger dans l’illégalité. Elles viennent alors grossir le flux des "sans papiers".

Un autre aspect important de l’émigration des femmes est leur vulnérabilité au commerce du sexe. Nombreuses sont celles qui, par exemple, quittent leur famille pour un emploi annoncé de danseuse ou d’artiste et se retrouvent livrées à la prostitution, sans droits ni protection d’aucune sorte. Au mieux, elles ont un permis d’artiste, au pire elles font partie du "cheptel humain" des proxénètes et n’ont pas d’existence légale. En dénonçant leur situation, elles courent le risque de perdre le peu de droits qu’elles ont et d’être expulsées sans ménagement.

Ainsi, Maria, étudiante en mathématiques à Bucarest. Une amie lui affirme avoir arrangé pour elle un rendez-vous avec un homme qui lui procurerait un emploi dans un restaurant en Italie. En réalité, Maria rencontre trois trafiquants qui l’enlèvent et la séquestrent en Albanie pendant plusieurs mois, la violentant et abusant d’elle à maintes reprises. Par chance pour elle la police arrête ces hommes au moment où ils l’embarquent pour l’Italie. Nombreuses sont les Maria qui font les beaux jours des réseaux de prostitution. Peut-être en avons-nous dans notre voisinage !

Qu’elles émigrent seules ou en famille, les femmes doivent faire face à des problèmes différents de ceux des hommes et qui s’ajoutent à ceux qu’elles partagent avec toute personne migrante. Dans une famille émigrée, les hommes et les enfants ont de meilleures chances d’apprendre la langue et de s’intégrer : l’école et le lieu de travail offrent un terrain propice à la rencontre des autres. Pour la femme, restée seule dans le logement, les possibilités de rencontre sont limitées et bien des tâches de la vie quotidienne semblent insurmontables. Par exemple, comment identifier les produits au supermarché, où trouver les ingrédients nécessaires pour cuisiner des plats traditionnels, etc. ? Comment transmettre des valeurs éducatives et culturelles différentes, souvent interdites dans le pays d’accueil : excision, port du foulard à l’école… ? Sans oublier les "meurtres d’honneur" qui font partie de la culture de nombreux pays. Lesquels pays opposent une résistance très vive aux pressions internationales tentant de faire disparaître cette tradition.

Et de plus, la condition féminine est souvent plus libérale dans le pays d’accueil, ce qui met les femmes en porte à faux avec leur époux : vouloir jouir de la même liberté que les femmes locales les coupe de leurs racines et suscite des réactions violentes de leur entourage masculin, réactions pouvant aller jusqu’au meurtre.

ABSENCE TOTALE DE DROITS

Dans le système des Nations Unies, aucun organisme n’existe, chargé de faire respecter les droits des migrants puisque la Convention internationale qui doit régir ce domaine n’est toujours pas opérationnelle. Elle date de 1990, mais malheureusement les Etats rechignent à la ratifier ; seuls 17 pays l’ont fait, alors qu’il en faut 20 pour qu’elle entre en vigueur.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a été créée au lendemain de la guerre, mais son mandat ne lui assigne qu’un rôle d’assistance. Ses activités se concentrent sur les aspects humanitaires de la migration, l’assistance technique et l’organisation de forums de discussions sur le thème de la migration. Elle compte aujourd’hui 86Etats membres, 41 Etats observateurs et des ONG nationales ou internationales. Elle travaille en étroite collaboration avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT).

Il est intéressant de noter que la négation des droits civils et politiques est considérée comme une violation des droits humains, alors que la négation des droits économiques et sociaux est perçue comme une injustice. Cette différence de qualification n’est pas sans incidence sur la condition des migrants.

Que fait l’Union européenne ? Depuis près de 30 ans, le credo politique des Etats est d’arriver à "l’immigration zéro". Dès lors, le recrutement des travailleurs étrangers a été stoppé. L’augmentation du nombre d’étrangers est en fait due au regroupement familial, à la demande d’asile et à la migration clandestine. De plus, les règles du jeu ayant changé, de nombreux travailleurs sont subitement devenus "illégaux", en Suisse notamment. Comme les entreprises continuent à chercher des travailleurs mal payés et dociles, une zone grise s’est créée et on peut voir ainsi des travailleurs qui payent des cotisations sociales et des impôts sans bénéficier d’un statut légal. Des intermédiaires sont apparus qui échappent à tout contrôle et qui sont de véritables "marchands d’esclaves" abusant de la détresse des sans papiers et de la volonté de ne pas trop en savoir de nombreux employeurs. En Angleterre, on les appelle les "gangmasters", ce qui en dit long sur leurs pratiques.

Cela dit, on estime qu’aujourd’hui 10% du PIB (Produit intérieur brut) des plus grands pays de l’Union européenne sont générés par "l’économie au noir". Ce secteur ne peut pourtant fonctionner qu’en s’appuyant sur des travailleurs étrangers légaux ou "illégaux".

"Pauvreté et insécurité créent des millions de migrants qui se voient déniés leur dignité et leurs droits fondamentaux. Nous exigeons le respect de la liberté de circulation, le droit à l’intégrité physique et un statut légal pour tous les migrants". Ce paragraphe tiré de l’Appel des mouvements sociaux à Porto Alegre (Brésil) en janvier 2002 montre que la question préoccupe toute la planète ; et que les causes et les effets de la migration sont les mêmes au Sud qu’au Nord quand le statut légal fait défaut.

Plusieurs organisations non gouvernementales qui s’occupaient traditionnellement de réfugiés ont ajouté un volet à leurs activités : l’assistance aux migrants et l’engagement auprès du système onusien pour qu’enfin les migrants soient des citoyens du monde à part entière. Deux organisations chrétiennes, toutes deux basées à Genève, sont particulièrement en pointe dans ce combat. Le département "Migrants" du Conseil œcuménique des Eglises et la Commission internationale catholique pour les migrations. Au cœur d’un groupe d’ONG, elles font un important lobbying auprès de toutes les instances qui ont leur mot à dire dans ce domaine.

"Que nos cœurs, nos maisons, nos organisations, nos associations, nos églises soient toujours le havre et la maison de Dieu pour toute personne qui cherche un toit, qui cherche de l’amour". Ainsi s’exprimaient des femmes polonaises lors d’une célébration sur le thème "Femmes migrantes en Europe". Cette phrase pourrait être le symbole de l’action de ces ONG : agir globalement en s’appuyant sur des réalisations locales. Car, dans ce domaine comme dans tous les autres, il est illusoire d’espérer obtenir un réel changement si l’action internationale n’est pas fortement relayée au niveau national. En dernière instance, en effet, ce sont les Etats qui déterminent la politique et qui ratifient les conventions.

Est-ce parce que l’étranger est souvent au cœur des récits bibliques que les Eglises chrétiennes, aussi bien au niveau local que national ou international, sont très impliquées dans toutes les activités avec et pour les migrants ? Une congrégation italienne, les Scalabrini, a comme charisme l’accompagnement des migrants jusque sur leurs nouveaux lieux de résidence. Non seulement ils s’occupent d’une pastorale répondant aux besoins de ces femmes et de ces hommes déracinés mais ils cherchent à promouvoir une collaboration entre les chrétiens d’ici et ceux venus d’ailleurs.

UN APARTHEID SOCIAL MONDIAL

Impossible de parler de migration sans parler aussi de racisme. Cette affirmation a toute sa pertinence quand on considère comment est perçu l’étranger dans la plupart de nos sociétés. Une évidence s’impose, les migrants sont souvent en butte à la xénophobie et très vite se fait l’amalgame : migrant égale délinquant, trafiquant. Les Conférences contre le racisme de 1978 et 1983 s’étaient penchées sur cette question et avaient produit des recommandations pour enrayer cette dérive, mais ces dernières sont restées lettre morte. Pire même, les textes proposés à Durban (3ème Conférence contre le racisme), en septembre 2001, sont en retrait par rapport aux précédents. Toutefois un certain nombre de points méritent l’attention de tout homme et toute femme, car de notre comportement à l’égard de l’étranger dépend l’image qu’il projette dans la société.

Il appartient à la société civile d’élaborer des codes de conduite vis à vis des migrants et de veiller à ce que soit dénoncée toute incitation à la discrimination raciale, à la xénophobie et à l’intolérance. Quant aux parlements, il est de leur ressort d’élaborer des lois qui assurent les droits et la protection des travailleurs migrants.

Capitaux et marchandises circulent de plus en plus librement alors que la circulation des personnes est de plus en plus entravée, particulièrement pour les ressortissants de pays dits pauvres. On ne cesse de parler de “libre circulation des personnes” comme si c’était la panacée. Pourtant, force est de constater que l’on n’en prend pas le chemin. Les pays nantis veulent bien ouvrir leurs frontières à condition d’accueillir soit des fortunes soit des personnes qualifiées manquant à l’économie du pays.

Aujourd’hui on peut parler d’apartheid mondial et social. D’un côté, l’enrichissement des qualifiés et de l’autre, la paupérisation des "sans formation". Les premiers trouvent dans le pays d’accueil un bon emploi, un salaire motivant et une reconnaissance sociale. Les seconds doivent se satisfaire d’emplois mal payés, peu gratifiants et subissent l’animosité quasi généralisée, quand ce n’est pas la xénophobie ou le racisme. La plupart des Etats ont une attitude très ambiguë, qui ouvrent grand leurs portes à quelques personnes triées sur le volet et, en même temps, tolèrent l’immigration clandestine, source d’abus, d’insécurité et de violence.

Peut-on dire que les migrants sont partis librement, volontairement, quand c’est la faim ou le manque d’avenir qui les poussent à quitter leurs pays ? La libre circulation des personnes est aujourd’hui un leurre, surtout quand peu de droits sont garantis dans le pays d’arrivée. Le but vers lequel il faut tendre est celui de la reconnaissance pour chaque personne de tous les droits sociaux, politiques et économiques, que cette personne soit "nationale" ou "émigrée". Seule la jouissance de droits authentiques peut assurer la cohésion sociale et l’intégration des nouveaux arrivants.

Nous savons tous qu’il faut beaucoup de temps et de tolérance pour que les derniers venus s’intègrent dans leur nouvelle patrie. Nous devons garder en mémoire qu’il a fallu près d’un siècle à l’Europe pour atténuer le choc des grandes migrations des 19ème et 20ème siècles. La mondialisation libérale accélère aujourd’hui le processus d’exclusion et d’exploitation, jetant sur les routes des millions de migrants. Chacun de nous a donc plus que jamais sa carte à jouer pour rendre possible cette intégration.

Maryse Durrer


Sources

OIM - Organisation internationale pour les migrations
CICM - Commission internationale catholique pour les migrations
CETIM – Centre Suisse -Tiers monde
UMOFC Europe – Union mondiale des organisations féminines catholiques
Migrations internationales n° 106
Document des ONG présenté à la consultation sur la protection internationale des migrants en juin 2001
Rapports de la CICM


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