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La dynamique socioculturelle et les interactions de modèles : le développement

Séminaire 1 – Socio- Anthropologie du développement - Approche globale, analyse et pratique

Quelles sont les stratégies des acteurs du développement ?

Comment la recherche peut guider leur action ? à quelles conditions ? avec quels outils ?

Joseph Ki Zerbo nous a quittés. Lui qui a défendu le « penser par soi-même » est l’invité d’honneur de cette session.

Nous vous invitons donc à vous asseoir sur sa natte, avec Roland Colin, pour comprendre la nature du développement dans sa globalité, en accord avec la démarche adoptée dans cet espace de formation. Avançons un peu plus avec l’outil de représentation du « socio » - les rapports entre humains - et du « culturel » qui leur donne forme et consistance.

Rien n’est figé, tout change. Il n’existe pas de société immuable, quelque soit le rythme de sa transformation.

Comment travailler sur ce chantier permanent sans savoir ce qui s’y passe, sans se le représenter, sans le cartographier ? Les six niveaux d’un système socioculturel, déjà proposés par Roland Colin, tendent à couvrir le champ dans sa totalité, depuis la technologie, la plus proche de l’environnement, jusqu’aux valeurs plus profondes de la représentation du monde.

Mais il manque une dimension, que n’apporte pas le structuralisme dans son système des rapports : celle du changement. Une vision "dynamiste" qui restitue le double mouvement de ce changement : l’endogène, conduit de l’intérieur par les acteurs eux-mêmes quand ils inventent de nouvelles technologies pour répondre à leurs besoins, et l’exogène, impulsé de l’extérieur, dans un rapport de coopération, de fécondation, de métissage ou de domination.

Tout projet se situe dans un système socioculturel qui bouge, à la confluence de ces deux mouvements.

Comment, par la recherche, les acteurs peuvent-ils dessiner des stratégies guidant leur action au service de chacun ?

Reprenons l’exemple de la relance du coton dans un Tchad indépendant, face au refus du paysan Sara.

La stratégie de réponse émerge de la représentation, par chacun des acteurs du système en crise, en respectant leur diversité :
Telle a été la démarche suivie par le « chercheur-acteur » avec les Saras et leur gouvernement. L’outil du chercheur, avait permis de retracer leur système A et son mode de régulation interne, à un temps T situé dans l’histoire et localisé précisément dans l’espace au sud tchadien. Mais il ne s’agissait pas de romantisme nostalgique en considérant leur système d’autosubsistance comme une norme immuable.

Ces mêmes paysans décrivaient différemment leur sociosystème au lendemain de l’indépendance, comme issu d’un long rapport de force, mesurable, avec un autre sociosystème, extérieur celui-là, celui du colonisateur :
Dominant, conçu pour satisfaire ses propres besoins, celui-ci avait imposé au système paysan de nouveaux modes d’action et de régulation. Minoritaire, il avait assis son autorité en créant des groupes relais instruits selon ses propres valeurs par la scolarité. Ainsi obligé de remplacer la culture du mil par celle du coton et de payer des redevances, le paysan Sara a dû entrer peu à peu dans une économie marchande, rompant ainsi l’équilibre de son système d’autosubsistance et de son environnement.

Le Coton est donc chargé du symbole de l’épreuve sociale.

Pour trouver un nouvel équilibre interne, la stratégie du gouvernement tchadien, sommé par les institutions internationales de maintenir le coton comme axe de l’économie nationale, passe donc par un pouvoir recentré vers les communautés paysannes. Faire du coton oui, mais « autrement ».

Se met alors en place un projet partenarial de développement associant ce que les paysans veulent à ce que l’Etat peut. Autrement dit, une réappropriation par les acteurs de la régulation de leur sociosystème.

Cette stratégie d’action, issue de la recherche, et qui guidera avec succès un projet régional durant quelques années, capitalise les expériences de la participation et d’éducation acquises au Sénégal et au Niger.

Plus tard, la mise en place d’un projet pédagogique face à l’échec scolaire, en France, dans des écoles où le français est langue étrangère pour la majorité des élèves issus de la migration, a suivi la même démarche. Ce projet s’est traduit par la prise en compte de la socioculture de chaque élève et de la diversité de leurs langues comme richesse partageable entre élèves et professeur.

Alors, qu’est ce que le développement ? Le développement est irréductiblement qualitatif. Le sous-développement n’est pas un retard des Saras sur le seul chemin possible tracé par le colonisateur, ni celui de l’élève dit « en difficulté » qui méconnaît LA langue, mais en maîtrise d’autres sans pouvoir en user. Le sous-développement est dû à l’impossible autorégulation d’un système socioculturel et à sa soumission à une hétéro-régulation. C’est une lecture des systèmes de domination. Et c’est le refus par le pouvoir extérieur dominant de reconnaître cette autorégulation, cette intelligence partagée, qui provoque ainsi les ruptures et les crises.


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