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La lecture de Populorum Progressio en Asie au cœur d'une Eglise minoritaire

CR Session 5 - 13 février 2007

Regard sur la Corée du Sud

Lawrencia Kwark, Coréenne, est chargée de mission au CCFD (Inde, Sri Lanka, Pakistan, Chine et Corée du Nord)

Regard sur l’Indonésie

Setyo Wibowo, Indonésien, prêtre jésuite, chercheur en philosophie

A. Regard sur la Corée du Sud, Lawrencia KWARK

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Pour parler de Populorum Progressio en Asie, il faut tenir compte du fait qu’en Asie, les réalités sont fort différentes d’un pays à l’autre. Chaque pays a son histoire. Il est bon de prendre un cas concret, une trajectoire particulière. Ma parole va porter sur la Corée.

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La portée de Populorum Progressio en Corée du Sud

Lawrencia a ouvert son intervention par un témoignage personnel « ce que je suis, c’est le produit de la réflexion qui a fait naître une nouvelle identité catholique en Corée du Sud ».

1. Survol sur le contexte sociopolitique au moment de la publication de Populorum Progressio :

En 1967 : Une dictature politique dure affichait une idéologie dominante autour d’un modèle de développement autoritaire. On met l’accent sur le développement économique : la Corée doit devenir autosuffisante. Le gouvernement met en œuvre une politique d’industrialisation avec une exportation a bas prix.
Ceci a un impact négatif : la migration de la population rurale vers la ville et l’exploitation des travailleurs. Toute personne qui manifestait tune prise de conscience par rapport à cela était considérée comme un ennemi de la nation. (Raison d’Etat). Le discours était « il faut devenir riche et la démocratie viendra naturellement. »
La Corée sortait de 36 ans de colonisation par le Japon (avant la Deuxième guerre mondiale) et la population avait été exploitée par ce régime colonial. A la fin de la deuxième guerre la Corée était ruinée et la population vivait dans la misère et la faim.
La guerre civile entre le Nord et le Sud, (1ère guerre froide) qui a duré 3 ans ½ a détruit beaucoup d’infrastructures industrielles laissées par les colonisateurs.
En 1960 L’idéologie de l’Etat trouve un écho favorable dans la population. L’Eglise catholique a émergé très vite comme la seule voix de la conscience coréenne.

2. Histoire originale de l’Eglise en Corée :

En Corée, le christianisme est arrivé par son propre peuple, au 18ème siècle, et non par des missionnaires. La dynastie royale alors au pouvoir était traversée de contradictions, avec en particulier le système des castes.

A. Un petit groupe de lettrés confucéens se souciait de ne pas continuer cela. « Il nous faut trouver une science pour réformer la société entière » . Dans leur recherche ils sont tombés sur des livres traduits par les jésuites déjà en Chine, déjà en dialogue avec la civilisation chinoise. Il y avait un livre de Matteo Ricci et d’autres livres rentrés en Corée dès le 16eme siècle. Ils ont nommé le christianisme une science qui vient de l’Occident. Le christianisme apparaît comme un message de libération, de changement. (important) et d’égalité de tous les hommes.

Ces lettrés se sont réunis en groupes (jeunes adultes,de la dynastie royale) dans un temple boudhiste pour étudier ces livres. Ils étaient douze, dont l’un, très intéressé par la lecture de la bible traduite en chinois, a décidé de pratiquer ce message. Le christianisme a donc d’abord été pratiqué dans les familles nobles pour faire la réforme agraire en abolissant le système des castes qui séparait les nobles et les serviteurs. Petit à petit, ils ont propagé l’enseignement catholique tous les dimanches, en partageant le repas comme symbole d’eucharistie. Tout cela, sans baptême, sans prêtre. Ces intellectuels n’ont pas seulement animé le mouvement de l’école de Silhak (sciences pratiques), mais ils donnèrent aussi à une nouvelle école, appelée Sohak (sciences occidentales) qui couvrait à la fois les domaines de la religion et des sciences occidentales. Parmi eux, un de ces intellectuels, un certain Yi Byok, dont le röle fut déterminant par la suite dans la propagation de l’Evangile, sentant que ces premières notions de religion étaient insuffisantes et désirant vivement en savoir davantage, imagina un moyen de parvenir à ses fins : pourquoi ne pas profiter de l’ambassade annuelle pour déléguer à Pékin quelqu’un qui soit capable de s’instruire plus à fond des vérités du christianisme et qui consente à se faire initier en recevant le baptême ?

B. Ils ont décidé d’envoyer Yi Sung Hoon, le fils d’un de ces lettrés qui étudiaient les livres catholiques, lui même lettré confucéen et qui se glisse dans le cortège officiel de l’ambassade annuelle à Pékin pour être formé et baptisé. Le fils d’un ambassadeur, dans le corps diplomatique, cherche alors les catholiques à Pékin. Il a passé un an avec les jésuites français de la communauté catholique de Pékin ; et fut baptisé par un jésuite français, le Père J. J. de Grammont, sous le prénom de Pierre.

De retour en Corée au printemps de 1784 avec une grande quantité de livres et d’objets religieux, il a lui-même baptisé son ami et le leader du groupe, Yi Byok, sous le nom de Jean Baptiste et les noms des autres disciples : tout cela avant que le 1er prêtre, le P. Jacques Chu Mun Mo arrive en Corée en 1794 grâce à Mgr de Govéa qui décida de détacher un prêtre de son diocèse pour la chrétienté coréenne. Il a été décapité avec ses fidèles pour avoir propagé une religion interdite le 31 mai 1801. Il avait 32ans. Ainsi le 1er missionnaire, le 1er prêtre à avoir évangélisé la Corée a été un prêtre chinois.

Cela fait partie de notre fondement de l’identité catholique, liée à la transformation sociopolitique du pays.

Apres 36 ans de colonisation et 3 1/2 ans de guerres, l’Eglise a abandonné cette vocation sociale et politique. De 1919 a 1945, pendant l’occupation, l’Eglise a collaboré de façon passive. Elle a développé l’Eglise institutionnelle (paroisses, jeunes, hôpitaux).

A la fin de la 2eme Guerre mondiale et la fin de la Guerre de Corée, l’administration Américaine s’est installée en Corée. Les interprètes et les secrétaires étaient catholiques (neveux de l’Archevêque de Séoul).Entre 1950 et 1960, il y a eu beaucoup d’aide d’urgence (USA et Occident). La gestion de cette aide s’est faite par l’Eglise Catholique.

3. Dans les années 60 l’Eglise n’avait pas retrouvé sa vocation sociale, politique : elle s’occupait des pauvres. On devient catholique pour bénéficier de l’aide d’urgence, « fidèles pour farine ». Le Concile Vatican II :

Avec le Concile Vatican II, ça commence à se modifier, surtout avec Gaudium et Spes, Les textes du Concile sont très étudiés, ainsi que Populorum Progressio. Ça nous a réveillés, en particulier grâce aux trois jeunes évêques présents au Concile. Ce temps marque une nouvelle vocation pour l’Eglise catholique.

Le régime réprimait tout milieu contestataire (ouvrier, paysan, étudiant) . Des incidents ont eu lieu au début des années 70. Un jeune, face aux conditions inhumaines des travailleurs, a frappé à toutes les portes. Personne ne l’écoutait. Il s’est suicidé en pleine rue de Séoul, (par le feu ?) avec le code du travail entre les mains : pour une vie de dignité et pour que le code du travail soit respecté. Ces incidents ont eu un écho et des conséquences considérables surtout dans le milieu intellectuel et réveillé l’Eglise catholique.
Des prêtres de plus en plus conscients, ouvriers, missionnaires, essayaient de développer les mouvements d’Action catholique, en s’engagent dans les pastorales spécialisées.
Les jeunes acteurs de l’Eglise catholique, très influencés par le Concile Vatican II, qui deviennent les évêques et les responsables de l’Eglise, ont demandé d’ouvrir l’Eglise catholique. L’enseignement social de l’Eglise existe : il faut le faire connaître .dans les paroisses et les réunions d’action catholique spécialisée (JOC, MJRC-Rurale, MIEC, etc.) Ce fût l’espace privilégié de la mise en pratiques de cet enseignement social de l’Eglise. Ces réunions ont eu lieu toutes les semaines sur l’enseignement social de l’Eglise. Ce fut un temps de réflexion, de formation sur 10 ans.
L’Eglise a aussi été influencée par l’Eglise en Amérique Latine et en particulier par la théologie de la libération. A ce moment là, l’Eglise était très riche intellectuellement.

En 1974, le régime a vu que l’Eglise catholique s’agitait trop dans certains diocèses. Un évêque, Mgr. Chi Hak-sun, évêque de Wonju, est arrêté et mis en prison, à cause de ses actions par lesquelles il dénonce avec vigueur les excès de la répression dont sont victimes les meneurs d’une vague d’agitation étudiante. Alors Mgr. Chi est accusé d’incitation à la subversion, de violation des décrets présidentiels d’urgence, et condamné à quinze ans de prison. Cette affaire a provoqué la colère et la conscience de la stupidité dans l’Eglise catholique et des vagues de protestation de la communauté catholique. Tous se sont alors réveillés : tous les jours, prière, marche en silence, etc.. Partout des cycles de conférences, et des manifestations à travers de pays, de foi en œcuménique, ont permis de faire connaître ce qui se passait dans le pays.

En particulier, dans le diocèse de Wonju, un groupe des prêtres s’est réuni pour discuter de la gravité de l’événement et de l’orientation de leur conduites. C’est là l’origine de l’ « Association des prêtres pour la justice », un groupe informel de prêtres qui s’est constitué en association depuis cet incident en 1974. C’est un réseau de prêtres engagés qui a joué un rôle important pour que l’Eglise s’engage, pour faire une politique de développement pour tous les hommes et pour tout homme.
Grâce à ces acteurs, mais aussi grâce à un journal catholique « Katolic Sin Mun » ( équivalent de La Croix) et quelques revues comme « Kyung Hwang Jagji » l’ équivalent de Projet, grâce à une initiative originale de théologiens laïcs et de prêtres. Leur réflexion théologique est enracinée dans notre contexte et a donné naissance à un institut de la théologie contextuelle, « Woori Theological Institute » – notre théologie. La place y est entièrement laissée aux laïcs. Il fonctionne jusqu’à aujourd’hui. L’expérience est traduite en termes de langage théologique,de pratique pastorale, et de plus en plus de questions politiques ( oppression, société civile autonome ). Il travaille avec les congrégations religieuses, présentes aux actions de résistance, expulsions, en zone rurale avec les paroisses en zone rurale, pour une agriculture qui nourrit la vie et ne détruit pas la vie.

4. Aujourd’hui :

La question principale est celle de la réconciliation des deux Corées, qui ont toutes les deux été endoctrinées par une idéologie de guerre froide : dans le Nord, l’ennemi communiste est à combattre. Or, plus de 20 millions de coréens du Sud ont de la famille dans le Nord. C’était un devoir de les dénoncer en cas de contacts ! Cette donnée a été transformée en termes de valeurs humaines : se reconnaître comme des frères et proposer des gestes solidaires. Ne pas traiter la situation en termes d’opposition idéologique, devant cette nouvelle approche.

CONCLUSION

Lawrencia a relu Populorum Progressio : le texte reste très pertinent, pas seulement pour la Corée ; il faudrait faire une mise à jour et voir les nouvelles questions, les nouvelles réalités du développement, de la question environnementale et surtout les replacer dans le contexte de la mondialisation. On n’est pas encore tourné vers la réflexion de développement pour « tout homme ».
Avec Internet, on voit des acteurs en lien, etc.. Voir ce que l’Eglise peut dire ? Le texte a été écrit dans la logique du développement économique. Dans beaucoup de pays : quels modèle de production, de consommation ? La question du modèle du développement durable : y a t-il d’autres manières de faire ?
Ne pas oublier qu’en Corée, le christianisme est la première religion avec 25% de protestants et 8% de catholiques.

Regard sur l’Indonésie, Setyo Wibowo s.j.

(Notes remises par Setyo)

Carte de l’Indonésie :

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l’Eglise Catholique en Indonésie :

Sources : Dr MPM Muskens (ed), Sejarah Gereja Katolik Indonesia (1974), Jan Bank, Katolik di Masa Revolusi Indonesia (1999), Dr F Hasto Rosariyanto SJ (ed), Bercermin pada Wajah Keuskupan Gereja Katolik Indonesia (2001), Dr Huub JWM Boelaars, OFM Cap, Dari Gereja Katolik di Indonesia Menjadi Gereja Katolik Indonesia.

La première date de la présence des chrétiens : Selon le témoignage de Syekh Abu Salih al-Armini, depuis le 7ème siècle il y avait déjà des Nestoriens à Sumatera du Nord (à Barus). La première arrivée des Portugais aux Moluques en 1512, et le premier baptême d’un « indonésien » en 1534 (selon Dr. Huub JWM Boelaars).

I - La première phase : 1534- fin 18ème siècle.

- Les Portugais aux Moluques.
- VOC ( La Compagnie des Indes-Orientales des Pays Bas ), suivi par la présence coloniale des Pays Bas. Les Hollandais ne favorisaient pas la propagation de la foi, ils ne faisaient que du « commerce », et ils ne voulaient surtout pas déranger les musulmans déjà présents dans l’archipel depuis le 12ème siècle. Ils sont formels, en 1621, ils interdisent toute sorte de propagation de la foi dans l’archipel.

II - Deuxième phase : le 19ème siècle (1807 – 1902) : l’archipel est sous la Préfecture ou le Vicariat Apostolique de Batavia)

7 août 1806 : après l’arrivée de Napoléon au Pays Bas, le roi Lodewijk Napoléon rétablit la liberté de la religion (et ainsi la liberté d’annoncer l’évangile dans la colonie).
1807 : établissement de la Préfecture Apostolique des Indes Néerlandaises à Batavia
1808 : 2 prêtres diocésains hollandais sont venus comme missionnaires pour tout l’archipel.
1808 – 1858 : arrivée de 31 prêtres diocésains comme missionnaires (C. J. H Franssen est nommé pour occuper son poste à Ambarawa)
1842 : changement du statut de la Préfecture au Vicariat Apostolique de Batavia
1845 : Mgr Jacob Groof, vicaire apostolique nommé par le Vatican
1859 : 2 jésuites rejoignent les missionnaires en place dans l’archipel.
1866 : Le Vicariat Apostolique de Batavia a comme territoires de mission : Batavia, Semarang, Ambarawa, Yogyakarta, Surabaya (ils sont à Java), Larantuka, Maumere (à Flores) et Padang (à Sumatra).
1874-1893 : Mgr. A.C. Classens, Vicaire ne trouve que 2 prêtres séculiers ! Heureusement les renforts sont venus du côté des jésuites. A ce moment là, 57 prêtres jésuites sont venus pour l’aider.
1893 : W.J. Staal sj. est le Vicaire apostolique et il confie aux jésuites les œuvres canoniques d’évangélisation de l’archipel. Ainsi, depuis lors, toutes les œuvres missionnaires dans l’archipel sont tenues pratiquement par les jésuites (les jésuites partagent les territoires après la venue des autres congrégations religieuses en se concentrant à Batavia et Java Central).

III - Troisième phase : 20ème siècle

1924 – 1939 : il y a déjà un rassemblement des Vicaires Apostoliques tous les ans.
-  Mgr. A. Van Velsen, Vikaris Apostolik de Batavia, 1924
-  Mgr. P. Bos, O.F.M.Cap. (Vik.Ap. Kalimantan),
-  Mgr. A. Verstraelen, S.V.D. (Vik. Ap. Nusa Tenggara),
-  Mgr. Y. Aerts, M.S.C. (Vik.Ap. Maluku-Irian Jaya),
-  Mgr. L.T.M. Brans, O.F.M.Cap. (Pref.Ap. Padang) dan Mgr. G. Panis, M.S.C. (Pref.Ap. Sulawesi).
-  Mgr. H. Smeetes, S.C.J. (Pref.Ap. Bengkulu),
-  Mgr. Th. Herkenrat, S.S.C.C. (Pref.Ap. Pangkalpinang).
-  1925 : il y a 10 Vicaires
-  PJ Willekens Vicaire Apostolique des Indes Néerlandaises, 1934
-  1939 : il y a 15 Vicaires

Entre temps, à Java Central, deux méthodes différentes d’évangélisation se confrontent à Muntilan (le « Bethlehem van Java »)

1. le 27 mai 1899 : arrivée de Hoevenaars SJ (il privilégie l’évangélisation directe dans les villages, surtout à Mendut – Muntilan). Après 6 mois, il a baptisé 62 villageois. Ainsi à la fin de 1903 il y avait 300 catholiques à Mendut.

2. en 1903 : arrivée de Van Lith SJ, il donne la catéchèse aux 4 chefs de village à Kalibawang – Muntilan. Mais il privilégie l’évangélisation « non directe », par le renforcement de la société civile ; il a établi un internat et ainsi prépare les futurs indonésiens en les faisant bénéficier de l’éducation. 20 mai 1904 et 14 décembre 1904 : date fatidique de la confirmation de méthode Van Lith par une sorte de « coïncidence hasardeuse » (il baptise 4 chefs de village et les 171 villageois de SENDANGSONO – Muntilan). Ce bon nombre de baptisés lui permet de poursuivre l’éducation et son internat.
-  Van Lith a déjà commencé le travail d’inculturation (liturgie en javanais, prière en javanais et il communique en javanais. C’est le premier missionnaire jésuite capable de parler javanais)
-  Van Lith veut donner une bonne éducation catholique pour que les javanais soient émancipés et capables de participer activement dans la société.
-  14 janvier 1908 les sœurs franciscaines le rejoignent en établissant un internat pour les filles à Mendut.
-  Ensuite les étudiants sortant de l’école de Van Lith vont propager le catholicisme dans tout l’archipel (à Sumatra, à Kalimantan, en Papouasie et surtout à Java). La présence massive des catholiques dans l’enseignement public (surtout après la guerre) a donné un visage « moderne, ouvert et 100% indonésien » de l’Eglise catholique.

A la fin de leur affrontement, le père Hoevenaars sj. reconnaît que la méthode de Van Lith donne plus de fruits et d’une manière durable.

1911-1914 : établissement du premier séminaire à Java (les 3 premiers prêtres indonésiens ont reçu l’ordination en 1926-1928 :F.X.Satiman, SJ, A. Djajasepoetra, SJ, et Albertus Soegijapranata, SJ.

L’éducation a été développée surtout par les frères de la charité (FIC).
1920 : arrivée de 5 frères (des Pays Bas) ; ils enseignent à HIS (école élémentaire)
1921-1934 : ils ont fondé des écoles à Muntilan, Surakarta, Ambarawa, Semarang et aussi une imprimerie (Kanisius).

9 septembre 1923 : P. Strater sj. a fondé l’Organisation des femmes Catholiques à Jogyakarta (c’est la première initiative politique de la part ces catholiques).

1er août 1940 : établissement du Vicariat Apostolique à Semarang. Le pape Pie XII nomme Albertus Soegijapranata sj. comme le premier Vicaire (et ainsi le premier évêque indonésien).

A. Après l’indépendance du pays (17 août 1945)

1947 : première « politionelle actie », les hollandais veulent récupérer l’Indonésie.

20 décembre 1948 : premiers martyrs indonésiens (le Frère Hermanus Bouwens et le Père Richardus Kardis Sandjaja Pr ont été tués par les musulmans, à Muntilan). L’événement est lié à la deuxième « politionelle actie » des Pays Bas.

A 1940-1961 : L’Eglise de la Mission (« préfecture/vicariat apostolique », où chaque préfecture dépend directement du Saint Siège) devient l’Eglise d’Indonésie (établissement du diocèse et reconnaissance de la hiérarchie de l’Eglise d’Indonésie).
-  Premier rassemblement des évêques en 1955. Le résultat : projet d’établir une sorte de Conférence épiscopale indonésienne (Majelis Waligereja Indonesia, MAWI - Raad van Kerkvoogden.)
-  Difficulté : 25 diocèses avec 22 évêques non-indonésiens.
-  le 3 Janvier 1961, le Pape Jean XXIII reconnaît l’institution de la hiérarchie de l’Eglise indonésienne par son décret "Quod Christus Adorandus" – naissance de MAWI
-  1987, Majelis Agung Waligereja (MAWI) change de nom en Konferensi Waligereja Indonesia (KWI). C’est le nom pour la Conférence épiscopale d’Indonésie.

Engagement social :
-  Le Congrès des catholiques à Jogyakarta (1949) fait une déclaration commune : « les catholiques veulent créer un système de sécurité sociale pour développer le pays »
-  1955 Mgr Soegijapranoto sj. crée un Comité social
-  1958 Prise de conscience de l’importance du problème de la « transmigration », l’Eglise s’est déjà engagée (1984 un bureau spécialisé sur ce problème sera créé)
-  1959 « Bureau social Pancasila » de la Conférence épiscopale
-  1972 « Bureau de développement social économique » de la Conférence épiscopale (MAWI)
-  1988 « Bureau de développement social économique » de la Conférence épiscopale (KWI, forme actuelle qui existe encore aujourd’hui)

B. Après 1965 :

(Semarang – Java Central) 1940-1963 : époque de guerre, Mgr. Albertus Soegijapranata sj., ami du premier président Soekarno, a marqué l’histoire de l’indépendance par son attachement « 100% catholique, 100% indonésien », « pro ecclesia et patria ». (Nous pouvons imaginer la tension entre « cathos indigènes » et « cathos hollandais » à ce moment crucial de l’indépendance).

1964-1981 : Mgr (et après Cardinal) Yustinus Darmoyuwono Pr : époque difficile après la rébellion des communistes (1965), le rapport « délicat » avec l’Ordre nouveau du président Soeharto.cf. La croissance des catholiques liés à la « conversion », après la tentative du coup d’Etat (1965). La présence massive des catholiques au sein du gouvernement.
La répression de l’état ( la loi numéro 70 : interdiction de prosélytisme et la loi numéro 77 de l’année 1978 qui interdisent toute « aide personnelle ou financière de l’étranger ». Cette loi vise surtout les catholiques, car, en même temps, l’argent wahhabite continue à entrer sans contrôle du gouvernement).
Application de Vatican II (l’indigénisation de la liturgie, l’application de la doctrine sociale de l’Eglise, l’option pour les pauvres, la reconnaissance de la « vérité » de l’Islam et des autres croyances.)
L’indigénisation est favorisée par l’attitude même des missionnaires (ils ont appris la langue javanaise) tout en disant leur liturgie en latin.

1986 – 1996 : Mgr. Julius Darmaatmadja, sj., (nommé comme cardinal et remplacé par Mgr Suharyo l’évêque actuel de Semarang). Le cardinal occupe l’évêché de Jakarta et il est le président actuel de la Conférence épiscopale d’Indonésie.

(Chiffres à Semarang – Java Central) Dans le diocèse de Semarang, après presque cent ans de travail missionnaires (commencé par Hoevenaars et Van Lith), le nombre est passé de 300 catholiques (en 1903 à Muntilan) à 500 000 catholiques répartis en 87 paroisses.

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(Quelques chiffres pour l’Indonésie) 1940 : à Semarang il y a 41 000 catholiques (dont 15 000 sont des européens) (en Indonésie il y en a au total 500 000) 1942-1945 : l’occupation japonaise : 74 prêtres, 47 frères, 161 sœurs (la plupart sont des hollandais) sont morts dans les camps de concentration japonais. 1950-1960 : la croissance spectaculaire des catholiques (7, 9 %) 1970-1980 : 1, 6 million de nouveaux catholiques 1980-1990 : la croissance se stabilise (3,6 %) 1990 : en Indonésie on compte 4 600 000 catholiques (3%, comparé à 6% de protestants) avec 1 905 prêtres catholiques. Une Eglise rurale : 68 % des catholiques habitent dans les villages (ce sont des paysans) Actuellement : 35 diocèses, 36 évêques, 1 cardinal

IV - Engagement Social de l’Eglise en Indonésie

Après l’indépendance et avec le régime de la démocratie parlementaire, les catholiques se sont engagés dans la vie politique (le parti politique catholique : Partai Katolik Indonesia, les ONG travaillant pour les paysans, les pêcheurs et les travailleurs : Nelayan Pancasila, Buruh Pancasila, Petani Pancasila). Ce sont toujours les hollandais (jésuites) qui prennent l’initiative dans ces diverses sortes d’activités. Une banque micro crédit à Semarang, une fondation de Soegiyapranoto qui travaille pour les pauvres, une fondation des écoles catholiques (qui s’occupe essentiellement des pauvres à Java Central).

La tentative de coup d’Etat de 1965 a mis en difficulté ces activités : la répression politique a fait que le Partai Katolik a disparu en se contentant de faire partie du Partai Demokrasi Indonesia (l’ex-parti politique de Soekarno) qui est alors une « marionnette » politique de Soeharto. Les activités type « ONG » doivent se montrer très discrètes car tout ce qui est « du côté des pêcheurs, paysans ou travailleurs » est soupçonné d’être des activités « communistes ». J’ai encore un souvenir frais de cette « stigmatisation massive » dans mes années universitaires à Jakarta, en 1990-1994.

Par contre, sur l’engagement social, l’Eglise est toujours du côté des victimes « communistes » de l’Ordre nouveau (il y a toujours un prêtre catholique dans le Goulag de l’Ordre nouveau à l’île de Buru). Ici et là, il y a des aumôniers qui se chargent d’accompagner les « veuves communistes » ou de visiter des prisonniers politiques. D’une manière officielle, le bureau de LPPS (une sorte de « bureau de développement social du pays » de la Conférence épiscopale) travaille comme « canal » pour l’arrivée de l’argent de l’extérieur. LPPS a beaucoup aidé les ONG (étouffées par le gouvernement) à mener à bien leur projet. A Kalimantan (micro crédit), à Timor Oriental et dans des régions reculées, LPPS a bien aidé en jouant le rôle d’ « officier de liaison » entre l’Occident et les nécessiteux dans l’archipel.

Il y a une sorte de paradoxe : d’un côté, dans ce gouvernement répressif de Soeharto, nous trouvons pas mal de ministres catholiques (ou bien de généraux catholiques). Mais d’un autre côté, l’Eglise ne peut pas développer « ouvertement » son engagement social. Les catholiques « prudents » appuient le gouvernement de Soeharto et se méfient des actions sociales (la défense ultime contre les musulmans se trouve derrière l’armée). Les catholiques « combattifs » pensent que le « salut des catholiques dépend de leur collaboration avec le peuple, les musulmans ».
-  La défense des peuples « transmigrés »
-  L’accompagnement des réfugiés (depuis la création du JRS dans l’année 1980 par le Général des Jésuites)
-  La défense des Timorais (dans un contexte très difficile, l’Eglise indonésienne s’est réfugiée derrière la position du Vatican qui n’a jamais reconnu Timor Oriental comme « province » d’Indonésie. Ainsi, la Conférence épiscopale d’Indonésie n’a jamais intégré Timor Oriental comme en faisant partie . C’est une position « politique » plutôt délicate face au régime répressif de Soeharto)
-  Un prêtre diocésain feu le Père Mangunwijaya est une figure renommée ; à Yogyakarta il a défendu bec et ongle les sans-abri ; à Semarang il a défendu, au risque d’être désigné comme « communiste », les habitants de Kedung Ombo qui ont perdu leur village sans percevoir le dédommagement dû pour le projet d’un barrage.
-  Un jésuite, le Père Sandyawan est connu pour sa défense des « tri cyclistes » (tukang becak) de Jakarta. Il a été arrêté plusieurs fois, mais il recommence toujours. Il a accueilli les travailleurs (en banlieue de Jakarta), les ramasseurs de poubelles, les enfants de la rue, …, et il les défend contre l’injustice de la société. Il a travaillé énormément pour les victimes de 1998 (les chinois) sans pourtant avoir de résultats probrants. Voilà l’exemple des « micro » activités.

Sur le plan national, franchement, je ne vois pas encore comment l’Eglise peut faire « avancer la société ».
-  Beaucoup de PME industrielles en Indonésie sont dirigées par des catholiques (chinois). Mais peut-on exiger d’eux qu’ils appliquent la doctrine sociale de l’Eglise quand leur industrie est complètement à la merci du marché mondial ? Vous devinez par exemple le « bargaining power » des fabricants de NIKE à Jakarta ? Ils ne sont que des « couturiers ».
-  Système de sécurité sociale : nous avons commencé une sorte de « retraite » pour les travailleurs catholiques. (Car en Indonésie, si on n’est pas fonctionnaire d’Etat, on n’a rien pour la retraite). Mais, au niveau national, ce système reste marginal car cela touche seulement « ceux » (musulmans ou catholiques) qui travaillent dans nos établissements catholiques.
-  L’éducation : nous avons fait beaucoup depuis l’année 1920 ! Mais l’absence d’un véritable intérêt du gouvernement fait que nous sommes devenus de plus en plus « capitalistes ». Nous nous cantonnons maintenant dans les grandes villes en recevant les filles et les garçons riches qui peuvent financer leurs études. La diminution progressive de la subvention de l’état (1978), la politique agressive de certains musulmans au sein du gouvernement (1980) nous coince et nous fait « fermer » nos écoles dans les villages.
-  La service de la santé : l’Eglise n’est plus le seul agent. Maintenant il y a pas mal d’initiatives privées qui offrent leurs services. Pourtant, la santé reste un produit de luxe (même pour nos hôpitaux catholiques). Avant l’arrivée des aides étrangères, la subvention de l’Etat nous facilitait les choses pour donner un service de santé vraiment à la portée du peuple. Maintenant… il faut penser comme une « entreprise ».

Vouloir vivre et avancer dans notre foi catholique par l’amélioration de la condition réelle du peuple, dans un état où la corruption est le sport national et où, en tant que groupe minoritaire (6-9%), on se trouve dans une démocratie qui s’ouvre à toutes sortes d’aspirations radicales et suicidaires de l’Islam, cela nécessite vraiment qu’on vive de notre foi. Sans elle, cela fait longtemps qu’on aurait perdu l’espoir et qu’on arrêterait tout acte de charité fondamentale pour nourrir cette foi elle-même.


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