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Pour une gouvernance démocratique de la diversité religieuse

Développement et civilisations, n°386, septembre 2010

Texte d’Antoine Sondag(1)

Libre-propos de Budi Tjahjono(2)


Sommaire

Éditorial

Pour une gouvernance démocratique de la diversité religieuse

Le 8ème Forum populaire Asie-Europe (AEPF) et l’ASEM

Le modèle européen au défi de l’Asie


Éditorial

par Richard Werly

L’ombre de la foi

La question, n’en doutons pas, sera vite évacuée dans des communiqués consensuels d’usage. Au sommet Europe-Asie (www.asem.org) qui se tient à Bruxelles au début octobre, les 46 pays représentés s’engageront tous à défendre la diversité religieuse, et à promouvoir la liberté de culte au premier rang des droits de l’homme. L’Union européenne, toujours prompte à donner des leçons, se félicitera de cet appel conjoint. L’Asie émergente, nouveau centre du monde, repartira satisfaite d’avoir à peine effleuré le fond du problème.

Car il y a bien un problème : celui de l’éclatement des communautés religieuses appelées à cohabiter dans les sociétés modernes d’immigration et de libre-circulation des personnes. Éclatement entre partisans d’un fonda-mentalisme replié sur les traditions ou, au contraire, d’une religion ouverte sur la modernité. Éclatement entre fidèles tout juste débarqués de leurs pays d’origine ou zélotes de la seconde génération. Cela vaut pour l’islam. Mais aussi, osons l’écrire, pour les Églises chrétiennes. La lumière de la foi qui nous fait respecter l’autre n’est pas débarrassée de son ombre, loin s’en faut. Or c’est celle-ci que nos gouvernements doivent aussi gérer.

La question, donc, est résolument politique. La gouvernance de la diversité religieuse, à laquelle le Centre Lebret-Irfed consacrera un atelier dans le cadre du Forum de la société civile lors du sommet de l’ASEM à Bruxelles, est maintenant un impératif démocratique tout aussi urgent que la lutte contre les inégalités sociales. Des règles doivent être repensées, tant le modèle séculier d’antan bat de l’aile. Une réflexion doit s’engager. En toute franchise. C’est ce débat qui, de l’Asie à l’Europe, sera porteur d’avenir. Aidez-nous à l’animer !


Pour une gouvernance démocratique de la diversité religieuse

La cohabitation des communautés religieuses est un défi quotidien pour les gouvernements européens et asiatiques qui se retrouvent début octobre 2010 à Bruxelles pour le sommet Asie-Europe. Le Centre Lebret-Irfed, partenaire du forum de la société civile qui se tient en parallèle, organise dans ce cadre un atelier sur la diversité religieuse. Comment assumer celle-ci ? Mieux : comment en tirer profit, et consolider l’indispensable « vivre-ensemble » ?

Des mouvements politiques à base religieuse : il suffit de prononcer ces mots pour que l’Européen moyen entende « islam », s’enflamme immédiatement dans un débat sur la religion musulmane et son aptitude à s’adapter en Europe ou à l’Europe, sur les liens entre l’État et les communautés religieuses… Or il est urgent de prendre un peu de recul, de mettre les choses en perspective et de garder raison.

Les lignes qui suivent n’ont d’autre ambition que de souligner quelques paradoxes de ce débat afin d’aider le lecteur à prendre la mesure des stéréotypes de l’air du temps, pour mieux les déconstruire et pouvoir s’engager dans une démarche de compréhension de type interculturel, base préalable indispensable à un vivre ensemble.

Le mélange religion/politique et l’existence de mouvements politiques à base confessionnelle ne sont pas un privilège ou une exclusivité du monde islamique ou arabique. Je voudrais partir de ce constat banal et en tirer quelques conclusions.

Première remarque : on parle beaucoup aujourd’hui de la difficulté dans le monde islamique de séparer politique et religion. L’islam, nous dit-on, serait à la fois religion et civilisation. La séparation de l’Église et de l’État serait une invention de l’Occident. Certains disent même : une conséquence indirecte de l’influence du christianisme (« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César »).

Le rôle crucial de la démocratie chrétienne

Dans la plupart des pays européens, il existe pourtant des mouvements politiques à base confessionnelle. Des partis démocrates-chrétiens, mais aussi des syndicats et une multitude d’associations confessionnelles qui couvrent un champ social des plus variés : assurances, mutuelles, sports, loisirs, éducation, santé, services sociaux, etc.

Petit retour historique. De nombreux partis chrétiens-démocrates ont été fondés à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème dans un objectif de défense confessionnelle, en général de la communauté catholique. Après 1945, ces partis ont joué un rôle décisif pour la reconstruction de l’Europe. Reconstruction matérielle bien sûr, mais aussi reconstruction politique après les dommages créés par le nazisme et les idéologies fascistes. On pourrait dire que ces partis ont été des éducateurs à la démocratie pour certaines populations dont la culture n’avait jamais été vraiment démocratique. Une nouvelle période de « prospérité » de ces partis se situe après la chute de l’Empire soviétique. Des partis chrétiens-démocrates se sont créés dans quasiment tous les États qui ont mis fin au système du parti unique pour adopter le multipartisme, et bénéficier d’une prospérité et d’une démocratie « à l’européenne ».

Aujourd’hui, ces partis démocrates-chrétiens existent dans presque tous les pays et sont plus ou moins importants. Ils ont abandonné l’aspect de défense catholique de leur origine, sont tous devenus œcuméniques et regroupent toutes les dénominations chrétiennes. Leur idéologie les place au centre-droit, entre le conservatisme et la social-démocratie. En général, ils sont enracinés dans la paysannerie et les classes moyennes. Si on doit faire un bilan de leur action durant ces soixante dernières années, on pourrait dire ceci : ils ont contribué à moderniser l’économie et la société, après les désastres de la guerre mondiale. Avec une sensibilité particulière à l’ouverture internationale, ces partis ont évité à l’Europe de retomber dans le nationalisme ou la xénophobie qui avaient fait tant de mal depuis 1914.

Leur internationalisme s’enracine aussi dans les valeurs de fraternité universelle du christianisme. C’est pourquoi ces partis ont été très actifs dans la construction européenne, dans cet effort pour trouver une manière de vivre ensemble, en renonçant à la violence, en cherchant des moyens non armés de résolution des différends, en promouvant l’État de droit, l’économie de marché et un régime démocratique. Les principales réalisations ont été l’Union européenne (27 pays membres) et le Conseil de l’Europe (47, dont la Russie et la Turquie) avec son système sophistiqué de protection des droits de la personne humaine (Cour européenne des droits de l’homme).

L’Europe, terreau de mouvements à base religieuse

Il n’est évidemment pas question d’affirmer que ce qui a été réalisé en Europe depuis 60 ans n’est dû qu’à l’action des partis démocrates-chrétiens. Il faudrait aussi mentionner l’apport des autres forces politiques ou idéologiques… Il ne faudrait pas non plus penser d’une manière simpliste que les chrétiens n’ont toujours voté ou milité que pour des partis démocrates-chrétiens.

Quoi qu’il en soit de ces points, fort étudiés par les politologues, on peut retenir que les mouvements politiques à base religieuse ont été et restent nombreux en Europe. Leur rôle a été important voire décisif dans la reconstruction des divers États du continent, dans la modernisation de pays ruinés par la guerre ou la domination soviétique, dans la démocratisation de sociétés souvent traditionnelles, et finalement dans « l’unification du continent ». Et cette dynamique n’est pas achevée. Ces partis démocrates-chrétiens continuent de jouer un rôle important, non seulement en Allemagne ou en Autriche, mais aussi dans plusieurs pays parmi les plus sécularisés, si par sécularisées on entend des sociétés où la proportion de personnes sans activité explicitement religieuse ou sans sentiment d’appartenance à une communauté religieuse, est importante. Seconde remarque : la liberté religieuse. C’est une idée communément reçue en Europe que les pays européens respectent la liberté de conscience et de religion y compris la liberté de ne pas avoir de religion ou de changer de religion. Ces libertés sont garanties par les constitutions des divers États et confirmées par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Les non-Européens sont évidemment moins enthousiastes en ce qui concerne l’état des libertés religieuses en Europe. Il n’est pas rare que certains musulmans, hors d’Europe ou en Europe, estiment que la liberté religieuse existe clairement en Europe pour les chrétiens ou les agnostiques, mais ce serait plus douteux en ce qui concerne les musulmans : depuis l’interdiction des minarets en Suisse, les mouvements islamophobes dans divers pays, l’interdiction du voile à l’école et peut-être de la burqa dans la rue en France et ailleurs, la difficulté de pratiquer certains rites musulmans dans une société européenne… qui n’est pas musulmane (question de la viande, des repas halal, des espaces et temps de prière, du ramadan, etc.). Bref, les Européens ont une image assez valorisée de la liberté religieuse sur leur continent et regardent avec un peu de condescendance les pays nombreux où les minorités religieuses sont discriminées. Mais hors d’Europe, cet enthousiasme n’est pas toujours partagé !

Il faut souligner ce paradoxe : le respect des libertés religieuses ne nécessite pas un État séculier ou une stricte séparation entre l’État et les Églises. Il y a de nombreux pays en Europe qui ne sont pas séculiers : au Royaume-Uni, la Reine - chef d’État est en même temps le chef de l’Église d’Angleterre. Il en va de même au Danemark ou en Norvège. Dans d’autres pays, il existe un statut de droit public pour les religions, au moins pour les cultes reconnus (dont l’islam en Autriche par exemple). Dans d’autres pays, il existe un régime de séparation plus ou moins strict.

Église - État : le grand malentendu

Il est donc difficile de tirer des conclusions définitives de la situation variée et complexe du statut des religions en Europe. Les libertés de conscience, de religion, de changer de religion, de pratiquer un culte… sont garanties par le régime général des libertés dans un État libéral et démocratique, qui doit aussi protéger les minorités. Il n’y a pas forcément un statut spécial pour les religions. Mais il arrive aussi que la législation nationale prévoie un statut spécial pour telle ou telle religion ou dénomination. L’État séculier n’est pas une condition indispensable pour que le respect de la liberté religieuse soit garanti. Certains des États les plus libéraux en Europe, là où les libertés individuelles sont les mieux garanties, ne sont pas séculiers. Parfois même, ils ont érigé telle ou telle dénomination en religion officielle ou religion d’État.

Troisième remarque : le régime de séparation entre l’État et l’Église, par exemple le système français, ne constitue pas un modèle que l’on pourrait transposer tel quel dans n’importe quel État ou société du monde. Il y a beaucoup d’idéalisme et de méconnaissance de l’histoire à transformer ainsi la « laïcité à la française » en un régime idéal typique des relations Église - État. On oublie facilement que ce régime, inauguré en 1905 par une loi fameuse, a été l’objet au cours de son premier siècle de multiples conflits, ajustements et modifications. Le régime actuel de laïcité à la française, qu’on le désigne ou non comme laïcité ouverte, est le fruit de conflits et de compromis. Il s’enracine dans l’histoire française. Il n’est pas transposable. Là où il a été transposé, il a été trahi et n’a garanti en rien la liberté ni de l’État ni de « l’Église » ou des communautés religieuses : en Turquie, en Syrie… Qui prétendrait qu’en Turquie les autorités de l’islam sont à l’abri des ingérences de l’État ? Le recteur de l’Université Al Azar au Caire serait mieux entendu au sein de la communauté musulmane mondiale si sa désignation était le fait de religieux plutôt que des dirigeants de l’État égyptien.

Quatrième remarque : il y a un grand malentendu lorsqu’on parle de séparation de l’Église et de l’État. S’agit-il de protéger l’État contre l’intrusion de l’Église ? Ou s’agit-il de protéger l’Église contre une ingérence de l’État dans ses affaires internes ? Pour illustrer ce malentendu, il suffit de comparer la France et les États-Unis. Voici deux pays qui disposent d’une constitution laïque, d’un régime juridique stricte de séparation de l’Église et de l’État, d’un régime séculier inscrit dans la tradition politique et dans les institutions publiques. Mais en France, il s’est agi historiquement de permettre à l’État d’asseoir son autonomie en limitant l’influence de l’Église catholique. Alors qu’aux USA, il s’est agi d’offrir à des communautés religieuses, en particulier aux dissidentes, un espace où elles pourraient vivre leur identité religieuse sans interférence d’un État confessionnel. Un régime séculier pour empêcher l’État de s’ingérer dans les affaires des Églises.

Le régime laïc ne constitue en rien un régime homogène, un modèle institutionnel ou juridique qu’il suffirait de proposer « clés en mains ». Il s’agit toujours de construction historique marquée par les aléas de la vie politique, enracinée dans une histoire singulière et un contexte particulier. Chaque pays a trouvé une formule qui donne plus ou moins satisfaction. On peut estimer que les divers régimes pratiqués en Europe respectent en général les libertés de conscience, de religion et de culte. Mais, devrait-on ajouter, c’est parce que les libertés sont globalement respectées en Europe, en particulier grâce à un système de protection juridique nationale et internationale.

La réalité européenne est donc très différenciée. Il n’existe pas de modèle unique, parfait, « démocratique », des relations Église - État. Cette situation assez nuancée n’empêche pas les discours sur la question politique - religion d’être passablement simplistes ou réducteurs. Il faudrait, nous dit-on, que, dans les pays à majorité musulmane, on instaure un régime de laïcité pour que la liberté religieuse soit garantie, en particulier pour les minorités religieuses. Et beaucoup pensent évidemment ici aux minorités chrétiennes en terre d’islam. Or la laïcité a souvent légitimé l’autoritarisme.

Le régime séculier est en fait historiquement déterminé. Il n’y a pas de formule miracle qui pourrait protéger les libertés de religion et de culte. La laïcité à la française a de grands mérites dans le contexte français. Elle a le tort de penser qu’elle est une forme universelle, que l’on peut simplement transposer telle quelle, sans tenir compte des contextes historiques particuliers. Or ce régime séculier a été imposé dans certains pays à majorité musulmane. Cela a pu y donner naissance à des régimes républicains. Mais rarement démocratiques.

Prenons quelques exemples. Un certain nombre de pays à majorité musulmane ont été « modernisés » par des régimes autoritaires. Cette modernisation impliquait que l’action de l’État ne soit pas limitée par des autorités religieuses. Et c’est pourquoi, très souvent, ces régimes modernisateurs ont dû lutter contre des forces « conservatrices » souvent liées à des traditions religieuses. La modernisation consistait à créer ou à ériger un État et une nation, au sens européen du terme. On pourrait citer ici la Tunisie, l’Égypte, l’Irak (sous Saddam Hussein), l’Iran du Shah, voire le Pakistan. Ces régimes séculiers autoritaires ont en général perdu leur soutien populaire à cause de cet autoritarisme et/ou de leur corruption. En général ces régimes autoritaires ont empêché la naissance d’une société civile dynamique. On constate là l’écart entre régime républicain et régime démocratique, entre sécularisme et démocratie.

Vivre ensemble dans un égale dignité

Aujourd’hui, la promotion de la démocratie et de l’État de droit ne se confond plus avec la promotion d’un État séculier ou d’une séparation entre religion et politique. Le respect des minorités, l’instauration d’une société démocratique, c’est-à-dire une société de débat, de respect de l’autre, d’apprentissage d’un vivre ensemble, cela présuppose une culture des droits de l’homme. C’est ce que le Conseil de l’Europe a souligné lorsqu’il a fait paraître un livre blanc sur le dialogue interculturel intitulé : « Vivre ensemble dans l’égale dignité » (www.coe.int/dialogue). La gestion démocratique de la diversité culturelle grandissante dans les États d’Europe est devenue une priorité. Comment répondre à la diversité ? Comment gérer la diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse ? Comment s’imaginer l’avenir ?

La solution du Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 États de l’Atlantique à Vladivostok, se résume ainsi : la promotion de la diversité culturelle et religieuse ne se fera que sur la base des valeurs dites « européennes » à savoir la promotion de l’État de droit, le respect des droits de la personne humaine, la promotion de la démocratie et le développement de sociétés fondées sur la solidarité. Vivre ensemble dans des sociétés pluralistes par leur composition ethnique et/ou religieuse n’est possible que si l’on respecte certaines conditions : les droits de l’homme, la démocratie, la primauté du droit, l’égale dignité et le respect mutuel de tous et de toutes les minorités, l’égalité entre les sexes… Alors seulement on peut s’engager dans une démarche interculturelle qui fera tomber les barrières qui empêchent le dialogue. Voilà les bases de ce qui est appelé la gouvernance démocratique de la diversité culturelle ou religieuse.

Bibliographie utilisée :

  • J.P. Willaime, Europe et religions, Paris, Fayard, 2004, 376 p.
  • Pierre-Jean Luizard, Laïcités autoritaires en terres d’Islam, Fayard, 2008, 284 p.
  • J. F. Bayard, L’Islam républicain, Ankara, Téhéran, Dakar, Albin Michel, 2010, 430 p.
  • Abdelwahab Meddeb, Pari de civilisation, Paris, Le Seuil, 2009, 220 p.

Le 8ème Forum populaire Asie-Europe (AEPF) et l’ASEM

Environ 200 personnes représentant des associations, ONG et syndicats du continent eurasiatique se retrouveront du 2 au 5 octobre prochains à l’IHECS (Institut des hautes études des communications sociales, rue de l’Étuve 58-60, Bruxelles) pour le 8ème Forum populaire Asie - Europe (Asia-Europe People’s Forum ou AEPF). Ce forum se réunit parallèlement au som-met officiel des chefs d’État asiatiques et européens - le Asia-Europe Meeting (ASEM) - qui comprend actuellement 48 partenaires dont 46 États - membres(3).

Alors que le sommet politique aura pour thème « Parvenir à un plus grand bien-être et à plus de dignité pour tous les citoyens », l’AEPF appelle à « Confronter et amoindrir le pouvoir des multinationales : construire des États citoyens » via des ateliers, des espaces libres ainsi que des dialogues politiques avec des membres de la Commission et du Parlement européens. Le Forum offrira une occasion rare de débats, des témoignages et des travaux en réseau autour des questions globales ou locales : travail décent et protection sociale, souveraineté alimentaire, changement climatique, commerce et investissements (accords de libre-échange et partenariats économiques), paix et sécurité.

Dans le cadre de la dernière thématique et de ses propres travaux, le Centre Lebret-Irfed organisera avec ses partenaires un atelier sur « Diversité religieuse, laïcité, citoyenneté et démocratie », une question primordiale dans bien des pays de nos deux régions.

Deux soirées publiques seront aussi organisées sur la crise financière et les alternatives, en continuité des échanges entamés lors du dernier Forum de Pékin (2008).

Ce 8ème Forum, qui se déroulera en anglais, est co-organisé par le CNCD, une plateforme comprenant plus d’une centaine d’ONG et des syndicats belges, et le Comité d’organisation international de l’AEPF, dont le Centre Lebret-Irfed est membre.

Pour plus d’information sur l’ASEM :


Libre-propos

Le modèle européen au défi de l’Asie

Par Budi Tjahjono

La réalité européenne n’est pas, loin s’en faut, le seul prisme pour apprécier la réalité et la diversité religieuse avec laquelle sont en prise les pays de l’ASEM qui se réunissent début octobre à Bruxelles. Secrétaire général du Centre catholique international de Genève, je suis pour ma part indonésien. Et je sais que les partis politiques basés sur la foi peuvent être, dans des pays situés loin de l’Europe, d’une autre nature.

En Asie par exemple, le programme politique de ces partis a souvent pour objectif de susciter l’adhésion des membres fondée sur l’interprétation ou la compréhension stricte et unilatérale de la loi religieuse, avec un espace de débat public limité ou même inexistant. Au delà, leur objectif est de solidariser une nation, ou une partie de la nation, au service de cette cause. Nous sommes loin de la démocratie chré-tienne à l’Européenne, respectueuse des autres formations et gardienne de la diversité.

Spécificité de l’expérience européenne

Cette différence est cruciale. Utiliser l’enseignement religieux comme fondement des valeurs idéologiques de partis politiques est acceptable à condition de prévoir des lieux de confrontation des différences selon des modes démocratiques. Mais si une telle expression se fait au prix du refus de l’expression de visions politiques autres, le vivre ensemble devient impossible.

Tel est, pour l’Asiatique installé à Genève que je suis, le génie de l’expérience européenne. Celle-ci a conféré aux mouvements politiques basés sur la foi une maturité qui les amène à placer les intérêts des nations avant leurs objectifs religieux. C’est une réalité dont les pays asiatiques, surtout dans le cadre du dialogue ASEM, devraient s’inspirer. L’Europe a réussi à offrir une plate-forme de dialogue et de discussion où différentes opinions et façons de voir peuvent être confrontées publiquement. Est-ce la même chose en Asie ? À quelques exceptions près, malheureusement non. Il n’est pas exceptionnel d’y rencontrer - en Inde, au Pakistan, mais aussi en Indonésie ou en Chine (où certains experts comparent le parti communiste actuel à une immense secte) - des minorités religieuses discriminées par les religions dominantes et qui, de ce fait, ne peuvent jouir des mêmes droits.

L’exemple des Ahmadiah au Pakistan et en Indonésie(4) et des Baha’i en Iran(5) montre que la liberté religieuse est limitée uniquement par l’interprétation de la religion principale dominante ou par la prescription politique du gouvernement souverain. Ceux qui s’y opposent deviennent naturellement l’objet de représailles. La solution n’est pas unique. Le vivre ensemble n’est pas le résultat d’une recette politico-religieuse toute faite. Mais nous savons ce qui fonctionne : des discussions permanentes entre les instances intéressées, à l’intérieur d’une société et entre nations, afin de bâtir un socle commun et éviter la relativisation de la signification et de l’importance de ces valeurs. Tel est le défi d’aujourd’hui.

Notes

[1] - Antoine Sondag, né en 1948, est prêtre et responsable "Études et recherches internationales" au Secours catholique. Il est ancien secrétaire général de Justice et Paix-France (Conférence des évêques de France). Son dernier ouvrage en date est La solidarité, chemin de spiritualité (Salvator). Contact : asondag57@yahoo.fr

[2] - Budi Tjahjono est indonésien, secrétaire général du Centre catholique international de Genève. Contact : ccig@bluewin.ch

[3] - La Russie, l’Australie et la Nouvelle zélande font partie de l’ASEM depuis 2010 et constituent le « 3ème groupe ».

[4] - en.wikipedia.org/wiki/Freedom_of_religion_in_Indonesia

[5] - fr.wikipedia.org/wiki/Baha%C3%AFsme http://www.letemps.ch/Page/Uuid/c4c…


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