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Jalons pour une économie des besoins

L.-J. Lebret et G. Célestin

Dans le n°84 de la revue Économie et Humanisme, en 1954, L.-J. Lebret et G. Celestin explicitaient leur conception de l’économie des besoins dans l’article Jalons pour une économie des besoins. Extraits.


Dès sa fondation, le groupe « Économie et Humanisme » prenait position pour une « économie ordonnée des besoins ». « Nous voulons de toutes nos forces, disait le Manifeste, construire une économie de l’ordre humaine où une masse de biens aussi étendue que possible soit répartie suivant l’ordre d’urgence des besoins de tous et non selon la hiérarchie des capacités de paiement ».

L’économie libérale contre l’économie des besoins

Dans cette conception, l’économie doit se modeler sur le besoin qu’elle a précisément pour objet de satisfaire. Si l’économie libérale et le régime capitaliste qui s’en est longtemps réclamé s’étaient montrés capables de répondre aux besoins des populations en croissance, s’ils avaient réussi dans les pays avancés à supprimer, par ascension humaine, les sous-prolétariats et les basses couches de prolétariat, s’ils avaient prouvé leur capacité à développer rapidement les pays encore sous-développés et non-développés, l’économie du profit se serait révélée économie du besoins.

Or, historiquement, il n’en est rien. La loi de l’offre et de la demande ne serait définitivement acceptable que si la demande reflétait fidèlement le besoin. En fait, la demande ne correspond qu’aux besoins solvables et non aux besoins réels. Une économie réglée uniquement par l’offre et la demande répond à la formule « à chacun selon ses moyens ». Par là, elle se trouve en deçà des exigences de l’humanité, à son point actuel de conscience et d’aspirations. Force est donc de rechercher comment l’économie pourrait se modeler sur les besoins ; besoins de subsistance, ou essentiels dont la satisfaction conditionne la vie des personnes et la création des biens répondant aux autres catégories de besoins ; besoins de confort, dont la satisfaction contribue à rendre l’existence humaine plus agréable, mais dont la surestimation peut conduire à la recherche désordonnée du luxe ou de la facilité ; besoins de dépassement, correspondant aux valeurs supérieures de la civilisation.

Ainsi s’impose une double hiérarchie des besoins dans l’ordre pratique des priorités d’urgence (primum vivere) et dans l’ordre moral de l’échelle des valeurs (vivre de plus en plus humainement). L’économie humaine pose nécessairement le problème éthique de la fin et des valeurs et le problème pratique des moyens et des techniques ; elle pose aussi, à l’échelon collectif, le problème culturel et politique à la fois de l’arbitrage entre les besoins et entre les moyens de les satisfaire.

[…]

Ce que doit être l’économie des besoins

Les exigences d’une économie des besoins purent alors être précisées. Il apparut qu’une authentique économie des besoins doit, tout à la foi : 1. Se subordonner à la réalité mouvante des besoins en relation avec l’accroissement des populations et la diversité des phases de développement et de civilisation.

2. Tenir compte de la hiérarchie des besoins, la priorité étant accordée aux biens de subsistance et de dépassement.

3. Se réaliser à l’échelle mondiale sur la base d’une solidarité universelle croissante entre les peuples.

4. Être une économie pour tous les hommes, et non un régime pour privilégiés.

5. Conserver son dynamisme par l’intégration continue des nouveaux apports scientifiques et techniques.

6. Adapter les rythmes d’évolution aux possibilités concrètes des pays sans briser les valeurs existantes et sans essayer de sauter les phases intermédiaires nécessaires.

L’économie des besoins serait donc une économie très différenciée, dans laquelle les tensions économiques agriculture-industrie-services, consommation-investissement, ville-campagne, économies dominantes-économies assistées seraient analysées et « administrées » pour assurer un progrès continu.

Comment instaurer l’économie des besoins

[…] Un régime d’économie des besoins suppose d’abord la mise au point de méthodes et d’organismes statistiques permettant une connaissance, un inventaire et une appréciation exacte des besoins réels aux différents échelons ; il postule également une orientation à la production, des investissements et des implantations industrielles et résidentielles dans le cadre d’un plan rationnel d’aménagement des territoires ; enfin il exige une réforme profonde des institutions juridiques, administratives, politiques et financières ; il est conditionné par l’éducation des consommateurs de produits et de services et leur association progressive à la politique économique.

[…]

« Dès l’origine, face à l’inhumain « à chacun selon ses moyens » nous affirmions : « à chacun selon ses besoins ». Notre méthode d’enquête et nos études ont pour but essentiel de détecter la multiplicité des besoins dans le respect de leur hiérarchie et des situations concrètes. Cette connaissance précise seule permettra de passer aux réalisations. »

[…]


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