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Choix alimentaire et diversité des agricultures

Cahier de BRES n°2 - septembre 2010

Est-il possible de concilier le respect de la nature et la condition première du développement de l’homme, une alimentation suffisante en qualité et en quantité, fondement d’un véritable développement durable ?

Le cahier n°2 a pour but de sensibiliser le lecteur aux changements et aux défis face nous sommes, dans nos rapports à la nature et dans nos habitudes alimentaires. Il veut moins affirmer des certitudes qu’éveiller les esprits. Il peut apparaître parfois ardu par certains aspects techniques : il exprime une (petite) part de la complexité du sujet et de notre monde.

Rédacteur : Louis Pilard


Pour se procurer ce Cahier BRES, envoyer un mail à bretagneesperancesolidarite@laposte.net ou contactez-nous

Avant-propos

Le premier objectif du millénaire fixé en 2000 par l’ONU est de réduire l’extrême pauvreté et la faim en 2015. C’est affirmer que la ressource alimentaire pour tous conditionne les progrès dans tous les autres domaines définis par les 7 autres objectifs du millénaire. Cette ambition est-elle réalisable ? La terre a-t-elle la capacité de répondre aux besoins de 6 milliards d’humains en 2010 , et de 9 milliards prévus en 2050 ? Déjà au début du 19e siècle, quand la population mondiale atteignait 1 milliard d’humains, incluant une proportion importante de sous-alimentés, Malthus affirmait qu’il n’y aurait pas place pour tous au "banquet de la nature", car la population croissait selon une progression géométrique, quand la production ne croissait qu’au rythme d’une progression arithmétique. En 2010, la population mondiale est six fois plus nombreuse, et la proportion de sous-alimentés n’a pas augmenté, au contraire, tombant à 800 millions en 2007. Malheureusement, la crise de 2008 entraîne une reprise de l’extrême pauvreté et de la faim touchant1 milliard d’humains en 2009.

L’humanité serait-elle condamnée à subir éternellement un déficit de ressources alimentaires pour faire face aux besoins de tous ? La terre est-elle vraiment incapable de nourrir tous les hommes ? La population humaine est-elle trop nombreuse ? Laquelle est en surnombre ? Ne vaut-il pas mieux laisser agir une forme de sélection "naturelle" ? Autant de questions qui se croisent, contradictoires, suscitant des débats et des réactions parfois violents à une époque où la prise de conscience des limites de la planète est de plus en plus forte. Si l’on n’y prend garde, l’on risque de sombrer dans un simplisme qui nous conduirait à choisir entre nourrir les hommes ou sauver la planète. Il est vrai que l’humanité ne peut survivre à une planète détériorée, et que celle-ci ne peut supporter davantage les agressions dont elle est victime. Il s’agit donc d’assurer l’avenir de l’une et l’autre, en affirmant, pour nous, que l’homme (tous les hommes) est au coeur de l’objectif.

Le débat est difficile, passionné, entre ceux qui accordent la priorité au respect de la nature et ceux qui mettent le développement de tous les hommes au centre de la réflexion et de l’action. Comment y voir clair ? Comment dépasser cette contradiction ?
Est-il possible de concilier le respect de la nature et la condition première du développement de l’homme, une alimentation suffisante en qualité et en quantité, fondement d’un véritable développement durable ?

Des chercheurs de l’INRA(1) et du CIRAD(2) ont élaboré des outils pour évaluer différentes voies conduisant, en 2050, à un équilibre entre les ressources et les besoins alimentaires au niveau mondial et pour chacune des 6 grandes régions du monde. La méthode se fonde sur les observations et les recherches réalisées depuis les années 60 par de très nombreuses organisations spécialisées dans les domaines agronomiques, alimentaires, environnementaux, climatiques. Ils s’appuient sur les données et les études émanant de ces organisations pour élaborer différents scénarios en vue d’évaluer la capacité des agricultures à répondre aux besoins et maîtriser les conséquences sur les écosystèmes. Cette recherche fait l’objet du rapport Agrimonde élaboré entre 2005 et 2008.

Il ne s’agit pas de prédire la situation de 2050, mais de montrer des chemins possibles permettant d’assurer une nourriture pour tous : est-il possible, en 2050, d’assurer l’équilibre besoins – ressources alimentaires pour tous Agrimonde est à prendre comme un outil puissant de réflexion et de dialogue sur un sujet crucial pour l’avenir de l’humanité. Dans une période où la question alimentaire et agricole va devenir prépondérante, ouvrant la porte à de durs conflits d’intérêts, le dialogue et la réflexion peuvent encore limiter les dégâts et éviter le pire.

Construit par des scientifiques à l’aide d’une méthode rigoureuse, le rapport Agrimonde confirme que la planète est capable de nourrir tous les humains en 2050. Deux voies, parmi d’autres, sont proposées : l’une s’inscrit dans la tendance actuelle basée sur l’intensification que permet le progrès technique, l’autre privilégie une intensification intégrée dans la gestion des écosystèmes, (exigeant également d’importants progrès technologiques).Si l’équilibre global paraît possible, la répartition de la production agricole sur la planète sera sensiblement modifiée : l’Amérique latine, la Russie, l’Afrique deviendront des acteurs agricoles majeurs. Les rapports entre les pays en seront changés.

Le présent cahier a pour but de sensibiliser le lecteur à ces changements et aux défis qu’ils engendrent pour nous tous, dans nos rapports à la nature et dans nos habitudes alimentaires. Il veut moins affirmer des certitudes qu’éveiller les esprits. Il peut apparaître parfois ardu par certains aspects techniques : il exprime une (petite) part de la complexité du sujet et de notre monde.

Pourquoi ne pas nous rencontrer pour approfondir cette réflexion, ouvrir le dialogue ? Avec d’autres, BRES propose d’aller plus loin pour mieux appréhender cette question de nos choix alimentaires, de leurs liens avec la diversité des agricultures. Il s’agit de concilier le nécessaire bien-être issu d’une alimentation suffisante et saine avec une production agricole durable afin de donner toutes leurs chances aux générations futures. Notre présent découle de choix faits dans les années 60. Le futur des années 2050 se décide aujourd’hui !

Notes

[1] - Institut National de la Recherche Agronomique

[2] - Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement


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