LOGO -DCLI - Centre International Lebret-Irfed

Accueil du site > Documents > Revue

Face au sida, un combat sur tous les fronts !

Développement et civilisations, N° 379, nov.-déc. 09

par Bernard Joinet(1)

Éditorial
Face au sida, un combat sur tous les fronts ! par Bernard Joinet
Quelques chiffres
Extraits de la Résolution du Parlement européen du 24 avril 2007 sur la lutte contre le VIH/sida
Libre Propos

Éditorial

par Richard Werly

Devoir de vérité

Développement et Civilisations prend, avec ce numéro spécial consacré au sida, à l’Afrique et au rôle de l’Église, le risque de susciter un vif débat.

Ce risque est celui de la vérité que, dans son livre-témoignage récemment paru, le père Bernard Joinet défend avec passion, nuance et courage à la fois. Vérité face aux chercheurs dont l’avenir de millions de séropositifs dépend. Vérité face aux malades et aux personnes infectées à qui il faut savoir parler. Et, surtout, vérité face à ceux qui, devant les prises de position controversées de l’Église catholique, sont souvent tentés de les caricaturer.

Ce souci, disons-le, est le nôtre. Car, nous en sommes convaincus, le pire service à rendre aux militants qui s’époumonent à combattre le sous-développement est de déformer les paroles ou de travestir la réalité.

Défendre l’utilisation la plus vaste possible du préservatif, comme cela nous parait indispensable, ne doit pas être un voile commode pour cacher d’autres réalités tout aussi choquantes, telles la mainmise des grands laboratoires sur les nouveaux médicaments antisida, ou bien l’absence de campagnes de prévention dans tant d’endroits reculés d’Afrique ou d’Asie, où les firmes multinationales font trop souvent valoir leurs droits consignés dans des contrats, sans s’estimer comptables de devoirs envers les populations locales décimées par le virus.

Le « Développement de tout l’homme et de tous les hommes » exige un tel devoir de vérité.

Face au sida, un combat sur tous les fronts !

par Bernard Joinet

Le sida est considéré comme l’un des obstacles à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement. Sa propagation menace profondément les droits humains les plus élémentaires ; en déstabilisant l’économie et en désorganisant les structures publiques, elle fragilise d’autant les capacités des pays touchés à faire face au fléau. D’où la nécessité de diversifier les approches.

Bernard Joinet, prêtre, témoigne ici des petites et grandes difficultés d’un combat « sur le terrain ». Missionnaire en Tanzanie jusqu’au début des années 2000, il s’est battu pour que l’Église catholique ne ferme pas ses portes aux malades et aux porteurs du virus. Un livre d’entretien avec l’ancien directeur de l’hebdomadaire La Vie, Jean-Claude Petit, relate son combat, du début des années 80 jusqu’aux déclarations récentes du pape Benoît XVI en Afrique. Nous en publions ici des extraits exclusifs. Des pages lucides. Qui incitent au courage.

Bernard Joinet, la première information sur la présence du virus en Afrique vous parvient en 1983. Comment réagissez-vous ?

Je ne réagis pas ! Bukoba, où le sida est d’abord repéré, et le district de Rakaï sont loin, à plus de neuf cents kilomètres, à la frontière de l’Ouganda. Le sida est une maladie interne, avec virus, anticorps, affaiblissement général, perte de poids, qui ne concernent pas vraiment le psychologue clinicien que je suis.

À quelle occasion commencez-vous à vous y intéresser ?

Il faut savoir qu’assez rapidement, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), basée à Genève, s’est dotée d’un service spécial pour la lutte contre le sida, l’ONUSIDA. Cette organisation veut alors que chaque pays mette sur pied un Programme national de lutte contre le sida, un PNLS. À cet effet, ONUSIDA organise un atelier national à Morogoro, avec pour objectif de mettre sur pied ce programme pour la Tanzanie. J’y suis invité avec Gisela Duvinage, psychologue clinicienne à Muhimbili, et le professeur Gad Kilonzo, directeur du service psychiatrique de Muhimbili.

L’atelier est animé par un médecin norvégien que j’appellerai Borj, lequel nous révèle discrètement son homosexualité, et par Betty, une infir-mière australienne de taille imposante. Tous deux nous montrent l’ampleur de l’épidémie. Ils nous expliquent que, en 1987, il y a 40 000 porteurs de VIH en Tanzanie et que leur nombre double tous les deux ans. Le docteur Kilonzo et moi faisons nos calculs et atteignons, effarés, le chiffre provisionnel de plus de cinq millions de personnes vivant avec le VIH en 2003. Impossible, exagéré, pensons-nous. Oui, mais un peu seulement. En 2005, nous avions en Tanzanie trois millions de personnes vivant avec le sida…

Peggy, l’une des animatrices de la session, est surprise de trouver là un ecclésiastique invité à parler de la prévention. Pour elle, il est clair que la véritable prévention s’appelle le préservatif. Elle s’inquiète donc de ce que vous allez dire.

Peggy dirige avec autorité les premiers exercices de prévention. Sans tarder, elle nous met un préservatif en main, nous demande de le dérouler et d’en tester l’élasticité. J’ai compris le message : la prévention, c’est le préservatif. Sachant qui je suis, elle fait part aux organisateurs de son inquiétude vis-à-vis de l’intervention qui m’a été demandée pour le lendemain. Les membres tanzaniens de l’équipe tentent de la rassurer.

Qu’à cela ne tienne, le lendemain, j’explique que le préservatif a un double effet. S’il peut empêcher la transmission de la vie, il peut aussi empêcher celle de la mort. Je m’adresse à un groupe de croyants. Je n’hésite donc pas à rappeler le grand commandement : « Tu ne tueras pas. » Pour cela, dis-je, nous devons employer tous les moyens à notre disposition, y compris le préservatif. Peggy est rassérénée. Cette session de Morogoro m’a montré que le préservatif est toujours présent à l’esprit des participants et qu’il est impensable de ne pas en parler.
Ma conviction est faite depuis ce temps-là : oui, il est possible de parler d’abstinence et de fidélité comme moyens de prévention, mais toujours en mentionnant le préservatif.

La première personne que vous aidez à prendre conscience de la présence du VIH dans son corps est Laetitia. Pouvez-vous nous raconter votre travail auprès d’elle ?

Laetitia se prostitue. Elle est traitée par un médecin danois qui fait de la recherche sur l’efficacité d’un médicament sur le sarcome de Kaposi. Il s’agit d’un cancer de la peau qui se manifeste par des taches lie de vin. Le traitement marche bien, les taches disparaissent, et Laetitia recommence à recevoir des clients. Le médecin danois s’affole en pensant à tous ceux qu’elle risque d’infecter, mais il ne sait pas comment l’informer de son état. Il me l’adresse. Laetitia vient me voir. Elle est accompagnée par une amie et me raconte son histoire.

J’apprends ainsi que le médecin vient la voir chez elle chaque semaine pour lui faire des injections, sans jamais lui avoir dit de quoi elle souffrait. Il vient en 4x4 Land Rover avec chauffeur, ce qui n’est guère discret et alimente les conversations des voisins. Je lui demande alors si elle sait de quoi elle souffre. Silence prolongé. Elle finit par me répondre : « De cette nouvelle maladie. » « C’est vrai », lui dis-je sans tergiverser. Elle s’écroule sur la table.

Deux jours plus tard, son amie vient me voir. Elle m’explique que le propriétaire a jeté Laetitia à la porte. Il avait tout simplement demandé au chauffeur pourquoi un médecin européen venait la voir chaque semaine. Le chauffeur avait répondu qu’elle avait le sida. Ni une ni deux, le propriétaire l’a chassée de sa maison. Laetitia est partie pour une destination inconnue. Je ne l’ai pas revue.

Dans ces premiers temps de l’épidémie, la population tanzanienne a-t-elle conscience de sa gravité ?

Je ne pense pas. Le sida était inconnu jusqu’en 1981, et seule la région de Bukoba, excentrée, à la frontière avec l’Ouganda, était touchée. Les médecins n’ont identifié la maladie en Tanzanie qu’en 1983. Il était trop tôt pour avoir conscience de la gravité de l’épidémie (…) Mais tout a changé quand on a pris conscience de la gravité de l’épidémie, trente millions de personnes vivant avec le VIH en Afrique, dont trois en Tanzanie. Nous parlons des premiers temps de l’épidémie, quand il n’y avait pas de remède connu.

Vous-même, en parlez-vous à l’époque avec vos confrères Pères blancs ?

En France non, sauf avec un père qui appartient comme moi à l’association « Chrétiens et sida » (…) En Tanzanie, j’en parlais, car nous étions plusieurs confrères engagés dans la lutte contre le sida, mais nous avions des positions différentes. Certains de mes collègues ne proposaient que l’abstinence pour les jeunes et la fidélité pour les gens mariés. Ils ne parlaient pas des couples non mariés. Quant à moi, comme nous l’avons vu, je prêchais le « Ne tue pas », « Ne te laisse pas tuer » et « Pour cela, emploie tous les moyens à ta disposition ».

Nous vivions toutefois dans la même communauté, et nos supérieurs n’ont jamais fait pression pour que nous suivions une position plutôt que l’autre. Ils pensaient que nous étions capables de suivre chacun notre conscience. (…)

En 1994, vous recevez de Médecins du Monde une invitation à participer, en septembre, à une session de formation à la lutte contre le sida. Agréablement surpris, vous acceptez. Ce sera pour vous un nouveau choc. Racontez-nous.

La situation à Bukoba est alors critique. En moins de dix ans, 40% de la population est devenue séropositive dans certains quartiers de la ville, de 20 à 30% dans la campagne.

Je suis reçu par les présidents des groupes villageois de lutte contre le sida, que j’appelle groupes d’autodéfense. Avec eux, je pénètre dans les maisons. Dans une maison sur deux, il y a un malade en fin de vie. Dans presque tous les jardins à l’entour, je découvre une ou deux tombes fraîches (…) Je viens de découvrir mes premiers sidéens en fin de parcours, alités, n’ayant littéralement que la peau sur les os, incapables de se lever. Je suis secoué.

Dans la nuit qui précède votre communication, vous faites un rêve. Vous n’êtes pourtant pas du genre rêveur. Que se passe-t-il ?

J’ai du mal à m’endormir. Je remâche encore le conflit de l’après-midi. Soudain, à peine endormi, j’ai un rêve, moi qui ne rêve presque jamais. Je vois devant moi une étendue d’eau, sans rives, rien que de l’eau. Un voilier à la coque de bois, genre bateau de Christophe Colomb, entre sur la droite et s’arrête. Alors, brusquement, je me réveille et j’ai une intuition. Cette eau, c’est le sida. On peut lui échapper en montant en bateau. Il y a trois bateaux pour échapper à l’épidémie. Ils s’appellent respectivement : Abstinence, Fidélité et Préservatif. Je me lève d’un bond, m’empare des transparents d’acétate que j’avais mis en réserve pour la communication du lendemain. Je dessine rapidement au crayon gras trois bateaux avec leurs noms respectifs écrits en grosses lettres : Abstinence, Fidélité, Préservatif. Je dessine grossièrement des personnes qui se hissent péniblement à bord. Le lendemain, je présente mes dessins au groupe et les accompagne de consignes simples :
Ne restez pas dans l’eau,
Montez en bateau,
Le bateau de votre choix.
Si vous n’êtes pas à l’aise sur votre bateau,
Ne retournez pas dans l’eau,
Changez de bateau.
En bref : soyez toujours sur un bateau,
Le bateau de votre choix.

Les participants regardent les bateaux Abstinence, Fidélité et Préservatif avec les consignes et déclarent : « Tout y est. » Il faut leur trouver un nom. Je propose, en bon ecclésiastique : La flottille du Salut. Quelqu’un n’est pas satisfait. Cette formule, dit-il, sent le péché. Bien vu, il a pensé au déluge. Nous tombons d’accord sur un titre optimiste : La flottille de l’espoir. L’année suivante, Luc Montagnier, invité au Vatican pour participer à une session sur le sida, la présente au pape. Je suis comblé.

Plus de vingt ans ont passé. Et lors de son voyage en Afrique, Benoît XVI a déclaré que le préservatif aggravait le sida. Vous qui avez consacré une bonne partie de votre vie à la lutte contre cette pandémie, êtes-vous d’accord avec ce diagnostic ?

J’ai d’abord été absolument stupéfait de voir le pape s’engager sur le terrain scientifique de la santé publique et y prendre position. Car l’effet de l’emploi du préservatif sur la propagation du sida est mesurable et vérifiable. Et il est vérifié. Mais j’ai été encore plus stupéfait de découvrir que cette citation ne correspondait pas exactement aux propos du pape (…) Ce qu’il a dit est : « S’il n’y a pas le cœur, si les Africains ne s’y entraident pas, on ne peut résoudre le fléau du sida avec la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’accroître le problème. »

Sur le strict plan du constat scientifique, vous n’êtes pas donc pas d’accord ?

Non. L’évidence scientifique montre que le préservatif diminue le risque de transmission du VIH. C’est ma conviction, basée par des faits précis que j’ai pu constater moi-même. Mais l’on ne peut dissocier cette réalité d’une autre qui est la réussite tout aussi grande de la prévention. Dans les pays qui ont insisté sur la prévention, y compris l’emploi du préservatif, la pandémie a été ralentie, comme on peut le constater au Kenya, au Zimbabwe, au Malawi, au Cambodge, au Brésil et surtout en Ouganda.

Mais alors, comment expliquez vous l’affirmation du pape ?

Je crois que Benoît XVI pense qu’en encourageant l’emploi du préservatif, on risque d’encourager des relations sexuelles répétées avec des partenaires multiples, ces relations étant présentées comme sans danger. Or ce risque-là ne me semble pas évident.

Ce qui me frappe toujours, c’est au contraire la résistance au préservatif en Afrique pour de multiples raisons (…) Or je l’ai dit et répété tout au long de cet entretien : il s’agit de vie et de mort. Ni plus ni moins. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur cette réalité.

En quoi la prise de position de Benoît XVI est-elle différente de celle de Jean-Paul II et d’autres hauts responsables de l’Église catholique ?

Elle n’est pas différente quant au fond. La position des papes n’a jamais varié. Paul VI, dans son encyclique Humanae Vitae, condamnait déjà en 1968 l’emploi de moyens prophylactiques, donc du préservatif, pour limiter les naissances. À l’époque, les évêques de France réunis en assemblée plénière à Lourdes ont réagi discrètement contre cette condamnation globale. Ils précisaient, dans leur déclaration commune, qu’empêcher la transmission de la vie est un manque, donc une faute, mais pas nécessairement un péché. Jean-Paul II a déclaré à Kampala, en 1993, qu’il y a deux moyens efficaces et vertueux d’éviter la transmission du VIH : l’abstinence et la fidélité.

Benoît XVI a la même position que ses prédécesseurs. La différence vient du fait que Benoît XVI, lui, est le premier pape à prononcer le mot tabou, le mot préservatif. Alors toute la presse en parle. D’autant plus qu’au delà, (…) les autorités ecclésiastiques ont peur de parler de la sexualité hors mariage, qui est plus importante, je pense, que la sexualité conjugale, en particulier chez les travailleurs migrants saisonniers. Les autorités ecclésiales ont du mal à dire du haut de la chaire : Ne commettez pas l’adultère, mais si vous le commettez, ne tuez pas et ne vous faites pas tuer. Respectez tous les commandements, tous. Et pour cela employez tous les moyens à votre disposition. Tous.

L’Église ne montre-t-elle pas ainsi à quel point elle se tient hors des réalités humaines ?

Je ne le crois pas. Lors de son voyage en Afrique, le pape a aussi parlé de la réalité africaine, de la marginalisation de l’Afrique, du marché international défavorable, du chômage, de l’avenir difficile des jeunes, du manque de nourriture dans certaines régions. Le passage sur le sida ne représente qu’une toute petite partie de ses déclarations. Je ne crois pas que l’Église se tienne hors des réalités. Au contraire, dans les paroisses et les mouvements de jeunes, je pense qu’elle est tout à fait consciente de la situation dramatique vécue quotidiennement par les familles. Des milliers de chrétiens travaillent d’ailleurs dans les différents services sanitaires ou sociaux à leurs côtés. Je voudrais en terminant signaler un élément très positif de cette affirmation négative sur le préservatif. Maintenant, tout le monde parle de la lutte contre le sida et du préservatif. Il était difficile à certains parents d’en discuter avec leurs enfants et réciproquement. Désormais, ce sont des sujets de conversation abordés dans les journaux, à la radio et à la télévision, au salon ou à table avec les visiteurs. On peut les évoquer en famille. Paradoxalement, le pape aura facilité le dialogue sur le sida et sa prévention.

Quelques chiffres

  • Plus de 33 millions de personnes dans le monde vivaient avec le virus du sida à la fin de l’année 2008. Deux millions de porteurs du virus sont décédés tandis que 2,7 millions de nouvelles contaminations se sont produites cette même année.
  • Depuis l’arrivée des trithérapies en 1996 les médicaments antirétroviraux ont permis de sauver 2,9 millions de vies.
  • L’Afrique subsaharienne continue d’être la région du monde la plus touchée : 22,4 millions des personnes vivant avec le virus s’y trouvent, dont 1,9 million d’enfants de moins de 15 ans.
  • Plus de 7400 nouvelles contaminations se produisent chaque jour et sur ce total 1200 enfants sont infectés. Dans 97% des cas, les nouvelles contaminations se produisent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Source : ONUSIDA, Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008

Extraits de la Résolution du Parlement européen du 24 avril 2007 sur la lutte contre le VIH/sida

Le Parlement européen,

Considérant que, selon le rapport de l’ONUSIDA "Le point sur l’épidémie" de 2006, plus de 39,5 millions de personnes dans le monde vivent avec le VIH, que 4,3 millions de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH en 2006, et que 95% de la population affectée par le VIH vit dans les pays en développement,
Considérant que les programmes de prévention, y compris l’éducation, une meilleure diffusion de l’information et des préservatifs, et un plus large accès aux traitements, à la désintoxication et à des services ayant pour but de réduire les effets dommageables représentent les outils les plus efficaces pour combattre le VIH/sida,
Considérant que le préservatif féminin reste trop peu utilisé quoique ce soit le seul moyen d’ores et déjà disponible dont la femme ait la maîtrise et qui la protège de grossesses non souhaitées, du VIH et d’autres maladies sexuellement transmissibles (…),
Réaffirme le droit de tout être humain à avoir accès à l’éducation à la santé, à une information correcte, à la prévention des maladies, aux soins de santé, aux traitements médicaux et aux médicaments ;
Appelle la Commission européenne à développer des programmes reposant sur des observations factuelles et à promouvoir la mise en œuvre de mesures de prévention et de réduction des effets dommageables, notamment l’utilisation de préservatifs, les traitements de substitution à la drogue, l’accès au dépistage volontaire, la fourniture d’aiguilles stériles et l’échange de seringues, et les conseils apportés aux personnes appartenant à des groupes considérés comme vulnérables, (…) ou séropositives ;
Invite la Commission et les États membres à affecter plus de crédits publics à la recherche sur les médicaments en exigeant des bénéficiaires de ces crédits qu’ils consacrent une certaine partie de leur recherche à de telles maladies ;
S’inquiète des coûts élevés des médicaments antisida nouveaux et de deuxième intention ; demande un débat de fond sur le droit des brevets ; estime qu’une modification limitée d’un produit ou d’une substance active ne peut se traduire que par une prolongation proportionnelle de la protection de la licence correspondante ;
Invite les États membres à conférer à la Commission un mandat limité dans sa portée et dans le temps pour négocier, au nom de l’Union européenne, un accord avec l’industrie pharmaceutique visant à abaisser le prix des médicaments anti-rétrovirus.

Libre propos

Quelles stratégies pour prévenir et combattre le sida au Mozambique ?

L’étude menée dans notre région a montré que, globalement, les gens ont bien conscience que la transmission du VIH se fait principalement par voie sexuelle. Cependant, ils l’associent à des pratiques qui ne respectent pas la tradition, véhiculées par des éléments extérieurs à la communauté, comme l’indique l’une des personnes inter-viewées lorsqu’elle mentionne le cas de soldats de la ONUMoz qui ont « des relations sexuelles avec de nombreuses femmes, comme le font les animaux, les chiens ».

Les efforts du gouvernement

Les efforts du gouvernement se sont traduits, dans un premier temps, par un travail d’information auprès des communautés. La prévention (pro-grammes de radio, conférences, éducation civique et même théâtre) a été généralement prise en charge par des militants d’organisations non gouvernementales, relayant ainsi la mission permanente d’information des populations, menée par les équipes sanitaires.

Dans un deuxième temps, de grandes campagnes de distribution de préservatifs et d’information sur leur utilisation ont été organisées. Cependant, la manière dont ces campagnes se sont déroulées a fortement perturbé les communautés en ne tenant pas compte des normes locales. Les vulgarisateurs n’étaient pas des personnes légitimées par les communautés. L’usage, banalisé, du préservatif a eu comme effet non désiré d’encourager la multiplication des partenaires sexuels, de banaliser les mariages polygames et a semblé, au final, participer à la perte de respect au sein de la relation homme – femme.

Nouvelle stratégie de lutte

En 2007, le président de la République a lancé une nouvelle campagne de réflexion sur le sida qui a fait se rencontrer différentes sensibilités de la société (leaders religieux, politiques, communautaires et traditionnels ; médecins traditionnels ; fonctionnaires ; dirigeants de grandes ONG nationales et d’entreprises privées…) Les principales conclusions furent les suivantes :

  • Concevoir le sida comme un problème de santé publique et non un « business de l’État » ;
  • Formuler les campagnes de prévention et de lutte contre les maladies en utilisant l’intelligence des communautés locales afin de mobiliser les efforts de tous ;
  • Intensifier les campagnes de sensibilisation des citoyens en vue de réduire le nombre de partenaires sexuels simultanés, d’inciter à la fidélité, de recourir au test de dépistage et de commencer le traitement avant de s’affaiblir ;
  • Encourager les jeunes à retarder le début de leur vie sexuelle, au travers de programmes éducatifs dans les écoles et lieux de divertissement ;
  • Impliquer les Églises et les autorités communautaires et traditionnelles pour qu’elles interviennent de façon dynamique auprès des jeunes et transmettent les bases morales et humanistes de prévention et de lutte contre la maladie (respecter et aimer la vie ; réduire le nombre de partenaires ; retarder le début des relations sexuelles ; faire le test de dépistage)

Le discours sur l’usage du préservatif ne doit donc pas être l’axe principal de communication des campagnes et l’on doit privilégier les discours sur la réduction du nombre de partenaires, la fidélité, les tests de dépistage…

Telle est la nouvelle dynamique du processus de lutte contre le VIH au Mozambique.

Carlos Roque

Chercheur, Centro de Estudos de Democracia e Desenvolvimento
(Le CEDE, basé à Maputo, a réalisé une étude préalable à la reformulation des campagnes antisida)

Notes

[1] - Ce texte est extrait du livre de Bernard Joinet et Jean-Claude Petit Entretien - Un prêtre face au sida, Éditions du Jubilé, 2009. Paris.
Site Web de l’éditeur : www.editionsdujubile.com


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | Mentions légales | Crédits