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Peut-on faire confiance à Rajoelina ?

Article paru dans Le Courrier de Madagascar le 17 mai 2010

Le président de la Haute Autorité de Transition ne sera plus de la course à la présidentielle. Andry Rajoelina a annoncé sa décision le 12 mai, pour des consultations électorales fixées au 26 novembre. La feuille de route porte aussi sur l’organisation d’un référendum sur une nouvelle Constitution le 12 août 2010 et des élections législatives le 30 septembre. Reste à savoir, ainsi que Bonaventure se pose la question, jusqu’à quel point il est possible de faire confiance à Rajoelina.

Introduction tirée de Pambazuka News


Le très patriote Andry Rajoelina va se sacrifier en déclarant unilatéralement qu’il ne se portera pas candidat aux prochaines élections présidentielles, une véritable profession de foi qui a ému les plus crédules citoyens, mais sa déclaration était-elle sincère ?

A y voir de près, l’intention est louable, car il a suivi les pas de ces amis du Niger ou de la Guinée comme aime bien le sous-entendre les médias Français, en faisant comprendre que la situation est maintenant semblable avec ces pays et qu’avec un calendrier bien ficelé, il mérite la reconnaissance internationale, comme l’a bien appuyé Alain Joyandet dans son communiqué.
"Je me sacrifie pour ne pas sacrifier le sang des Malgaches , a-t-il expliqué, en prenant Dieu comme témoin, assurant que son "seul but est de mettre en place la quatrième République". Mais son engagement rencontre déjà un certain scepticisme car Andry Rajoelina est réputé changeant et peu respectueux de ses engagements.
Mais il y a un " hic ", Andry Rajoelina n’est ni un militaire , ni un Premier Ministre de transition, il s’était autoproclamé Président de la Haute Autorité de la Transition, il n’a plus aucun soutien populaire et a signé des conventions internationales qu’il a certes renié mais qui font fonction de charte constitutionnelle approuvée par la communauté internationale et selon les recommandations de l’ONU pour les règlements et la prévention des conflits, un pays en dehors de la zone des désaccords comme la France n’a en aucun cas le droit de se substituer au Groupe international de contact (GIC) pour imposer un autre processus non discuté ni validé par les autres mouvances et les médiateurs désignés par l’ONU, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC en anglais), l’Union Africaine qui ont toujours regretté les multiples revirements d’Andry Rajoelina et ses déclarations incendiaires, toutes empreintes de haine et d’animosité envers les Ray aman dreny de ce pays.

Comment peut-il se permettre de juger 50 ans d’histoire de l’indépendance en fustigeant ses prédécesseurs, tout en suppliant à la France de l’inviter à la fois au sommet de Nice et au 14 juillet 2010 ? L’année 2010 a été sacrée par les autorités français Année de l’Afrique en commémoration du cinquantenaire de " l’Indépendance des 14 pays Africains dont Madagascar " foulant donc aux pieds l’honneur des 20 millions de Malgaches qui veulent célébrer dans la joie, la dignité et la liesse le 26 juin ; Andry Rajoelina joue au redresseur des tords pour porter la toge de " l’homme du renouveau ". Mais il faut avoir la vraie étoffe d’un homme d’État qui su assimiler l’histoire et la culture politique de son Pays, avoir l’expérience et le savoir, la maîtrise des mécanismes de la gestion de la cité, en sus d’un minimum de respect des valeurs et de l’éthique de la tradition Malgache, affirment les connaisseurs du dossier Malgache pour mériter un tel qualificatif.
Et pourtant tous ces critères font défaut dans le comportement et la pensée des dirigeants de cette transition, gênent et mettent mal à l’aise leurs interlocuteurs et collaborateurs, d’où ces changements et versatilités permanentes du Président de la Haute autorité de la transition (HAT) qui rendent indescriptibles et illisibles ces nombreuses feuilles de routes.

Les observateurs craignent que toutes ces gesticulations et paroles approuvées par la France ne servent qu’à des objectifs et ambitions personnelles : assister en tant que Président au défilé du 14 juillet 2010 et au sommet de Nice, suivant un habile schéma de réinsertion et de soutien du processus sans reconnaissance internationale et se faire appeler pompeusement comme il l’a rêvé, parmi les chefs d’Etat Africains invités, " Monsieur le Président".
La soif de l’honneur est ainsi sauve, satisfaite et l’événement marqué pour la postérité dans quelques livres d’histoires francophones qui vont relater cette période sombre et de régression. Il pourra ainsi quitter le pouvoir la tête haute sans se préoccuper du malheur de ses compatriotes…

En tout cas, ces propos d’Andry Rajoelina mettent dans l’embarras son entourage direct et notamment son Premier Ministre, un membre du comité pour le jubilé du 50ème anniversaire de l’indépendance et du centenaire du Président Philibert Tsiranana, dont le père a travaillé étroitement, et qui comme tant d’autres personnalités en son temps n’ont donc rien réalisé pour ce Pays, à part que 75%des infrastructures publiques actuelles (routes, villes, hôpitaux, universités, …) ont été construite pendant la Ière République et qu’aussi depuis 14 mois, Madagascar a subséquemment vécu le bonheur et un développement sans précédent avec tout son cortège de chômeurs, délinquants, de corruption et de trafics en tous genres, tout cela à la vitesse TGV. Oui, pour certains, le renouveau de la médiocrité est à nos portes et le Messie est bien là pour instaurer une IVème République plus propre et libre

Faut-il avoir encore confiance ? Ce n’est plus certain, répondent les militaires.

Cependant des voix s’élèvent pour interpeller ces Messieurs de la politique : vous avez un devoir de convaincre, de communiquer et surtout de faire prévaloir qu’une élection libre, transparente et sans promesses démagogiques, bien préparées, avec un bon projet de société dans les meilleurs délais est la seule chance de nous sortir de cette tragédie politique au plus vite… les acteurs de tous bords seront les seuls responsables de l’aggravation de la souffrance de la population Malgache.

Bonaventure

publié dans le Courrier de Madagascar
le 17 mai 2010


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