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14 oct. 09 : Le pays de nos ancêtres

Lily Razafimbelo, chercheuse et enseignante à Madagascar, est aussi membre de notre Conseil d’administration. Très engagée dans les actions de la société civile pour le retour de la démocratie à Madagascar, elle nous livre ici quelques-unes de ses réflexions

Par Lily Razafimbelo

Ici, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Les manquements du Groupe international de contact, notamment les deux médiateurs de l’UA et des Nations unies, à son rôle de médiateurs expliquent cet échec et ce depuis le début. Par ailleurs, leur refus systématique d’associer plus formellement et plus effectivement la société civile est également une raison de l’échec. Suite à la non signature de l’application de la Charte, le 06 octobre, l’Alliance OSC (Organisations de la société civile) a diffusé un communiqué qui s’interroge sur le respect des principes de Maputo et de certains principes de gouvernance.
Ces interrogations font suite aussi en grande partie à notre rencontre avec M. Jean Ping, président de la Commission de l’UA, M. le Président du Conseil de la paix et de la sécurité de l’UA, et M. l’émissaire spécial de l’UA, dans la soirée du 5 Octobre, et aux différents développements de la situation depuis le 6 Octobre 2009.

Nous pensons que c’est le rôle de la société civile de poser des questions de principe, dans le seul et unique intérêt de la population qui doit avoir un avenir et pas seulement un présent (configuré dans l’empressement d’en finir avec la crise et qui risque d’hypothéquer l’avenir que nous voulons construire). Ce n’est pas facile mais si elle ne le fait pas, elle ne prend pas alors sa responsabilité.
Nous avons tous une responsabilité dans la réussite de la Transition, quel que soit notre positionnement : classe politique, communauté internationale, société civile, citoyen(ne) pris(e) un par un ! Il est urgent de sortir de la crise, mais pas à n’importe quel prix, notamment en cautionnant les dérives et les abus actuels.

Je me permets également de vous transmettre un texte très personnel qui traduit mes sentiments actuels. En particulier, face à l’attitude de la France qui est fort nostalgique de l’année 1896, année où Madagascar est devenue une colonie française. On nous a fait avaler des grenouilles et des couleuvres, on peut s’en accommoder, on aura juste une grande indigestion. Mais là, on nous ordonne d’avaler - et cela, sans broncher - notre dignité, notre identité, notre liberté si durement acquises, au prix de sang versé et de vie offerte pour la génération présente et future. On nous vole notre souveraineté, notre honneur, et nous restons comme paralysés, comme statufiés. En fait, je n’en veux même pas à la France. Ce sont mes concitoyens qui me révoltent en acceptant de vendre et notre dignité et notre honneur. Il nous manque juste la loi française qui nous fait un DOM, pour que tout soit consommé.

LE PAYS DE NOS ANCÊTRES

Face à l’épuisement politique,

Face à la folie meurtrière,

Mes dernières illusions se sont brisées.

Il y a urgence, nécessité

Refuser d’être des hommes et des femmes en sursis.

Crier, écrire, pour ne pas mourir.

La désespérance est trop lourde à contenir.

Mon île se brûle de ronce.

Ce pays où je suis née, où tu es né.

Oui, nous venons d’un pays de lumière,

hier encore fait de poème,

fort comme un baobab,

doux comme un rêve.

Tous ceux qui l’ont approché

Ne pouvaient plus s’en passer.

Oui, nous venons de ce pays bleu

Hier encore théâtre de vie,

Plein de rythmes et d’images.

Je suis amoureuse de son âme.

Tous ceux qui l’ont côtoyé

Étaient séduits à jamais.

Oui, nous venons d’un pays bonheur,

Hier encore plein de promesses.

Riche, il était de ses terres, de sa jeunesse,

Farouche, il était jaloux de sa diversité.

Tous ceux qui y ont fait escale,

N’ont jamais pu reprendre les voiles.

Oui, nous venons d’un pays d’espace,

Hier encore fort et vaillant,

Luttant jusqu’à la mort

Pour un peu de liberté et de dignité.

Tous ceux qui l’ont quitté,

Ont laissé une part de leur âme.

Oui, nous venons d’un pays de soleil,

Aujourd’hui, j’ai perdu sa mémoire.

Ils ont emprisonné son romantisme,

Dans les décombres du fanatisme.

Tous ceux qui l’ont aimé et l’aiment,

Impuissants, assistent à sa ruine.

Nous venons de ce pays du rire,

Aujourd’hui, bouleversant de misère.

Ils l’ont dépouillé de sa sève.

Ils ont tué toute son humanité.

Tous ceux qui y étaient attachés

Assistent au viol de son identité.

Nous venons de ce pays de sagesse

Pour qui j’ai mal d’amour,

Mal au cœur, blessée à mort,

De voir qu’il reste si peu

De sa force inspiratrice de jadis,

De sa légende de peuple inventif.

Oui, nous venons de ce pays d’échange,

Pour qui je verse des larmes de détresse.

Ils ont enterré son esprit généreux

Dans la caverne de l’égoïsme.

Ils ont peint en rouge sang

Ses espérances d’une aube nouvelle.

Oui, nous venons de ce pays harmonie,

Déserté par ses fils désabusés.

Ils les ont acculés à l’errance

Dans des choix de désespérance.

Par leur monstrueuse tyrannie,

L’avenir de nos enfants est compromis.

Mais ce pays d’où nous venons,

Je sais qu’ils ne pourront jamais,

Par leur sinistre cynisme,

Faire mourir ce qu’il a de plus beau,

De plus exaltant, de plus salutaire,

L’amour de la vie, de l’enfant,

Le respect des ancêtres et des morts.

Oui, mon île, tant qu’il existe

Un brin de terre qui t’appartient,

Tu seras pour nous, la femme féconde

Qui porte en elle, le souffle de vie

Qui jamais ne s’éteindra

Pour nous rappeler notre avenir.

Oui, mon île, aussi éternelle que ton soleil,

Ta rage de vaincre l’imposture

Survivra à leur rapacité, leur démesure.

Je sais, je crois, tu triompheras,

De ces promesses sans lendemain,

De ces respectables « assassins ».

De cette barbarie innommable, tu te relèveras.

Tu refuseras cette vente aux enchères de ta dignité.

Tu te battras, en donnant ta vie, pour ta souveraineté.

Car, toi mon île, vous mes sœurs, mes frères,

Notre fraternité est l’héritage de nos pères.

Razafimbelo Lily, (14/10/09)


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