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Face aux multinationales, la victoire des indigènes péruviens

Développement et civilisations, N° 377, sept. 09

par Hugo Blanco Galdos(1)

Éditorial
"Face aux multinationales, la victoire des indigènes péruviens" par Hugo Blanco
Au Pérou, « le droit des peuples autochtones à être consultés »
« Réinventer de nouvelles formes de vivre-ensemble entre nature et société »
Libre Propos

Éditorial

par Richard Werly

La loi et les hommes

Une bonne loi se doit d’être juste. Un législateur digne de ce nom doit de prendre en compte les intérêts de la collectivité toute entière.

Ces deux critères, loin d’être respectés y compris dans nos pays occidentaux, sont trop souvent bafoués dans nombre de pays en voie de développement, où les minorités apparaissent impuissantes. Surtout lorsqu’il s’agit de communautés indigènes, de peuples premiers ou de tribus isolées que leurs coutumes, leurs styles de vie et leur territoire isolent du reste de la population. Tandis que des prédateurs de toutes sortes lorgnent sur les ressources minérales ou forestières emprisonnées par leur jungle depuis des siècles…

L’exemple du Pérou nous montre pourtant qu’il n’y pas de fatalité. Que la riposte est possible sans pour autant donner place à une revanche. Qu’une légitime et juste défense des intérêts des communautés marginalisées est possible. Il faut pour cela une détermination sans faille, des alliés institutionnels et une mobilisation internationale. Il faut surtout, avant tout, ne pas baisser les bras.

Cette résistance est d’autant plus couronnées de succès lorsqu’elle s’appuie sur des vérités « globales » que plus personne ne conteste aujourd’hui. Qui ira reprocher aux indigènes péruviens de défendre leurs terres et leurs droits contre les prédateurs environnementaux alors que le réchauffement climatique est un péril mondial ? Qui peut leur refuser le droit d’être écouté alors que partout, y compris dans nos sociétés modernes, la faillite de l’économie financière supposée apporter la croissance et le développement montre combien sont justifiées les revendications des laissés pour compte ?

L’exemple du Pérou n’est pas seulement un morceau de bravoure politique. Il est aussi une pièce maîtresse d’un nouveau puzzle. Avec les hommes en son milieu.

Face aux multinationales, la victoire des indigènes péruviens

par Hugo Blanco

Nos frères de l’Amazonie ne partagent pas les préjugés d’ordre religieux du « monde civilisé. Les multinationales, et nos sociétés modernes doivent non seulement l’accepter. Mais aussi le comprendre.

La population amazonienne péruvienne regroupe 11% de la population totale du Pérou. Elle vit dans la plus vaste des trois régions naturelles du pays : le nord, le centre et l’orient. Elle parle des dizaines de langues et est composée de dizaines d’ethnies. Les habitants de la jungle sud-américaine sont les indigènes les moins contaminés par la « civilisation » dont l’étape actuelle est le capitalisme néolibéral. Ils n’ont jamais été entièrement soumis par l’empire inca et les envahisseurs espagnols ne sont jamais parvenus à les dominer. L’indigène rebelle des montagnes, Juan Santos Atahualpa, pourchassé par les troupes espagnoles, s’est réfugié dans la jungle au sein de ces peuples. Les forces coloniales n’ont pas pu le vaincre.

Face au monde « civilisé »

A l’époque de l’exploitation du caoutchouc, le capitalisme a pénétré dans la jungle où il a réduit en esclavage et massacré des populations entières. C’est pour cette raison que plusieurs d’entre elles se maintiennent jusqu’à aujourd’hui dans un isolement volontaire, ne souhaitant aucun contact avec la « civilisation ».

Les frères de l’Amazonie ne partagent pas les préjugés d’ordre religieux du « monde civilisé » qui impose de recouvrir son corps de vêtements même s’il fait une chaleur intense. La forte offensive morale des missionnaires religieux et les lois qui défendent ces préjugés sont toutefois parvenues à ce que certains d’entre eux s’habillent, particulièrement lorsqu’ils doivent se rendre dans les villes.

Ces populations se sentent partie intégrante de la Terre Mère et la respectent profondément. Lorsqu’ils aménagent un espace de culture au milieu de la forêt, ils y sèment différentes plantes de contexture variée et aux cycles vitaux distincts, imitant ainsi la nature. Après un certain temps, ils rendent cet espace à la nature et recommencent ailleurs.

Ils partent à la chasse et à la cueillette, lorsque leur chemin croise quelque chose de digne à chasser, ils le font ; ils passent ensuite par leurs lieux de culture et s’ils voient que quelque chose est mûr, ils le récoltent et après un certain temps ils reviennent chez eux. On ne peut affirmer avec exactitude s’ils se sont promenés ou s’ils ont travaillé. Même les indigènes des montagnes, plus contaminés par la « civilisation », les traitent de paresseux alors qu’en vérité ils ne veulent pas « progresser », mais seulement vivre bien.

Ils vivent dans des huttes collectives. Il n’y a ni partis, ni élections, leur organisation sociale et politique est la communauté. Ce n’est pas le chef qui dirige mais la collectivité, la communauté. Ils vivaient ainsi depuis des siècles avant l’invasion européenne et la constitution de l’État péruvien qui ne les a jamais consultés pour élaborer ses lois avec lesquelles ils les attaque aujourd’hui.

La voracité des multinationales

Cette vie paisible attachée à la nature est aujourd’hui soumise à la voracité des entreprises multinationales pétrolières et minières. Pour ces entreprises, selon la religion néolibérale, peu importe d’agresser la nature ou d’exterminer l’espèce humaine, la seule chose qui compte est d’obtenir un maximum de profit en un minimum de temps.

Elles empoisonnent l’eau des rivières, abattent les arbres, tuent la jungle amazonienne, mère des natifs indigènes, ce qui revient également à les tuer. Il existe pourtant une abondante législation péruvienne censée les protéger, entre autres la Convention n°169 de l’OIT (Organisation internationale du travail) qui est une loi constitutionnelle puisqu’elle a été approuvée par l’assemblée nationale. Cette Convention stipule que toute mesure concernant les territoires indigènes doit être prise en consultation avec les communautés. Il existe également une multitude de lois de protection de l’environnement.

Mais la législation péruvienne ne représente qu’un maigre obstacle pour les grandes compagnies privées qui, au travers de la corruption, parviennent à mettre à leur service tout l’Etat péruvien : le président de la République, la majorité parlementaire, le pouvoir judiciaire, les forces armées, la police, etc. Les médias sont également entre leurs mains.

Au service de ces entreprises, qui sont ses maîtres, le président Alan Garcia a élaboré une théorie pour se justifier. Il souligne que les petits paysans ou les communautés indigènes, puisqu’elles ne disposent pas de capitaux à investir, doivent laisser le champ libre aux grandes entreprises prédatrices de la nature comme le sont les compagnies d’extraction minières et d’hydrocarbures. Il faut également laisser le passage, sur tout le territoire national, à des entreprises agro-industrielles qui tuent les sols par la monoculture, les produits agro-chimiques et qui ne produisent que pour l’exportation et non pour le marché intérieur. Selon lui, telle est la politique à mener pour que le Pérou « progresse ».

Une avalanche de décrets problématiques

Pour imposer cette politique, le pouvoir a reçu l’autorisation de légiférer pour, selon ses termes, « nous adapter » au Traité de libre échange (TLE) avec les États-unis. Cela s’est traduit par une avalanche de décrets-lois contre les communautés indigènes de la montagne et de la jungle car elles sont un obstacle au pillage impérialiste. Ces décrets ouvrent la porte à la déprédation environnementale, à l’empoisonnement des rivières par les entreprises minières, à la stérilisation des sols par l’agro-industrie, au saccage de la jungle pour l’exploitation du pétrole, du gaz, du bois.

Naturellement, les indigènes de la montagne et de la jungle ont réagi contre cette attaque et ont initié une lutte courageuse. Mais il est indéniable que ce sont les peuples de l’Amazonie qui sont à la tête du combat, eux qui ont le plus préservé les principes indigènes de l’amour de la nature, du collectif, du « commander en obéissant », du bien vivre…

La plus grande organisation des indigènes d’Amazonie est l’Association interethnique de la selva (AIDESEP) qui a ses bases dans le nord, le centre et le sud de l’Amazonie péruvienne. Elle exige l’abrogation des décrets-lois. Sa méthode de lutte consiste à bloquer les voies de transport terrestre et fluvial, très utilisées par les multinationales, l’occupation d’installations, la prise de terrains d’aviation. Lorsque la répression s’abat, ils se replient en dénonçant le fait que le gouvernement ne cherche pas le dialogue.

La spirale de la violence

Au mois d’août 2008, ils ont obtenu une victoire en obligeant l’assemblée nationale à abroger deux décrets-lois. Cette année-ci, leur lutte a commencé le 9 avril. Le gouvernement a sans cesse manœuvré pour éviter la discussion, notamment pour empêcher que le parlement débatte du caractère non constitutionnel d’un décret-loi, pourtant qualifié comme tel par une commission parlementaire elle-même.

Le 5 juin, journée mondiale de l’environnement, est la date choisie par Alan Garcia pour décharger toute sa rage anti-écologique contre les défenseurs de l’Amazonie. Il a utilisé le corps spécial de la police pour la répression des mouvements sociaux, la DIROES.

Les frères Awajun et Wampis qui bloquaient la route près de l’agglomération de Bagua ont été brutalement attaqué. Les violences ont commencé à 5 heures du matin à partir d’hélicoptères et au sol. On ignore le nombre de morts. Les policiers ont empêché que l’on soigne les blessés prisonniers et la récupération des corps par leurs familles.

Les indigènes se sont défendus avec des lances et des flèches, puis en utilisant des armes à feu récupérées sur les agresseurs. Dans leur rage, ils ont pris une installation pétrolière dans laquelle ils ont capturé un groupe de policiers qu’ils ont emmené dans la jungle où ils tuèrent plusieurs d’entre eux. La population métisse de l’agglomération de Bagua, indignée par le massacre, a pris d’assaut le local de l’APRA, le parti au pouvoir, ainsi que des officines publiques et ont brûlé des véhicules. La police a assassiné plusieurs habitants, dont des enfants.

Le gouvernement a aussitôt décrété l’état de siège. Soutenus par cette mesure, les policiers sont entrés sans mandats dans les maisons pour capturer des indigènes qui s’y étaient réfugiés. Un grand nombre d’entre eux durent se réfugier dans l’église. On ignore le nombre de prisonniers, d’autant plus que les avocats ne peuvent entrer en contact avec eux. Des centaines de personnes ont été signalées « disparues ».

Un front solidaire

Heureusement, la solidarité s’est exprimée de manière émouvante. Au Pérou, un front de solidarité s’est organisé. Le 11 juin, les manifestations de protestation contre le massacre ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. A Lima, la capitale qui, traditionnellement, tourne le dos au reste du pays, 4000 personnes ont marché encadrés sous la menace de 2500 policiers, des affrontements se sont déroulés près du siège du parlement. A Arequipa, plus de 6000 personnes ont manifesté. Dans la région de La Joya, la route Panaméricaine a été bloquée. A Puno, il y a eu une grève et le siège du gouvernement a été attaqué. D’autres manifestations ont eu lieu à Piura, Chiclayo, Tarapoto, Pucallpa, Cusco, Moquegua et dans beaucoup d’autres villes.

A l’étranger, de nombreuses actions de protestation ont été organisées face aux ambassades péruviennes ; à New York, Los Angeles, Madrid, Barcelone, Paris, Grèce, Montréal, Costa Rica, Belgique…

Des protestations se sont élevées de la part de la chargée des affaires indigènes à l’ONU et de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme. Des journaux étrangers ont dénoncé sans ambiguïté le massacre, comme La Jornada au Mexique. La colère a d’autant plus augmenté suite aux déclarations du président Garcia à la presse européenne selon lesquelles les indigènes « ne sont pas des citoyens de première catégorie ».

La jungle continue à se mobiliser, à Yurimaguas, dans la zone de Machiguenga del Cusco et dans d’autres régions. Les frères de l’Amazone et ceux qui les soutiennent exigent l’abrogation des décrets-lois 1090 et 1064 et d’autres encore, qui ouvrent la voie au saccage et au pillage de la jungle.

Comme on l’a vu, malgré le fait qu’une commission parlementaire ait jugé certains d’entre eux comme non constitutionnels, le parlement a décidé de ne pas en débattre et s’est contenté de les « suspendre » comme le souhaitait l’APRA. Sept parlementaires qui ont protesté contre cette irrégularité ont été suspendus pour 120 jours, faisant en sorte que l’ultra-droite (l’APRA, Unité nationale et les fujimoristes) auront dans leurs mains l’élection du prochain bureau du parlement.

Le gouvernement a créé une « table du dialogue » de laquelle est exclue la principale organisation représentative des indigènes d’Amazonie, l’AIDESEP, dont le dirigeant a dû se réfugier à l’ambassade du Nicaragua puisque le gouvernement l’accuse des crimes du 5 juin ordonnés par Alan Garcia.

La lutte amazonienne continue, pour exiger le respect de la jungle. Les indigènes savent que ce qui est en jeu est leur propre survie. Nous espérons que la population mondiale prenne conscience du fait qu’ils luttent en défense de toute l’humanité car l’Amazonie est le poumon du monde.

Au Pérou, « le droit des peuples autochtones à être consultés »

Le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale a adopté des observations finales sur les rapports des onze Etats parties qu’il a examinés durant cette session : Pérou, Emirats arabes unis, Pologne, Chine, Grèce, Azerbaïdjan, Colombie, Chili, Philippines, Ethiopie et Tchad (les résumés apparaissent dans l’ordre dans lequel les rapports ont été présentés devant le Comité)

Dans ses observations finales sur le rapport périodique du Pérou, le Comité se félicite de la création de l’Institut national des peuples andins, amazoniens et afro-péruviens, INDEPA, en avril 2005, chargé de faire des propositions, de surveiller la conformité des politiques nationales et de veiller à la coordination avec les gouvernements régionaux pour la mise en oeuvre des projets et des programmes visant à la promotion, la sensibilisation, la recherche et l’affirmation des droits et le développement de l’identité de ces peuples. Le Comité note aussi avec satisfaction la célébration de la Journée de la culture afro-péruvienne, célébrée le 4 juin, et la fondation du Musée de la culture afro-péruvienne. Le Comité se félicite des efforts pour combattre la discrimination raciale et des mesures prises en matière électorale, notamment les quotas de participation pour les peuples autochtones ainsi que les lois sur les élections municipales et régionales qui exigent un quota de candidats autochtones.

Néanmoins, le Comité reste préoccupé par le pourcentage élevé de personnes appartenant aux peuples autochtones et aux communautés afro-péruviennes qui continuent de souffrir de facto du racisme et de la discrimination raciale structurelle. Il recommande au Pérou de continuer de promouvoir l’adoption urgente d’une loi-cadre sur les peuples autochtones englobant toutes les communautés, en essayant d’aligner et d’harmoniser les conditions pour assurer une protection adéquate et la promotion des droits de toutes les communautés autochtones et afro-péruviennes.

Effets négatifs sur l’environnement

Le Comité réitère sa préoccupation face aux graves tensions dans le pays, y compris le déchaînement de la violence générée par l’exploitation des ressources du sous-sol des territoires traditionnels des peuples autochtones. Il note également que, dans certains cas, en pratique, le droit des peuples autochtones à être consultés et à donner un consentement éclairé avant de procéder à l’exploitation des ressources naturelles dans leurs territoires n’est pas pleinement respecté. Le Comité exprime également sa préoccupation au sujet des effets négatifs sur la santé et l’environnement causés par les sociétés minières qui se développent au détriment du droit à la terre et les droits culturels des peuples autochtones concernés. Il exprime sa vive préoccupation au sujet de conflits résultant de contradictions entre des projets d’exploitation des ressources naturelles et les droits des peuples autochtones, qui ont déclenché la violence, par exemple lors des événements de Bagua, les 5 et 6 juin 2009. Le Comité prie instamment le Pérou de mettre en oeuvre de toute urgence une commission indépendante chargée d’une enquête approfondie, objective et impartiale et attend d’être informé des négociations, de la composition, des constatations, des conclusions et des recommandations de cette commission.

Le Comité est préoccupé par les restrictions limitant la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels des peuples autochtones et des communautés afro-péruviennes, notamment en matière de logement, d’éducation, de santé et d’emploi, malgré la croissance économique qu’a connu le pays. Le Comité recommande à l’Etat partie prenne les mesures appropriées pour lutter contre les préjugés raciaux qui aboutissent à la discrimination raciale dans les médias, tant publics que privés canaux dans la presse et dans les attitudes de la vie quotidienne. En outre, le Comité recommande à l’Etat partie de prendre des mesures dans le domaine de l’information pour promouvoir la compréhension, la tolérance et l’amitié entre les différents groupes raciaux du Pérou.

Pour en savoir plus : www.aidh.org

« Réinventer de nouvelles formes de vivre-ensemble entre nature et société »

La crise de la civilisation occidentale capitaliste nous oblige à reconstituer et à réinventer de nouvelles et diverses formes de vivre-ensemble entre nature d’une part, et société, démocratie, État et consommation d’autre part. Il y a un besoin urgent de nouveaux paradigmes de cohabitation et dans ce contexte, « d’autres mondes sont » non seulement « possibles » mais surtout urgents.

De fait, ils ont déjà commencé à se construire sur les premières victimes des formes les plus barbares de la violence capitaliste / coloniale / moderne et contemporaine :

Nous tous, les peuples et communautés indigènes, natifs, paysans, riverains, Quilombolas, descendants d’Africains, Garífunas, Caboclos, Dalits, entre autres ; et leurs enfants qui migrèrent dans les favelas (bidonvilles) et les quartiers pauvres des villes ; et tous les autres exclus, invisibles et « intouchables » de cette planète, qui continuons à résister, à renforcer et actualiser des formes alternatives d’organisation sociale, technologique, éthique, politique, économique, culturelle et spirituelle de l’existence humaine. Les Peuples indigènes originaires pratiquons et proposons : L’unité entre notre mère la Terre, la société et la culture. Élever notre mère la Terre, et se laisser élever par elle. Élever l’eau au rang de droit humain fondamental et ne pas permettre sa mercantilisation. Décolonialiser le pouvoir avec le « diriger en obéissant », autogouvernement communautaire, États plurinationaux, autodétermination des peuples, unité dans la diversité, comme autres formes d’autorité collective. Unité, dualité, équité et complémentarité de genre. Spiritualités à partir du quotidien et de la diversité. Libération de toute domination ou discrimination raciste / ethnique / sexiste. Décisions collectives sur la production, les marchés et l’économie. Décolonialisation des sciences et technologies. Généralisation de la réciprocité dans la distribution du travail, de produits, de services.

A partir de tout ce qui a été cité, produire une nouvelle éthique sociale alternative à celle du marché et du profit colonial / capitaliste.

Nous appartenons à notre mère la Terre, nous ne sommes pas ses propriétaires, ni pilleurs, ni exploiteurs dans un but financier, et aujourd’hui nous sommes arrivés à un carrefour décisif : le capitalisme impérialiste s’est avéré être non seulement dangereux à cause de la domination, de l’exploitation, de la violence structurelle qu’il exerce, mais aussi parce qu’il tue notre mère la Terre et nous mène au suicide planétaire, ce qui ne nous est ni « utile » ni « nécessaire ».

Source :
Extrait de la « Déclaration des peuples indigènes ». Forum social mondial. Belem, Brésil. 1er février 2009

Libre Propos

L’irruption de l’autre ?
par Xavier Ricard

Il n’est peut-être pas exagéré de penser que les affrontements de Bagua marquent l’irruption de la problématique « indigène » dans le débat national péruvien. Depuis quelques années, le Pérou a été témoin de l’éveil des « nationalités » indigènes en Equateur et en Bolivie. Alors qu’en Equateur, l’expérience de la Confederation Nationale des Indigènes de l’Equateur –CONAIE-, associée au gouvernement du parti Pachakutik de Lucho Gutierrez, a tourné court, en Bolivie, des groupes revendiquant une altérité culturelle « indigène », associés à des paysans plus ou moins acculturés, ont forgé une alliance avec le parti MAS et porté Evo Morales au pouvoir.

Au Pérou en revanche, la population paysanne-indigène, qui est en théorie plus nombreuse que dans les deux pays voisins, ne s’était pas jusqu’à présent manifestée en tant que sujet politique.

Cette situation est en train de changer depuis les évènements de Bagua. Même si le leadership du mouvement national indigène péruvien reste très âprement disputé, il est incontestable que la possibilité politique d’un tel mouvement est désormais réelle, car le thème de l’altérité ethnique ou culturelle est pour la première fois associé à grande échelle à un débat sur les modèles de développement. Ce débat n’est pas encore un débat national, car les médias et le gouvernement se refusent à faire des évènements de Bagua un symptôme de la « crise » du modèle de développement péruvien. Mais la contestation du modèle n’est plus désormais réservée à un groupe réduit de dirigeants ou de spécialistes (actifs notamment dans les Terres Basses).

C’est sur cette possibilité que repose l’avenir du Pérou.

Notes

[1] - Hugo Blanco Galdos est une figure politique du Pérou et un leader de la Confédération paysanne péruvienne, il fut un des dirigeant du soulevement paysan de la région du Cuzco, dans les années 60. Il dirige aujourd’hui la publication du mensuel Lucha Indigena


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