LOGO -DCLI - Centre International Lebret-Irfed

Accueil du site > Documents > Revue

Mamadou Dia, passeur et prophète du développement

Développement et civilisations, N° 373, avril. 09

par Roland Colin(1)

Éditorial
« Mamadou Dia, passeuret prophète du développement » par Roland Colin
« J’observe l’échec de la théorie économique » par Mamadou Dia (1910-2009)
« Ré-humaniser le monde » par Mamadou Dia
Libre Propos

Éditorial

par Richard Werly

Ces années là…

Devons-nous juger ? Pouvons-nous, sur la base des faits et des controverses historiques, décider qui, dans la tourmente de la décolonisation africaine, a eu raison et a eu tort ? Sommes-nous, à Développement et Civilisations, les arbitres des tourments que traversa le jeune État du Sénégal et qui coûtèrent son poste, puis sa liberté, à l’ancien Premier ministre Mamadou Dia dont nous avons choisi, ici, de raconter le parcours et de porter la flamme, quelques mois après sa disparition ?

La réponse est non. Le vibrant hommage que nous rendons à l’homme, au prophète et au compagnon de Louis- Joseph Lebret n’a pas vocation à refaire l’histoire, mais à lui redonner, pour les générations actuelles et futures, le sel de la mission. Car Mamadou Dia le pieux musulman, tout comme le dominicain Louis-Joseph Lebret, fut un missionnaire. Il vivait le développement comme une oeuvre complexe, mais intégrale. Sachant que sans un peuple debout, celle-ci restera toujours inachevée.

Devons-nous alors trancher ? Oui, résolument. De ces années-là jusqu’à aujourd’hui, le défi demeure celui-ci. S’affranchir des héritages étatiques ambigus de la décolonisation. Miser sur l’éducation pour opérer le plus vaste transfert de compétences qui soit. Oui, le défi du développement est d’abord d’empêcher son déni par les forces de l’ombre du marché que sont les mafias, les mises sous tutelle de l’économie par de grands conglomérats, ou les contrats léonins accordant l’exploitation sans vergogne des ressources naturelles si décisives pour l’avenir des pays les plus pauvres. Oui, ce défi d’une mondialisation équitable, qui ne nie pas l’importance du commerce mais ne sacrifie pas tout à ce dernier, reste notre priorité.

Nous ne sommes pas juges de l’histoire du Sénégal, éminemment complexe, car fruit - comme partout - du destin d’hommes et de femmes. Mais nous reconnaissons, dans les exigences formulées alors par Mamadou Dia, des jalons et des leçons dont la crise financière internationale démontre avec encore plus de force l’impérieuse actualité.

Mamadou Dia, passeur et prophète du développement

par Roland Colin

L’ancien Premier ministre sénégalais, décédé en janvier 2009, avait scellé une alliance hors pair avec le père Louis-Joseph Lebret. Leur message commun, dans le contexte de la crise financière internationale, garde aujourd’hui tout son sens.

Mamadou Dia, premier chef du gouvernement sénégalais de l’indépendance, est décédé le 25 janvier 2009 à Dakar, à l’âge de 98 ans. Avec lui disparaît l’une des figures de proue de la décolonisation de l’Afrique. En pionnier, il avait perçu le lien profond qui relie le développement à la démocratie. C’est cette vision qui avait scellé une alliance hors pair entre Louis-Joseph Lebret et le musulman humaniste et ouvert qu’il était, dans une communion à la fois spirituelle, intellectuelle et politique au sens le plus noble. Leur message, dans le contexte de la crise financière actuelle, prend tout son sens pour affronter les défis de la transition difficile, périlleuse et passionnante à la fois, dans laquelle nous sommes engagés.

J’appartiens à la génération dont l’adolescence a été bouleversée par l’immense déchirure de la Seconde guerre mondiale. Tout était à reconstruire au sortir des étapes de fer et de feu, où la victoire d’une liberté neuve émergeait d’un champ de ruines. La refondation de la démocratie était une nécessité vitale, tout autant que l’avènement d’un développement répondant aux exigences d’équité et de justice. La décolonisation, dès lors inéluctable, impliquait la déconstruction d’un système d’exploitation séculaire, et donc la mise à bas de dominations et de privilèges.

Le Bloc démocratique sénégalais

Après trois années d’expérience vécue au crépuscule de l’ère coloniale au Soudan (le Mali d’aujourd’hui), je me suis retrouvé à Dakar en 1955, alors que s’amorçait la transition vers l’autonomie des territoires d’outremer, en dialogue avec Léopold Sedar Senghor. Il avait été mon premier « maître d’initiation » aux civilisations africaines, quelques années auparavant. Par lui, je connus Mamadou Dia. Tous deux venaient de fonder le Bloc démocratique sénégalais, qui avait pris ses distances avec la manière de faire de la politique à l’ombre de la puissance coloniale.

Lorsque la Loi-cadre de juin 1956 instaura un premier régime d’autonomie, Mamadou Dia fut désigné par son parti comme chef de file du premier gouvernement de transition. Léopold Sedar Senghor et lui me demandèrent de rejoindre son cabinet. Ce fut le début d’une grande histoire. La première année fut occupée à s’approprier les bases institutionnelles du nouveau pouvoir, dans un contexte de contradictions, où la France hésitait entre la promotion d’une politique assimilationniste, toujours marquée par l’idéologie coloniale, et l’acceptation d’une autonomie annonciatrice de l’ère des indépendances. Léopold Sedar Senghor et Mamadou Dia militaient pour le droit à la différence, poussant l’exigence identitaire de la Négritude jusque dans ses conséquences politiques. Le premier, toutefois, tenait davantage à ménager le partenaire français, en jouant sur une transition plus longue. Le second ressentait la nécessité d’aller vite.

Dans un premier temps, un compromis de moyen terme préserva leur alliance, au moment où de Gaulle, accédant au pouvoir en 1958, somma ses partenaires africains de choisir entre l’indépendance immédiate en rupture avec la France, ou l’intégration dans une Communauté française dont la structure fédérale demeurait en trompel’oeil.

En décidant de voter « Oui » au Référendum constitutionnel de septembre 1958, Mamadou Dia avait convaincu son parti que l’adhésion à la Communauté devait être assortie de la proclamation très claire d’ouvrir de la sorte une phase de transition permettant le démantèlement de l’économie de traite et la mise en place d’une démocratie participative, fondements du développement et de l’indépendance à venir. Dès octobre 1958, s’ouvrait ainsi une ère nouvelle. L’objectif était de construire les outils du développement ainsi finalisé, dans l’espace de réalisation d’un premier Plan.

C’est à ce moment précis que l’intéressé scella son alliance avec Louis- Joseph Lebret. Le parcours de celui-ci, depuis ses engagements pionniers au service des marins pêcheurs d’avantguerre, suivis de la fondation d’Économie et Humanisme en 1942, et enfin de l’IRFED - alors même que Mamadou Dia lançait sa nouvelle politique d’émancipation - le désignait comme le partenaire idéal pour accompagner les défis du développement sénégalais. De son côté, L.-J. Lebret n’avait encore jamais rencontré un interlocuteur de si haut rang, professant des convictions aussi proches des siennes et lui proposant d’être son « conseiller en développement » à un tel niveau de responsabilité.

En l’espace de deux ans, de la fin 58 à la fin 60, tout le dispositif voulu par Mamadou Dia était lancé, dans une atmosphère de ferveur, de créativité extraordinaire, assortie d’une impressionnante efficacité, malgré l’échec de la Fédération du Mali contrecarrée par la France sensible au « diviser pour régner » et par la Côte d’Ivoire, soucieuse de préserver sa relative richesse.

Investir effectivement dans l’humain

Mamadou Dia avait fait sien le mot d’ordre de Louis-Joseph Lebret et de François Perroux : « le développement de tout l’Homme et de tous les Hommes  », et nous nous attachions, à ses côtés, à traduire cette grande perspective dans la réalité. Le plus fondamental était d’investir effectivement dans l’humain. L’étape décisive de l’indépendance, aux yeux du chef du gouvernement sénégalais, ne pouvait se comprendre uniquement comme un changement de statut juridique. Il fallait créer la démocratie de toutes pièces et, pour cela, viser d’abord l’éducation généralisée du peuple en vue de sa responsabilisation. D’où la création, en 1959, du mouvement d’Animation rurale (appelé ensuite à couvrir l’espace urbain).

I l s ’ a g i s s a i t d e p a r t i r d e s « communautés de base », en l’occurrence des villages - de nos jours, on dirait la « société civile » - pour convier les groupements d’habitants à désigner librement des délégués, formés dans des sessions où ils rencontreraient les représentants des différents services de l’État chargés d’appuyer leurs projets dans tous les domaines, afin de débattre conjointement de leurs problèmes de développement : de véritables « débats-formation », où chacun recevait de l’autre analyses, expériences, compétences, projets.

Cette structure novatrice aboutissait à des « contrats de développement ». Pour Mamadou Dia, le développement démocratique, c’était un « contrat entre l’État et la nation ». La prise de responsabilité à la base conduisait à la création de « coopératives de développement  » aptes à répondre aux problèmes essentiels de la communauté, dans l’esprit de l’économie sociale,

alliant ainsi la dynamique d’entreprise au sens de l’intérêt commun. C’est dans ce cadre que pouvait prendre forme la « planification démocratique et participative », conforme aux méthodes Lebret. Touchant l’animation, un appui essentiel avait été demandé à l’IRAM (Institut de recherche et d’applications des méthodes de développement), fondé par l’abbé Pierre dont l’expérience de pédagogie communautaire s’était avérée passionnante au Maroc, dans la phase initiale de son indépendance.

Le piège, puis l’épreuve

En s’appuyant sur cette révolution structurelle, la politique sénégalaise pouvait s’attaquer solidement au démantèlement de l’économie de traite, et à l’avènement d’un développement auto-centré et équitable, éliminant les pratiques clientélistes et usuraires des « traitants » de la commercialisation arachidière, agents ultimes des grandes firmes étrangères dominant le marché. Au bout de deux ans, avant que le système se généralise en franchissant le seuil de non-retour, les milieux mis en cause s’appliquèrent à faire tomber Mamadou Dia à toute force. Une triple coalition se noua entre les représentants des groupes économiques maîtres des marchés de l’arachide, les grands marabouts, eux aussi « seigneurs de l’arachide » menacés par l’expansion coopérative, enfin les politiciens traditionnels liés aux mêmes intérêts.

Ce lobby hostile fit déposer une motion de censure contre le chef du gouvernement sans accepter le recours à l’arbitrage du parti, indispensable aux yeux de ce dernier dans la vision de l’éthique politique qui avait prévalu depuis l’origine du mouvement démocratique au Sénégal. Un piège était ainsi posé. Mamadou Dia fut accusé de « coup d’État ». Léopold Sedar Senghor se rallia à cette thèse et, usant de ses prérogatives de chef de l’État, s’appuyant sur les forces militaires, le fit emprisonner puis juger par une Haute Cour politique où siégeaient ses ennemis. Il fut condamné à la détention perpétuelle. La grande politique visant à l’instauration d’un socialisme humaniste et démocratique s’en trouva lourdement affectée. L’épreuve cruelle de la prison fut vécue par Mamadou Dia comme une épreuve non seulement politique, mais aussi spirituelle, qu’il reçut en musulman mystique. Il y perdit la vue et n’en sortit qu’au bout de douze ans, sans renoncer en rien à la vigueur de ses convictions. Quatre ans après son incarcération, il avait eu la peine extrême d’apprendre la mort de Louis- Joseph Lebret, qui lui était resté très attaché.

Une fois libéré, il s’installa dans le statut d’une haute autorité morale, dénonçant les méfaits de l’ultralibéralisme, et se faisant le champion d’une mondialisation à visage humain. Il avait mesuré à pied d’oeuvre les limites de l’action politique conventionnelle, hypothéquée par la vulnérabilité de pouvoirs d’État trop souvent coupés de leur peuple, et asservis aux plus puissants. Dans un premier temps, il s’était employé à créer, en 1975, une « Internationale des forces africaines pour le développement », se proposant de coaliser les mouvement issus de la société civile et des communautés de base, agissant en pionnier précurseur des mobilisations à venir autour des Forum sociaux mondiaux. Le pouvoir sénégalais y mit obstacle, mais l’audience du vieux sage patriote demeura grande en Afrique.

Les enseignements majeurs des engagements et des combats de Mamadou Dia tiennent en quelques messages qui nous rejoignent au coeur de la crise profonde où se trouve le monde actuel. En premier lieu, il est vital de défendre la participation démocratique et responsable au développement, dont il importe de créer les modèles « de l’intérieur  », comme sauvegarde des valeurs humaines de la culture et de la société.

On ne peut mettre du vin nouveau dans de vieilles outres : ceci exige, comme avait entrepris de le faire le leader sénégalais, une véritable refondation de l’approche du politique à partir des acteurs réels de la vie sociale, de leurs aspirations, de leurs besoins, de leurs projets, dans le partenariat conscient et responsable. Une éducation génératrice de compétence et de responsabilité est pour cela indispensable, s’adressant à « tous les Hommes  », dans le sens de l’héritage prophétique partagé avec Louis-Joseph Lebret.

J’observe l’échec de la théorie économique

par Mamadou Dia(2)

Il faut dire avec force que la crise actuelle de l’économie mondiale ne traduit rien d’autre que l’échec de la politique mondiale de développement. C’est-à-dire : l’échec des systèmes économiques en place.

Je dis aussi que nous devons dénoncer l’échec des prétendus modèles de développement, dont les plus perfectionnés, au delà même de l’alourdissement critique des inégalités, développent la surcroissance et le gaspillage des ressources précieuses non substituables, la pollution des systèmes humains et de l’environnement naturel, l’inflation, les déséquilibres psychologiques et sociaux.

Et j’observe, surplombant ce paysage, l’échec de la théorie économique, incapable non seulement de dominer les phénomènes actuels mais de les expliquer, et rétive à reconnaître qu’on a donné le nom de science, dans une aspiration intellectuelle implicitement totalitaire plus que totalisante, à un fragment du savoir humain né principalement dans quelques sanctuaires occidentaux et refusant obstinément de prendre en compte les autres savoirs, les autres vécus - théorie élitiste éthno-centrée, en définitive, méprisant l’idée que les peuples, les groupes de base se font du monde - c’est à dire la théorie de l’autre partie du monde. (…)

La noce empoisonnée de l’indépendance

L’Afrique est bloquée parce que la décolonisation n’a pas changé fondamentalement les effets du grand traumatisme c’est-à-dire les structures imposées. Elle s’est trouvée dès lors et jusqu’à maintenant comme partie dépendante du système mondial dont les centres échappent à son pouvoir. Privée d’auto-régulation, elle reste encore périphérie du monde de l’industrialisation et de la croissance. Nous avons sous-estimé cette réalité massive.

L’Afrique est bloquée parce que les conditions mondiales du développement sont bloquantes : les systèmes, les modèles, les structures, les stratégies sont bloquants. L’Afrique est bloquée, parce que la pseudo-décolonisation s’est faite d’abord, à quelques exceptions près, sur la base des systèmes étatiques hérités de la colonisation. Dans le système colonial, l’État était tout, le peuple n’était rien. Les séquelles de ce système sont particulièrement lourdes. La corbeille des noces de notre indépendance de 1960 était empoisonnée par ce cadeau redoutable : un système d’État dont la logique au départ ne faisait nulle place au pouvoir du peuple. Et notre tâche alors, exténuante, dangereuse mais capitale, devait être de faire surgir progressivement ce pouvoir du peuple sans qu’il puisse y avoir de miracle. À peu près tous, et nous les premiers, nous avons trop oublié, dans l’euphorie des premières années des constructions nationales, les nations, les peuples, les cellules vivantes du tissu économique et social : les communautés de base. La démocratie africaine, la créativité africaine, l’unité africaine s’en sont profondément ressenties. » Extrait de : Vers l’Internationale africaine des peuples – Rapport d’orientation présenté par Mamadou Dia à la première Assemblée générale de l’Internationale africaine pour le développement (Dakar, 13 avril 1975).

Ré-humaniser le monde

par Mamadou Dia

Le développement a une dimension culturelle, ou mieux : la culture est une dimension du développement. Le fait religieux étant une composante de la culture. Qu’il nous suffise de noter que, dans le domaine de la spiritualité, les principes et les actions se rejoignent d’une religion à l’autre, abstraction faite des cultures spécifiques.

Les idées généreuses du père Lebret, de même que son souci constant de s’ouvrir à tous les hommes, sont le fin mot de l’enseignement islamique. Dans ses contacts avec ses frères - tous les hommes de tous pays -, le dominicain, expert en développement, met l’accent sur notre « humanité une » et laisse de côté les idéologies réductrices. Aussi était-il bien armé pour comprendre les problèmes complexes et multiformes du développement dans le monde.

Le musulman rigoureux que je suis ne s’est jamais senti heurté au cours de ses entretiens avec le père Lebret.
C’est pourquoi nous avons collaboré en toute confiance, sans arrièrepensée.

L’objectif premier de ce colloque, à notre avis, est de stopper la dérive dans laquelle nous sommes tous entraînés, riches du Nord et pauvres du Sud, par la mondialisation de l’économie de marché. Celle-ci, du fait de ses effets pervers, est devenue ruine de l’âme, source de désordres et de violences. Il convient de redonner sens à la vie et aux choses, à la science ainsi qu’à la technologie.

Une mystique de la libération

Il faut, en un mot, ré-humaniser le monde, sa culture et sa civilisation, substituer à la théologie du marché et de l’enrichissement sans borne, fille de la pensée unique, la mystique de la libération de l’homme et celle du bien commun. Il est urgent de repenser les cadres mêmes de la pensée, particulièrement ceux de la pensée économique et sociale, en restituant toute leur place aux valeurs immatérielles que le partage a la vertu d’enrichir.

C’est en cultivant entre les hommes de foi nos convergences dans tous les domaines - scientifique, philosophique, moral et spirituel - et en approfondissant la réflexion sur le sens intime du message de Lebret que, d’une part, nous ouvrirons la voie pour le troisième millénaire à une nouvelle forme d’accumulation - celle des biens spirituels, moraux et culturels, celle de l’enrichissement humain réciproque dont le partage est la logique naturelle
- et que, d’autre part, nous ferons de ce colloque le point de départ d’une nouvelle révolution culturelle épistémologique capable de rendre plausible le nouveau Projet de développement humain universel. C’est cela, nous semble-t-il, le défi qui s’adresse à tous les hommes de bonne volonté. »

Extrait de : Regard d’un musulman sur la dimension spirituelle de la pensée de L.-J. Lebret à l’heure de la mondialisation , Centenaire de Louis-Joseph Lebret, Unesco, Paris, 13 novembre 1998.

Libre Propos

par Christian Valantin

Mamadou Dia le disait en avril 1975. L’Afrique n’est pas décolonisée « parce que la pseudo-décolonisation n’a pas fondamentalement changé les structures imposées. Elle s’est trouvée dès lors et jusqu’à maintenant dépendante du système mondial dont les centres échappent à son pouvoir ».

Il en est de même aujourd’hui. À cette dépendance s’ajoute celle de la Chine, désireuse d’exploiter les richesses africaines pour ses propres besoins, passer des contrats léonins, et exonérer les États consentants, où elle intervient, de leurs obligations de démocratie et de respect des droits de l’homme.

L’Afrique restera dépendante tant qu’elle ne transformera pas ses ressources en produits finis exportables et qu’elle n’assurera pas sa sécurité alimentaire. Tant qu’elle ne s’appuiera pas sur ses peuples et leurs communautés de base. Tant qu’elle ne règlera pas ses crises par le dialogue et les moyens pacifiques prônés maintenant par la communauté internationale. L’Afrique ne se fera pas sans la participation de ses peuples à sa construction.

Oui, Mamadou Dia avait raison.

« C’est en cultivant entre les hommes de foi nos convergences dans tous les domaines - scientifique, philosophique, moral et spirituel - et en approfondissant la réflexion sur le sens intime du message de Lebret que nous ouvrirons la voie pour le troisième millénaire à une nouvelle forme d’accumulation, celle des biens spirituels, moraux et culturels, celle d’un enrichissement humain réciproque dont le partage est la logique naturelle ».

Notes

[1] - Administrateur de la France d’outre-mer au Soudan français (Mali actuel), Roland Colin a été ensuite directeur de Cabinet de Mamadou Dia au Sénégal dans la phase cruciale de passage à l’indépendance. En 1966 il a succédé au père Lebret à la tête de l’IRFED et est président d’honneur de Développement et Civilisations Lebret-IRFED. Il a publié Sénégal notre pirogue, au soleil de la liberté – journal de bord 1955-1980 aux éditions Présence Africaine, Paris, 2007.

[2] - Naissance le 18 juillet 1910 à Khombole (Sénégal) et décès le 25 janvier 2009 à Dakar
Arrêté en décembre 1962 après avoir été accusé de fomenter un coup d’État et gracié en mars 1974
Auteur notamment de : Afrique, le prix de la liberté, Éd. L’Harmattan, 2001
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mamadou_Dia


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | Mentions légales | Crédits