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Il ne faut pas avoir peur de l'utopie

Développement et civilisations, N° 371, fev. 09

par Dom Hélder Câmara (1909-1999)

Éditorial
« Il ne faut pas avoir peur de l’utopie » par Dom Hélder Câmara
Libre Propos
« Des pays, et même des continents, sont marginalisés » par Dom Hélder Câmara

Éditoral

par Richard Werly

Lumineuse "Naïveté"

Relire Dom Hélder Câmara. Mais surtout, méditer sur sa « naïveté » revendiquée. À l’heure où beaucoup d’amis et de cercles proches de Développement et Civilisations - Lebret- Irfed célèbrent le centième anniversaire de la naissance de l’évêque brésilien, la revue Développement et civilisations se devait de redonner vie à sa parole. Car si l’histoire passe, avec sa vague d’oublis, ses mots demeurent et restent prophétiques. Surtout à l’heure de la panique financière mondiale…

Naïveté : le mot peut sembler déplacé. Il ne l’est pourtant pas. Dom Hélder, avec d’autres, fit le choix d’un développement axé sur l’homme plus que sur les chiffres. Sur l’épanouissement de la personne plus que sur l’accumulation du profit. Le monde qui l’entourait, alors, moulinait à plein le rêve capitaliste. L’économie de marché entamait son triomphe aujourd’hui incontesté sur toutes les latitudes ou presque. Qu’il fallait donc être « naïf » pour tirer, déjà, le signal d’alarme. Et dire, en fraternité, que ce monde-là risquait fort, à ce rythme, de ne plus tourner très rond.

Ce numéro de Développement et civilisations est à nos yeux plus qu’un hommage. Il nous rappelle aussi, par la voix de Dom Hélder, le poids de vérités simples et le risque que courent nos sociétés à force de vouloir les ignorer. Il est aussi, enfin, un acte de foi et de mémoire. Dom Hélder et le père Louis-Joseph Lebret, comme nous le redit José de Broucker dans le libre propos, faisaient confiance à leur Église pour porter leur commune espérance dans l’Homme. Leur espoir, qui est aussi le nôtre, reste d’actualité.

Il ne faut pas avoir peur de l’utopie

par Dom Hélder Câmara

Certaines dates sont lourdes de symboles. Le centième anniversaire de la naissance de Dom Hélder Câmara, né le 7 février 1909, donnera lieu tout au long du printemps à plusieurs manifestations d’hommage à l’évêque brésilien, dont le message d’espoir résonne aujourd’hui comme un coup de tonnerre en plein crise financière mondiale. Développement et civilisations republie ici plusieurs textes de celui qui incarna, au sein de l’Église et en dehors, la marche des idées et la force de la solidarité.

Réponses de Dom Hélder aux questions posées par les auditeurs des conférences prononcées en France en mai 1983, recueillies dans le livre Questions pour vivre (Le Seuil, 1984, épuisé).

Q- Quand on n’a pas de connaissances économiques et seulement un peu d’espérance, on est traité de naïf. Humaniser l’économie, comme vous le demandez, n’est-ce pas affaire de spécialiste ? A chaque question précise, vous répondez : « C’est complexe, c’est complexe…  » Cela ne nous aide pas. Si même des responsables et des spécialistes sont impuissants à s’entendre pour résoudre les problèmes des pauvres, que puis-je faire individuellement  ? Comment parler de solidarité, comment la vivre sans utopie, avec efficacité ?

R- Il ne faut pas avoir peur de l’utopie. J’aime bien redire : quand on rêve seul, ce n’est encore qu’un rêve, quand on rêve à plusieurs, c’est déjà la réalité. L’utopie partagée est le ressort de l’histoire. Il ne faut pas avoir peur de n’être qu’une goutte d’eau. Ce sont des gouttes d’eau rassemblées qui font les ruisseaux, les fleuves, les océans. Et il faut se souvenir qu’à la source il n’y a pas beaucoup de gouttes d’eau rassemblées. Il ne faut pas avoir peur d’être impuissant devant la toute-puissance des dirigeants et des gouvernements. Ils passent, le peuple reste, et un jour vient, forcément, où ils ont intérêt à tenir compte de ce qui intéresse le peuple. Bien sûr, pas dans les dictatures. C’est pourquoi il est toujours important pour la marche des idées de combattre les dictatures.
Il ne faut pas avoir peur d’être naïf devant la science des savants et des spécialistes. Qu’est-ce qu’un spécialiste ou un savant, sinon un naïf qui a travaillé ? L’étude et le travail lui permettent d’élaborer et de proposer des théories. Mais il n’est pas nécessaire de formuler des théories pour imaginer et vivre la justice et la solidarité. Avec un Lech Walesa ou une mère Teresa, les naïfs du monde entier ont des modèles de l’audace inventive, généreuse et sans complexe.

Q- Au Brésil, j’ai vécu le partage de tout avec les pauvres, le plus simplement du monde. Une fois revenu en France, je n’ai pas retrouvé cette simplicité. N’est-il pas plus facile de vivre pauvre dans un monde pauvre que de vivre pauvre dans un pays riche et matérialiste ? Comment vivre avec un coeur de pauvre dans notre société basée sur l’argent ?

R- Dans tous les pays riches où je voyage, je rencontre des hommes et des femmes, et même des familles, qui se posent les mêmes questions. Je n’en ai jamais rencontré qui trouvent que c’est facile. Parce qu’il faut toujours décider et marquer une rupture, un refus volontaire vis-à-vis du style de vie normal, ou considéré comme normal par ceux avec lesquels on vit. Certains choisissent d’aller jusqu’au partage communautaire du logement, du travail, de l’argent. Pour beaucoup, c’est l’engagement plus direct, plus personnel, du temps partagé avec des prisonniers, des étrangers, des jeunes ou des femmes en difficulté, des chômeurs… Je sais que c’est difficile, même, je peux vous le dire, pour un évêque dans un pays pauvre ! Mais même si c’était impossible aux hommes, ce ne serait pas impossible à Dieu !

Q- Dom Hélder , vous demandez dans vos conférences justice et solidarité au nom du tiers-monde, cela soulève beaucoup de questions. Par quels moyens pensez-vous qu’il soit possible de répartir plus convenablement les richesses du monde ? Que pensez-vous de l’aide des pays riches au tiers-monde ? Y a-t-il une politique efficace d’aide au développement du tiers-monde ?

R- On cherche, on cherche… Depuis trente ans, les meilleurs esprits du monde cherchent. Ils essaient de comprendre les raisons du sousdéveloppement ou du nondéveloppement. Quand ils pensent avoir trouvé, ils s’aperçoivent bientôt qu’il faut encore aller chercher plus loin. Alors, nous aussi, nous pouvons nous mettre à chercher ensemble. D’abord, je vous remercie de vous poser des questions qui disent toutes votre conviction qu’il y a quelque chose à faire. Vous savez, il y a encore des gens qui pensent que, s’il y a des pauvres et des riches, c’est parce que Dieu l’a voulu comme ça, ou parce qu’il y a des races de paresseux ou d’incapables. C’est ridicule…
Alors on pense que si le sousdéveloppement ne vient pas de Dieu ni de la nature, c’est peut-être qu’il vient de la technique. Il y a des peuples qui disposent des ressources de la science et de la technique, et d’autres pas. La solution, c’est ce qu’on appelle le transfert de technologie. Mais très vite on voit qu’il n’est pas facile de créer des usines, des centrales électriques, des routes ou des télévisions là où il n’y en a pas. Et on voit aussi que, quand on réussit, très souvent on arrive à susciter non pas le développement du pays, mais des bulles de développement artificiel, anarchique et déséquilibré qui aggravent, à côté ou après, le sous-développement.
Pour être une chance et non pas un risque supplémentaire, le transfert de technologie doit être bien préparé et mesuré avec le peuple même qui doit se l’approprier. Cela suppose que le peuple soit vraiment pris en considération, avec ses besoins, ses aspirations, son héritage, ses projets. Cela n’a rien à voir avec les programmes pharaoniques que, très souvent, les dirigeants de ce peuple négocient avec les multinationales ou avec les grands États marchands.

Q- Les sociétés industrialisées, avec toutes leurs techniques, sont-elles un bon modèle pour les pays sousdéveloppés  ? Ne faudrait-il pas laisser ceux-ci s’organiser eux-mêmes, à partir de leurs propres ressources, à leur rythme ?

R- La voie de l’autodéveloppement est aussi une voie difficile. Elle est longue. Elle demande du temps. Elle demande du courage, de ne pas se résigner ni se révolter lors de la comparaison avec les autres. Elle suppose que l’on se tienne et que l’on soit tenu respectueusement à l’écart des grands courants de l’économie du marché dominant. Combien de pays sont encore dans ce cas ? Pour combien de pays est-ce encore possible ?
Alors, on cherche encore et on pense que le sous-développement est surtout causé et toujours aggravé par la déstabilisation, la désagrégation, la déstructuration des sociétés traditionnelles, et de leur équilibre, sous la violence du commerce international des produits, de l’argent, des idées. Ces pays ne s’appartiennent plus. Ils sont dominés par les lois et les caprices du marché qui dépend des besoins des autres et de décisions prises ailleurs. Pour arrêter la catastrophe, il faut réorganiser les rapports entre les sociétés et les pays, réformer les structures internationales du commerce. Il faut inventer un nouvel ordre économique international.
Vous savez, c’est la grande idée de la stratégie du développement depuis deux décennies. Mais on s’aperçoit que c’est difficile, parce qu’il est difficile d’y accorder les volontés politiques. Mes amis ! quand on cherche une politique efficace pour le développement, on découvre qu’il n’y en a pas une mais plusieurs, à mener ensemble, et qu’elles sont toutes difficiles. L’important, c’est que les idées et les volontés avancent plus vite que le sous-développement. II faut se dépêcher !

Q- Que pensez-vous des tonnes d’aliments détruits chaque année par les agriculteurs des pays riches pour maintenir ou faire monter les prix ?

R- J’ai entendu chez vous, ici en France, des agriculteurs dire des choses remarquables sur ce scandale. Ils n’accusaient personne. Ils voyaient bien que la cause est dans une organisation absurde et irresponsable de l’économie. Ils cherchaient à s’organiser pour pouvoir être à la fois moins victimes et moins complices de cette absurdité criminelle. Ah ! Ils m’ont beaucoup appris  !…

Q- Nous sommes nombreux à vous applaudir là où vous passez. Mais combien serons-nous demain à accepter de ne travailler que trentecinq heures par semaine, avec perte de salaire, pour partager le travail ?

R- Dieu le sait, et c’est son secret. Mais le nombre n’est pas le plus important. Je pense toujours que le ciel tout entier peut se refléter dans une seule goutte d’eau…

Q- Il existe un fossé entre ce que vous dites et l’apathie, l’inertie des gens. Chez nous, la mentalité d’assistance détourne de plus en plus d’hommes et de femmes de prendre leur vie en charge. Comment prendraient-ils en charge la vie des autres ?

R- C’est bien de se poser des questions à propos des gens qui ne pensent pas ou ne vivent pas comme nous. Mais c’est encore mieux d’être soi-même une question devant ces gens, pour qu’ils se demandent s’il ne serait pas plus juste et meilleur qu’ils pensent ou qu’ils vivent autrement.

Q- Que pensez-vous des volontaires qui vont travailler et partager la vie des gens du tiers-monde ?

R- Nous avons avec nous, au Brésil, des frères et des soeurs admirables, prêtres, religieuses, laïcs. Ils sont venus de France, ou de Hollande, ou des États-Unis. Mais ils ne sont pas des étrangers. Ils sont des frères et des soeurs.
C’est vrai : on peut aider le tiersmonde en lui donnant sa vie, en venant y vivre et y travailler. Mais il est toujours plus vrai aussi que les choses ne changeront vraiment pour nous que lorsqu’elles changeront chez vous. La France, l’Europe, les États-Unis ont aussi besoin de volontaires qui s’engagent et donnent leur vie pour le changement !

Q- Quel doit être en priorité le rôle d’un groupe tiers-mondiste : l’information de l’opinion ? la réalisation de projets de développement ? le travail politique auprès du gouvernement ou au moment des élections ?

R- Je connais ces querelles : elles existent aussi chez moi quand il s’agit de travailler avec notre tiersmonde à nous ; mais je ne les comprends pas. D’abord parce que le chantier est tellement immense qu’il y a place pour tout le monde, pour toutes les sensibilités, pour toutes les capacités, pour l’information, pour l’aide, pour la réflexion, pour l’action politique, et même pour la prière. Les chemins sont multiples, mais en tournant tous le dos à l’indifférence et à l’égoïsme, ils convergent tous.
Et aussi parce que tout a une dimension politique, ce qui ne veut pas dire partisane. Choisir la solidarité avec le tiers-monde, c’est déjà faire une analyse et un choix politiques.

Q- Mon problème, c’est l’indifférence, voire l’hostilité des chrétiens. Comment travailler efficacement quand on se fait rejeter par une majorité de pratiquants qui nous accusent de faire le jeu du socialo-communisme ? Vous devez connaître cette opposition. Comment la surmontez-vous ?

R- J’ai appris que la contradiction aide plus que l’éloge. Elle encourage l’humilité. Sans humilité, on ne fait pas un pas sur le chemin du Seigneur. Il faut accepter la contradiction comme un vaccin contre l’orgueil. Il faut même accueillir la calomnie, surtout la calomnie à laquelle on ne peut pas répondre, comme une manière du Seigneur de nous faire aller plus loin sur la voie de la pauvreté.
Dans l’humilité et dans la pauvreté, il ne reste plus qu’à se mettre à la disposition du Seigneur pour qu’avec l’intelligence, la sagesse, la force, la prudence qu’il nous a données avec son Esprit, il convainque le contradicteur, il rectifie la calomnie. Et vous savez, le Seigneur arrive à faire des merveilles très surprenantes !

Extraits de Questions pour vivre

Libre Propos

par José de Broucker

« Pour raison de santé, le cher P. Lebret est parti. Les derniers repas avec lui ont pris le ton d’un testament spirituel. Il m’a fait plusieurs confidences. Il m’a raconté toute sa vie. Tous les deux, nous nous sommes dit au revoir à la sainte messe… » C’était à Rome, à la mi-octobre 1965, pendant la dernière session du concile Vatican II.

Une citation parmi les nombreuses références au P. Lebret – et aussi à l’IRFED, à Vincent Cosmao, à Luis de Sena - que l’on peut relever dans les Lettres conciliaires écrites par Dom Hélder Câmara et publiées aux éditions du Cerf. Elles témoignent de l’étroite et efficace communion de vision de deux prophètes d’une planète solidaire et d’une mondialisation humaine.

Le centenaire de la naissance et le dixième anniversaire de la mort, en cette année 2009, de celui qu’on a appelé « l’avocat du tiers-monde »* est l’occasion d’associer sa mémoire à celle du fondateur d’Économie et humanisme et de l’IRFED.

Dom Hélder était secrétaire général de la Conférence des évêques du Brésil quand il a fait la connaissance de Louis-Joseph Lebret, à Rio de Janeiro, dans les années 1950. Il a tout de suite reconnu en lui l’expert qui lui permettrait de penser et travailler à « un monde plus juste et plus humain ». Et quand, au concile, il aura à participer à l’élaboration de ce qui sera la constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, c’est au P. Lebret qu’il fera appel pour l’assister.

Beaucoup plus encore que dans Gaudium et Spes, c’est dans l’encyclique Populorum Progressio publiée par Paul VI en 1967 que l’on verra la totale fusion dans une même pensée de la voix de Dom Hélder et de l’écriture du P. Lebret.

Dom Hélder disait du P. Lebret : « Il voit clair, il voit loin, il voit en profondeur. Et il aide à voir… » Je ne doute pas que le P. Lebret pensait la même chose de Dom Hélder. Aujourd’hui comme hier, ils peuvent encore, ensemble, nous aider à voir loin, et en profondeur…

Des pays, et même des continents, sont marginalisés

par Dom Hélder Câmara

Celui qui s’est trouvé au bord d’une route, pressé de poursuivre son chemin, et qui a vu les voitures passer à toute vitesse sans s’arrêter, est en mesure de comprendre le drame des marginaux.

Marginal : celui qui reste en marge de la vie économico-sociale et politicoculturelle de son pays.

On peut croire que, dans les pays sous-développés, tout le monde se trouve au même niveau de pauvreté et même de misère, dans des conditions sous-humaines de vie. Mais ce n’est pas le cas. Ce qu’on observe généralement, c’est un phénomène de colonialisme interne : de petits groupes de riches vivent de la misère de millions de leurs concitoyens. Ce qu’on observe, c’est que ces petits riches locaux aident les grands riches étrangers. Il y en a qui qualifient ces riches des pays pauvres de « bourgeoisie consulaire », en souvenir des consuls de jadis qui étaient choisis dans les pays dominés pour représenter l’Empire et l’empereur.

On peut croire qu’il n’y a pas de marginaux dans les pays développés. Erreur. Même dans les pays riches, il y a des couches de pauvreté. Des zones de marginaux. Des étrangers venus à la recherche d’un travail. Des retraités. Des pensionnés. Des chômeurs. Des travailleurs sousemployés.

Les degrés de la marginalisation

La marginalisation, aujourd’hui, n’atteint pas seulement des individus et des groupes. Il y a des pays, et même des continents, qui, en bloc, sont mis en marge. C’est ce qu’on appelle le « Tiers-monde », qui comprend l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine.

La première décennie du Développement a été inaugurée et clôturée : les pays riches sont devenus plus riches, et les pays pauvres plus pauvres. La marginalisation s’est accrue. Le problème se complique lorsque l’on sait que la marginalisation comporte au moins trois degrés :

  • au premier degré, on reste en marge des avantages et des bénéfices qui découlent du progrès économique ;
  • au deuxième degré, on reste en marge de la créativité ;
  • au troisième degré, on reste en marge de la décision.

Il ne suffit pas que l’homme ait accès aux avantages et aux bénéfices qui découlent du progrès économique. S’il ne participe pas de manière consciente à la création de la richesse, et notamment à la définition d’un modèle de développement, s’il ne participe pas à la prise de décision, ce qui se fera et ce qu’il en recevra ne sera que des miettes, dispensées d’une main paternaliste.

Avec les progrès de la technologie, les gouvernements sont conduits à s’entourer de techniciens de haute qualification, très bien équipés et très bien payés. Eux seuls peuvent manier les statistiques, les enquêtes, les études, et déterminer les modèles de développement, les buts, et les moyens que les gouvernements doivent mettre en oeuvre pour les atteindre.

Il y a des gens qui soutiennent tranquillement qu’il est impossible de laisser des non-spécialistes se mêler des plans de développement. Il y a des gens qui croient à la nécessité de gouvernements forts : des gouvernements qui n’ont que faire de parlements ou les réduisent à de simples chambres d’enregistrement ; qui tiennent l’Université sous leur contrôle et préviennent toute contestation par les étudiants des plans élaborés par les technocrates ; qui manoeuvrent les moyens de communication sociale, afin d’en faire les porte-voix de l’action officielle au lieu de leur laisser remplir leur fonction critique…

A l’avant-veille du XXIème siècle, l’homme renoncera-t-il à l’intelligence et à la liberté ? Permettra-t-il qu’on pense à sa place et qu’à sa place on prenne les décisions ?

Extrait de Le désert est fertile (Desclée de Brouwer, 1971, épuisé)


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