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La montée des fondamentalismes et l'impact sur le vivre-ensemble

rapport de l’atelier participatif de Bruxelles, sept. 08

Présentation de l’atelier

Basée à Paris, l’association Développement et Civilisations – Lebret-Irfed (DCLI) est animée par un réseau internatioanl d’acteurs de développement solidaire. Elle mène un travail de recherche et de réflexion inspiré à la fois par la pensée de Louis-Joseph Lebret, principal inspirateur de l’encyclique Populorum Progressio signée par le pape Paul VI en 1967, et par les expériences et réflexions d’acteurs actuels du développement solidaire de divers continents.

Parmi les travaux de DCLI sur le « Dialogue des civilisations et le développement des peuples » (voir notre site Internet www.lebret-irfed.org), figure sa participation aux éditions du Forum populaire Asie-Europe (Asia-Europe People’s Forum – AEPF) ayant lieu tous les deux ans à l’occasion des rencontres des chefs d’État Europe-Asie (ASEM). DCLI y a animé successivement des ateliers sur « Spiritualité et mondialisation », « Dialogue des civilisations », « Démocratie et droits humains ».

Lors du 7ème Forum (Pékin, du 13 au 15 octobre 2008 sur le thème « Pour la justice sociale et écologique »), DCLI co-organise un atelier sur la montée en Europe et en Asie des fondamentalismes religieux, dont celui lié à l’islam, et leurs implications sur le vivre ensemble.

Une série d’ateliers participatifs préparent cet atelier de Pékin :

Une rencontre en mars 2008 à Paris, avec le professeur d’histoire et d’études islamiques, et imam, Muhammad Machasin, de Yogyakarta en Indonésie, pays où il est engagé dans des activités interconfessionnelles. Y ont pris part quelque quinze personnes provenant d’Indonésie, d’Algérie, du Niger et de France ayant échangé expériences et analyses.

Un atelier asiatique du 16 au 18 juillet 2008, en Malaisie, avec pour coordinateur international Darwis Khudori, professeur à l’Université du Havre et membre de DCLI. Cet atelier s’est penché sur le thème plus large de « La montée des mouvements politiques aux références religieuses en Asie », dont la montée des fondamentalismes est une des manifestations. L’objectif était d’avancer dans la compréhension de ces mouvements et de se poser la question : sont-ils une menace ou une chance pour un développement basé sur les droits humains ?(1)

L’atelier à Bruxelles est l’occasion d’enrichir ce processus de réflexion par les analyses et les expériences de Belges et autres personnes basées en Belgique, travaillant sur ces questions.

Fondamentalisme, vivre-ensemble : de quoi parlons-nous et comment en parler ?

Il n’est pas simple de parler de ce thème

Le fait de poser la question, en reliant les termes « fondamentalisme » et « vivre-ensemble », peut susciter des réactions hostiles, comme celle d’une personne ayant reçu l’invitation et qui a refusé de participer au débat : « Un titre et des thèmes surfant sur la vague alarmiste… La confusion, dès l’abord, entre des phénomènes d’affirmation identitaire (certes parfois problématiques) et une "montée des fondamentalismes" dont une "Europe laïque" (mais il y a autant de compréhensions de la laïcité qu’il y a de pays en Europe) aurait tout à craindre… Je ne suis pas certaine qu’un échange conçu de cette façon soit réellement au service du vivre ensemble. »

Pertinence des concepts

Le mot « fondamentalisme » est-il donc un concept pertinent pour analyser cet ensemble de phénomènes qui posent questions pour le vivre-ensemble ? D’autant plus que ce terme est souvent utilisé dans le sens commun pour désigner… ce que l’on n’aime pas ! (Dans le même ordre d’idée, a été montré le lien entre globalisation économique vécue par les pays du Sud et utilisation du terme de « terroriste » : le militant qui veut changer la société court souvent le risque d’être traité de « terroriste ».)

Par ailleurs, il n’est pas sûr que les évolutions dans le catholicisme récent peuvent être taxées de fondamentalisme. Il est plus pertinent de se poser la question de savoir s’il existe des dérives sectaires au sein de l’Église catholique (ce qui est certainement le cas de l’Opus Dei). Par contre, il existe des cas de national-catholicisme dans certaines régions d’Europe, notamment dans certains cercles de la Conférence épiscopale espagnole ou de l’Église croate, ou bien dans la Pologne des frères Lech et Jarosław Kaczyński.

Un autre concept intéressant pour comprendre certaines évolutions du lien politique-religion en Europe est le « populisme avec quelques accents catholiques », dont les symptômes sont caractéristiques : choisir des boucs émissaires, stigmatiser l’étranger, retourner à « nos » bases philo-catholiques, etc. Cette idéologie a un poids certain dans l’UE, puisque les hommes politiques qui s’en réclament obtiennent 10 à 20% des voix aux élections.

Ce que nous entendons ici par « fondamentalisme »

Les mots ont un sens différent, selon les contextes, les interlocuteurs. Cependant, on peut relever qu’aux attitudes fondamentalistes sont associés :

  • Le retour aux fondements doublé d’un respect à la lettre de ces fondements et d’un refus de leur mise en perspective historique ;
  • Le refus de l’espace politique, du débat, de l’interprétation, de la médiation ;
  • La considération qu’il n’existe qu’un seul chemin pour arriver à la vérité ;
  • L’exclusion de ceux qui n’appartiennent pas au groupe.

I. Quels sont l’ampleur et l’évolution de la montée des fondamentalismes en Europe ?

Est-ce seulement une question religieuse ?
Qu’est-ce qui rend possible cette montée de courants fondamentaux dans des pays laïques en Europe ?
Quels sont les failles dans le droit des États démocratiques ?

Laïcité = démocratie ?

La plupart des Européens reconnaissent la laïcité comme un régime juridique qui organise et garantit la liberté de l’État et la liberté de religion. Mais hors des frontières de l’Europe, ce type de régime peut apparaître discrédité. En effet, hors Europe, beaucoup de régimes séculiers sont autoritaires et antidémocratiques. La lutte pour la démocratie passe alors par la lutte contre ces régimes séculiers (représentés par des militaires, des juges, etc.), devenus autoritaires à la suite de dérives, et où la liberté religieuse est menacée. (Ex : Irak de Saddam Hussein - parti Baas dont l’idéologie est inspirée de la laïcité française -, Syrie, Turquie kémaliste, Tunisie de Bourguiba, …).
Ces débats sont importants pour éclairer le regard sur ces questions. Ainsi des partis politiques à fondement religieux, perçus comme fondamentalistes par la population, peuvent représenter une alternative démocratique (par exemple l’AKP en Turquie, parti démocrate islamique, favorable à l’entrée dans l’Union européenne, ce qui contribue à une certaine ouverture).

Enfin, une conception trop rigide de la laïcité ne conduit-elle pas à un certain fondamentalisme ? « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté »… Faut-il déceler la marque de ce fondamentalisme laïc dans la façon dont la « question du voile » a été gérée en France ? « Les porteurs du voile comme ceux qui le combattent se réfèrent à la liberté… D’autres, plus tolérants, défendent une laïcité en marche, l’acceptations du rythme de chacun… N’y a-t-il pas là un sentiment de supériorité ? » interroge l’un des participants.
Le dialogue interreligieux pose moins problème que le dialogue religions/laïcité. Les positions de Rome qui se centre sur les questions éthiques contribuent aussi aux tensions. « Les positions laïques quand elles sont d’abord anti-cléricales (ou anti-vaticanes) bloquent tout dialogue : le face à face, anticléricalisme et rigidité sur l’éthique, empêche de se rejoindre ».
Nos réactions au fondamentalisme sont souvent guidées par la peur : « le milieu laïc revit le passé. Il y a une laïcité ouverte et un laïcisme » ; la laïcité est-elle neutralité ou rejet du religieux ?

Opposition aux régimes séculiers autoritaires

Le caractère autoritaire d’un grand nombre de régimes séculiers hors Europe est vrai, mais ce n’est pas parce que l’on s’oppose à un régime autoritaire que l’on est forcément démocrate ; il s’agit là d’une rhétorique qui ouvre une porte politique dans laquelle s’engouffrent avec talent ceux qui sont porteurs de visions religieuses fondamentalistes. De plus, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des démocrates laïcs qui s’opposent aux régimes autoritaires.

Une Europe institutionnelle mal préparée ?

L’Europe institutionnelle serait-elle en proie à un malaise, voire à un sentiment de culpabilité, par rapport à la place à accorder à la religion ? D’après l’un des participants, correspondant pour les affaires européennes d’un journal suisse, des signes avant-coureurs montrent que cela risque de devenir un vrai problème de société et que, dans 10 ans, les lobbies catholiques (mais aussi évangéliques et islamiques) seront présents au niveau du Parlement européen et se battront pour influencer les agendas politiques.
La tentative par Berlusconi de faire nommer Rocco Butiglione à la Commission européenne (ce que le parlement européen a vigoureusement rejeté en 2004) montre qu’une droite catholique « revancharde et agressive » à l’image d’une partie de le droite américaine, tente de se donner les moyens politiques de revenir sur un certain nombre d’acquis. Elle est en cela aujourd’hui encouragée par le Saint-Siège.
Ce qui se passe en Italie pourrait être précurseur de ce qui va se passer en Europe : la bataille des religions. Or l’Europe des institutions est mal préparée à faire face à ce phénomène car elle est ligotée par la donne politique de ses États membres.

Pourquoi ce retour du religieux dans le politique en Europe ?

La sécularité ne fait pas partie de l’identité de l’Union européenne : plus de la moitié des pays ne sont pas séculiers ; le chef de l’État peut y être aussi chef de l’Église, par exemple. Quant à la montée d’un intégrisme chrétien, l’un des participants pense qu’elle est surtout portée par les mouvements évangélistes et, dans une Europe majoritairement catholique, est contrecarrée par les partis démocrates chrétiens.
L’autre cause mise en avant est le système économique actuel, prisonnier d’un modèle toujours plus matérialiste, qui génère de la marginalisation et renforce la recherche identitaire de ceux qui en souffrent. Cette recherche d’identité est exploitée par des gens en quête de pouvoir, pour la détourner et l’utiliser dans la conquête du pouvoir.
Samy, à partir de son expérience en Asie, montre comment la montée globale de la violence et de l’intolérance fondamentaliste touche notamment les jeunes générations. Les jeunes – surtout ceux issus des minorités – se rapprochent des mouvements fondamentalistes, qui apparaissent comme les plus actifs et à même de relayer leurs revendications en terme de garantie de leurs conditions de vie et de reconnaissance de leur identité.

II. Quels impacts sur la vie quotidienne et le vivre-ensemble (sur la sphère du privé, l’éducation, la vie professionnelle, …) et notamment sur la situation des femmes (« les crimes d’honneur », l’évolution de la jurisprudence, …) ?

Perceptions mitigées de cet impact

L’association El Kalima a réalisé un mini micro-trottoir à Bruxelles. Si dans les « quartiers belgo-européens », les gens se disent préoccupés par une montée du fondamentalisme (informations présentées par les médias, impression que le nombre de femmes voilées augmente), les personnes qui fréquentent les quartiers où la population immigrée est importante en ont une perception inverse. Ils parlent d’un fondamentalisme moins agressif qu’il y a 2 ou 3 ans, un fondamentalisme « endémique, peu virulent », qui se traduit surtout dans la façon de se vêtir et dans la tradition religieuse, majoritairement chez les personnes de milieu populaire qui ne prennent pas de distance critique.

Un autre participant confirme que dans les quartiers à forte mixité culturelle (mais qui ne sont pas des ghettos), « fondamentalisme » n’est pas un mot qu’il entend. On y parle plutôt de crispation, de cohabitation, de cohésion sociale, de communautarisme, de délimitation de territoire, etc.

La double difficulté des femmes migrantes

Pour comprendre l’impact des approches fondamentalistes sur la situation des femmes migrantes, il faut rappeler qu’elles sont confrontées à une double difficulté.
Le droit occidental est fondé sur le droit de la personne. Or les références culturelles dans lesquelles s’inscrivent les femmes migrantes se réfèrent plutôt au droit de la famille. Concevoir le droit à la personne et le faire reconnaître au sein de la famille représentent pour elles un long chemin.
Cette reconnaissance du droit à la personne est également difficile au sein de la société, notamment par les difficultés fréquemment rencontrées pour l’obtention de travail.

Sphère de l’enseignement

Des exemples ont été donnés de professeurs dont les convictions religieuses recouvrent un caractère fondamentaliste (créationnisme évangélique, thèses de l’Opus Dei, islamisme), et qui, une fois titularisés, refusent d’enseigner certains pans de programme scolaire. La discussion a porté sur la question : faut-il écarter ces personnes des institutions scolaires (en tombant dans ce cas dans une attitude de discrimination), ou vaut-il mieux travailler avec elles sur le respect des règles de vivre-ensemble ?

Sphère de la santé

L’association El Kalima a été sollicitée par des professionnels de la santé aux prises avec des difficultés qu’ils ne savaient comment résoudre : un médecin travaillant seul aux urgences avec deux infirmières très qualifiées mais qui refusent de poser une sonde urinaire sur des patients hommes ou de donner de la morphine à cause de leurs croyances religieuses. Ou bien le cas d’une interne en stage pour 6 semaines dans un hôpital où le règlement interne interdit le port du voile et qui obtient le droit de garder le voile, créant ainsi un vent de révolte chez les aide-soignantes à qui ce droit n’avait jamais été accordé. Ou encore, la présence d’un homme de la famille qui interdit à tout personnel soignant l’accès à la chambre d’un patient pendant le déroulement de pratiques à caractère religieux.

Ces exemples révèlent la difficulté des équipes à communiquer et à réfléchir face à des pratiques étiquetées comme fondamentalistes alors que parfois ce sont des traditions. "C’est difficile parce qu’il s’agit de religion."
Pour l’institution, le défi est de trouver le mécanisme pour comprendre, analyser, évaluer une situation et prendre une décision dans le respect de l’autre. Et ce, sans tomber dans le mécanisme inverse où, par « respect pour les autres », on ne dit plus rien, ainsi que le révèle cette note de service dans un établissement hospitalier : dès qu’il s’agit de religion, il faut obtempérer même si c’est nocif pour la santé du patient. On met sous le couvert de religion une incapacité à se parler…

Montée des fondamentalismes et peur que cela suscite : qui en profite ?

Dans une société où le modèle économique génère des phénomènes d’exclusion et de paupérisation, n’y a-t-il pas une utilisation de la religion et de la peur, qui permet à la sphère du politique d’évacuer de son agenda la question globale des inégalités ? Le vrai danger pour la société est peut-être là : on parle de "place des religions" (à augmenter ou à limiter), on parle de "menaces fondamentalistes", on ne parle plus d’exclusion, d’inégalité…

Un exemple en Inde permet d’éclairer une des articulations possibles entre fondamentalisme, peur et maintien d’un statu quo social et politique. Les Hindous se sentent menacés, malgré le fait qu’ils soient majoritaires (85% de la population). Et cette peur sert de base à un retour aux fondements de la caste dirigeante : construction de nouveaux temples, formation de missionnaires, écriture de liturgie (ces deux derniers points étant inédits dans l’histoire de l’hindouisme)… On ne peut écarter le lien entre cette affirmation fondamentaliste hindouiste, qui permet d’évincer toute velléité de repenser (et changer) le caractère inégalitaire de la société, et les récents massacres dont sont victimes les chrétiens.
Au Brésil, les mouvements évangéliques fondamentalistes drainent les foules, qui se réfugient ainsi dans la prière au lieu de se mobiliser pour que change la précarité de leurs conditions de vie.

III. Comment faisons-nous face à ce phénomène, quelles sont les expériences concrètes mises en œuvre par nos organisations ?

Dimensions individuelles et collectives du vivre-ensemble

Les exemples rapportés par les participants montrent que travailler au vivre-ensemble, c’est dialoguer et agir, à des niveaux tant personnels que collectifs. Il s’agit de voir l’autre dans sa plénitude humaine et non de le réduire à une seule de ses multiples dimensions (émigration, religion, etc.) ; de comprendre qu’ « être soi-même », ce n’est pas dire « Tout est équivalent », mais reconnaître que l’autre a une part de vérité.

La dimension collective de l’instauration de ce dialogue interpelle la responsabilité politique de la nation : quelles dimensions légales pour organiser le vivre-ensemble en pensant à la pluralité ? Elle interpelle aussi la responsabilité citoyenne et associative : les associations influent sur les hommes politiques. Elle interpelle enfin la responsabilité des médias, qui influencent l’atmosphère de la société, souvent de façon négative en jetant de l’huile sur le feu.
Au niveau international, l’ONU est l’instrument le plus adéquat pour le vivre-ensemble (prévention des guerres, garantie des droits de l’homme). Aux questionnements de l’universalité des droits de l’homme sous prétexte qu’il s’agit d’une émanation de la culture occidentale, la réponse de Koffi Anan, alors secrétaire général des Nations unies, est ferme : il est de notre devoir de ne pas faire machine arrière sur le droit des individus.

Le concert des nations a cependant beaucoup à apprendre des apports de la diversité culturelle pour reconnaître chaque être, chaque groupe, dans sa plénitude humaine. Là aussi doit s’exercer la responsabilité du citoyen à faire évoluer cet instrument international.

Une démarche anthropologique vraie pour dialoguer et agir

EL Kalima s’inspire d’une démarche anthropologique pour co-construire les règles du vivre-ensemble au sein d’une institution hospitalière, en distinguant plusieurs champs de réactions possibles face à ce qui est « différent » des règlementations en vigueur : ce qui est négociable ou non, en fonction du degré de danger pour la santé.
Il faut penser à la façon de parler aux gens dont la civilisation est orale, prendre le temps d’écouter, de parler avec celui qui est le porte-parole du malade, puis avec le malade lui-même. C’est un moyen pour éviter la rigidité d’une méthode en vigueur en Angleterre (un mode d’emploi à suivre systématiquement selon la religion du patient) mais aussi pour ne pas être piégé dans une rhétorique manipulatrice qui justifie le non-respect du droit des personnes.

Se donner les moyens de comprendre et agir dans notre société multiculturelle

« Nous » réagissons encore fortement en fonction de la position qu’occupe « notre » religion dans la société. Des faits nouveaux interpellent l’identité collective (augmentation du nombre d’enseignants musulmans dans le public, port de la burka dans certains quartiers qui empêche la reconnaissance individuelle entre voisins, retour dans le champ du social de catégories comme pur/impur..)
Le défi est celui d’une éducation à être soi-même au milieu de gens autres. Pour comprendre et agir en milieu multiculturel, il faut réfléchir sur ce qu’est notre société multiculturelle. Plusieurs organisations travaillent à des enquêtes. Les autorités publiques ne sont pas absentes de cette démarche : l’échevine de la famille et des cultes de la Ville de Bruxelles a créé une plate-forme interconvictionnelle, avec une charte élaborée de façon participative, et propose des formations pratiques sur la communication non violente.

Rencontres interconvictionnelles

L’expérience de Passerelles, groupe de contact interconvictionnel, est mise en place depuis 2005 dans un quartier bruxellois multiculturel. Les participants se réunissent pour échanger et se rendre visite, autour du vécu commun : les étapes de la vie. Comment se vivent la naissance, l’enfance, le mariage, etc. selon que l’on est juif, bouddhiste, humaniste laïc, musulman, protestant, catholique, etc. Quels sont les rites, enseignements, symboles, qui entourent ces moments ; comment ça s’organise dans cette communauté ?

Le succès de cette expérience (en 3 ans : diminution des réactions agressives, de la peur qui avait augmenté ces dernières années) s’explique par plusieurs caractéristiques :

  • Travail sur le vécu commun et non sur des questions de doctrine ; Découverte de la solidarité en étant accueilli et en accueillant dans des lieux qui ne sont généralement pas ouverts, en dépassant les replis identitaires, les préjugés, les peurs ;
  • Organisation rigoureuse de ces rencontres informelles par une association pluraliste (intervenant sur les questions d’emploi, de budget participatif de quartier, d’insertion sociale, de logement, etc.), qui joue le rôle d’initiateur et de moteur du processus.
  • Partenariat entre les représentants des diverses convictions, au niveau de la conception et du déroulement : c’est la garantie de la réciprocité.
  • Prise en compte des appartenances multiples de chaque participant (liens avec sa communauté, sa famille, sa conviction, son quartier, sa sphère professionnelle, les services sociaux, etc.), afin d’éviter qu’une seule appartenance ne devienne dominante sur la multiplicité des appartenances.
  • Engagement dans la revitalisation du quartier, lien commun et concret entre les gens, afin de ne pas être prisonnier de l’étiquette convictionnelle (les gens qui n’ont plus confiance dans les dispositifs mis en place par les politiques ont tendance à se replier sur les aspects convictionnels).

IV. Quelques références bibliographiques du travail des participants

Comprendre et agir dans la société multiculturelle, Pax Christi, El Kalima, Bruxelles, 2008, 87 p.
info[at]paxchristiwb.be ; elkalima[at]busmail.net

L’image de l’autre : chrétiens et musulmans, acteurs de réconciliation, Justice et Paix, Bruxelles, 2008, 63 p.
info[at]justicepaix.be

Dossiers « Notre modèle économique et social : remise en cause et perspectives », N° 84, mars 2008 et « Genre et migration », N° 85, juin 2008, in En question, revue du Centre AVEC, Bruxelles
secretariat[at]centreavec.be

« Affrontement et dialogue, pouvoir et parole », N°1, jan.-fév.-mars 2008 et « Multiculturalité : limites et enjeux », N°3, juil.-août-sept. 2008, in Signes des temps, Pax Christi, Bruxelles

Notes

[1] - Une publication en anglais reprend les interventions des intervenants de l’atelier : The rise of religion-based political movements. A threat or a chance for Peace, Security and development among the nations ? Some Issues and Cases from Asia, middle-East and Arab World, Editor : Darwis Khudori, Publisher : SIRD, Malaysia, octobre 2008, 192 p. Co-édition : Institut libanais de développement économique et social, Thaksin University, Secours catholique, Développement et Civilisations—Lebret-Irfed, Indonesian Conference on Religion and Peace, Université Le Havre, CCFD Édition temporaire consultable à DCLI. Édition définitive prochainement disponible.


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