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L'Amérique latine et les Objectifs du millénaire - L'exemple de l'Équateur sous Rafael Correa + Discours du président Rafael Correa à l'Assemblée générale des Nations unies à New York le 26 septembre 2007

par Pablo Guerra, Développement et civilisations n° 364, juin 2008

Éditorial

Une seule issue : l’ambition

La force du discours prononcé devant les Nations unies par Rafael Correa vient de son approche. Plutôt que de s’époumoner à obtenir un consensus sur des minima sociaux, la communauté internationale doit, selon le président équatorien, renverser les priorités. C’est à des « maxima » sociaux qu’il faut parvenir. Manière de dire haut et fort que le seul objectif acceptable, pour les plus pauvres, est l’ambition de les hisser hors de la misère dans laquelle ils sont englués.

L’autre pari défendu par Rafael Correa est celui de l’action collective. La grille de lecture est là aussi renversée : alors que la réussite individuelle et la concurrence entre nations sont aujourd’hui systématiquement mises en avant, son discours de New York propose de s’attaquer de front au règne de l’égoïsme financier. Là aussi, la force de l’argument vient du refus du « système » : osons nous en affranchir, affirme le chef de l’État équatorien, à l’instar du jésuite sri-lankais Paul Caspersz que nous avons accueilli dans nos colonnes en avril dernier.

On objectera, à cette ambition, les multiples obstacles socio-économiques et, surtout, la difficulté pour la nature humaine de se libérer, à l’époque moderne, du sacro-saint individualisme dicté par l’Occident. Sans doute. Mais il est passionnant de lire qu’en Amérique latine, comme en Asie, des voix s’élèvent pour dire non. C’est notre mission, en tant qu’observateurs et acteurs passionnés du développement, de les écouter. Et de les répercuter.

Richard Werly

L’Amérique latine et les Objectifs du millénaire
L’exemple de l’Équateur sous Rafael Correa

par Pablo Guerra(*)
Le panorama politique de l’Amérique latine a radicalement changé ces dernières années. Après les années 90, où primèrent des visions inspirées du mal nommé Consensus de Washington, de nouvelles tendances progressistes sont apparues. La volonté qui se dessine est limpide : trouver des cadres doctrinaires et idéologiques renouvelés et alternatifs à ceux qui ont prévalu auparavant et qui contribuèrent bien peu au bonheur de nos peuples.

Pour Pablo Guerra, l’actuel président de l’Équateur, Rafael Correa, représente cette nouvelle génération de leaders politiques. Son discours, prononcé devant les Nations unies l’année dernière, offre selon lui une opportunité unique de décrypter ses propositions.

Dans la première partie de son discours, prononcé devant les Nations unies l’année dernière, Rafael Correa remet en question les Objectifs du millénaire(1) et propose une discussion qui prenne en considération, et fixe comme objectif à atteindre, une vie plus digne pour toutes et tous. Dans sa partie la plus brillante, il s’en prend à la tendance qui insiste sur certains minima sociaux, pas adaptés selon lui à la recherche d’une société plus équitable et respectueuse du bien collectif.

Je partage l’avis du président équatorien lorsqu’il s’en prend à des institutions aussi puissantes que la Banque mondiale, promptes à brandir la lutte contre la pauvreté, mais incapable de remettre en question la richesse excessive concentrée entre peu de mains.

Autre point important de son discours : la nécessité d’incorporer une vision humaniste et internationalement responsable, seule capable de veiller à la protection de l’environnement, à un meilleur respect des droits des peuples indigènes et des droits des migrants.

Les Objectifs du millénaire dressent un diagnostic utile

Je voudrais m’attarder ici sur les Objectifs du millénaire. De façon générale, j’ai perçu deux grandes tendances dans l’opinion publique et politique concernant cette initiative des Nations unies. Certains voient dans cette entreprise un effort majeur et concret pour avancer de façon convaincante dans la lutte contre quelques uns des principaux maux dont souffre la planète et surtout le monde en voie de développement. D’autres estiment en revanche qu’il s’agit d’objectifs « misérables », et qu’au final il n’y aura aucun grand changement dans le panorama social de nos peuples.

J’ai pour ma part un avis différent : si certains de ces objectifs sont évidemment contestables (comment peut-on se fixer le but de réduire, en 15 ans, seulement de moitié la pauvreté extrême alors que des millions de personnes continueront à mourir de faim ?), je crois à la vertu de ces engagements comme outil global pour mettre au cœur de l’agenda des États-Nations, et de la communauté internationale, les thématiques sociales. La probabilité d’atteindre les objectifs proposés, aussi minimalistes soient-ils, est certes pour l’instant très faible compte tenu des indicateurs actuels et des projections pour le futur. Mais il est important de garder le cap dans un contexte international mouvant, qui influe sur l’axe des discussions. Exemple : nous sommes tous témoins aujourd’hui de l’importance beaucoup plus grande accordée à la lutte contre le terrorisme qu’à la lutte contre la pauvreté. C’est notre prisme de lecture de la société qui doit aussi changer.

L’axe des discussions doit pour cela être recentré sur les énormes défis socio-économiques que nous affrontons depuis notre continent latino-américain. Des défis mis en valeur par les questionnements éthiques du président Rafael Correa. Avec son discours prononcé devant les Nations unies, les nombreux mouvements sociaux, culturels, politiques et bien sûr académiques disposent d’un outil supplémentaire pour approfondir le débat et mettre l’accent sur les graves dettes qui sont les nôtres en termes de développement humain.

Une plus juste répartition des richesses reste la clef

L’une des priorités est de replacer dans son contexte la lutte contre la pauvreté qui scandalise. Car celle-ci a un autre visage : la lutte contre la richesse qui scandalise.

Il n’y a pas de doute qu’en Amérique latine un des principaux problèmes pour atteindre les Objectifs du millénaire vient moins des difficultés à créer de la richesse que de l’inégalité de répartition des richesses existantes. La Banque interaméricaine de développement estime depuis des années que notre région est le continent qui distribue le plus mal sa richesse, pointant plusieurs pays en particulier(2).

Un récent travail de la CEPALC (Com-mission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes) analyse cette situation à travers deux scénarios. L’un à caractère “historique”, extrapole la croissance et la dynamique de l’inégalité dans chaque pays durant les années 90. L’autre, “alternatif”, simule les changements qui rapprocheraient chaque pays d’un “idéal régional” (nommé “Maxiland” dans le rapport), à la fois plus riche et plus équitable que n’importe lequel aujourd’hui des pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Les conclusions inquiétantes proviennent des simulations basées sur l’évolution historique dressée par les experts de la CEPALC. Si les 18 pays de l’échantillon continuent à se comporter comme pendant la décennie de 1990, seuls 7 d’entre eux atteindront en 2015 leurs objectifs de réduction de la pauvreté. Ces pays sont l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Honduras, le Panama, la République dominicaine et l’Uruguay. Or on notera que deux de ces pays (Argentine et Uruguay) ont souffert à partir de 2000 de crises qui ont fait exploser leurs taux de pauvreté…(3)

Un scénario alternatif, qui impliquerait une plus grande progressivité dans la distribution des revenus, amènerait, lui, un résultat totalement différent : la quasi-totalité des pays pourraient alors atteindre l’objectif de réduction de la pauvreté en combinant des taux annuels moyens de croissance du PIB par habitant de 3% ou moins, avec des réductions cumulatives de l’inégalité inférieures à 4%.

Le travail de sape des inégalités est dévastateur

Deux conclusions du rapport méritent particulièrement d’être retenues. La première s’attarde sur le fardeau des inégalités :
« Les résultats des efforts pour réduire la pauvreté réalisés dernièrement en Amérique latine et dans les Caraïbes ont été décourageants, en grande partie parce qu’il n’a pas été possible de contrôler les niveaux d’inégalité élevés dans la région, affirme le document. C’est lorsque celle-ci a diminué, dans de rares cas, que les plus grands bénéfices en matière de réduction de la pauvreté ont été obtenus ».
La deuxième conclusion souligne le travail de sape de ces inégalités : « Il n’y a pas de preuve qu’économiquement la croissance et la réduction de l’inégalité se substituent, poursuit le texte. Au contraire, tout indique en général que les niveaux élevés d’inégalité de la région sont un obstacle à une croissance plus dynamique »(4).

Le président équatorien injecte par conséquent un optimisme sain quand il nous propose une nouvelle vision du développement et nous encourage à rêver moyennant des actions collectives, conscientes et démocratiques.

Nous devons suivre attentivement le cours de ces diverses expériences latino-américaines qui ne renoncent pas à croire – comme le dit le Forum social mondial – qu’un « autre monde est possible ».


Discours du président Rafael Correa à l’Assemblée générale des Nations unies à New York le 26 septembre 2007

Les Objectifs du millénaire limitent les aspirations de changement social

Monsieur le Président, Excellences, Messieurs les chefs d’État et de gouvernement et Messieurs les représentants des gouvernements du monde :
Permettez-moi de commencer cette intervention par une réflexion sur l’engagement de la lutte contre la pauvreté, en vigueur depuis septembre 2000, quand 189 pays ont souscrit à la déclaration des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En vertu de cet accord, nous nous sommes engagés à atteindre, d’ici 2015, certains objectifs de base sur le chemin du développement humain.

Limites des Objectifs du millénaire

Aujourd’hui, depuis qu’un gouvernement a proclamé en Équateur une révolution citoyenne, démocratique, éthique et nationaliste, nous souhaitons proposer quelques réflexions critiques sur le concept même des OMD, sur leurs limites et sur les dangers qu’impliquent des agendas minimalistes de cette nature, surtout face aux profondes asymétries sociales et économiques que vit la planète.
La première limite des OMD est qu’ils constituent une stratégie minimaliste pour réduire la pauvreté. Notre but est d’aller bien au delà de tels minima, en approfondissant les objectifs et en y incorporant de nombreux autres. Le fait de se rallier de manière exclusive à une optique de besoins minimums, comme celle que posent les OMD, implique un haut risque qui, tout en cherchant à satisfaire les consciences, limite les aspirations au changement social.
Ainsi, nous pouvons affirmer qu’il existe deux niveaux qui nous permettent de caractériser la vie des personnes. Le premier a trait aux capacités indispensables des êtres humains pour subsister au sein de la société, capacités sans lesquelles une vie ne mérite pas d’être qualifiée d’humaine. Le second niveau se réfère aux capacités qui permettent à chacun de se réaliser en tant que personne dans cette société. Nous ne parlons donc pas seulement de subsistance, mais du droit de jouir d’une vie digne d’être vécue.

Non aux objectifs minimalistes

Monsieur le Président, Excellences :
Nous pensons qu’avoir pour but de vivre avec un dollar plus un centime par jour de sorte à, prétendument, vaincre l’extrême pauvreté ou éviter de mourir prématurément, ainsi que cela figure dans les OMD, ne permet pas de mener une vie décente.
Le développement de politiques publiques dans un pays qui aspire à un changement radical, comme c’est le cas de l’Équateur, ne peut se contenter d’atteindre des objectifs minimalistes. Bien sûr, éviter la mort prématurée de garçons et de filles ou de femmes lors de l’accouchement, est un objectif incontestable. Cependant, en ne nous centrant que sur cela, nous courons le risque de nous contenter du fait que la vie humaine soit simplement un processus de résistance visant à prolonger de quelques heures l’existence des personnes.

Objectifs communs sur des maxima sociaux

Par conséquent, nous proposons des objectifs communs non seulement sur des minima de vie mais sur des maxima sociaux. Par exemple, nous considérons qu’il est possible de partager des identités diverses, de construire et de récupérer des espaces publics, de garantir l’accès à la justice, d’avoir un emploi qui garantisse le droit à gagner sa vie, d’avoir du temps pour la méditation, la création artistique et le loisir, autant d’objectifs qui se trouvent déjà dans le Plan national de développement mis en vigueur par le gouvernement équatorien.
Nous renonçons ainsi à l’idée selon laquelle le présent est une pure fatalité historique face à laquelle nous nous soumettons en ne cherchant à satisfaire que des minima clairement élémentaires.
De plus, le fait de se contenter de ces minima suppose également la légitimation de la réalité que nous vivons, puisque de tels minima ne cherchent pas à remettre en cause les écarts ni les relations de pouvoir existants entre les sujets et entre les sociétés. En ce sens, nous plaidons également en faveur de la reconnaissance d’une dignité égale pour tous les êtres humains.
Accorder à certaines personnes des minima doit être, tout au plus, un objectif transitoire et ne doit jamais être considéré comme un modus operandi de la politique publique, du fait que cela suppose de situer le « bénéficiaire » dans une position d’infériorité face aux autres. En d’autres termes, cela suppose de ne pas reconnaître son droit égal à la dignité humaine face aux autres. De fait, ce n’est pas un hasard si des bureaucraties internationales comme la Banque mondiale proposent systématiquement de fournir des poverty reports sans que jamais il ne leur soit venu à l’esprit de réaliser des inequality reports.
C’est pour cela que la meilleure stratégie de réduction de la pauvreté dans la dignité est sans doute la réduction des écarts sociaux, économiques, territoriaux, environnementaux et culturels. De cette façon, un des objectifs principaux de notre gouvernement est de diminuer les inégalités dans le cadre d’un développement endogène, d’inclusion économique et de cohésion sociale et territoriale, aussi bien au niveau interne qu’au niveau global.

Droits humains et valeurs universelles contre programmes sociaux qui fragmentent la société

Dans le même sens, nous cherchons à réaliser en Équateur le règne des droits humains et des valeurs universelles. Au contraire, ce que la longue et triste nuit néolibérale préconisait, dans une perspective d’assistance et de compensation des conséquences de l’absolutisme du marché, ce sont des programmes sociaux qui ont fragmenté la société en autant de parties qu’il existe de groupes sociaux.
Cependant, un projet national et un changement des rapports de force au sein d’une société ne signifient pas une addition de fragments qui voudraient, par le hasard du destin, acquérir du sens et de la cohérence et se compléter comme les parties d’un puzzle, même si nous ne disposons pas de toutes les pièces qui le composent.
Il est indispensable d’élaborer un projet partagé, qui doit être en constante redéfinition, et qui ait justement pour objectif que, tous, nous souhaitions y prendre part. Pour cela, nous avons élaboré en Équateur le Plan national de développement de façon démocratique, parce que nous pensons que sans la participation de tous aux décisions fondamentales de la société, aucun pays ne pourra légitimer et rendre ses décisions politiques plus efficaces.
Il s’agit en définitive de modifier une pratique politique appliquée par les secteurs traditionnels, avec leur technocratie et leur élitisme, pour rendre la parole et l’action à ceux qui doivent être les maîtres, les protagonistes et les bénéficiaires des politiques publiques.
De plus, je souhaiterais signaler que les OMD souffrent d’une vision du développement attachée à des critères de consommation et à une stratégie liée aux processus de libéralisation économique.
Notre vision du développement est très différente : nous entendons par développement le bien être de tous, en paix et en harmonie avec la nature, et la prolongation infinie des cultures humaines.

Proposition équatorienne pour la réduction du CO2 : laisser le pétrole en terre

En ce sens, il nous plaît qu’au sein de cette Assemblée soient largement débattus les effets dévastateurs et injustes du changement climatique. L’Équateur a fait une proposition concrète et novatrice pour contribuer à la réduction de l’émission de CO2 et à la conservation de la biodiversité avec notre projet Yasuní-ITT.
L’initiative pose l’engagement de ne pas exploiter environ 920 millions de barils de pétrole et d’éviter ainsi l’émission de près de 111 millions de tonnes de carbone provenant de l’utilisation de combustibles fossiles. Cependant, cela impliquerait de ne plus recevoir des investissements pour ce projet et un manque à gagner de près de 720 millions de dollars par an, ce qui est très significatif pour l’économie équatorienne. Nous sommes disposés à faire cet immense sacrifice, mais en demandant la co-responsabilité de la communauté internationale (surtout les pays développés, principaux prédateurs de la planète) et une compensation minimale pour les biens environnementaux que nous générons. Ce serait un extraordinaire exemple d’action collective mondiale (passer de la rhétorique aux faits concrets, à la pratique) qui permettrait non seulement de réduire le réchauffement mondial pour le bénéfice de toute la planète mais également d’inaugurer une nouvelle logique économique pour le XXIème siècle, où l’on prend en compte la création de valeur d’usage plutôt que la production de marchandises.

Déclaration des droits des peuples indigènes

Au sujet des cultures, nous nous réjouissons aussi du fait que l’Assemblée des Nations unies ait adopté il y a quelques jours la Déclaration des droits des peuples indigènes, que l’Équateur a activement appuyée. Il a fallu attendre plus de 20 ans pour que cet instrument soit approuvé : ce sera la charte fondamentale pour la protection des droits humains de nos peuples aborigènes.

Pour l’Équateur, il n’existe pas d’êtres humains illégaux

Enfin, le bien-être dont nous parlons présuppose aussi que les libertés, opportunités et potentialités réelles des individus soient amplifiées. En ce sens, le fait que, d’une part, on promeut au niveau mondial la libre circulation des marchandises et des capitaux en cherchant la rentabilité maximale, mais que, d’un autre côté, on pénalise la libre circulation de personnes à la recherche d’un emploi digne est un paradoxe immoral : c’est tout simplement intolérable et insoutenable d’un point de vue éthique.
Pour le gouvernement de l’Équateur, il n’y a pas d’êtres humains illégaux et les Nations unies doivent insister sur ce point. Il n’existe pas d’êtres humains illégaux. C’est inadmissible. Nous travaillons activement pour promouvoir un changement de ces politiques migratoires internationales honteuses, sans oublier, évidemment, que notre plus grande responsabilité est la construction d’un pays qui offre les garanties d’une vie digne comme mécanisme de prévention à l’exode forcé par la pauvreté et l’exclusion.

Il n’y a pas de fin de l’histoire et des idéologies

Monsieur le Président, Excellences :
Nous ne devons pas nous faire d’illusions face à ceux qui proclament la fin des idéologies, la fin de l’histoire. Les secteurs conservateurs veulent nous faire croire que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles et qu’il faut abandonner toute tentative de changement, toute tentative de construction de notre propre identité individuelle et collective, toute tentative de construction de notre histoire.
Face à cette conception du monde, empreinte de mesquinerie et d’autosatisfaction, nous affirmons qu’il est possible de mener à bien une action collective, consciente et démocratique, pour diriger nos vies et organiser la société mondiale d’une autre manière, avec un visage plus humain. Notre concept du développement nous oblige à nous reconnaître, à nous comprendre et à nous estimer les uns les autres, afin de rendre possible l’autoréalisation et la construction d’un avenir partagé.
C’est à la construction de ce monde, de ce rêve, que l’Équateur vous invite.
Mesdames et Messieurs, merci beaucoup.

Rafael Correa Delgado
Économiste et professeur d’université,
Président de la République d’Équateur

Traduction : D. Comanne, C. Lamarque et E. Toussaint (CADTM)


Quelques repères
par François Mailhé, DCLI, stagiaire en documentation

Rafael Correa est président de la République d’Équateur depuis novembre 2006. Ancien ministre de l’Économie et des finances sous le mandat d’Alfredo Palacio, il s’oppose depuis lors aux politiques « destructrices » imposées selon lui par les États-unis, la Banque mondiale, le FMI et les grandes compagnies pétrolières en Amérique latine. Toujours crédité de 60% d’opinions favorables, M. Correa fait face, depuis le mois de mai, à des manifestations de mouvements indiens exigeant un droit de contrôle sur la politique minière et pétrolière du pays. Prônant pour son pays une « révolution citoyenne pacifique dans un cadre démocratique », Correa est un acteur central du mouvement politique et populaire de gauche, qui touche la majeure partie du continent. L’un de ses faits d’armes a été l’expulsion, fin avril 2007, du représentant permanent de la Banque mondiale à Quito. Un geste présenté comme une riposte à « l’impérialisme » des institutions financières internationales.

Projet fétiche du président Correa, la Banque du Sud veut incarner en ce début de 21ème siècle une alternative aux contraintes dictées par le FMI aux pays en voie de développement. Malheureusement, ses débuts ont été marqués par la paralysie et le manque de cohésion entre les sept pays participants : Argentine, Bolivie, Brésil, Équateur, Paraguay, Uruguay et Venezuela. Conséquence : le statut de l’institution, son organisation et son financement ne sont pas encore verrouillés. L’Argentine et le Brésil souhaitent un droit de vote proportionnel à leur apport financier et un investissement massif dans les gros projets, alors que les autres pays désirent voir naître des projets de développement régionaux réalisés par les entreprises publiques du sous-continent pour la souveraineté alimentaire. La concrétisation de la Banque du Sud dépendra donc de la capacité de ses membres à faire des concessions, pourtant essentielles pour une région marquée par des siècles de domination occidentale.

Notes

[*] - Docteur en sociologie, il est professeur à l’Université de la République (Uruguay), chercheur et promoteur de plusieurs expériences d’économie solidaire en Amérique latine.

[1] - Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) : en 2000, les 191 États membres des Nations unies sont convenus de huit objectifs essentiels à atteindre d’ici à 2015 qui vont de la réduction de moitié de l’extrême pauvreté à l’éducation primaire pour tous, en passant par l’arrêt de la propagation du VIH/sida.

[2] - L’Amérique latine face à l’inégalité, BID, Washington, 1998. Le Brésil et le Paraguay étaient alors en tête des statistiques d’absence d’équité pour la distribution des revenus dans les foyers.

[3] - Dans six autres pays, l’incidence de la pauvreté extrême continuerait à diminuer, mais plus lentement. Ces pays sont le Brésil, le Costa Rica, El Salvador, le Guatemala, le Mexique et le Nicaragua. Dans la pratique, les niveaux de pauvreté dans les cinq restants – Bolivie, Équateur, Paraguay, Pérou et Venezuela – s’élèveraient, soit par une augmentation de l’inégalité, par la diminution du revenu par habitant ou par la combinaison de ces deux raisons.

[4] - Idem. Ant.


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