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Passer de la parole aux actes

Enocque François (Haïti)

JPEG Pierre-Enocque François travaille sur les inégalités scolaires et sur les questions de pratique démocratique en Haïti. Il a été l’un des intervenants de l’atelier international « Relations société civile - pouvoirs publics » (Haïti, 2006) et de la Rencontre Lebret 2010.


Que retenez-vous aujourd’hui de l’enseignement du père Lebret ?
En quoi cela est pertinent dans votre action ?

La pensée de Lebret met l’Homme au cœur de toutes les actions, de toutes les activités, et particulièrement les plus opprimés, ceux qui n’ont pas de défenseur, les plus marginalisés et exclus, ce sont ceux-là qui, pour moi, sont l’Humain essentiel. A travers toutes mes actions, mes recherches, mes études, mes activités, comme je ne suis pas encore dans une organisation porteuse de cet engagement là, j’ai toujours essayé de faire remonter, faire revivre les différentes idées en passant de la parole aux actes. Passer de la parole aux actes, c’est encourager les gens qui sont en face de moi ou bien devant moi à prendre l’Homme au centre de toutes les actions, mais aussi à agir.

Si vous deviez vous définir comme un héritier de Lebret que diriez-vous ?

Je me vois comme étant plus qu’un héritier. Un héritier, c’est quelqu’un qui a une part légère d’enseignements, or dans mon cas, c’est une partie importante de ma réflexion, de mon action. Ce qui reste de l’héritage de Lebret et qui m’a beaucoup impacté, en plus de l’importance de placer l’Homme au centre, c’est l’action : il est important pour moi d’être un homme d’action. Il faut parler, il faut discuter, mais il faut aussi passer de la parole aux actes.

En quoi votre action change-t-elle les réalités sur le terrain ?

Mes réflexions et mes travaux portent sur deux aspects différents. Tout d’abord, mon action se concentre autour des plus opprimés, qui n’ont pas de défenseurs. Par exemple, au sein du système éducatif haïtien, les « sur-agés » : une grande partie de élèves haïtiens sont des sur-âgés, dont on ne parle pas beaucoup. Je m’intéresse également à la question des enfants et des jeunes de la rue, en rapport avec le système éducatif haïtien, dont on ne parle pas beaucoup non plus. Ce sont donc, en général, les opprimés. D’un autre côté, mes actions portent sur la formation des groupes. Ces formations visent surtout la sensibilisation et la conscientisation, vers une démarche qui pourra arriver non seulement placer l’Homme au cœur de la réalité mais aussi à prendre en compte les besoins réels de l’Homme, les besoins exprimés par la personne elle-même et de voir dans quelle mesure il est possible d’établir le lien entre l’homme et les décideurs politiques.

En quoi les partenaires du réseau sont importants pour vous ?
Qu’aimeriez-vous faire ensemble ?

Le Réseau a toute son importance car lorsqu’on est seul, on s’affaiblit. La force, le courage, tend à diminuer lorsqu’on ne se met pas ensemble. La première idée de constituer un Réseau c’est de se ressourcer à travers le Réseau. Une deuxième idée, c’est l’entraide : chacun peut apporter sa contribution au regard de ses expériences, au regard de ses actions sur le terrain. Dans une région, il peut y avoir une certaine demande, nous pouvons apporter un certain éclaircissement à certains besoins, à certaines questions et l’échange pourra favoriser l’avancement des actions. Il s’agit toujours d’un échange mutuel : je donne, je prends, je donne à l’autre, l’autre reçoit.

Le tissu social du réseau est constitué, il y a des partenaires dans différentes régions du monde. Nous avons déjà fait beaucoup de choses ensemble. Par exemple, en Haïti, le séminaire sur la relation entre pouvoirs publics et société civile a permis de renforcer les réseaux locaux, entre acteurs haïtiens, les réseaux régionaux, avec nos voisins dominicains et d’autres acteurs latino-américains mais aussi le Réseau international.

Dans un contexte de reconstruction d’Haïti, après le tremblement de terre, la contribution du Réseau doit se faire au sein de l’objectif de reconstruction de ce pays. Il ne s’agit pas seulement de la reconstruction physique du pays, mais également de la reconstruction du tissu social.

Les apports d’un réseau peuvent être de différents niveaux, et le tissu social haïtien mérite d’être reconstruit. Il s’agit notamment de regrouper les autres organisations qui travaillent ensemble, ainsi que ceux qui sont dans la même dynamique que nous, afin de les mettre en réseau, partager les expériences, discuter ensemble, déjà au niveau local. Dans ce contexte de reconstruction, les différents membres du Réseau, dans la région ou ailleurs, peuvent apporter leur contribution. Il y a donc deux niveaux, le niveau local, c’est-à-dire le regroupement des associations qui travaillent pour le bien être de l’Homme, qui voient l’Homme au centre de ses activités, qui voient les haïtiens comme acteurs de leur développement. Ensuite, le Réseau international pourra apporter sa contribution dans cette dynamique.

Lebret aujourd’hui, en une formule, c’est quoi ?

Lebret c’est l’Homme au centre des actions, les actions doivent être centrées sur l’Homme, et sur tous les hommes, par et pour l’Homme. Les démarches, les projets, les activités n’aboutiront pas, si l’Homme n’est pas au cœur des activités et des actions que l’on veut entreprendre.

L’autre domaine dans lequel je m’investis est la participation citoyenne dans la dynamique de reconstruction Comment les haïtiens pourraient-ils participer à la reconstruction d’Haïti ? Comment tenir compte de leur réalité, de leurs besoins réels et comment la population pourrait-elle formuler ses attentes ? Et comment faire en sorte que ces demandes soient prises en compte par les autorités ? C’est un ensemble de questions qui est en train de se poser. Et à mon avis, nous devons y réfléchir pour trouver des éléments de solution.


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